
Voici un livre écrit par Roch Cyriaque Galebayi qui doit être à la portée de la jeunesse africaine en général et congolaise en particulier, surtout la nouvelle génération qui n’a eu l’occasion de « connaître » le président Marien Ngouabi que par l’histoire telle qu’elle est souvent rapportée par les acteurs politiques qui l’ont connu selon leurs intérêts idéologiques.
Marien Ngouabi (1938-1977) a traversé l’histoire du Congo politique tel un météore. Et comme le qualifie l’auteur à travers sa biographie, « le Commandant Marien Ngouabi [apparait comme] un leader charismatique et un modèle pour l’Afrique ». Aussi, allons-nous porter essentiellement notre regard sur son charisme et son panafricanisme pour aider la nouvelle génération à découvrir cet homme hors du commun, un homme politique, pas comme les autres. Il sied de dire que quelques révélations post mortem à propos du président Marien Ngouabi, dans ce livre, rentrent dans le cadre du subjectivisme qui, souvent, caractérise tout historien ou essayiste dans la vision du sujet ou problème qu’il tente à résoudre.
Marien Ngouabi : un leader charismatique
Comme nous l’avions affirmé, Marien Ngouabi était un homme politique, différent des autres, un homme politique dont le charisme se reflétait à travers ses relations directes avec les « larges masses populaires », comme on aimait souvent définir le peuple. C’est le président qui pouvait aller n’importe où et n’importe quand à la rencontre des travailleurs, des ouvriers, des élèves et étudiants dans leur lieu d’exercice. Et tout cela pour écouter et surtout laisser parler toutes les couches sociales sans intermédiaire. C’était l’homme politique en avance sur son temps et surtout sur la pensée politique des autres militants de son parti. Aussi, Roch Cyriaque Galebayi le signifie très bien dans une réflexion qu’il nous rapporte à propos du président Marien Ngouabi vis-à-vis des élucubrations d’une jeunesse encore à la recherche de ses repaires fondamentaux.
Voici les propos de ce dernier, faisant irruption dans la salle où se tenait le congrès du comité central de l’UJSC (Union de la Jeunesse Socialiste Congolaise) face à la jeunesse, deux ans avant sa tragique disparition ; c’était un 25 octobre 1975 : « Tout ce que vous faites, c’est zéro. Je sais que vous allez encore prendre des motions et des résolutions comme par le passé. Tout cela ne sert à rien. Je vous parle franchement en tant que chef de l’Etat. Rien ne marche. Vous devez tout faire pour m’aider à me débarrasser de mon entourage actuel qui ne fait que dormir. L’heure n’est plus aux motions » (p.126). Et ce franc parler va se remarquer presqu’au cours de tous les meetings populaires à lui imposés par certaines secousses sociopolitiques qui vont marquer ses neuf ans à la tête du pays Et son charisme est de nouveau mis en relief dans le livre quand on peut lire : « À sa mort, un deuil national de plusieurs semaines est décrété. Pendant ce temps, le peuple congolais est appelé à se recueillir sur l’envergure du président Ngouabi, sur l’immensité de son œuvre et sur la profondeur de ses idées » (p.134).
Marien Ngouabi : le panafricaniste
En neuf ans au pouvoir, Marien Ngouabi a aussi marqué la politique africaine. Relations plus ou moins tendues avec ses voisins comme le Zaïre (actuel République Démocratique du Congo) et le Cabinda, du côté du Kouilou, le président Marien Ngouabi s’était montré pragmatique pour éteindre le feu qui pouvait être allumé entre son pays et ses voisins. Le panafricanisme de Marien Ngouabi est surtout mis en relief à travers la lutte pour l’indépendance de l’Angola contre son ex-colonisateur. Et l’ouvrage de nous rappeler un souvenir on ne peut plus réaliste de son panafricanisme dilué dans ses convictions marxistes qu’il ne pouvait trahir : « Après la guerre de l’Angola contre l’occupant portugais, guerre au cours de laquelle le Congo et la Lybie ont servi de pont aérien pour l’acheminement des armements soviétiques et des troupes cubaines, le colonel Kadhafi tente de persuader le président Marien Ngouabi d’adhérer à l’islam. À cette proposition, il oppose une fin de non recevoir » (p.98).
Le charisme et le panafricanisme sont deux particularités morales et humanistes qui ont incarné le président Marien Ngouabi. On peut découvrir aussi dans ce livre un grand nombre d’aspects politiques relatés par son auteur qui caractérisent le trajet socio-politico-militaire du président Marien Ngouabi ; et ce livre apparait comme une mine indéniable pour découvrir et comprendre sa personnalité.
Noël Kodia-Ramata