Congo : la France déjouerait un virage vers les BRICS ?( lecture en 4 minutes)

PARLONS-EN. L’hypothèse d’un réalignement stratégique du Congo vers la Russie et la Chine se précise. Des sources concordantes révèlent que l’épée de Damoclès est toujours suspendue sur la tête du général de division Guy Blanchard Okoï, chef d’État-major général (CEMG) des Forces armées congolaises (FAC), qui devrait être mis en difficulté. Paris, de son côté, détiendrait des leviers subtils pour contrer ce basculement, sans recourir à une confrontation ouverte. Le pouvoir congolais a des racines françaises et tout remonte aux années 1970. Denis Sassou, alors capitaine, est approché par le Service de Défense et de Contre-Espionnage (SDECE) français – ancêtre de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), éclaboussée en 2025 par ses opérations contre l’Alliance des États du Sahel (AES). L’objectif : neutraliser le président radical Marien Ngouabi.En 1976, Albin Chalandon, DG d’Elf Aquitaine, joue les intermédiaires avec ses réseaux issus du SDECE post-de Gaulle. Sassou, ministre de l’Intérieur et de la Défense depuis 1975, grimpe les échelons grâce à l’État-major spécial révolutionnaire. Le capitaine Emmanuel Ngouélondélé, directeur des services secrets du Congo et proche des Batékés, facilite les liens via feu Omar Bongo, hôte clé des bases françaises en Afrique et de la Françafrique.Porté par Elf Aquitaine, le minidef Sassou Denis indexé précédemment d’avoir assassiné Ngouabi, renverse le 5 février 1979, Yhombi Opangault : les vannes du pétrole s’ouvrent, l’argent coule, et le colonel Yves Ollivier s’installe durablement à l’état-major de Sassou. De Lissouba à Mokoko : Paris corrige ses « fils » En 1997, Elf récidive. Le professeur Pascal Lissouba, au pouvoir depuis 1992, est évincé pour avoir défié ses bienfaiteurs – nourris depuis 1963. La compagnie aurait financé mercenaires tchadiens, angolais, Hutu-Power et supplétifs zaïrois (DSP) : M. Sassou revient aux affaires avec plus de 400 000 morts dans les mains. Ce chiffre donné par l’expert Eric Dénécé n’a jamais été contesté. En 2016, François Hollande sacrifie un autre « fils », le général Jean-Marie Michel Mokoko (J3M). Mais l’ivresse des nouveaux riches déborde : hubris face à des exigences françaises de rigueur. Aujourd’hui, la tentation d’un pivot vers la Russie irrite Paris. Son atout maître ? Une élite congolaise formée, socialisée et ancrée en France, relais indéfectible entre Brazzaville et l’Occident. Okoï, comme J3M, en est le pilier – Paris ne compte pas le lâcher sans frapper même si, Jean Dominique Okemba suspecté de monter la cabale contre les officiers généraux Okoï et Nianga via Aline Lonzaniabeka est sur la liste des succesibles reconnu par l’occident. Dans cette configuration, la colonelle Aline charge Okoi au lieu de M. Sassou qui a pris le décret de la nommé et de la casser de son grade selon les prérogatives qui lui sont dévolus (article 88 de la constitution de la République du Congo) : ledit décret qui casse le grade du colonele au soldat 2è classe (décret n°2025-478 du 26 décembre 2025, publié au Journal officiel de la République du Congo de la 68e année, n°4, p.78, du 22 janvier 2026 ). La diversion du colonele Aline et Cie pour enfoncer les généraux devant les problèmes économiques qui frappent le Congo ne convainc pas les dépêches des services des renseignements occidentaux et des journaux qui accusent la France de vouloir renverser des dirigeants africains. Ce que les officiers Sassou, Lonzaniabeka et JDO cachent La rivalité Russie-Chine s’intensifie dans la profondeur économique et discrétion politique de PékinL’alerte récente du Service de renseignement extérieur russe (SVR) et des médias comme Voi.id, lanouvelletribune.info, etc., cristallisent les enjeux. Elles exposent la fracture géopolitique et rend tout basculement risqué. Les offres russe et chinoise divergent profondément, filtrées par l’élite congolaise occidentalisée. Pékin mise sur l’essentiel – infrastructures, énergie, numérique, prêts rapides, contrats bilatéraux sans ingérence idéologique. Cela flatte la souveraineté de M. Sassou. Mais l’administration congolaise, peu rodée, peine à gérer ces engagements complexes. Les élites françaises y voient efficacité sans filet : garanties juridiques faibles, opacité et vulnérabilité macroéconomique. La Chine apporte du concret, pas de bouclier réputationnel occidental.( A suivre) Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Congo : Kakamoeka, le rituel salvateur d’Anatole Collinet Makosso pour survivre au pouvoir ? ( Lecture en 4 minutes )

