Congo/LIVRE. Le Commandant Marien Ngouabi (1937-1977) Un leader charismatique et un modèle pour l’Afrique, éditions L’Harmattan, Paris, 2022.

Voici un livre écrit par Roch Cyriaque Galebayi qui doit être à la portée de la jeunesse africaine en général et congolaise en particulier, surtout la nouvelle génération qui n’a eu l’occasion de « connaître » le président Marien Ngouabi que par l’histoire telle qu’elle est souvent rapportée par les acteurs politiques qui l’ont connu selon leurs intérêts idéologiques. Marien Ngouabi (1938-1977) a traversé l’histoire du Congo politique tel un météore. Et comme le qualifie l’auteur à travers sa biographie, « le Commandant Marien Ngouabi [apparait comme] un leader charismatique et un modèle pour l’Afrique ». Aussi, allons-nous porter essentiellement notre regard sur son charisme et son panafricanisme pour aider la nouvelle génération à découvrir cet homme hors du commun, un homme politique, pas comme les autres. Il sied de dire que quelques révélations post mortem à propos du président Marien Ngouabi, dans ce livre, rentrent dans le cadre du subjectivisme qui, souvent, caractérise tout historien ou essayiste dans la vision du sujet ou problème qu’il tente à résoudre. Marien Ngouabi : un leader charismatique Comme nous l’avions affirmé, Marien Ngouabi était un homme politique, différent des autres, un homme politique dont le charisme se reflétait à travers ses relations directes avec les « larges masses populaires », comme on aimait souvent définir le peuple. C’est le président qui pouvait aller n’importe où et n’importe quand à la rencontre des travailleurs, des ouvriers, des élèves et étudiants dans leur lieu d’exercice. Et tout cela pour écouter et surtout laisser parler toutes les couches sociales sans intermédiaire. C’était l’homme politique en avance sur son temps et surtout sur la pensée politique des autres militants de son parti. Aussi, Roch Cyriaque Galebayi le signifie très bien dans une réflexion qu’il nous rapporte à propos du président Marien Ngouabi vis-à-vis des élucubrations d’une jeunesse encore à la recherche de ses repaires fondamentaux. Voici les propos de ce dernier, faisant irruption dans la salle où se tenait le congrès du comité central de l’UJSC (Union de la Jeunesse Socialiste Congolaise) face à la jeunesse, deux ans avant sa tragique disparition ; c’était un 25 octobre 1975 : « Tout ce que vous faites, c’est zéro. Je sais que vous allez encore prendre des motions et des résolutions comme par le passé. Tout cela ne sert à rien. Je vous parle franchement en tant que chef de l’Etat. Rien ne marche. Vous devez tout faire pour m’aider à me débarrasser de mon entourage actuel qui ne fait que dormir. L’heure n’est plus aux motions » (p.126). Et ce franc parler va se remarquer presqu’au cours de tous les meetings populaires à lui imposés par certaines secousses sociopolitiques qui vont marquer ses neuf ans à la tête du pays Et son charisme est de nouveau mis en relief dans le livre quand on peut lire : « À sa mort, un deuil national de plusieurs semaines est décrété. Pendant ce temps, le peuple congolais est appelé à se recueillir sur l’envergure du président Ngouabi, sur l’immensité de son œuvre et sur la profondeur de ses idées » (p.134). Marien Ngouabi : le panafricaniste En neuf ans au pouvoir, Marien Ngouabi a aussi marqué la politique africaine. Relations plus ou moins tendues avec ses voisins comme le Zaïre (actuel République Démocratique du Congo) et le Cabinda, du côté du Kouilou, le président Marien Ngouabi s’était montré pragmatique pour éteindre le feu qui pouvait être allumé entre son pays et ses voisins. Le panafricanisme de Marien Ngouabi est surtout mis en relief à travers la lutte pour l’indépendance de l’Angola contre son ex-colonisateur. Et l’ouvrage de nous rappeler un souvenir on ne peut plus réaliste de son panafricanisme dilué dans ses convictions marxistes qu’il ne pouvait trahir : « Après la guerre de l’Angola contre l’occupant portugais, guerre au cours de laquelle le Congo et la Lybie ont servi de pont aérien pour l’acheminement des armements soviétiques et des troupes cubaines, le colonel Kadhafi tente de persuader le président Marien Ngouabi d’adhérer à l’islam. À cette proposition, il oppose une fin de non recevoir » (p.98). Le charisme et le panafricanisme sont deux particularités morales et humanistes qui ont incarné le président Marien Ngouabi. On peut découvrir aussi dans ce livre un grand nombre d’aspects politiques relatés par son auteur qui caractérisent le trajet socio-politico-militaire du président Marien Ngouabi ; et ce livre apparait comme une mine indéniable pour découvrir et comprendre sa personnalité. Noël Kodia-Ramata
POESIE CONGOLAISE. Splendeur cachée d’Alima Madina, éd. L’Harmattan, Paris, 2013

