Claver Gatete : L’Afrique pourrait subir de lourdes conséquences du conflit au Moyen-Orient

Claver Gatete : L’Afrique pourrait subir de lourdes conséquences du conflit au Moyen-Orient

Hausse des prix de l’énergie, resserrement des conditions financières et  perturbation des voies commerciales La hausse des prix de l’énergie, le resserrement des conditions financières et la perturbation des voies commerciales affecteront rapidement nos économies, a prévenu le secrétaire général adjoint de l’ONU et secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Claver Gatete. «Le conflit qui s’intensifie au Moyen-Orient a déjà des répercussions sur les marchés de l’énergie et les flux commerciaux, avec des conséquences qui pourraient s’avérer encore plus lourdes», a-t-il déclaré à l’ouverture des travaux de la 58ème session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique (COM 2026) tenue récemment à Tanger. Le secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique appelle à accélérer la transformation économique du continent «Pour l’Afrique, il ne s’agit pas d’un phénomène lointain. C’est une question de survie économique», a-t-il insisté dans une allocution prononcée à cette occasion. Bien que la réunion se tienne à un moment où l’incertitude mondiale est à son comble, Claver Gatete a toutefois indiqué que «de nouvelles possibilités commencent à se dessiner au milieu de ces bouleversements». En effet, «alors que les routes commerciales traditionnelles traversant la mer Rouge et le détroit d’Ormuz sont de plus en plus encombrées, l’Afrique se positionne rapidement comme un corridor logistique mondial, le port de Lamu au Kenya ainsi que ceux de Durban et de Maputo enregistrant des pics de trafic sans précédent», a-t-il fait remarquer. De plus, la compagnie Ethiopian Airlines est en train de devenir un pont aérien essentiel entre l’Asie et l’Europe, et le Nigeria a engrangé des recettes pétrolières exceptionnelles. Au cours de son intervention, le secrétaire exécutif de la CEA a par ailleurs relevé les perspectives de croissance encourageantes de l’Afrique dont les prévisions avoisineraient les 4% en 2026. Cependant, «une croissance sans transformation est une croissance sans élan», a-t-il estimé rappelant à ce propos que «trop souvent, cela n’a pas permis d’apporter les changements structurels, les gains de productivité ou les créations d’emplois à grande échelle dont notre population a besoin. Trop souvent, nos économies se sont développées sans modifier en profondeur ce qu’elles produisent, la manière dont elles se font concurrence ou l’endroit où la valeur est créée ». Sur la transformation, qui n’est pas simplement technologique mais aussi une question macroéconomique, Claver Gatete s’est interrogé: «Nos choix budgétaires, nos stratégies en matière d’endettement et nos priorités d’investissement sont-ils en phase avec la transformation à long terme?» De son point de vue, « dans bon nombre de nos pays, l’étroitesse de la marge de manœuvre budgétaire, l’augmentation des charges liées au service de la dette et le coût élevé de l’emprunt freinent les investissements. Il est donc essentiel non seulement d’accroître les investissements, mais aussi d’en améliorer la qualité en ciblant les secteurs qui favorisent la productivité, la diversification et la résilience, a-t-il exhorté. En conséquence, la politique macroéconomique doit aller au-delà de la stabilisation à court terme pour soutenir activement la transformation et faire en sorte que les investissements publics, les stratégies de financement et la gestion de la dette soient alignés sur les résultats en matière de développement, a poursuivi Claver Gatete insistant sur la nécessité d’aborder l’innovation «dans le cadre d’une politique globale et intégrée qui relie le financement, la technologie et les changements structurels». De son point de vue, «la question essentielle n’est pas l’accès à la technologie en soi; c’est plutôt sa diffusion effective dans les secteurs productifs. Placée sous le thème «La croissance par l’innovation: exploiter les données et les technologies de pointe au service de la transformation économique de l’Afrique», la 58e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique s’est déroulée du 28 mars au 3 avril dans la capitale du Détroit. Alain Bouithy

Guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix menace d’aggraver la faim dans le monde

Guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix menace d’aggraver la faim dans le monde

