THÉÂTRE. L’ailleurs-Monde express de Maxime N.Débéka, une fantasmagorie sur scène

Du théâtre traditionnel avec des célèbres monuments tels Molière, Racine et Corneille à l’anti-théâtre dont la figure notoire est Ionesco avec En attendant Godot, pour ne parler que de la littérature française, s’est créée une grande métamorphose dans la présentation scénique. Habitués aux spectacles moralisants et comiques du théâtre traditionnel, moult amateurs de la scène ont été frustrés par L’ailleurs-Monde expressde Maxime N’Débéka. Ce dernier est sorti de la norme scénique incarnée par ses compatriotes tels Guy Menga, Antoine Letembet Ambily, Sylvain Bemba et bien d’autres auteurs que nous révèle l’auteur dans sa longue dédicace à ses collègues artistes. Avec L’ailleurs-Monde express, Maxime N.Débéka sort des sentiers battus du théâtre congolais. On voit comment dans cette pièce l’auteur va à l’encontre des principes élémentaires que lui a enseigné le théâtre traditionnel. Et, dans la présentation, n’apparait pas en filigrane la règle des trois unités (unité de temps, de lieu et d’action) héritées du théâtre traditionnel français qui assure la vraisemblance et l’intensité dramatique. Avec L’ailleurs-Monde express, les dialogues que nous renvoient les personnages vont en l’encontre de la règle des trois unités, le temps de l’action des personnages qui se passe sur un lieu déterminé. Du nouveau dans le théâtre où l’espace et le temps libèrent agréablement l’action des acteurs dans le rôle des personnages que l’auteur nomme par Ganach, Yézadie, Zourbi, Sylphéa, Loufding, La Voix, élément de personnage irréel. Dans le théâtre traditionnel, c’est la journée qui définit l’action. Déjà dans cette station de GARE DE PARTOUT que nous présente la scène, on voit le personnage de Ganach qui se confronte à la notion du temps : « A 12 heures précises, on se serre vite fait les louches (…) Ton ticket de train est dans l’enveloppe » 13 heures déjà » (p.15). Et avec ce personnage à la forme imprécise qu’est La Voix qui interpelle Ganach, le début de la pièce incite le spectateur à accepter l’univers fantastique et féérique dans lequel vont se mouvoir tous les personnages. Dans cette espace de GARE DE PARTOUT, apparait un autre personnage, Yezadie, jeune femme qui s’apprête à rencontrer son fiancé qui l’attend à la gare d’En Bout de Nulle part depuis des années comme elle le fait savoir : « En Boutde Nulle Part. Monhomme m’a fixé rendez-vous là-bas avant de me quitter. (…) pour pas que j’oublie, Y m’a écrit ça (…) « La veille du nouveau millénaire, rejoins-moi sans faute à la gare d’En Bout de Nulle Part. N’oublie surtout pas… » Y a bien écrit ces mots, n’est-ce pas ? J’attends ce jour depuis 20 ans » (p. 20). Et les heures de départ des trains que Ganach et Yezadie comptent prendre pour leur voyage sont aléatoires : celui de Ganachqui est prévu pour 12 heures n’est pas toujours en gare avec trois heures de retard. La notion du temps est aussi mise en relief par la jeune Yezadie qui attend le jour du rendez-vous avec son amoureux depuis 20 ans, le temps qu’il faudra à ce dernier pour préparer leur avenir. Devant l’étonnement deZourbi qu’elle vient de rencontrer en gare, Yezadie confirme ce temps d’attente : « Ben oui ? 20 ans qu’Y est parti pour préparer le terrain de notre bonheur » (p.26). Cette pièce de théâtre met en cause l’unité de temps par les entrées et sorties des personnages dans les espaces de GARDE DE PARTOUT et de la gare d’EN BOUT de NULLE PART. Elle se caractérise par une scène unique qui se dilue dans un acte unique ; ainsi les gares, l’intérieur des trains deviennent des lieux mythique et fantastique comme le rappelle le dramaturge (l’auteur) dans ses interventions : « Bourrasque violente. Cris puissants d’oies (ou canards) sauvages, l’alarme du train se déclenche suivie de sifflements stridents de freins. Bruits de ferraille. Noir total sur le plateau. Puis un temps, éclairage très doux du plateau. On voit les voyageurs étendusça et là » (p.53). On voit aussi l’imaginaire du concepteur de cette pièce de théâtre qui fait entrer le spectateur dans le monde du bestiaire avec la présence des oies ou canards sauvages dans le déroulement du spectacle. Et c’est dans ce monde merveilleux où évoluent les personnages de cette fantasmagorie théâtrale. L’action de cette pièce se focalise sur le thème du voyage dont les points cardinaux sont les gares de GARE DE PARTOUT et d’EN BOUT DE NULLE PART. S’y manifeste aussi le thème de l’amour qui nous rappelle En attendant Godot : un personnage