
TRIBUNE. La Fédération de Russie a interrompu une nouvelle fois la livraison de gaz en Europe, faisant monter la tension d’un cran. Fait pour le moins surprenant, les Occidentaux ont accusé Moscou de se servir du gaz comme « arme de guerre », alors qu’ils avaient eux-mêmes décidé, dès le début de l’« opération spéciale », de se débarrasser du gaz russe.
Six mois après le début du conflit en Ukraine, l’heure est peut-être venue pour les Occidentaux de revenir à la raison. La stratégie de «blitzkrieg économique» contre la Russie a échoué; une bonne partie du territoire ukrainien (près de 25%) est contrôlée par les Russes, et Vladimir Poutine est toujours aussi puissant et populaire chez lui, bénéficiant du soutien de 83% des Russes. Et on ne parle même pas du grand bouleversement géopolitique auquel le monde assiste, avec en toile de fond l’accélération du déclin hégémonique de l’Occident. À l’allure où vont les choses, on peut s’avancer à dire que la Fédération de Russie et la Chine ont toutes les chances de sortir gagnant de l’épreuve de force géopolitique qui les oppose à l’axe États-Unis-Europe. Et pour cause :
1) Leurs décisions sont guidées par la raison (leur raison bien entendu) et leurs intérêts, contrairement à l’Occident dont les décisions sont de plus en plus guidées par l’idéologie;
2) La Russie et la Chine sont dirigées par des stratèges, alors que les pays occidentaux sont dirigés par des idéologues dont les positions dépendent davantage des enjeux de politique intérieure;
3) Les Russes et les Chinois sont prédisposés à entrer en guerre contre l’impérialisme occidental et s’y préparent depuis fort longtemps, contrairement aux Occidentaux qui sont constamment dans la théâtralisation hollywoodienne des enjeux politiques et géopolitiques…
4) Les États-Unis et leurs valets européens ne risqueront pas le confort de leurs populations en entrant en guerre contre la Russie et la Chine;
5) La position des dirigeants occidentaux dépend d’un certain nombre de pesanteurs (politiques, médiatiques, etc.), ce qui n’est pas le cas des dirigeants russe et chinois qui contrôlent tous les leviers du pouvoir dans leur pays.
6) La prétendue union de l’OTAN et de l’Union européenne est si ponctuelle qu’elle ne résistera pas aux intérêts divergents des États membres;
7) Le basculement énergétique de l’Europe s’est fait dans la précipitation et pour amuser les opinions publiques. La réalité risque d’être très dure à accepter pour certains pays européens, ce qui pourrait amener certains d’entre eux à reconsidérer leur position vis-à-vis de la Russie. La Bulgarie, qui faisait le malin il y a quelques mois, a déjà annoncé les couleurs…
Par Patrick Mbeko