L’escalade du conflit au Moyen-Orient pourrait entraîner une flambée des prix des denrées alimentaires et du carburant, avertit une agence des Nations Unies, qui craint des répercussions au-delà de la région et une aggravation de la faim dans le monde parmi les populations les plus vulnérables. Dix jours de guerre, qui ont fait vaciller Téhéran et embrasé le Moyen-Orient, perturbent déjà les chaînes d’approvisionnement, font grimper les coûts et affaiblissent le pouvoir d’achat des familles. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), les personnes qui étaient auparavant en situation précaire pourraient être poussées vers une insécurité alimentaire encore plus grave. Le conflit entraîne déjà des répercussions immédiates sur la sécurité alimentaire au Moyen-Orient. Au Liban, d’importants déplacements internes ont lieu au sein d’une population qui est confrontée depuis plusieurs années à une forte insécurité alimentaire. Transport maritime, énergie et engrais En Iran, les pressions économiques préexistantes aggravent la crise. La stagnation économique, la forte inflation alimentaire et la dépréciation rapide de la monnaie étaient à l’origine de l’insécurité alimentaire avant le conflit actuel, laissant les ménages avec une capacité limitée à absorber de nouveaux chocs. À Gaza, si certains points de passage ont depuis rouvert, les prix des denrées alimentaires restent élevés, ce qui continue de limiter l’accès à une alimentation abordable. Au-delà du Moyen-Orient, le conflit provoque de « graves perturbations » dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, avec un scénario sans précédent de « double goulot d’étranglement » pour le transport, qui affecte les marchés du transport maritime, de l’énergie et des engrais, avec des répercussions évidentes.  Cette situation se matérialise déjà dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial. Les perturbations dans cette voie de transit pour environ 20 % des expéditions mondiales de pétrole et de gaz, ont entraîné « une baisse du trafic maritime, une hausse des risques navals et le détournement ou la suspension du fret commercial ». Risque d’inflation mondiale Le PAM avertit que si le conflit s’intensifie, la combinaison du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge, autre passage stratégique pour le commerce mondial, pourrait créer « un scénario sans précédent de double goulot d’étranglement pour le commerce mondial et les flux énergétiques ». « Si le scénario actuel devait perdurer, la hausse des prix du pétrole devrait entraîner une augmentation des prix des denrées alimentaires à l’échelle mondiale », prévient l’agence onusienne dans son dernier rapport de situation.  La situation actuelle menace non seulement les marchés mondiaux, mais complique aussi l’acheminement de l’aide humanitaire vers les populations vulnérables. « Cela augmente le risque que les personnes attendent plus longtemps pour recevoir de l’aide et soient confrontées à une insécurité alimentaire et à une malnutrition accrues ». Plus largement, ces tensions sur le détroit d’Ormuz font grimper les prix du carburant et du transport. Selon le PAM, cela accentue donc « le risque d’une nouvelle inflation mondiale, avec des répercussions sur les prix des denrées alimentaires dans le monde entier ». Routes et ports alternatifs Face à ces tensions et à la flambée des coûts, le PAM a obtenu des concessions auprès des compagnies maritimes pour faciliter l’acheminement de l’aide. L’agence onusienne indique avoir négocié « avec succès » la suppression des surcharges d’urgence imposées par les principaux transporteurs maritimes. L’objectif est d’alléger la charge financière qui pèse sur le PAM et d’autres partenaires humanitaires.  Alors que les fermetures d’espace aérien et de certaines routes maritimes continuent de limiter les opérations, le PAM s’adapte pour maintenir la continuité de l’aide. Il s’agit notamment de s’appuyer davantage sur les fournisseurs et les routes de transit en Turquie, en Égypte, en Jordanie et au Pakistan, ainsi que d’utiliser les corridors terrestres entre les Émirats arabes unis et le Levant lorsque cela est possible.  Les ports égyptiens, pleinement opérationnels, et le canal de Suez sont aussi mis à contribution pour soutenir les opérations régionales des agences humanitaires. ONU

Iran. Comment l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a piégé Ies USA et Israël : le «guet-apens » du martyr

Iran. Comment l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a piégé Ies USA et Israël : le «guet-apens » du martyr