nous rappelle Yezadie attendue à EN BOUT DE NULLE PART par son amour Clisthidepuis 20 ans. Des acteurs sur scène, le spectateur découvre pour la première fois le personnage atypique de Loufding. Comme on peutleremarquer,c’est un personnage imaginaire et mythique car, à sa voix s’ajoutent deux autres : celle du robot et celle de la marionnette quand il s’adresse à Yezadie: « Ah, non, ! Suis pas jaloux de Phéa… Enfin. Peut-être. Mais juste un chouïa. Je l’avoue. Bien que j’sois mal fichu, j’en ai pas moins de sentiments. Comme tout le monde… Etc’est pas toujours facile ma vie entre vous deux. Phéa et toi, ouais… Mais la vérité de ma mère, t’en veux pas. (Voixde Loufding). T’as pas de maman. Tu le sais. (Voix du robot ou de la marionnette). Eh !Bien, je jure quad même. (Puis s’adressant à Sylphéa). Hé ! Phéa. Dirait-on pas que la grande madame-là tape la flambe sous ton nez ? » (pp.43-44). Habitué dans la monotonie théâtrale sur fond de la morale et du comique, le spectateur se retrouve devant une fantasmagorie qui luidémontre que l’art évolue dans l’espace et dans le temps. Et l’auteur de L’ailleurs-Monde express pourrait être classéparmi les premiers rénovateurs de l’écriture théâtrale congolaise. Avec le théâtre de Maxime N’Débéka, l’intérêt de l’art semble prendre agréablement le dessus sur l’intérêt de la pédagogie moralisante du public du théâtre traditionnel fondé sur la règle des trois unités (temps, lieu, action) que nous avons évoquée antérieurement. En conclusion, on peut affirmer sans ambages, qu’avec L’ailleurs-Monde express, s’est ouvert un nouveau palier du théâtre congolais. En réalisant cette fantasmagorie scénique, Maxime N’Débéka, dont le nom figure déjà sur le palmarès des poètes
MONDE DE LA PRESSE. MAYOMB’ : Un nouveau périodique d’information

Bien que la presse en ligne qui, ces dernières années, s’est développée dans la diffusion des informations, la presse écrite au niveau du continent qui continue à résister par l’intermédiaire de la plume de quelques journaux. Au Congo, certains périodiques tels Sel-Piment, Le Patriote, La Semaine africaine, Les Dépêches de Brazzaville, L’Horizon africain essaient, tant bien que mal, d’être sur le marché des journaux. À Paris, est né Mayomb’, un bimensuel d’information socio-économique ayant pour Directeur de publication Andry PethasBoukakat. Mayomb’ se veut panafricaniste, bien qu’il se fonde essentiellement sur les réalités congolaises ; aussi son appellation ne nous rappelle-t-il la forêt ou le mont Mayombe du Congo. Dans ce premier numéro d’un journal qui se présente comme un bi-hebdomadaire (16 octobre-16 décembre 2025), toutes les réflexions semblent êtrecentrées sur les réalités africaines. Dans quelques articles, se révèlent moult regards sur l’espace occidental comme le titre « De gaulle l’ombre de Brazzaville ». Distribué presque dans l’espace francophone (France, Belgique, Suisse et la majorité des pays francophones africains tels le Gabon, les deux Congo, le Cameroun, la Centrafrique, le Tchad, le Benin, le Rwanda, la Guinée équatoriale,le Sénégal, le Madagascar, le Burundi), Mayomb’ se veut être aussi au service du panafricanisme. Dans ce premier numéro, on peut se documenter sur des réflexions se fondant sur la société, l’histoire et le culturel telles « La viande de brousse en danger », « Sankara-Traoré : un capitaine pour deux », « Les promesses du président gabonais », L’évangile des Sapeurs », « L’île du diable : la forêt préhistorique de Brazzaville », « Sam Mangwana : le sphinx parle », « Le plus grand amour de Koffi ». Mayomb’ apparait ici comme un nouveau journal riche en ce qui concerne les sujets traités qui se fondent sur les réalités du continent. Et le sommaire du journal à la page 7 donne aux lecteurs la possibilité de découvrir d’autres pans de l’histoire contemporaine du Congo. Une particularité de ce périodique : la place qu’occupe la bande dessinée pour mettre en valeur quelques réalités historiques telle une partie de la vie politique du général de Gaulle. Mayomb’, un journal qui, nous espérons, va continuer à promouvoir les réalités congolaises en particulier et africaines en général. Et se justifie ici le panafricanisme comme l’affirme Andry PhetasBoukakat : « L’Afrique est cet œuf qui ne peut jamais séparer les pierres querelleuse ». Noël Kodia-Ramata
SOCIÉTE CONGOLAISE : Ouenzé, un berceau politique et culturel

