Iran. Comment l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a piégé Ies USA et Israël : le «guet-apens » du martyr

ON VA PLUS LOIN. Lorsque la mort du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Hosseini Khamenei, a été annoncée, ma première réaction a été de chercher à comprendre les circonstances exactes de sa disparition. On a appris par la suite qu’il est mort chez lui, lors du bombardement de sa résidence par la coalition israélo-américaine. Cela m’a paru très étrange. Pourquoi le Guide iranien est-il resté dans sa résidence, lui qui savait que sa vie était menacée par Israël et les États-Unis ? À mesure que j’écoute les responsables iraniens raconter la séquence, une hypothèse se dessine : celle d’un sacrifice assumé, presque calculé — une forme de « stratégie du sacrifice utile ». Un responsable iranien a même affirmé que le Guide avait refusé d’être évacué dans un lieu sûr. Âgé de 84 ans, affaibli, Khamenei n’avait plus grand‑chose à perdre. Il avait d’ailleurs laissé entendre, dans un discours adressé à la jeunesse iranienne, qu’il était prêt à donner sa vie. Dans un contexte de divisions internes, sa mort pouvait devenir un puissant levier de cohésion nationale, non pas autour du régime en tant que tel, mais autour de la défense de l’Iran. Il savait que sa disparition provoquerait le choc nécessaire pour produire ce que la politique échoue souvent à fabriquer : une unité émotionnelle, un sursaut patriotique qui pousserait les modérés à se rallier à une ligne souverainiste et mobiliserait les communautés chiites de la région. Nous y sommes presque. Les élites occidentales actuelles ont un rapport très conflictuel avec l’Histoire. Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, les États‑Unis avaient choisi de préserver l’image de l’empereur Hirohito, craignant qu’une mise en accusation ne déclenche une révolte populaire et ne compromette l’occupation du Japon. L’empereur avait été maintenu comme figure stabilisatrice. L’Iran n’est pas le Japon, mais la stature symbolique de Khamenei dans l’univers chiite est comparable en termes d’impact. En le tuant, les États‑Unis et Israël ont contribué à ressouder les Iraniens — y compris certains opposants — autour de la cause défendue par la République islamique, tout en galvanisant les chiites de la région. Le rapport à la mort au Moyen-Orient est souvent imprégné d’une spiritualité musulmane où la mort est une transition vers l’au-delà, marquée par la soumission à la volonté divine (« Mektoub »), contrastant avec une approche occidentale plus sécularisée, centrée davantage sur l’individu et la douleur. Je me trompe peut-être, mais je reste convaincu que l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a « piégé » les États-Unis et Israël en les laissant accomplir ce qu’ils désiraient depuis longtemps. C’est ce qu’on appelle le «guet-apens » du martyr. Ce n’est peut‑être pas la guerre elle‑même qui transformera durablement la région, mais la disparition du Guide suprême iranien. Face à des combattants qui ne craignent pas la mort et qui y voient un chemin vers Dieu, les menaces de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu de pulvériser le régime ne suffiront pas à faire reculer les Mollahs. Bien au contraire. Ces derniers semblent déterminés à aller au bout de leur logique, et les pays arabes de la région semblent le comprendre. En réalité, les Américains et les Israéliens mènent une guerre conventionnelle contre des gens pour qui le conflit est en train d’entrer dans sa phase « mystique ». Et, comme je l’ai déjà souligné dans un post précédent, au bout du compte, ne sortira gagnant de cette épreuve de force que le camp capable d’absorber, plus longtemps que l’autre, le choc moral et politique de pertes humaines colossales. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko
Guerre États-Unis/ Israël contre Iran : le marathon vient de commencer