ON VA PLUS LOIN. Lorsque la mort du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Hosseini Khamenei, a été annoncée, ma première réaction a été de chercher à comprendre les circonstances exactes de sa disparition. On a appris par la suite qu’il est mort chez lui, lors du bombardement de sa résidence par la coalition israélo-américaine. Cela m’a paru très étrange. Pourquoi le Guide iranien est-il resté dans sa résidence, lui qui savait que sa vie était menacée par Israël et les États-Unis ? À mesure que j’écoute les responsables iraniens raconter la séquence, une hypothèse se dessine : celle d’un sacrifice assumé, presque calculé — une forme de « stratégie du sacrifice utile ». Un responsable iranien a même affirmé que le Guide avait refusé d’être évacué dans un lieu sûr. Âgé de 84 ans, affaibli, Khamenei n’avait plus grand‑chose à perdre. Il avait d’ailleurs laissé entendre, dans un discours adressé à la jeunesse iranienne, qu’il était prêt à donner sa vie. Dans un contexte de divisions internes, sa mort pouvait devenir un puissant levier de cohésion nationale, non pas autour du régime en tant que tel, mais autour de la défense de l’Iran. Il savait que sa disparition provoquerait le choc nécessaire pour produire ce que la politique échoue souvent à fabriquer : une unité émotionnelle, un sursaut patriotique qui pousserait les modérés à se rallier à une ligne souverainiste et mobiliserait les communautés chiites de la région. Nous y sommes presque. Les élites occidentales actuelles ont un rapport très conflictuel avec l’Histoire. Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, les États‑Unis avaient choisi de préserver l’image de l’empereur Hirohito, craignant qu’une mise en accusation ne déclenche une révolte populaire et ne compromette l’occupation du Japon. L’empereur avait été maintenu comme figure stabilisatrice. L’Iran n’est pas le Japon, mais la stature symbolique de Khamenei dans l’univers chiite est comparable en termes d’impact. En le tuant, les États‑Unis et Israël ont contribué à ressouder les Iraniens — y compris certains opposants — autour de la cause défendue par la République islamique, tout en galvanisant les chiites de la région. Le rapport à la mort au Moyen-Orient est souvent imprégné d’une spiritualité musulmane où la mort est une transition vers l’au-delà, marquée par la soumission à la volonté divine (« Mektoub »), contrastant avec une approche occidentale plus sécularisée, centrée davantage sur l’individu et la douleur. Je me trompe peut-être, mais je reste convaincu que l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a « piégé » les États-Unis et Israël en les laissant accomplir ce qu’ils désiraient depuis longtemps. C’est ce qu’on appelle le «guet-apens » du martyr. Ce n’est peut‑être pas la guerre elle‑même qui transformera durablement la région, mais la disparition du Guide suprême iranien. Face à des combattants qui ne craignent pas la mort et qui y voient un chemin vers Dieu, les menaces de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu de pulvériser le régime ne suffiront pas à faire reculer les Mollahs. Bien au contraire. Ces derniers semblent déterminés à aller au bout de leur logique, et les pays arabes de la région semblent le comprendre. En réalité, les Américains et les Israéliens mènent une guerre conventionnelle contre des gens pour qui le conflit est en train d’entrer dans sa phase « mystique ». Et, comme je l’ai déjà souligné dans un post précédent, au bout du compte, ne sortira gagnant de cette épreuve de force que le camp capable d’absorber, plus longtemps que l’autre, le choc moral et politique de pertes humaines colossales. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

