
L’activité du secteur extractif a poursuivi sa contraction au terme des cinq premiers mois de 2026, a indiqué la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) qui fait état d’un recul de 12,4% de la production de phosphate roche, composante importante du secteur, après une hausse de 14,5% un an plus tôt.
La production des dérivés de phosphates roche s’est également contractée, enregistrant une baisse de 11,5% à fin mai 2026, après une progression de +7,9% un an auparavant, indique la DEPF dans sa note de conjoncture du mois de juillet 2026 (N0353).
D’après ce département relevant du ministère de l’Economie et des Finances, au terme du premier trimestre 2026, la valeur ajoutée du secteur extractif a reculé de 3,2%, après une hausse de 9,3% un an auparavant, en raison notamment des perturbations géopolitiques et logistiques internationales ayant affecté les flux mondiaux de matières premières.
Dans sa note, la DEPF indique en outre que les exportations de phosphates et dérivés se sont pour leur part réduites de 11,2% à fin mai 2026, après une progression de 18,4% une année auparavant, pour avoisiner les 32,7 milliards de dirhams. Cette variation résulte notamment du recul des exportations des dérivés de phosphates.
En effet, malgré une évolution positive des expéditions de l’acide phosphorique qui ont progressé de +2,1% durant la même période, les exportations des dérivés de phosphates se sont contractées de 10,3%, après une hausse de +15,6%. Par ailleurs, les indicateurs des échanges extérieurs montrent que les ventes du secteur des phosphates et dérivés ont reculé de 11,2%, à 32,7 milliards de dirhams, sous l’effet notamment de la baisse des engrais naturels et chimiques (-13,2%) et des phosphates (-19,2%).
Après une consolidation de 48,2% un an auparavant, les expéditions de phosphate roche ont de leur côté régressé de 19,2%.
A l’inverse, les exportations des autres extractions minières ont quasiment doublé, passant d’une progression de 3,2% en mai 2025 à une hausse de +95,4% en mai 2026. D’après la note, cette évolution a été portée plus particulièrement par la dynamique des expéditions de minerai de cuivre et de plomb qui ont respectivement progressé de +321,3% et de +24,6%.
Dans son volet consacré à la conjoncture internationale, la DEPF met également en avant les tensions persistantes sur le marché mondial des engrais, accentuées par le conflit au Moyen-Orient.
La DEPF rappelle qu’environ 16 millions de tonnes d’engrais (soit près d’un tiers des expéditions mondiales par voie maritime) proviennent en temps normal du Golfe et transitent par le détroit d’Ormuz.
« Depuis le début de la crise, les flux de phosphates, d’urée et de soufre ont nettement reculé, perturbant l’offre et renchérissant les intrants ainsi que le fret. Ainsi, en juin, le prix du phosphate brut a progressé de 3% pour s’établir à 157 $/t, après environ 30 mois de stabilité », fait-elle remarquer.
Cette tension s’est également reflétée sur les prix des engrais phosphatés. Le DAP (spot FOB US Gulf) a poursuivi sa remontée pour atteindre 784 $/t en juin, son plus haut niveau depuis août 2025, en hausse de 2% sur un mois et de 10% sur un an.
En moyenne sur le premier semestre 2026, le DAP affiche une hausse de 9,5% en glissement annuel, soutenu par une demande ferme sur les grands marchés importateurs (notamment l’Inde et le Brésil).
Sur la même période, l’indice mondial des engrais a rebondi de 30% en glissement annuel, porté principalement par l’envolée de l’urée (+53%), souligne la DEPF, précisant toutefois qu’en juin dernier, cet indice a reculé de 22% sur un mois, sous l’effet du reflux de l’urée (-41%), malgré la fermeté persistante des phosphates et du soufre.
Si ce contexte conforte le rôle stratégique du groupe industriel marocain OCP, il souligne cependant sa dépendance structurelle au soufre importé, son exposition à l’ammoniac restant plus limitée.
Alain Bouithy
Fondateur et actuel administrateur du site Pagesafrik.