TÉMOIGNAGE D’UN ÉCRIVAIN POUR UN HOMME POLITIQUE Un souvenir inoubliable d’élève : Comment suis-je devenu poète ? Un souvenir qui me revient, chaque fois que je termine un texte. Un souvenir qui date des années 70 de mon passage au lycée Savorgnan de Brazza au moment où je vivais encore dans mon Ouenzé natal. Nous sommes dans un lycée où tous les professeurs sont presque de nationalité française. Je suis en classe de Seconde C où sont à l’honneur les matières scientifiques comme les mathématiques, la physique, la chimie et la biologie appelée aujourd’hui SVT (Sciences de la Vie et de le Terre). Et j’ai un frère en classe de Terminale A (classe qui met en valeur les sciences humaines comme la philosophie, l’histoire et la géographie, les langues vivantes tels l’anglais, l’espagnol et le russe, la littérature…) ; ce frère, un grand dandy de l’époque liant agréablement l’amour de l’école à celui de la vie mondaine de Brazzaville en général et du quartier cosmopolite de Poto-Poto en particulier. Nous habitions le même arrondissement : moi dans la rue Mboko, et lui à quelques encablures de mon domicile, plus précisément dans la rue Impfondo, cette rue qui deviendra plus tard l’avenue Lénine pour des raisons politiques. Dans ma classe, notre professeur de Français nous avait donné comme devoir à faire, un commentaire composé sur un poème de Ronsard. Je commence mon devoir en me posant mille questions si je suis vraiment sur la bonne voie. Pas sûr de ce que je suis en train de faire, je me décide d’aller dans la rue Impfondo, voir mon frère que j’ai toujours admiré comme bon élève depuis le collège, le CEG d’application jusqu’au lycée Savorgnan de Brazza où il s’est fait marquer par presque tous ses professeurs qui l’ont eu comme élève. Il m’a étonné par son cursus scolaire atypique au lycée : admis en classe de Seconde C après son admission au Brevet d’Études Moyennes Générales (B.E.M.G), il passe en suite en classe de Première D avant de quitter le lycée en 137 classe de Terminale A après avoir décroché son BAC « du coup », comme on aimait le dire à notre époque. Il poursuivra ses études supérieures en URSS, actuelle Russie. Mais revenons plutôt à mon devoir de commentaire composé sur le poème de Ronsard. La veille du jour qu’il fallait remettre le devoir à notre professeur, je vais demander à mon frère de me donner quelques idées pour parfaire mon devoir car le texte de Ronsard me paraissait un peu difficile et ambigu à exploiter, surtout que le langage poétique me paraissait toujours énigmatique en ce temps-là. Arrivé chez lui, mon frère se préparait pour sa sortie vespérale qui devait l’emmener vers l’ambiance juvénile de Poto-Poto. Je commence à lui expliquer pourquoi je suis venu le voir. Mais tout de suite il comprend la raison de ma visite inopinée chez lui en s’apercevant que j’ai dans mes mains, un cahier et le Lagarde et Michard du XVIe siècle. Il me demande de lire mon poème à haute voix tout en jetant un coup d’œil sur sa montre bracelet. J’exécute. Il écoute et me demande de le relire. Il écoute de nouveau tout en nouant sa cravate après avoir ciré ses Pierre Cardin et me demande de prendre des notes qui me serviraient de construire mon commentaire composé. Tout s’est passé en quinze minutes. « Speece ! Je pense qu’avec ça, tu pourras faire un bon devoir », me lançe-t-il. (Speece était mon petit surnom au lycée). De retour chez moi, je travaille mon devoir sans conviction car je pouvais comprendre comment mon frère pouvait il s’imprégner de ce poème en un laps de temps tout en nouant sa cravate. Je suis surprise quelques jours à la remise de nos devoirs par le professeur ; j’avais obtenu, et cela pour la première fois, la note de 14/20 et je me rappelle toujours cette appréciation de mon professeur : « M. Kodia, bon plan du commentaire et bonne exploitation des émotions de Ronsard devant sa mort prochaine ; émotions que seuls les poètes peuvent avoir le courage de décrire ». Depuis ce jour-là, j’ai commencé à aimer la poésie qui m’a poussé même à terminer mon cycle du lycée par la série littéraire avec des figures emblématiques dans le domaine des Lettres comme Emile Tambaud, Matondo Kubu Turé et Alfoncine Nyelenga Bouya, pour ne citer que ces trois compagnons de classe de l’époque. Un autre souvenir inoubliable des années 70 : mon frère aimait, comme moi, la musique de l’African Fiesta avec son idole, mon idole, notre idole Rochereau Tabu Ley ; Je ne sais pas s’il se rappelle encore ses exhibitions au « Mess des Sous-officiers », un lieu d’agrément des militaires, pendant un concert nocturne de notre orchestre préféré avec des chansons sentimentales telles Hortense, Mocrano, Mon mari est capable, Pic Nic Ya N’sele, Christine et Gipsy pour ne citer que celles-là. Chaque fois que j’écoute ces mélodies poétiques, je ne cesse de penser à lui, dansant sous le regard des étoiles d’après-minuit. 