
LIBRES PROPOS. Des compatriotes m’ont envoyé l’extrait de l’interview du «journaliste» Israël Mutombo avec Seth Kikuni, candidat à l’élection présidentielle jusqu’à tout récemment. Ce dernier, on le sait, a apporté son soutien à Moïse Katumbi. Un soutien tout aussi insignifiant que la candidature du compatriote Kikuni, qui est une larve tant sur le plan politique que sur le terrain de la pensée et de la conscience politiques.
Pour dire les choses clairement, Seth Kikuni, comme les autres candidats-présidents de son acabit (Sesanga, Diongo, etc.), s’est présenté à la présidentielle pour se faire acheter par le plus offrant. C’est une pratique qui est très répandue dans le milieu de la prostitution.
Fermons rapidement la parenthèse et revenons à l’interview. Cherchant à comprendre les raisons qui ont poussé Seth Kikuni à se ranger derrière Moïse Katumbi, Israël Mutombo lui demande : « En quoi est-ce que Katumbi te convainc ? […] Je parle de la capacité à gérer un pays… Quand tu as parlé à Katumbi, qu’est-ce que tu retiens de la personne qui doit être un bon président… en conviction ? »
Dans sa réponse, Seth Kikuni commence par faire comprendre à son interlocuteur qu’il n’a pas la même perception de l’intelligence que lui. Il explique que pour lui, l’intelligence « c’est produire des résultats », énumérant au passage les réalisations de Moïse Katumbi comme homme d’affaires et dans le sport avec son équipe le TP Mazembe. En gros, pour Kikuni, toutes ces «réussites» en affaires font de Moïse Katumbi le candidat idéal pour diriger la RD Congo.
Il y a à boire et à manger dans les propos du compatriote Kikuni, et sans chercher à remettre totalement en question son argumentaire, il convient de souligner que la gestion d’une entreprise n’a absolument rien à voir avec la conduite des affaires de l’État. Croire qu’il est possible de diriger un pays avec un regard de gestionnaire est pernicieux. Cela équivaut à dépolitiser la gouverne de l’État, chose éminemment politique qui a des implications beaucoup plus conséquentes que la gestion d’une entreprise privée.
Moïse Katumbi est certainement un bon chef d’entreprise; il a réalisé des choses intéressantes quand il était à la tête du Katanga, dit-on. Pour autant, ses réalisations font-elles de lui «l’homme qu’il faut» pour la RD Congo ?
On peut en douter.
Le Congo est un pays si important que tout celui qui prétend le diriger doit avoir une maîtrise suffisante des enjeux géopolitiques et stratégiques auxquels le pays est confronté depuis 1885. Il doit comprendre et maîtriser l’environnement géopolitique international dans lequel le Congo évolue.
Or Moïse Katumbi (comme la grande majorité des politiques congolais d’ailleurs) présente des insuffisances criantes à ce niveau, et son entourage n’a rien de rassurant. On a l’impression d’avoir affaire à des «suceurs de dollars» qu’à des hommes intègres et intelligents capables de relever les défis auxquels le pays de Lumumba fait face. Que peut-on attendre d’un délinquant comme Francis Kalombo ou d’une personne logorrhéique comme Olivier Kamitatu ?
Je suis porté à croire que Moïse Katumbi, comme président, pourrait surprendre sur le plan économique en impulsant des projets intéressants pour le développement de la RD Congo. Mais sur le plan politique, il pourrait surprendre aussi… très désagréablement, en précipitant le pays dans les abysses de nature à l’engloutir à tout jamais…
Je me trompe peut-être, mais l’homme ne m’a pas encore vraiment convaincu depuis le début de la campagne électorale. Les slogans, c’est bien, mais on attend de le voir défendre son programme face à des journalistes sérieux et rigoureux.
Je bois mon lait nsambarisé…
Par Patrick Mbeko
Consultant politologue. Géopoliticien, spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs et auteur de plusieurs livres sur les conflits armés en Afrique