Syrie : Les grands perdants de la chute d’Assad…

Syrie : Les grands perdants de la chute d’Assad…

TRIBUNE. La dynastie Al Assad qui a régné durant 54 ans sur la Syrie vient de tomber après juste douze jours d’affrontements et ce, à cause de la pourriture interne de son régime et de changement de stratégies de déstabilisations des puissances otaniennes qui n’ont rien lâché depuis leurs premières attaques de 2012 via des groupes terroristes. Avec cette chute, les équilibres politiques du Moyen-Orient vont basculer et il y aura inexorablement une nouvelle redistribution de cartes dans la région. Deux perdants et deux gagnants figurent dans cette guerre. Parmi les grands pédants se comptent la Russie et l’Iran. La chute d’Al Assad emporte avec elle les intérêts géostratégiques russes en Méditerranée. Moscou perd son seul allié loyal de longue date en dehors de l’espace soviétique… Elle perd également sa seule base navale en mer chaude. C’est un camouflet pour le Kremlin, qui avait présenté la Syrie comme le modèle des interventions « à la russe », qui se résolvaient vite au lieu de s’embourber comme les aventures occidentales. Ce port sur la Méditerranée s’avérait également un moyen de revenir dans le jeu diplomatique de la région, en se positionnant comme interlocuteur incontournable de toute négociation au Moyen-Orient. Bref, un symbole de la stature mondiale de la Russie. Il faudra désormais renoncer à de telles ambitions. La défaite de l’Iran est quant à elle beaucoup plus profonde. Depuis la mort de Khomeiny, la République Islamique a fait de la Palestine la question centrale de la vie du pays, la justification de tous les sacrifices. Maintenant que la Syrie est tombée, que le Hamas est aussi meurtri, que le Hezbollah est dans une situation aussi précaire, il semble bien que l’Iran n’ait plus aucun moyen crédible de menacer Israël. Le coup porté à l’idéologie du pouvoir est très rude. Il va lui falloir se réinventer, sans quoi son avenir sera sombre. Le premier pays qui bénéficiera clairement de la situation, c’est la Turquie, qui pourra enfin rapatrier les millions de réfugiés syriens présents sur son territoire, et qui pourra faire de son voisin méridional un quasi-protectorat du fait du différentiel de puissance économique. Sans parler, bien sûr, de la question Kurde. Maintenant que les Russes sont partis, plus rien ne s’oppose à une offensive pour détruire le PYD (branche syrienne du PKK). Elle aura sans doute lieu, car Joulani ne cherchera probablement à négocier avec eux plutôt qu’à les éliminer. La chute du clan Assad marquera l’histoire par les changements stratégiques majeurs qu’elle déverrouille dans toute la région. Reste à voir si ces changements seront porteurs d’espoir, où s’ils entraîneront le Moyen-Orient dans la nuit comme l’avait fait la chute de Saddam Hussein. En entrant dans une profondeur géostratégique, je dirais que la défaite de la Syrie n’est pas fruit du hasard. C’est le résultat d’une longue stratégie mise en place par l’Occident depuis le printemps arabe de 2011 qui a vu se crouler tour à tour les régimes de Tunisie, d’Égypte, de Libye etc. La Syrie a résisté jusqu’à 2017 mais a commis la grave erreur d’avoir baissé la garde. Elle a ignoré que l’autre camp ne renonce jamais quand il se fixe un objectif et que ses haut-gradés étaient déjà achetés par le camp ennemi. La véritable question qu’il faut se poser est la suivante: pourquoi ce coup se produit MAINTENANT? Cette chute de Al Assad ne se comprend mieux que dans le contexte géopolitique plus large de ce qui se déroule en Ukraine où tous les moyens sont bons pour affaiblir l’adversaire et ses alliés. La Russie en perdant son port sur la Méditerranée et l’Iran en perdant sa “ceinture chiite” dans les frontières avec Israël se trouvent tous deux très affaiblis. En anéantissant les bases arrière de l’Iran, celui-ci devient vulnérable vis-à-vis d’Israel et des forces otaniennes. Trump qui dans ses promesses électorales, a promis d’anéantir l’Iran a désormais les coudées franches pour les mettre en exécution dès qu’il sera installé à la Maison Blanche. L’anéantissement de l’Iran qui fabrique des drones en faveur de la Russie affaiblira cette dernière. D’autre part en remplaçant Al Assad par un régime terroriste Sunnite financé par Israël et les puissances occidentales, la Syrie va le payer très cher. Damas sera régi par un pouvoir de type Al Qaida, le pays entrera ainsi dans un chaos organisé comme en Libye et en Irak et pire il pourra devenir l’épicentre du terrorisme international qui sera instrumentalisé par qui l’on sait contre tout régime du Moyen-Orient qui n’acceptera pas de marcher au pas de ses ukases. Germain Nzinga