L’amour dans tous ses compartiments nous dévoilé par la poétesse Alima Madina qui clame ouvertement sa religion islamique. Une vingtaine de poèmes où se révèle également le penchant de la poétesse pour d’autres sentiments. On y découvre son regard observateur sur la terre de ses ancêtres qu’elle aime de tout son cœur, ainsi que d’autres imaginaires qui surgissent parfois de son inspiration. Alima Madina : la splendeur des amours Dans ce recueil surgit plusieurs fois le mot amour, comme on peut le constater dans quelques vers de certains poèmes : « Je partirai chercher l’amour » (p.4) ; « Pour un brin d’amour : J’ai déliré comme une fée » (p.17) ; « Ce soldat inventait l’amour / En comptant les petits jours » (p.18) ; « Pour que la contorsion de la langue / Ne défrise plus jamais l’amour » (p.23) ; « Voix d’amour pur et profond / Voix du très cher panafricanisme » (p.50). Mais ce sentiment d’amour multiforme s’exprime implicitement dans d’autres discours comme on peut le constater dans le poème intitulé ‘le pèlerinage d’amour » (p.20) ; l’amour s’avère multidimensionnel dans Splendeur cachée. L’auteure avoue un grand amour pour ses parents ; ainsi l’exprime-t-elle pour un de ses géniteurs quand elle clame dans un rêve à la recherche de l’amour paternel : « Il me faut un jour rechercher L’amour qu’autrefois j’ai trouvé Dans le regard lucide de mon père » (p.14) Mais cet amour envers son père ne peut ne peut valablement avoir un sens sans celui qu’une femme peut manifester pour ses enfants ; d’ailleurs il est rare que les poètes oublient de chanter l’amour maternel, à plus forte raison que les écrivaines résument en elles toutes les dimensions de leur maternité : « Je murmurai parfois : seigneur, À Latif, donne une vie plus gaie Des enfants, une éternelle belle taie » (p.29) Et dans cet amour qui prend naissance dans l’urne famille, Alima Madina n’oublie pas son grand père Tsoh-mouon : « Père de mon père Souris et bénis mon âme La vraie femme de ta vie Celle qui herche toujours La route cachée de l’amour » (p.44) Mais quelque part dans sa poésie, Alima Madina voit son inspiration croiser l’amour idyllique à travers « ce soldat qui invente l’amour derrière les barreaux » : « Pourquoi l’amour embellit-il Souvent drôlement l’objet aimé ? Sa voix enrouée m’attirait Avec force dans ces feux croisés » (p.18) À l’amour des parents qui lui sont chers, et à l’amour-sentiment s’ajout l’image du pays que l’auteur semble bien connaitre. Aussi, se révèle-t-elle comme une fille des Plateaux batékés : « Je ne suis revenue que pour toi J’ai traversé en pleine nuit Mongo-Tandu Laissant au loin mon Ekouori et Pôh » (p.23) Dans sa communion de poétesse avec la gente féminine, Alima Madina n’oublie pas d’interpeler ses campagnes du continent pour une prise conscience : « Debout femme d’Afrique. Debout femme de mon pays (…) Ne croise pus les bras, Pile ce miel avec ardeur Sa farine fera le bonheur Des enfants de tous les coins » (p.51) À partir du pays, le regard de la poétesse traverse le présent congolais pour une analepse dans l’histoire du continent en interpelant quelques illustres figures à travers « Les amis de Franklin » : « Matsoua as-tu écouté Francklin ? Ils courent derrière l’ombre de Ben-Barka Tout en motivant Lumumba Traverse ces forêts, toi l’incompris » (p.50). De l’amour à l’horreur dans quelques textes de Splendeur cachée Comme tout être humain, l’idée de la mort n’a pas échappé à Alima Madina, à l’instar de la plupart des créateurs des œuvres de l’esprit. C’est au futur que les poètes vivent en général « la vie de la mort » : « Demain à l’heure du déclin Quand l’aura divine quittera mon être Pour d’autres irrésistibles horizons La terre-mère bondira sur ma dépouille » (p.45) On constate aussi que la poétesse est marquée par la mort des autres : « Je ne suis qu’une sunnite J’ai vu mourir des chiites Des enfants et bien d’autres innocents » (p.36). Et cette idée de la mort qui hante la poétesse est précédée par une période de tristesse que l’on peut remarquer dans plusieurs textes : « Mon pays m’a ridiculisée (…) Il a éventré toutes les mères J’ai horreur de ma nationalité » (p.38). L’auteure, une femme dans le berceau de l’Islam Dans Splendeur cachée, se découvre paradoxalement une autre splendeur, celle de la religion musulmane qui habite l’auteure. Dans plusieurs poèmes, se dégagent le souffle islamique et sa croyance en Dieu que Madina n’hésite pas révéler déjà dans l’incipit du premier poème du recueil : « Oui Dieu m’a donné, merci Il m’a beaucoup donné, m’a-t-on dit » (p.13) Et la religion musulmane que pratique la poétesse est mise en relief par quelques spécificités islamiques : « Le ramadan ne m’écœurait jamais Et je faisais bien mon triste chemin » (p.15). Dans « Les belles mots du Ramadan », on se retrouve dans les réalités de l’Islam à travers cette évocation de la poétesse : « La vie était vraiment belle Lorsque le muezzin faisait l’appel » (p.87). Pour conclure Splendeur cachée, une poésie qui dévoile paradoxalement d’autres splendeurs de l’homme ainsi que son univers social et sociétal. L’auteure essaie de respecter par moment quelques principes élémentaires du classicisme telle la rime dans certains textes. Et son préfacier Mongo-Mboussa de le constater aussi : « Par-delà son attachement à la rime (…) la poésie de Madima, chaleureuse et douloureuse (…) est condensé de fraternité ». Noël Kodia-Ramata