Pétrole : normalisation incertaine, tensions persistantes au Moyen-Orient

Sur les sept premiers mois de 2026, les cours du Brent (Dated) se sont établis en moyenne à 91 dollars le baril, contre 72 dollars en janvier-juillet 2025, soit une hausse d’environ 27%, indique la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) relevant du ministère marocain de l’Economie et des Finances.

Cette flambée tient surtout au choc d’offre provoqué par le conflit au Moyen-Orient, aux attaques contre les infrastructures énergétiques et à la quasi-interruption du trafic dans le détroit d’Ormuz. Le recul de la production régionale et des flux maritimes a renforcé la prime de risque, souligne-t-elle dans sa note de conjoncture du mois d’août 2026 (N°354).

En juin, le Brent a reculé à 85 dollars en moyenne, soit -21% sur un mois et -29% par rapport à avril. Il avait atteint un record de 144,5 dollars le 7 avril, avant de tomber autour de 68 dollars début juillet, à la suite de l’accord-cadre américano-iranien et de la reprise partielle du trafic. Le mouvement s’est toutefois inversé après l’effondrement de l’accord, le rétablissement du blocus américain et la menace de sanctions.

Le Brent a atteint 106 dollars le 23 juillet, son plus haut en deux mois, marquant une envolée de 55% par rapport à son creux du 2 juillet. Il a reculé à 85 dollars le 5 août, avant de rebondir à 94 dollars le 21 août, suite à l’échec des négociations d’un accord entre l’Iran et les Etats-Unis. Les perturbations persistantes des flux par le détroit d’Ormuz et les menaces pesant également sur le trafic en mer Rouge maintiennent une prime de risque élevée.

Le détroit d’Ormuz demeure le principal point de fragilité du marché. Près de 20 mb/j y transitaient avant le conflit, contre seulement 2,7 mb/j en moyenne entre mars et mai. En juin, les exportations pétrolières du Golfe, y compris celles empruntant des itinéraires alternatifs, sont remontées à 16,1 mb/j, contre 24 mb/j avant le conflit. Cette amélioration a été brutalement interrompue en juillet : le 16 juillet, seuls trois navires de marchandises ont franchi le détroit, sans passage de superpétrolier ni de méthanier pour le deuxième jour consécutif.

Selon l’AIE, l’offre mondiale diminuerait de 4,3 mb/j en 2026, à 102,0 mb/j, avant de rebondir de 8,3 mb/j en 2027, sous réserve d’une désescalade rapide et d’une normalisation du transit. La demande reculerait de 1,6 mb/j en 2026, avant de remonter de 2,4 mb/j en 2027, à 105,7 mb/j. Ce décalage pourrait générer un excédent important l’an prochain, mais la reprise des hostilités fragilise fortement ce scénario.

Les stocks restent sous tension. Après une baisse de 143 mb en mai, les stocks mondiaux observés ont augmenté de 21 mb en juin, uniquement grâce à la hausse du pétrole en mer. Les stocks de l’OCDE ont encore reculé de 62 mb en juin, dont 44 mb de réserves publiques, déjà tombées à leur plus bas niveau depuis 1990. La faiblesse de ces réserves réduit la capacité du marché à absorber un nouveau choc prolongé.

Les perspectives de prix demeurent très incertaines. Goldman Sachs estime que les risques sur le pétrole sont désormais orientés à la hausse à court terme, après la rechute des exportations du Golfe. La banque maintient ses prévisions pour le Brent à 80 $/b au T4 2026 et à 75 $/b en moyenne en 2027, mais envisage un dépassement de 120 $/b si les perturbations des exportations se prolongent. À l’inverse, un redressement rapide de la production, conjugué à une demande faible, pourrait ramener les cours autour de 70 $/b fin 2026, voire autour de 60 $/b en 2027.

L’AIE ne publie pas de prévisions de prix, mais son scénario de fort rebond de l’offre en 2027 suggère un biais baissier à moyen terme. Les risques restent toutefois bilatéraux : haussiers si la normalisation du trafic par Ormuz tarde ou demeure partielle ; baissiers si les exportations du Golfe se rétablissent plus rapidement que prévu.

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