LE TRUC A RETENIR. Le premier jour du conflit opposant la coalition Israël–États‑Unis à l’Iran apporte déjà plusieurs enseignements majeurs. Contrairement à la guerre de douze jours, Téhéran a cette fois réagi immédiatement et de manière coordonnée aux frappes américano‑israéliennes, visant simultanément Israël et plusieurs bases militaires américaines dans le Golfe. Cette capacité de riposte rapide et relativement efficace révèle un niveau de préparation élevé de la République islamique, qui semble avoir tiré toutes les leçons du précédent affrontement. Plus encore, tout indique que l’Iran n’a pas encore mobilisé l’ensemble de ses moyens, ce qui suscite une inquiétude croissante dans les monarchies du Golfe et surtout aux États‑Unis, où certains analystes estiment que les dommages infligés aux installations américaines dans le Golfe compliquent désormais la marge de manœuvre du Pentagone. Les prochains jours pourraient donc être particulièrement mouvementés. La mort du Guide suprême, l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei, modifiera‑t‑elle la dynamique militaire ? Rien n’est moins sûr. Le Guide est avant tout une figure religieuse, et les combattants iraniens entretiennent un rapport à la mort qui est très différent de celui des sociétés occidentales ou africaines. Son assassinat, qui en fait un martyr, va non seulement renforcer la détermination de ses partisans, mais aussi accentuer la radicalisation de la frange la plus modérée du régime. Un autre élément mérite attention : Khamenei avait émis une fatwa interdisant la fabrication, le stockage et l’usage d’armes nucléaires, les qualifiant d’haram (interdites par l’Islam). Rien ne garantit que son successeur maintiendra cette position. En vérité, les États-Unis et Israël viennent d’encourager les Iraniens à se doter de l’arme nucléaire au plus vite. Et cela arrivera tôt ou tard. À moins que les pays agresseurs ne lèvent l’option d’intervenir sur le terrain en Iran, ce qui est très peu probable. Bref. Le conflit armé qui vient de commencer n’est pas une course de vitesse, mais bien un marathon où l’avantage reviendra à la partie capable d’absorber les pertes sans vaciller. Reste à voir comment réagira l’opinion américaine lorsque les premiers cercueils de soldats reviendront sur le sol des États‑Unis. Je bois mon lait nsambarisé… Par Patrick Mbeko
Conférence de Munich : quand le soldat Rubio tente de sauver le suprémacisme blanc

PARLONS-EN. La conférence de Munich sur la sécurité vient de s’achever, et je ne sais pas si les Africains ont prêté attention au discours du ministre américain des Affaires étrangères, Marco Rubio. Pour ceux qui ne l’ont pas suivi, on va résumer en une phrase : Rubio a plaidé pour une restauration de l’Occident — au nom de la « civilisation occidentale » — sous la direction des États-Unis. Il a livré un plaidoyer pour une vision du monde que l’on peut, sans exagérer, rapprocher de ce qu’on appelle la « suprématie blanche », avec tout ce qu’elle charrie de lourd et de problématique. Il semble regretter l’époque où l’homme blanc s’arrogeait le droit de conquérir la planète et d’assujettir les prétendues races «inférieures» à ses caprices. Il a appelé l’Europe à se ranger derrière l’Amérique de Donald Trump, engagée dans une nouvelle croisade contre ceux qui défient l’ordre international façonné et dominé par les États-Unis. Et au terme de son allocution, les dirigeants et responsables européens lui ont réservé une ovation debout. Rien d’étonnant : tout en les bousculant, Marco Rubio leur a tout de même rappelé, en filigrane, ce passé « glorieux » où l’homme blanc pouvait commettre des génocides, coloniser, dominer et imposer ses volontés et ses soi-disant « valeurs » au reste du monde sans sourciller. Deux grandes leçons se dégagent de cette intervention, qui reflète la vision américaine en matière de politique étrangère. Premièrement, certains Occidentaux semblent incurables : on ne les guérira pas de leur obsession de diriger le monde. Quand on a construit sa prospérité sur la souffrance d’autrui, en enjambant des montagnes de cadavres et en s’abreuvant de torrents de sang humain, il devient difficile d’accepter un monde qui refuse désormais cette prétention à la domination. Deuxièmement, les Africains en général, et les Congolais en particulier, devraient en tirer les conclusions qui s’imposent. Ceux qui sont aux manettes dans la plupart des pays occidentaux ne rêvent que d’une chose : les dominer. Ils sont désemparés parce qu’ils n’ont plus les moyens de leur domination. Ce n’est pas le monde qui est en crise, comme le répètent certains commentaires occidentaux; c’est l’hégémonie occidentale qui est malade de son déclin et qui cherche la bonne formule pour se prolonger. On peut détester Donald Trump et le comparer, comme le font certains en Europe, à Adolf Hitler. Mais il faut garder à l’esprit que l’Amérique de Trump n’est pas fondamentalement différente de l’Union européenne d’Ursula von