TRIBUNE. Que cela soit claire une bonne fois pour toute. Il n’y a pas d’opposition au Congo

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Hervé Mahicka
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OPINION. Cela est techniquement impossible, à cause des empêchements systématiques et organisés des libertés d’association, de réunion, de communication, de justice.

Créer un parti politique est non seulement un parcours du combattant aux conditions drastiques, mais in fine, c’est toujours une décision de l’autorité, non justifiée qui aura le dernier mot. Gare à ceux qui n’ont pas un poteau proche de Sassou pour glisser un mot.

Se réunir en vue d’un échange politique est également soumis à autorisations, que vous ayez un parti ou non. Ces autorisations ne sont accordés qu’aux projets vénérant le “guide suprême de la démocratie congolaise”. On en arrive à des ambiguïtés qui vous interdisent de tenir une réunion politique si vous n’êtes pas un parti déclaré, mais de devoir justifier d’une implantation dans plusieurs régions pour faire valoir votre mouvement. Ce n’est pas une erreur de droit, mais une volonté manifeste de rendre par le texte toute opposition ou organisation de l’opinion contraire impossible.

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La communication aux médias publics est réservée aux thuriféraires du pouvoir. La parole d’un opposé est contrôlée au mot qu’il prononcera. Journalistes comme intervenants risquent la prison à chaque argument. Aucun opposant ne peut créer une radio ou une télévision. Quand ce sont les médias communautaires, la politique y est interdite.

Quant à manifester en public, cela appartient au passé. Le maintien en détention et la mort des derniers qui ont bravés ce régime suffisent pour vous rappeler les vertus de la démocratie congolaise.

Les élections sont une farce organisée par le pouvoir et qui sélectionne ses opposants acceptables ou compatibles en vue de nommer des chambres complètement acquises au régime, comme on vient de le voir. Les fonds de campagnes sont majoritairement sortis des caisses l’Etat, et le processus technique est des plus opaques, garantissant forcément 80% pour la majorité. Il n’y a pas de recours libres. Je rappelle que le président de la Commission électorale est aussi président de la cour suprême. Les congolais le savent et l’expriment par des taux de participation qui n’atteignent jamais les 40%.

On a tous cru agir de l’intérieur. J’ai même participé à des partis alliés de la majorité (MCDDI allié depuis 2006, DRD…). Le soupçon d’être infiltré est permanent et on vous tient à la porte. On a soutenu les opposants restés sur place. C’est peine perdue. Il n’y a pas d’opposition possible. Il n’y a pas d’infiltration possible. On joue le jeu des miettes, ou on laisse tomber.

En réalité, l’opposition est une étiquette qui permet la participation à certaines commissions mixtes et aux perdiem qui vont avec, c’est un attrape-nigaud qui flatte la confiance de certains électorats braqués, c’est un capital crédit que l’on brandit en vue de se forger une carrure électorale, médiatique ou internationale. Mais elle ne s’exerce nulle part. Les partis dit d’opposition qui sont sur place peu importe leur volonté, tournent en rond. Ils grommèlent dans leurs salons sans aucune capacité d’action, sans réunion, sans expression, sans espoir électoral, sans outil. La faim, les brimades, l’ostracisme et la peur ont fini par avoir raison des plus sincères. Les plus tordus se jouent de la situation pour en tirer des profits et gloires personnelles. Ceux qui refusent ces compromissions ont arrêté la politique.

Pour qu’il y ait opposition, il faut imposer un rapport de force. Cela est possible de l’intérieur si des téméraires braves les risques d’aller en prison par centaines. Alors une opposition ne se peut qu’en prison ou à l’étranger. Il faut qu’on arrête de faire semblant. Il n’y a pas d’opposants au Congo et il n’est pas possible de faire de l’opposition dans les conditions d’aujourd’hui.

Par Hervé Mahicka

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