138 Comme c’était beau cette époque inoubliable pour les jeunes dandys que nous étions ! Et ce frère, qui m’a fait aimer la littérature, n’est autre que Isidore Mvouba qui, au lycée, prendra le surnom de Osdet, un professeur français qui l’appréciait dans son travail en classe, un professeur qu’il admirait et qui l’admirait dans le vestimentaire. Surnom qu’il va immortaliser à sa manière plusieurs années plus tard. Aussi, dirai-je que je suis devenu écrivain à partir de cet amour pour la poésie déclenché par mon commentaire composé du sonnet de Ronsard intitulé « Je n’ai plus que les os », un travail réussi grâce à la contribution de mon frère Isidore Mvouba, devenu un grand homme politique de notre génération, un homme à qui je ne cesse de rendre hommage quand « mon cœur, ma plume et ma muse s’amusent » comme le dirait Pierre Ntsemou, un illustre poète congolaisde la nouvelle génération dans Mon
Institut français du Congo. Célébration de la phratrie : que de bons et beaux souvenirs avec mon grand-frère Dongola avec Jazz et vin de palme

La célébration de la phratie s’est tenue du 28 au 31 octobre 2025 à Brazzaville dans l’enceinte du l’Institut français du Congo. Spectacles, lectures, slam, projection, tables rondes et expositions ont été de la partie. A cette occasion j’ai pu rencontrer de nouveau le seul « baobab-écrivain » qui nous reste après la disparition de Sylvain Bemba. Cinq autres figures emblématiques en dehors de ce dernier ont été à l’honneur : Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala, Henri Lopes, Jean Baptiste Tati Loutard, Tchicaya U Tam’si. Comme ça été beau de rigoler encore avec Emmanuel Dongala, lui rappelant encore et encore le petit et succulent livre Jazz et vin de palme que nous faisions venir de Paris par l’intermédiaire de nos parents et amis stewards d’Air Afrique à cette époque car censuré par le Parti Congolais du Travail. Longtemps mis à l’écart par la censure de l’époque car naviguant dans le bateau du monopartisme, Jazz et vin de palme était enfin accepté par les réalités du pluralisme démocratique dans lequel s’était mis notre Congo après la Conférence nationale. Jazz et vin de palme, publié aux éditions Hatier en 1982,est un recueil de huit nouvelles qui se lit facilement car son cours narratif épouse la réalité sociopolitique de l’époque et dont le point culminant est la satire politique. Emmanuel Dongala dénonce, sans fausse honte, lesvices et défauts de la société congolaise d’alors. Le miroir sociopolitique dans Jazz et vin de palme reflète essentiellement les hommes politiques et plus précisément les militants du socialisme scientifiquedans lequel était plongé son Congo à l’époque où il avait écrit son roman, socialisme souvent en contradiction avec les réalitéssociales des années d’avant le pluralisme démocratique. Satire, réflexion sur l’intellectuel africain qui se trouvait gagné par les idées marxistes-léninistes tout en étant à certains moments accrochés à son « authenticité » africaine, tels sont les deux idées principales qui se dégagent dans ce recueil de nouvelles dont la pièce maîtresse serait le texte intitulé « L’étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali-Tchikati » qui développe le thème de la sorcellerie en dénonçant l’hypocrisie des cadres révolutionnaires africains ; c’est l’histoire d’un marxiste-léniniste convaincu (il a étudié les sciences sociales à Moscou) qui veut donner des explications scientifiques à ses problèmes liés à la réalitésocioculturelle africaine. Kali ne comprend pas pourquoi sa femme qui n’est pas physiologiquement stérile n’arrive pas d’avoir d’enfant malgré les traitements médicaux des grands spécialistes. Tout va s’arranger quand celui-ci va demander pardon à ses parents qui ne voulaient pas de cette femme au début de leur union. Fervent militant du parti, Kali-Tchikati est à l’origine de l’exclusion d’un camarade pour « avoir demandé pardon » à un parent mort car cela est incompatible à l’idéologie marxiste : « Lorsque Kali Tchikati apprit par la suite qu’un membre éminent du parti avait pris part à cette cérémonie(funéraire), il piqua une autre colère, convoqua la Commission de vérification du parti et l’homme fut exclupour fétichisme et pratiques occultes, puis lynché verbalement à la radio » (p.22). Jazz et vin de palme est un livre qu’il faut lire car quelques-uns de ses textes mettent à nu une Afrique qui essaie de se reconstruire depuis son entrée dans le pluralisme démocratique. Mais on remarque que certains dirigeants politiques veulent encore s’accrocher à un système moribond en modifiant les Constitutions pour se maintenir au pouvoir, s’adossant à la dictatured’une minorité, système qui s’essouffle pour la naissance d’un vrai développement d’une démocratie intégrale conséquente. Noël Kodia-Ramata
