
TRIBUNE. Toutes les religions suggèrent le jeûne aux croyants, bien que les formes et les méthodes de jeûne changent d’une religion à l’autre. Je parlerai ici uniquement de mon expérience personnelle du jeûne bahá’í et de ma propre compréhension des textes bahá’ís.
Dans la foi baha’íe, chaque individu a le droit de comprendre les textes à sa manière, en toute honnêteté, selon son niveau intellectuel, sa capacité d’analyse et sa propre philosophie de vie et de religion en général. Cette liberté personnelle de chaque croyant dans l’interprétation des textes religieux prouve que l’Homme de cette nouvelle ère a mûri et n’a plus besoin d’un « alem, imam ou fkih ».
D’un autre côté, cette liberté individuelle reste purement personnelle et ne peut pas entraver la liberté des autres croyants ni faire l’objet de désaccord entre eux, car l’unité entre les Hommes est le but premier et le plus élevé, au-dessus de tous les autres principes baha’is. Si la religion est cause de division entre les membres de la famille humaine, alors son absence est préférable à son existence.
En d’autres termes, une compréhension personnelle des textes ne peut en aucun cas être imposée comme vérité aux autres croyants. Cela reste une logique supérieure, car la relation entre un croyant et sa religion est une relation spirituelle individuelle et unique et ne peut ressembler à la relation d’un autre croyant, même s’il est de la même religion. Cela prouve une fois de plus la maturité spirituelle et la liberté du croyant dans cette nouvelle époque.
Je vais maintenant vous citer ce que j’ai personnellement découvert sur les caractéristiques exceptionnelles du jeûne bahá’í :
1- La première et la plus importante condition du jeûne bahá’í est « l’amour », c’est-à-dire jeûner uniquement pour l’amour de Dieu. Je m’explique : jeûner par mimétisme ou jeûner par peur d’un châtiment céleste ou par culpabilité, peut se présenter comme inutile et nuisible au progrès spirituel. L’absence de l’amour cède la place à des souffrances douloureuses tandis que la religion est selon moi l’essence de l’amour, de la joie et du bonheur spirituel.
2- Le jeûne bahá’í dure 19 jours chaque année, du 1er au 20 mars. 19 jours correspondent à un mois car l’année baha’íe se compose de 19 mois et chaque mois contient 19 jours.
3- Le jeûne consiste à s’abstenir de nourriture, d’eau et de tous les plaisirs et désirs physiques du lever au coucher du soleil.
4- Le but n’est pas seulement de me priver de nourriture, mais d’augmenter ma gourmandise spirituelle. J’essaie évidemment d’atteindre un équilibre entre ma vie matérielle et spirituelle.
5- Chaque croyant, avec une conscience sincère, décide s’il doit jeûner ou non selon certaines circonstances, comme un travail physique très pénible, ou un travail qui requiert une concentration et une lucidité totales, comme c’est le cas pour un chirurgien par exemple, ou un chauffeur de transport.
Pour citer en exemple mon expérience professionnelle pendant le jeûne, si j’ai un mal de tête qui m’empêche de me concentrer avec mon patient, je prends un comprimé d’antidouleur avec une gorgée d’eau et je continue mon jeûne car mon intention n’était pas de rompre le jeûne. Ceci reste mon opinion personnelle sur la compréhension du jeûne.
En bref, le jeûne ne doit en aucun cas me mettre en péril, ni mettre les autres en danger, car le jeûne est pour mon bien-être et celui des autres.
6- Je crois que le jeûne bahá’í est un outil spirituel par excellence pour contrôler tous mes désirs physiques, matériels ainsi que mes pulsions animales. Le jeûne est vraiment une merveilleuse technique de « self control ».
7- Le jeûne bahá’í me permet de renforcer ma capacité à communiquer avec mon âme, ma vie intérieure et ma réalité spirituelle ou immatérielle.
8- Le jeûne bahá’í est un mécanisme, d’un point de vue technique spirituel, qui facilite le progrès de mon âme afin d’atteindre la station de rester constamment dans un « état de prière » dans ma vie personnelle, sociale, familiale et professionnelle. Dans cet « état de prière », mon désir de servir mon prochain, mon voisin, mon quartier, mon pays devient une affaire claire et naturelle et un plaisir spirituel spontané. En d’autres termes, le jeûne bahá’í n’est pas, pour moi, une pratique de la faim mais un véritable exercice spirituel continu.
9- La foi baha’íe m’accorde une liberté totale de pratiquer les enseignements religieux spirituels sans aucune menace de punition, d’enfer ou de culpabilité, car la foi baha’íe appelle à une relation « d’amour » avec tous les êtres humains, qu’ils soient croyants ou non.
Docteur Jaouad MABROUKI
Psychiatre, psychanalyste de la société arabe