Une offre surabondante de pétrole pourrait atténuer les effets sur les cours d’un conflit plus étendu au Moyen-Orient

Une offre surabondante de pétrole pourrait atténuer les effets sur les cours d’un conflit plus étendu au Moyen-Orient

Selon le dernier rapport Commodity Markets Outlook de la Banque mondiale, les prix mondiaux des produits de base en 2025 devraient tomber à leur plus bas niveau depuis cinq ans, dans un contexte de surabondance de pétrole si importante qu’elle limitera probablement les effets sur les prix d’un conflit plus large au Moyen-Orient. Néanmoins, les prix globaux des matières premières resteront supérieurs de 30 % à ce qu’ils étaient au cours des cinq années précédant la pandémie de COVID-19. L’an prochain, l’offre mondiale de pétrole devrait excéder la demande de 1,2 million de barils par jour en moyenne, un chiffre qui n’a été surpassé que deux fois auparavant, lors des mesures de confinement liées à la pandémie de 2020 et de l’effondrement des cours en 1998. Cette nouvelle surabondance de l’offre reflète en partie un changement majeur en Chine, où la demande de pétrole a pratiquement stagné depuis 2023 en raison d’un ralentissement de la production industrielle et d’une augmentation des ventes de véhicules électriques et de camions fonctionnant au gaz naturel liquéfié. En outre, plusieurs pays qui ne font pas partie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ou de ses alliés (OPEP+) devraient accroître leur production. L’OPEP+ elle-même maintient d’importantes réserves — 7 millions de barils par jour —, soit près du double du niveau constaté en 2019, à la veille de la pandémie. Entre 2024 et 2026, les cours mondiaux des produits de base devraient chuter de près de 10 %. Les prix des denrées alimentaires devraient reculer de 9 % cette année et de 4 % supplémentaires en 2025 avant de se stabiliser, mais ils resteront supérieurs de près de 25 % à leur niveau moyen sur la période 2015-2019. Pour les prix de l’énergie, les prévisions indiquent un fléchissement de 6 % en 2025 puis d’encore 2 % l’année suivante. Si cette double baisse devrait permettre aux banques centrales de maîtriser plus facilement l’inflation, une escalade des conflits armés risque de compromettre cet effort en perturbant l’approvisionnement en énergie et en faisant grimper ses prix ainsi que ceux des denrées alimentaires. « La chute des cours des matières premières et l’amélioration des conditions d’approvisionnement peuvent constituer un amortisseur contre les chocs géopolitiques, explique Indermit Gill, économiste en chef et vice-président senior du Groupe de la Banque mondiale. Cependant, ces facteurs ne contribueront guère à atténuer les difficultés liées au coût élevé des denrées alimentaires dans les pays en développement, où la hausse de ces prix est deux fois supérieure à celle observée dans les économies avancées. En raison des prix élevés, des conflits, des phénomènes météorologiques extrêmes et d’autres chocs, plus de 725 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire en 2024. » Au cours de l’année écoulée, le conflit au Moyen-Orient a entraîné une forte volatilité des cours du pétrole, en raison notamment de la crainte de dommages aux infrastructures pétrolières et gazières des principaux producteurs si le conflit venait à s’intensifier. En supposant que cela ne se produise pas, le prix