Congo. Toujours dans nos coeurs : Jean Baptiste Tati Loutard

LITTÉRATURE CONGOLAISE. Un grand homme de lettres venait de nous quitter il y a 16 ans, plus précisément le 4 juillet 2009. Jean Baptiste Tati Loutard, le guide de mes premiers pas littéraires. Jean Baptiste Tati Loutard, mon professeur de littérature à l’Université Marien Ngouabi. Jean baptiste Tati Loutard, mon président à l’Union nationale des écrivains et artistes congolais (UNEAC). Jean Baptiste Tati Loutard, un homme de culture que jamais je n’oublierai. Souvenirs, souvenirs Difficile de témoigner pour un doyen que l’on a connu dès ses premiers pas dans la création littéraire. Dès les années 70 quand je te présente mon premier recueil de poèmes « Métamorphoses », tu me reçois dans ton bureau de travail quand tu exerces les fonctions de doyen de la fac des lettres à l’Université de Brazzaville qui deviendra par la suite Université Marien Ngouabi. A la fin de notre discussion, tu me dis curieusement que j’imite la poésie de Senghor et tu cites un vers de celui-ci. Timide et marqué par ta simplicité, je ne sais que te répondre. Je n’avais jamais la poésie de ce dernier et je le ferai après cette remarque. J’avais tellement lu tes textes, surtout « Poèmes de la mer » ; « Racines congolaises « et « L’Envers du soleil » que mon ami Léopold Pindy Mamansono, en publiant mes premiers poèmes dans sa « Nouvelle génération de poètes congolais » en 1984 y notera, à propos de ma modeste poésie ce qui suit : « De fait, tout le recueil de Noël Kodia-Ramata est bâti, de point de vue architectural, sur le modèle des « Racines congolaises » et de « l’Envers du soleil » de son maître J.B. Tati Loutard. Même les thèmes abordés se répercutent comme les échos loutardiens de « Poèmes de la mer » et des « Normes du temps ». En me relisant, j’avais découvert que Pindy Mamansono avait effectivement raison car la mer que j’avais découverte enfant dans les bras de ma grand-mère maternelle, était encore vivante en moi. Cette dernière avait fui le vacarme des locomotives de Marchand, aujourd’hui Missafou pour le bercement de l’océan Atlantique. Depuis mes années d’université, nous ne nous sommes jamais quittés, même pendant ta traversée du désert de 1992 à 1997. Tu me recevais chez toi dans le quartier de la Cathédrale comme un membre de la famille. J’ai adhéré à l’UNEAC grâce à toi. J’ai eu à lire toutes tes œuvres poétiques et narratives car tu m’avais découvert critique littéraire et m’avais dédicacé toutes tes ouvrages en dehors du « Masque du chacal » sorti au moment où je ne me trouvais plus à Brazzaville. Je t’ai fait une grande surprise en publiant une étude critique sur ton œuvre, intitulé « Mer et écriture chez Tati Loutard, de la poésie à la prose » en 2006, chose qui n’avait jamais été faite par un compatriote. La première ébauche de ce travail fut « regardée » par le docteur Tchichelle Tchivéla qui m’encouragea dans mon projet. Quand il le fallait, je ne manquais pas de vous faire découvrir, toi et ton œuvre, par l’intermédiaire de la presse internationale comme le magazine panafricain « Afrique Education » dont tu admirais la rubrique « Arts et Lettres ». . Voici bientôt moult années que j’ai quitté le pays pour un travail littéraire au bord de la Seine. Notre dernière « rencontre » se situe autour de ton message de félicitations pour la publication de « Mer et écriture ». J’ai aussi fait comme toi en passant de la poésie au roman avec « Les Enfants de la guerre » et « Un journal blanc sous le soleil de l’équateur ». .. Beaucoup de compatriotes écriront sur toi, sur ton œuvre, mais je reste toujours accroché à ta biographie romancée de Joël Planque, sans oublier les réflexions pertinentes de M. et Mme Chemain de l’Université de Nice sur ton œuvre et la préface de mon ami Boniface Mongo Mboussa qui ouvre « Mer et écriture ». Mais après des visions occidentales de ton œuvre, il fallait une autre présentation de celle-ci faite avec un regard du pays, et nous l’avions réalisée, Mongo Mboussa et moi. Je ferme la boîte de mes souvenirs (il y en a tellement trop) avec ces lignes prémonitoires des « Nouvelles chroniques congolaises » quand tu écrivais: « Molangui était dans le sommeil comme un noyer au fond d’un puits. La mort pouvait passer le prendre sans craindre la moindre résistance ». Et quand je me rappelle encore que tu devrais préfacer notre « Dictionnaire des œuvres congolaises » en chantier. Hélas ! Mais le professeur Jacques Chevrier que tu connaissais bien avait accepté de le faire. Paix à ton âme ! Le dernier roman de J.B. Tati Loutard Deuxième roman de J.B. Tati Loutard après « Le Récit de la mort », « Le Masque de chacal » publié à Présence africaine en 2006, apparaît comme un autre pan de la réalité sociopolitique du Congo esquissé déjà dans les précédentes proses narratives. Et il n’est pas étonnant de voir Dozock rimer avec Touazock du « Récit de la mort ». De la prose loutardienne, on remarque que ce sont les personnages du terroir qui sont partout omniprésents dans toutes les histoires qui nous sont rapportées. Même s’ils ont pris de l’âge, des « Chroniques congolaises » au « Masque du chacal ». Dozock, ce journaliste incompris et qui décide d’œuvrer pour la liberté de presse, se voit bousculer par les réalités sociopolitiques de son pays. Plus près de nous, les personnages de Tati Loutard évoquent le « quotidien d’aujourd’hui » avec toute son effervescence qui définit ce que nous vivons et ce que nous avions vécu à peine. A la Maison de la Télévision où il est pris à partie par son directeur qui soutient le nouveau régime, Dozock se voit désavoué moralement. Il pense même à démissionner de son travail. Mais le repos, à lui imposé par son chef pour avoir soit disant mal présenter son journal télévisé, le pousse à opter pour une véritable presse démocratique. Et le soutien qu’il a de la part de « Reports sans frontières » quand on va l’incarcérer, ne fera que fortifier sa volonté. Ainsi, il se propose de créer son journal après sa mise à pied. Alors, il se voit comme accompagné par
RELIGION EN FRANCE. Célébrationdu 125è anniversaire de la canonisation de Sainte Rita par les Congolais de l’Eglise catholique

Le 25 mai 2025, l’église catholique a eu l’honneur de célébrer le 125 anniversaire de la canonisation de Sainte Rita. En effet, le 25 mai, journée de la Fête des mères, a permis à l’église catholique de célébrer l’anniversaire de la canonisation de Sainte RitaEt à cette occasion, se sont faites remarquer en grande partie les femmes chrétiennes du Congo et quelques-uns de la République du Congo. Prières après prières, l’image de Sainte Rita a été présente au cœur des « Abeilles », en particulier les femmes des confréries et diocèses chrétiennes du Congo auxquelles s’étaient ajoutées quelques-unes de leurs « sœurs » de l’autre rive comme annoncé précédemment. Au cours de cette messe, douze chrétiennes ont adhéré à cette grande famille des Abeilles, cela par une cérémonie de la promesse et du port de foulard. Sainte Rita, une femme qui a marqué la gent féminine chrétienne des deux rives du Congo. En l’église Notre Dame de l’Assomption d’Eaubonne, la messe a été célébrée par Monseigneur Benoit Bertrand, évêquede la ville de Pontoise, assisté par d’autres éminentes figures du monde chrétien français. Que dire de cette femme qu’est Rita qui marqué l’église catholique ? De nationalité italienne et de son vrai nom Margherita Lotti, Sainte Rita voit le jour en mai 1381 (États pontificaux). Après une vie sur terre de 76 ans, elle meurt le 25 mai 1457 à Cascia (États pontificaux) après un destin mystérieux marqué par un essaim d’abeilles quand Margherita Lotti est encore bébé. « Selon la légende, un essaim d’abeilles blanches aurait tournoyé autour du bébé endormi dans le berceau le lendemain du baptême. Elles lui posaient du miel dans la bouche, sans lui faire le moindre mal. Un homme qui s’était blessé à la main et qui rentrait se faire soigner chez lui voulut chasser les abeilles avec sa main blessée et se trouva mystérieusement guéri La famille était plus étonnée qu’inquiète.». (cf. W Rita de Cascia – Wikipédia). Canonisée le 24 mai 1900, son corps est exposé à la basilique de Cascia. Aussi, la lumière de son image éclaire-t-elle le cœur des Abeilles à travers le chant de rassemblement chanté pendant la messe de cet après-midi du 24 mai 2025 : « Sainte Rita notre avocate Soit louée parmi tous les Saints Sainte Rita exemple d’épouse et de mère Conduit nos pas sur le chemin du ciel ». Aussi, en l’église Notre Dame de l’Assomption d’Eaubonne a été présentée la Relique représentant Sainte Rita par une partie d’un de ses habits. Conservée momentanément dans la commune d’Eaubonne, cetteRéplique en provenance de la commune de Cascia a été exposée en l’église Notre Dame de l’Assomption et sera remise plus tard à la paroisse de l’église Saint-Flaive dans le diocèse de Pontoise. Notons que cette journée mémorable du 25 mai du 2025 s’est déroulée avec la participation des frères et sœurs Abeilles de Meaux, Créteil et Saint Denis. Le 25 mai 2025, une journée que ces chrétiens et chrétiennes congolais présents à cette messe ne pourront jamais oublier, une journée marquée par le 125è anniversaire de la commémoration de Sainte Rita, une figure emblématique de l’église catholique. Noël Kodia-Ramata