der Leyen ; et que le président américain, comme Hitler par ailleurs, sur l’essentiel, n’est pas très pas différent de ses homologues européens. Ce que Trump a en commun avec Hitler, c’est d’appliquer à ses semblables occidentaux — donc à des Blancs comme lui — ce que l’Occident a toujours fait subir aux non-Blancs. Oui, ce qui a fait de Hitler un monstre, ce n’est pas seulement la nature criminelle de ses actes, mais aussi l’identité — blanche — de ses victimes. L’histoire écrite par ceux qui ont exterminé les Amérindiens et décimé des nations entières en Amérique latine, en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient, au nom d’une prétendue supériorité civilisationnelle, ne lui pardonne pas de s’être « trompé de race » dans son entreprise exterminatrice. Trump, à son tour, est en train de « se tromper de race », et cela heurte profondément l’Europe, qui préférerait voir le camp occidental resserrer les rangs face à la montée des puissances dites « révisionnistes » — Chine et Russie en tête — autour desquelles se greffent plusieurs pays de la Majorité mondiale. C’est cette dynamique que Rubio a, au fond, mise en lumière à Munich. Aux Africains de mesurer lucidement ce qui se prépare… Par Patrick Mbeko
Intervention US au Venezuela : entre artifices juridiques et réalités géopolitiques

Réponse à la tribune du professeur Sam Bokolombe L’intervention brutale des États-Unis au Venezuela, marquée par l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, suscite en Afrique une effervescence interprétative où la rapidité des prises de position l’emporte souvent sur l’analyse informée. Entre la dénonciation légitime d’une atteinte brutale à la souveraineté et au principe de non-ingérence, et l’adhésion de certains compatriotes africains à une grille de lecture simplificatrice assimilant Maduro au seul archétype du « dictateur » – au nom d’un récit largement façonné par des représentations occidentales –, il devient nécessaire de réintroduire de la nuance. Une approche rigoureuse consiste à dissocier l’évaluation du régime vénézuélien, avec ses dérives autoritaires et ses impasses politiques, du jugement porté sur le procédé employé, dont la logique de force et le contournement des cadres multilatéraux créent un précédent potentiellement déstabilisateur. Dans une tribune publiée sur Facebook, le professeur Sam Bokolombe explique que « du point de vue des USA, l’ordonnancement juridique interne américain prévaut sur le chimérique droit international, tandis que le droit congolais prévoit le monisme à primauté du droit international (cfr art. 215 de la Constitution) ». Il ajoute : « Les USA ont mis en œuvre leur droit interne et aucun État ne peut leur interdire de ce faire ». J’avoue avoir été surpris par cet argument, qui relève davantage de la théorie que de l’analyse rigoureuse des faits au regard du droit international et des enjeux géopolitiques qui caractérisent l’agression militaire américaine. On ne peut brandir l’argument du «droit interne américain» sans tenir compte du contexte général qui a présidé à l’attaque américaine. Bien avant cette attaque, les médias ont fait état du rassemblement de 15 000 soldats américains dans la région en décembre et du récent déploiement d’un porte-avions américain près du Venezuela. De plus, l’intervention américaine a été décidée par le président américain, elle visait un autre chef d’État et a été menée dans un contexte de relations hostiles entre les États-Unis et le Venezuela. Mieux, Donald Trump a justifié l’opération en invoquant la doctrine Monroe. Formulée en 1823 par le cinquième président des États-Unis James Monroe, cette doctrine, « trop longtemps oubliée » selon Trump, a souvent été brandie pour justifier les interventions américaines au sud du continent américain, considéré par Washington comme sa chasse gardée. D’ailleurs, Donald Trump n’a pas caché ni son ambition de diriger la transition politique au Venezuela ni son intérêt pour les vastes réserves de pétrole du pays. Dans ce contexte, il est difficile de voir comment cette attaque pourrait être autre chose qu’un « recours à la force » au sens de l’article 2(4) de la Charte des Nations unies. L’argument du « droit interne » américain est d’autant plus léger qu’il est contesté aux États-Unis même, où la Maison-Blanche est accusée d’avoir outrepassé le Congrès pour mener l’attaque contre le Venezuela. Sans remettre en cause les compétences du professeur