moyen annuel du Brent devrait tomber à 73 dollars en 2025, son niveau le plus bas depuis quatre ans, contre 80 dollars le baril cette année. Toutefois, le rapport anticipe aussi ce qui pourrait arriver si le conflit s’intensifiait d’ici la fin de l’année : ainsi, une possible réduction de l’offre mondiale de pétrole de 2 %, soit 2 millions de barils par jour, entraînerait des perturbations d’une ampleur comparable à celles provoquées par la guerre civile en Libye en 2011 et la guerre en Iraq en 2003. Si une situation similaire devait se reproduire, les prix du Brent augmenteraient fortement dans un premier temps, pour atteindre un pic de 92 dollars le baril. En revanche, les producteurs de pétrole qui ne sont pas touchés par le conflit pourraient rapidement réagir à une telle hausse des cours en augmentant leur production. Par conséquent, la flambée des prix pourrait être relativement brève et le cours du pétrole s’établir en moyenne à 84 dollars le baril en 2025. Cela représenterait une hausse de 15 % par rapport à la prévision de base pour 2025, mais de seulement 5 % par rapport à la moyenne de 2024. « La bonne nouvelle, c’est que l’économie mondiale semble être en bien meilleure forme qu’auparavant pour faire face à un choc pétrolier important, déclare Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque mondiale et directeur de la cellule Perspectives. Cela offre de rares opportunités aux décideurs politiques des économies en développement : premièrement, la baisse des prix des matières premières peut constituer un complément utile à la politique monétaire pour ramener l’inflation vers les objectifs ; deuxièmement, ces responsables disposent là d’une occasion de réduire les subventions coûteuses allouées aux combustibles fossiles. » Le prix moyen de l’or, placement de choix pour les investisseurs en quête d’une « valeur refuge », devrait atteindre un niveau record cette année, avec une hausse de 21 % par rapport à la moyenne de 2023. L’or jouit d’un statut particulier parmi les actifs, son prix augmentant souvent en période d’incertitude géopolitique et politique, y compris en cas de conflit. Durant les deux prochaines années, son cours devrait rester 80 % plus élevé que la moyenne des cinq années précédant la pandémie de COVID-19, et ne diminuer que légèrement. Le prix des métaux industriels devrait rester stable en 2025-2026, car la faiblesse du secteur immobilier chinois est compensée par des conditions d’approvisionnement tendues et une demande croissante de certains métaux liés à la transition énergétique. Néanmoins, des résultats inattendus en ce qui concerne la croissance de la Chine pourraient entraîner une volatilité des marchés des métaux. Un dossier spécial du rapport analyse les raisons pour lesquelles les fluctuations des prix des produits de base ont été à tel point synchronisées pendant et après la pandémie. Il en ressort que ces prix ont évolué en parallèle au cours de la période 2020-2023 du fait des répercussions économiques mondiales de la pandémie et de chocs à grande échelle touchant spécifiquement les matières premières, tels que l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les hausses de prix simultanées ont tendance à entraîner une augmentation de l’inflation mondiale et un ralentissement de la croissance économique, mais depuis un an environ, les fluctuations des prix sont

