
TRIBUNE. En ce début d’année, pendant que les Sénégalais comptaient leurs résolutions comme on compte les factures impayées, le sommet de l’État, lui, semblait compter… ses divergences. Car derrière la photo de famille, les sourires institutionnels et les accolades calibrées, un duo intrigue, inquiète et fascine : Sonko – Diomaye, alliance historique ou mariage politique sous régime de séparation de biens ?
Essayons, sans boule de cristal mais avec un stylo bien trempé, de dresser l’inventaire des différences. Sans risque de se tromper. Ou presque.
Justice d’abord.
Pour Ousmane Sonko, la justice n’est pas un baume, c’est un scalpel. Elle doit trancher net, rendre justice aux martyrs, faire rendre gorge aux prédateurs et solder les comptes du passé. Pas d’amnistie de l’oubli, pas de paix sans vérité.
Pour Bassirou Diomaye Faye, la justice est un ciment : elle doit apaiser, rassembler, réparer le tissu national déchiré. L’un brandit la reddition des comptes, l’autre invoque la réconciliation. Le premier parle de dettes morales à payer, le second de fractures à refermer. Deux visions, une même robe noire… mais pas la même plaidoirie.
Politique ensuite.
Sonko, méfiant comme un gardien de nuit dans un entrepôt du système, veut refonder la coalition autour de PASTEF. D’où l’APTE, ce tamis politique destiné à filtrer les opportunistes de la dernière pluie, ceux qui changent de conviction comme de carte SIM.
Diomaye, lui, ouvre grand les portes de sa coalition “Diomaye Président”, confiée à Mimi Touré, et accueille à bras ouverts d’anciens compagnons du système honni hier encore. Là où Sonko voit des passagers clandestins, Diomaye voit des ralliements utiles. L’un serre le poing, l’autre tend la main. Question de tempérament… ou de stratégie ?
L’État, enfin.
Sonko rêve d’un gouvernement majoritairement composé de pastéfiens, ces soldats du projet qui ont connu la rue, la prison, les gaz lacrymogènes et les insultes télévisées. Ceux qui ont souffert pour comprendre.
Diomaye, président désormais, compose autrement. Il choisit ses hommes, construit son cercle, installe sa marque. Certains diront : autorité. D’autres : méfiance. Les plus taquins parleront d’un État en cohabitation… avec son propre camp.
Pourtant, au milieu de ces lignes de fracture, un rayon d’espoir perce le ciel politique : les réformes annoncées hier. Une Cour constitutionnelle pour remplacer le Conseil constitutionnel, un nouveau Code électoral, une révision de la Constitution. Des promesses lourdes, structurantes, presque révolutionnaires. Comme un rappel que, malgré les dissonances, la partition peut encore être jouée à deux.
Alors, au final, qui sortira vainqueur ?
Ces divergences feront-elles exploser le duo ou le rendront-elles complémentaire ? Seront-ils adversaires masqués ou alliés lucides ?
Une chose est sûre : Ousmane Sonko sait faire de la politique. C’est un stratège, un dribbleur de surface, un renard des temps forts. Il sait quand accélérer, quand temporiser, quand frapper au moment opportun.
Et Diomaye, lui, apprend vite le poids du costume présidentiel, cette veste qui oblige parfois à ralentir quand d’autres veulent sprinter.
Le match ne fait que commencer.
Les tribunes sont pleines.
Le ballon est au centre.
Wait and see.
Par Malick BA
Journaliste
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