Bokolombe et des juristes qui s’aventurent imprudemment sur le terrain glissant de la géopolitique, je dirais tout simplement que l’acrimonie à l’égard d’un chef d’État du sud, fût-il autoritaire, ne doit pas conduire des universitaires à prendre des libertés avec les faits et la « science juridique ». Il est vrai que les questions géopolitiques sont complexes et parfois difficiles à en saisir les subtilités. Mais de là à justifier l’injustifiable, il n’y a qu’un pas. Autrement dit, refuser l’agression américaine ne signifie pas absoudre le pouvoir de Nicolás Maduro, pas plus que le critiquer n’autorise à banaliser une opération impérialiste qui reconfigure, au mépris des normes déjà fragiles, les rapports de puissance internationaux. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko
RD Congo. Il faut lever la suspension du général Ekenge

OPINION. Il aura fallu à peine 24h aux autorités congolaises pour réagir et sanctionner le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, accusé d’avoir tenu des propos à caractère xénophobe visant des Tutsis. Soyons clairs : ce type de discours est inacceptable et ne devrait jamais avoir sa place dans la communication d’une armée nationale. Point. Mais maintenant, parlons vrai : fallait-il le suspendre comme un malfaiteur, en mode panique, sans nuance, sans pédagogie, sans proportion ? NON. Un blâme formel, public et sans ambiguïté, accompagné d’un rappel strict des règles disciplinaires, aurait suffi. La suspension expéditive donne un signal catastrophique : dès qu’un sujet touche, de près ou de loin, au Rwanda, Kinshasa marche sur des œufs, comme si certains thèmes étaient intouchables, comme si la peur de froisser Kigali ou ses relais devait primer sur le bon sens et l’équité. Et surtout, où est la réciprocité ? Quand des responsables ou propagandistes liés au régime de Paul Kagame insultent, nient ou piétinent la mémoire des victimes congolaises, sont-ils sanctionnés ? Non. Quand on banalise les crimes commis sur le sol congolais, quand on méprise nos morts, quand on traite les Congolais comme quantité négligeable, qui s’excuse ? qui paie le prix ? Personne. Donc oui, on condamne les dérapages. Mais on refuse l’hypocrisie et la justice à sens unique. La lutte contre la xénophobie ne doit pas être un prétexte pour imposer au Congo une prudence servile et un silence forcé, pendant que d’autres se permettent tout. Qu’on cesse les sanctions-spectacles. Un blâme, un recadrage, et on tourne la page. La suspension du général Ekenge doit être levée.
RD Congo. Le régime de la division et de la haine

LIBRES PROPOS. Vous enlevez un jeune dont le seul « crime » est d’avoir critiqué le régime de Félix Tshisekedi. Vous le gardez dans un lieu tenu secret pendant des jours. Vous le torturez. Puis, aujourd’hui, vous publiez tranquillement une vidéo où le jeune homme, visiblement affaibli, présente des excuses au président. Vous pensez l’avoir humilié. En réalité, vous venez surtout d’exposer le régime. Une vidéo d’excuses après une disparition, ce n’est pas une victoire. C’est un aveu. L’aveu d’un pouvoir qui ne répond plus par le droit, mais par l’intimidation. L’aveu d’un pouvoir qui transforme la critique en affaire de sécurité, comme si un pays pouvait se gouverner en faisant peur à sa jeunesse. Et après, on s’étonne de voir des Congolais basculer — parfois à contrecœur — vers des soutiens paradoxaux, y compris envers des groupes armés comme le M23. On s’étonne d’entendre certains regretter l’époque de Joseph Kabila que beaucoup n’osaient plus défendre. Mais ce sont ces pratiques et comportements qui fabriquent la colère, la radicalisation et la nostalgie du « c’était peut-être mieux avant ». Un pouvoir intelligent apaise, convainc, respecte les règles. Un pouvoir fragile intimide, filme, exhibe. Quand il répond à la critique par la peur, il ne réduit pas la contestation, il la radicalise. Humilier un citoyen n’élève pas l’État, ça le rabaisse. Et chaque disparition, chaque « excuse » forcée, chaque mise en scène… c’est une balle de plus dans le pied du régime Tshisekedi. Et le jour où l’alternance surviendra, c’est la stabilité même du pays qui risque d’en payer le prix, tant les frustrations accumulées sont profondes. Il faudra des générations pour neutraliser le poison de la division et de la haine distillé dans les cœurs et les esprits par le régime actuel. Par Patrick Mbeko
La RDC et ses « Nouveaux mendiants » !