LA LITTÉRATURE CONGOLAISE EN DEUIL : HOMMAGE À L’ÉCRIVAIN BERNARD TCHIMBAMBÉLÉLA

Un homme politique qui a aussi plongé une partie de son destin dans la création littéraire. Difficile d’oublier Bernard Tchimbabelela qui vient de nous quitter le mercredi 21 mai 2025, surtout quand on dit que les hommes de culture, de surcroit les écrivains ne meurent jamais ; ils sont et seront avec nous par leurs œuvres de l’esprit. Quand dans les années 90, je me proposais de mettre en valeur les écrivains congolais, particulièrement les romanciers, je tombais par hasard sur le nom de Bernard Tchimbambéléla. En ce temps, il était à Paris où je le rencontrais. Dans sa qualité d’homme politique, les spécialistes en la matière pourraient nous présenter l’illustre disparu. Ci-après la présentation de l’écrivain Bernard Tchimbambéléla ainsi que son ouvrage cité dans mon Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises, un beau roman qui reflète le sociopolitique du pays. Il va le jour en juin 1946 dans son Congo natal. Économiste et agronome de formation, Tchimbabéléla enseigne à l’université Marien Ngouabi. En politique, il est député de l’assemblée nationale issue des élections de 1992 consécutives à la Conférence nationale de 1991. Exil en France après la guerre de 1997, période où je le rencontre à Paris. De retour au pays, il est de nouveau député depuis 2007. S’est beaucoup intéressé à lacréation littéraire écrivant une pièce de théâtre intitulée Les Deux vies et quelque temps en 2005 un roman La Bouche de la lettreaux éditions Silex/Nouvelles du Sud, titre que je vous présente post mortem ci-après. La Bouche de la lettre est un roman écrit au seuil du XXIè siècle mais qui replonge le lecteur dans le Congo colonial dont l’auteur semble connaitre les us et coutumes. C’est l’histoire de Soka à travers laquelle se découvrent des réalités congolaises. Après avoir fait un rêve étrange où il est sous l’emprise d’un serpent et qui est suivi d’une pluie mystérieuse, il reçoit son cousin Batila venant du village Celui-ci remet une lettre qui vient de sa sœur lui annonçant la maladie mystérieuse de son neveu Miyouna. En tant que chef de famille, il doit se rendre au village pour résoudre ce problème. Son ami Olangué, à qui il a annoncé la triste nouvelle et qui a fait aussi un mauvais rêve, l’accompagne ainsi que Bitala et son fils. Après un voyage pénible en camion, Soka et sa délégation sont sur le point d’arriver à destination quand ils observent des signes annonçant la mort de Miyouna qu’ils vont trouver dans le coma. Le féticheur-guérisseur Nganga n’a pas pu l’arracher du coma jusqu’à ce qu’il découvre dans la forêt environnante et en présence de la famille, l’origine de la mort imminente de Miyouna. Il serait prisonnier d’une société sécrète. Mais malgré moult efforts du féticheur-guérisseur, Miyouna rend l’âme, laissant les villageois dans une grande tristesse, lui le plus grand chasseur du village. Comme de coutume, avant l’enterrement, les deux familles proposent la danse du cercueil afin de dénoncer la personne qui serait à l’origine de la mort du défunt. Contre toute attente, Soka est accusé de sorcellerie à cause de son statut social dans la famille. Humilié et battu publiquement par l’un de ses neveux, il est calomnié au grand mécontentement de son ami Olangué qui sermonne Mbaki, ne pouvant supporter que son ami soit traité de la sorte, lui qui a rendu service à toute la famille. En marge des funérailles, le chef de famille s’en prend aux neveux de Soka pour l’avoir humilié, l’avant accusé sans preuves matérielles. Et de cette réaction du chef du village, nait un conflit de générations : les vieux condamnent l’attitudes jeunes. Malgré toutes les attaques de ses neveux, Soka ne se laisse pas intimider. Le jour des funérailles, il est même invectivé par sa sœur, la tante de Miyouna qui attise la haine des neveux de ce dernier