« Les escalades successives mènent les peuples du Moyen-Orient tout droit au bord du précipice » – Guterres

« Les escalades successives mènent les peuples du Moyen-Orient tout droit au bord du précipice » – Guterres

Lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité mercredi matin, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré qu’il était « temps de mettre un terme au cycle répugnant d’escalades successives qui mènent les peuples du Moyen-Orient tout droit au bord du précipice », au lendemain de tirs de missiles sur Israël par l’Iran. « Je condamne à nouveau fermement l’attaque massive de missiles menée hier par l’Iran contre Israël », a dit le chef de l’ONU dans un exposé devant les membres du Conseil. Dans une déclaration publiée mardi, le Secrétaire général avait condamné « l’élargissement du conflit au Moyen-Orient, avec ses escalades successives », à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et entre Israël et l’Iran. « Cela doit cesser. Nous avons absolument besoin d’un cessez-le-feu », avait-il dit. Mercredi, devant le Conseil de sécurité, il a estimé que « chaque escalade sert de prétexte à la suivante ». « Nous ne devons jamais perdre de vue le lourd tribut que ce conflit croissant fait payer aux civils. Nous ne pouvons pas détourner le regard des violations systématiques du droit international humanitaire. Ce cycle mortel de violences réciproques doit cesser. Le temps presse », a ajouté le chef de l’ONU. Cessez-le-feu à Gaza Il a notamment estimé qu’il était « grand temps d’instaurer un cessez-le-feu immédiat à Gaza, avec la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages, la livraison effective de l’aide humanitaire aux Palestiniens de Gaza et des progrès irréversibles vers une solution à deux États ». Il a aussi jugé qu’il était « grand temps de mettre un terme aux hostilités au Liban, de prendre des mesures concrètes pour mettre en œuvre pleinement les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité, ouvrant la voie à des efforts diplomatiques pour une paix durable ». Le Secrétaire général a déclaré que « de manière paradoxale », les attaques de missiles sur Israël par l’Iran « ne contribuent en rien à soutenir la cause du peuple palestinien ni à réduire ses souffrances  ». « Près d’un an s’est écoulé depuis les atroces actes terroristes du Hamas et la prise d’otages du 7 octobre. Depuis octobre dernier, Israël mène à Gaza la campagne militaire la plus meurtrière et la plus destructrice de mes années en tant que Secrétaire général. Les souffrances endurées par le peuple palestinien à Gaza dépassent l’imagination  », a-t-il dit. Il a noté que dans le même temps, « la situation en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, continue de se détériorer avec les opérations militaires israéliennes, la construction de colonies, les expulsions, les confiscations de terres et l’intensification des attaques des colons – sapant progressivement toute possibilité de solution à deux États ». « Et, simultanément, les groupes armés palestiniens ont également fait usage de la violence. Le Hamas a continué de lancer des roquettes et, hier encore, 7 Israéliens ont été tués dans une attaque terroriste à Jaffa », a-t-il ajouté. Les Casques bleus de la FINUL restent en poste Au Liban, le chef de l’ONU a souligné que les Casques bleus de la Force intérimaire des Nations Unies (FINUL) « restent en poste » et que « le drapeau de l’ONU continue de flotter malgré la demande d’Israël de se déplacer ». « Je réitère notre profonde gratitude aux membres militaires et civils de notre force de maintien de la paix de l’ONU – la FINUL – et aux pays contributeurs de troupes. La sécurité de tout le personnel de l’ONU doit être assurée », a-t-il ajouté. Il a rappelé que « les civils paient un prix terrible ». Depuis octobre dernier, plus de 1.700 personnes ont été tuées au Liban, dont plus de 100 enfants et 194 femmes. Plus de 346.000 personnes ont été déplacées de chez elles, les estimations du gouvernement portant ce chiffre à un million. Et 128.000 autres personnes, syriennes et libanaises, ont traversé la frontière vers la Syrie. Depuis le 8 octobre, les attaques du Hezbollah contre Israël ont fait 49 morts, et plus de 60.000 personnes ont été déplacées de chez elles. « L’ONU a mobilisé toutes ses capacités pour fournir une aide humanitaire d’urgence au Liban et je demande à la communauté internationale de financer intégralement notre appel », a souligné le Secrétaire général, pour qui il « est absolument essentiel d’éviter une guerre totale au Liban qui aurait des conséquences profondes et dévastatrices ». Les agences humanitaires de l’ONU ont lancé mardi un appel de fonds de 426 millions de dollars pour le Liban afin de soutenir les centaines de milliers de personnes déracinées par les bombardements israéliens dans le cadre de ce qu’Israël a décrit comme une opération terrestre « limitée, localisée et ciblée » au Liban. ONU

CICR – Moyen-Orient : appel urgent à la désescalade et à la protection des civils

CICR – Moyen-Orient : appel urgent à la désescalade et à la protection des civils

Les attaques qui se multiplient dans diverses parties du Moyen-Orient aggravent les souffrances des civils et font craindre une extension du conflit à toute la région, ce qui entraînerait des conséquences humanitaires dévastatrices. Dans ce contexte, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) lance un appel urgent à la désescalade et à la protection des vies civiles. La vague d’attaques meurtrières qui ont frappé ces dernières semaines Israël et les territoires occupés, le sud du Liban et le Yémen, combinées aux hostilités qui continuent de briser d’innombrables vies à Gaza, font de nouvelles victimes civiles presque chaque jour. Ces événements dramatiques doivent nous inciter à agir pour faire de la protection des civils une priorité dans les conflits armés. « Nous sommes vivement préoccupés par la menace croissante d’un conflit généralisé dans toute la région, et nous demandons instamment à l’ensemble des parties ainsi qu’à la communauté internationale de s’employer de toute urgence à désamorcer les tensions », déclare Éloi Fillion, directeur régional par intérim du CICR pour le Proche et le Moyen-Orient. « Le droit international humanitaire accorde des protections importantes à la population civile, et toutes les parties doivent respecter les obligations que leur impose cette branche du droit. Le CICR exhorte tous les acteurs concernés à prendre des mesures concrètes pour limiter l’impact des hostilités sur les civils. Nous appelons par ailleurs la communauté internationale à faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter que ces cycles de violence alarmants ne dégénèrent en conflit régional de grande ampleur. »