PARLONS-EN. La RDC produit aujourd’hui en quantité industrielle un type d’individus devenu presque normal : les « Nouveaux mendiants », qu’on appelle aussi les « djalelistes » . Leur spécialité ? Le djalelo : l’art de glorifier le puissant du moment, de le porter aux nues, de le sanctifier… en échange d’une faveur : argent, poste, promotion, protection, voyage, marché, invitation, visibilité. Ailleurs, on appelle ça simplement la courtisanerie. En RDC, le phénomène a pris une ampleur telle qu’il ressemble à une norme : la mendicité s’est faite culture, puis réflexe, puis institution. On ne valorise plus la compétence, on récompense l’éloge ; on ne respecte plus la vérité, on applaudit le mensonge utile ; on ne défend plus la dignité, on négocie l’humiliation. Le plus grave, c’est que ces « Nouveaux mendiants » ne viennent pas d’un seul milieu. Ils sont partout, tels des fourmis : politiciens, pasteurs, professeurs, fonctionnaires, étudiants, sentinelles, artisans… jeunes et vieux, hommes et femmes. Le pays finit par ressembler à un marché de louanges, où la parole se vend au plus offrant. Dans ce système, qui s’est considérablement renforcé sous le régime de Félix Tshisekedi, la vérité devient à géométrie variable : aujourd’hui on encense, demain on renie, après-demain on accuse… selon la direction du vent et la taille de l’enveloppe. Certains appellent cela de « l’intelligence », l’art de négocier sa survie dans un océan de précarité. Moi j’y vois surtout une crise de dignité. On ne reconstruira pas la RDC avec des hymnes à la gloire des individus. On la reconstruira avec le respect de la vérité, la compétence et le courage de dire NON. Question simple avant de conclure : à quel moment a-t-on décidé que la flatterie valait plus que l’honneur ? Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko
Comprendre l’hostilité des Congolais à l’égard du régime Tshisekedi malgré la guerre du Rwanda (M23)

PARLONSS-EN. La paix et l’intégrité territoriale de la RDC sont aujourd’hui mises à mal par une combinaison de facteurs (faiblesse de l’État, conflits fonciers et communautaires, ingérences et dynamiques régionales, entre autres) qui s’alimentent mutuellement. Pour une très large partie de la population congolaise, ce que l’on peut désigner comme un « suprémacisme luba » en fait partie. C’est en partie ce qui explique que certains regrettent l’ère Joseph Kabila et/ou expriment une forte hostilité envers le régime de Félix Tshisekedi, alors même que le pays fait face à une agression armée orchestrée depuis le Rwanda. La RDC est un pays d’une très grande diversité ethnique, avec plus de 250 groupes ethniques. Pour beaucoup de Congolais, l’idée qu’un seul cherche à s’imposer aux autres ou à les soumettre à son diktat est tout simplement inacceptable. Félix Tshisekedi, qui est issu de ce groupe, s’est comporté davantage en leader communautaire qu’en chef d’État fédérateur. Conséquence : on entend certains dire qu’ « il faut en finir avec Tshisekedi et ses frères » qui, par ailleurs, ne manquent pas d’afficher une arrogance ostentatoire vis-à-vis des autres Congolais et du reste du monde. La situation est d’autant plus inquiétante que la volonté de tourner la page du régime Tshisekedi et de ce qu’il symbolise est désormais si forte qu’elle peut conduire à accepter toutes sortes de compromis. Les foyers de frustration ne se limitent pas à l’opposition; on en trouve aussi au sein des FARDC, des services de sécurité, et jusque dans l’Union sacrée, la coalition politique du président. Les velléités du régime de Kinshasa de modifier la Constitution afin de permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au-delà de 2028 sont lues à la lumière de la dynamique décrite plus haut. Dans ce contexte, beaucoup en viennent à considérer le M23 comme un «mal nécessaire». On s’en méfie, certes, mais certains souhaitent le voir mettre un terme à ce qu’une partie importante des Congolais perçoit comme une menace existentielle, à savoir le «suprémacisme luba». Il revient dès lors à Félix Tshisekedi de mesurer la gravité du moment, et à nos compatriotes luba non tribalisés à outrance de se prononcer ouvertement, non pas pour un régime, mais pour la République. Par Patrick Mbeko