devant un public terrorisé, mais il sera sauvé par son ami Olangué et son cousin Batila qui ne peuvent supporter l’odieux spectacle. A l’inhumation de son neveu, il demande à ce dernier de pinir le véritable sorcier qui l’a précipité à la mort, avant de retrouver Brazzaville avec sa délégation. Au cours de la veillée qui se poursuit au village, arrive le Commandant blancqui se remarque par son cynisme vis-à-vis des populations qu’il ne cesse d’exploiter. Et ceux-ci se vengnent sur les miliciens en les malmenant après les avoir rendus inconscients par l’alcool. Ils se vengent aussi du Commandant en le ridiculisant sans qu’il s’en aperçoive. Au grand repas consécutif à la fin de la veillée et quand Soka se retrouve au mbongui avec les autres hommes, se produit un fait extraordinaire au moment où il se prépare à rentrer à Brazzaville. Le chien de Miyouna « dénonce mystérieusement » Mbaki, le véritable coupable de la mort de Miyouna. Confus, Mbaki réalise déjà sa punition car il meurt sur le chemin du retour après un accident bizarre. De son côté, Soka se rend à Fort Rousset sur invitation de son ami Olangé pour assister au mariage de sa sœur. Et le texte de mettre enrelief à travers ce voyage l’amitié des peuples du Sud et du Nord malgré les différences ethniques. Pendant ce temps, abandonné à la morgue, l’esprit de Mbaki va hanter le personnel de la morgue et de l’hôpital. Et grâce au secours « miraculeux » et matériel de Soka, le corps de Mbaki sera inhumé après avoir « neutralisé » son esprit. Et le récit de se terminer par une ote gaie : Soka s’est réconcilié avec ses neveuxqui lui ont demandé pardon, montrant ainsi sa grandeur de chef de famille. Roman retraçant l’époque coloniale et se fondant particulièrement sur les réalités de la région du Pool, La Bouche de la lettre se caractérise par un langagier un peu particulier de l’auteur. On y remarque l’emploi de beaucoup de congolismes sur fond de l’oralité proverbiale qui donne une capacité au texte à certains moments plus théâtral que narratif. Et c’est de ce côté que ce récit devient pertinent comme le souligne lui-même l’auteur dans son avant-propos : « Je valorise l’oralité. J’exhume le lexique et
L’HARMATTAN CONGO. Anthologie de la littérature congolaise d’écriture française (1950-2022)

LIVRES. En deux tomes, Bexelant Cyr Emiland Mouassa Ibhenguet cite presque la majorité des écrivains de son pays, de la génération de Jean Malonga à celle de Sony Labou Tansi, génération qui a donné le goût de l’écriture à la génération actuelle. S’il faut citer tous les écrivains que l’on « rencontre » dans cette anthologie en deux tomes, nous pouvons faire une lecture répétitive de certaines anthologies déjà publiées au sujet de la littérature congolaise. Il faut reconnaitre que le Congo est un pays d’écriture. Les éditions L’Harmattan, sur la quatrième couverture de ces deux tomes, nous rappelle une idée que nous semblons ignorer : « En effet, depuis la fin des années 30, l’écriture n’a cessé d’occuper une place prépondérante auprès de l’élite intellectuelle congolaise ». Aussi, il faut attendre les années 50 pour se confronter au premier roman congolais. Et c’est le doyen Jean Malonga qui va ouvrir le chemin du roman en écrivant Cœur d’Aryenne et La légende de MPfoumou ma Mazono, le pays étant encore dans le berceau colonial où la langue française est enseignée aux enfants du pays. Avec la présentation de 414 auteurs accompagnés d’environ 433 œuvres et articles, l’œuvre de Bexelant Cyr Emiland Mouassa Ibhenguet vient, une fois de plus, révéler la grandeur et la fécondité de la littérature congolaise, tous genres confondus. Après quelques ouvrages de référence tels la première Anthologie de la littérature congolaise d’expression française, édition CLE de Jean Baptiste Tati Loutard, la Nouvelle anthologie de la littérature congolaise, édition Hatier de Jean Baptiste Tati Loutard et Philippe Makita, le Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises, édition Paari et La poésie congolaise en mouvement, édition Langlois Cécile de Noël Kodia-Ramata. Avec ce travail de bénédictin que vient de réaliser Bexalant Cyr Emiland Mouassa Ibhenguet, on peut affirmer, sans ambages, que la littérature congolaise est en perpétuel mouvement ; se remarquent au sein de la nouvelle génération quelques talents d’une qualité indéniable, surtout au niveau de la poésie et du roman. Noël Kodia-Ramata Bexalant Cyr Emiland Mouassa Ibhenguet, Anthologie de la littérature congolaise d’écriture française (1050-2022),édition L’Harmattan, Paris, 2024