Attaque de l’Iran contre Israël : « Le Moyen-Orient est au bord du gouffre », déclare Guterres au Conseil de sécurité

Attaque de l’Iran contre Israël : « Le Moyen-Orient est au bord du gouffre », déclare Guterres au Conseil de sécurité

ACTUALITE. « Le Moyen-Orient est au bord du gouffre », a prévenu le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, dimanche après-midi, consacrée à l’attaque de l’Iran contre Israël la veille. « Les populations de la région sont confrontées au risque réel d’un conflit dévastateur à grande échelle. C’est le moment de désamorcer la situation. L’heure est désormais à la retenue maximale », a dit le chef de l’ONU à l’ouverture de la réunion, qui a été demandée par Israël. Attaques de drones et de missiles Dans la nuit de samedi à dimanche, Téhéran a lancé plus de trois cents drones, missiles de croisière et missiles balistiques sur Israël, en réponse à une attaque aérienne mortelle contre le consulat iranien à Damas, en Syrie, il y a deux semaines, attribuée à Israël par l’Iran. La quasi-totalité de ces drones et missiles ont été interceptés et les dégâts ont été relativement légers. Selon la presse, les Etats-Unis tentent de persuader Israël de ne pas riposter à son tour pour éviter une nouvelle escalade conduisant à une guerre plus large au Moyen-Orient. L’Iran, de son côté, a indiqué qu’il ne frapperait pas davantage à moins d’être attaqué. Samedi soir, le chef de l’ONU António Guterres a condamné « la grave escalade » que représente l’attaque iranienne et appelé« à la cessation immédiate de ces hostilités ». Le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Dennis Francis, s’est, de son côté, dit « profondément préoccupé » par la situation et a appelé toutes les parties « à faire preuve de la plus grande retenue pour éviter une nouvelle escalade des tensions dans la région ».  Prendre du recul Dimanche, lors de la réunion du Conseil de sécurité, le Secrétaire général a estimé qu’il était « temps de prendre du recul ». « Il est essentiel d’éviter toute action susceptible de conduire à des affrontements militaires majeurs sur plusieurs fronts au Moyen-Orient. Les civils en subissent déjà les conséquences et paient le prix le plus élevé », a-t-il ajouté. Selon lui, « nous avons la responsabilité commune d’impliquer activement toutes les parties concernées pour empêcher une nouvelle escalade ». Il a rappelé que « comme le stipule la Déclaration sur les relations amicales de 1970, les actes de représailles impliquant le recours à la force sont interdits par le droit international ». Le Secrétaire général a estimé que la communauté internationale a également la responsabilité commune « d’assurer un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza, la libération immédiate et inconditionnelle de tous les otages et l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire ». Elle a aussi « la responsabilité commune de mettre fin à la violence en Cisjordanie occupée, de désamorcer la situation le long de la Ligne bleue (entre le Liban et Israël) et de rétablir la sécurité de la navigation en mer Rouge ». Désamorcer la situation Dimanche, le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a également condamné l’attaque de l’Iran contre Israël. « Ces attaques de missiles et de drones risquaient de causer des dommages importants au-delà des cibles militaires et de mettre en danger les civils. Cela ne fait qu’alimenter le feu dans toute la région. Je rappelle à toutes les parties leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme », a dit M. Türk dans un message à la presse. Il s’est dit profondément inquiet du coût potentiel en termes humanitaires et de droits de l’homme si cette escalade conduit à un conflit plus large au Moyen-Orient. « J’exhorte toutes les parties à prendre des mesures pour désamorcer la situation et j’appelle les États tiers, en particulier ceux qui ont de l’influence, à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir qu’il n’y ait pas de nouvelle détérioration d’une situation déjà extrêmement précaire », a-t-il dit.