PARLONS-EN. Le deuxième Conclave des filles et fils du Kouilou s’est tenu le 31 janvier 2026 à KAKAMOЕКА sous le « haut patronage » du Premier ministre Anatole Collinet Makosso (ACM). Loin d’un simple rassemblement culturel, cet événement à Kakamoeka – nom signifiant « notre grand ancêtre » en vili – apparaît comme une manœuvre stratégique pour ancrer sa survie politique dans les forces spirituelles du terroir vili, au cœur d’une région marquée par la pauvreté et l’histoire kongo-vili. Il s’agit d’une centralisation masquée en rassemblement ethnique. ACM n’était pas un simple invité : il présidait le conclave, son comité préparatoire et d’organisation. Cette concentration de pouvoirs traduit une recentralisation symbolique, où l’État s’approprie les périphéries culturelles. Objectif affiché ? Court-circuiter les institutions républicaines pour soutenir ou viser une succession à M. Sassou, via un rituel initiatique réservé aux initiés. Alliance inédite entre État et traditions Le conclave a réuni trois légitimités : républicaine (préfets, parlementaires), territoriale (conseils départementaux, maires) et traditionnelle (Roi de Loango Moe Mpaka Siindji N’tukuni, dignitaires buali, sages yombé, kugni, vili et lumbu). Pas de folklore : ces actes – oracles royaux, invocation du « Grand Ancêtre », installation de gouverneurs traditionnels – hybrident pouvoir étatique et anthropologie.Lorsque le Professeur Placide Moudoudou plaidait en 2015 pour un serment présidentiel via le « Nzobi », il a été raillé alors qu’il exprimait une réalité congolaise. Vous conviendrez que, la présence centrale du putatif « Roi de Loango », les actes évoqués plus haut et le rituel d’invocation du « Grand Ancêtre » constituent des taches occultes. ACM les intègre dans le protocole officiel quoiqu’il ait été un des farouche opposant au Pr Moudoudou qui n’a pas reconnu son doctorat en droit réalisé à partir du diplôme de l’ENAM qui est une école professionnelle inhabilitée à délivrer des M2 Recherche/DEA/Doctorats. Ce choix révèle une posture stratégique sélective et perfide, clairement adossée à une volonté manifeste de transformer la tradition en ressource de gouvernement à son seul profit. Le rituel devenant non pas un contre-pouvoir, mais un auxiliaire de légitimation de l’ordre étatique en devenir pour la prochaine présidentielle. Quelles sont donc les fins non avouées in fine ? Celles de soutenir M. Sassou comme proclamé urbi et orbi ou plutôt les siennes propres secretum en opérant la substitution ésotérique parfaite ? Pour plus d’une personne, ACM instrumentalise ces rites pour sa légitimation, transformant la tradition en levier électoral. Tradition dépossédée, ambitions ésotériques La démarche engagée par ACM est donc pleine d’ambiguïtés. En présidant un conclave qui mobilise l’ensemble des forces vives locales, il se place au cœur d’un dispositif de médiation politique qui veut court-circuiter les institutions représentatives classiques. Ce conclave devient alors un espace para-institutionnel de production de consensus, où la parole coutumière et l’autorité morale peuvent peser sur les orientations publiques tenues par le droit positif, sans passer par les mécanismes délibératifs reconnus. Elle devient un cénacle d’élévation ésotérique (caché) situé à Kakamoeka (i-e Nkaka li muek = notre grand ancêtre) lieu éponyme de résidence de la sirène-mère Mwé Kikambissi, déesse tutélaire des lieux. Si avant l’appel des forces se faisait depuis Diosso, la translation opérée par ACM relève de mélanges des pratiques Yombé et Vodu issus des pêcheurs Popo (Béninois) installés à Madingou-Kayes depuis la construction du chemin de fer et dont les « métissages » ont abouti au Premier Ministre. On note donc non seulement une volonté de dépossession des Ba-Vili de leurs propres outils de gouvernance ( Vincent Gomez dépositaire du Nkobi à Diosso ostracisé ; Les Bouiti-Viaudo marginalisés alors qu’ils sont les enfants du Bi-witi ; les Goma-Sylvain et Dello Thomas banalisés alors qu’ils sont les uniques gardiens du dernier Tchibila des mânes ; les Portella-Yoyo-Gomez effacés alors qu’ils sont les Mfumu Ntoto de Mpita ; etc.). Promouvoir la fille de Mounthault dans ce contexte paraît comme une duplicité de l’arbre sensé cacher la forêt puisqu’au final, elle risque de servir comme agneau sacrificiel prisé par le rite opéré. Un duel invisible vers la prochaine présidentielle Le travail para-institutionnel engagé depuis la consécration de l’église nouvelle Saint Christophe ayant permis l’accès aux reliques de Mgr Godefroid Poity (c.f notre publication du 5 août 2025) se prolonge à Kakamoueka dans un geste ritualisé envers la Génie à la confluence de trois lacs sur la » Cité des grands lacs » qui servirait d’autel d’appel depuis 2024 date de la dernière vo. Ledit travail produit un consensus ésotérique, contournant les délibérations classiques. Soutien à M. Sassou qui a prévu annoncer sa candidature le 7 janvier ou substitution secrète ? Le chemin de l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Les combats à venir, traduisant ces forces invisibles, s’annoncent âpres. Certes, il est difficile de savoir si ACM et Cie, ivrent du pouvoir abandonneront le syncrétisme et les appétits démesurés, mais ceux qui défendent justice, vérité et liberté, l’heure est venue. Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Congo : une crise de trésorerie, de légitimité étatique dans un bain de violences ( lecture en 5minutes )

PARLONS-EN. L’année 2026 s’ouvre sous les auspices de la confusion du gouvernement Makosso. La conjugaison de faits récurrents, absence de liquidités totales de l’État, crispation armée et gigantesque crise sociale, risque de tout emporter. Il y a quelque temps, nous prédisions que les ministres Yoka, Bouya, Sassou, Mabiala, Mboulou et Collinet sont condamnés par le vent de l’histoire. Rien ne sera plus comme avant. Le 15 janvier 2026, nous parlions de la rencontre entre le ministère de l’intérieur et les hommes de Ntumi qui accoucherait d’une souris. Le petit Serges Oboa nous l’a confirmé par sa distraction devant les vrais problèmes économiques et financiers. Sa doctrine de Bandenbekämpfung et les tirs des mortiers qui n’ont touché aucun Ninja ce 16 janvier de 4-8h00, ont fait flop! Faire la guerre dans le Pool sans renseignements précis dans un contexte financier tendu relève d’une démarche schizophrénique. La recherche des criminels et rétablir l’autorité de l’État est une chose. Mais, terroriser la population, ridiculise les institutions et refroidit les investisseurs à s’intéresser au Congo. Un choc régional qui devient national à force d’inanités gouvernementales Le sommet extraordinaire convoqué ce 22 janvier 2026 à Brazzaville par la CEMAC constitue un signal institutionnel implacable : les mécanismes ordinaires de stabilisation macroéconomique sont jugés insuffisants face à un choc imminent de liquidités externes. La détérioration rapide des réserves de change, la hausse des remboursements extérieurs et l’absence de programmes actifs avec le FMI pour la plupart des États membres placent la sous-région dans une situation plus grave que celle de 2016.En effet, la BEAC est confrontée à l’érosion des réserves (–1 300 Md fcfa en six mois), pour une politique monétaire restrictive aux fins de défendre la parité du franc fcfa en relevant ses taux directeurs. Le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) est passé ainsi de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal a été porté à 6,25 %. Il s’agit des niveaux les plus élevés enregistrés par l’institution depuis au moins 2017. Ce choix, rationnel au niveau régional, transfère la contrainte sur les trésoreries publiques nationales, en particulier celles structurellement dépendantes du refinancement domestique et de la rente pétrolière, comme le Congo. Une architecture budgétaire du Congo trompeuse : excédent comptable, déficit de caisse Le PLF 2026 du Congo (projet toujours pas adopté à ce jour !) affiche un solde budgétaire global excédentaire, mais ce signal est économiquement secondaire. L’indicateur décisif est le solde primaire hors pétrole fortement négatif, révélant une incapacité structurelle à financer les dépenses courantes sans recettes extractives. Cette fragilité devient critique au premier trimestre (PT) 2026 car l’État ne fait pas face à un problème de trajectoire annuelle, mais à un mur de trésorerie immédiat : une dette intérieure en OTA/BTA estimée à 800 Md fcfa, dont 17 % exigibles dès le PT 2026 (selon nos estimations), soit environ 136 Md fcfa, conséquence directe de défauts et reports successifs en fin 2025 ; à cela s’ajoutent des engagements extérieurs auprès des bailleurs estimés à 355 Md fcfa par an, soit près de 90 Md fcfa en équivalent PT. Ainsi, plus de 220 Md fcfa de pressions financières pèsent sur les trois premiers mois de 2026, avant même toute tentative de normalisation sociale ou d’investissement public. À cette contrainte financière s’ajoute une défaillance sociale systémique : retards de salaires et de transferts sociaux de 5 à 9 mois (CHU, CFCO, UMNG, Parlement Administration de la présidence et de la primature, etc.), des cotisations sociales jamais reversées, des pensions de retraite impayées depuis plus de trois ans. Ces phénomènes traduisent une rupture de la fonction redistributive minimale de l’État. Au PT 2026, cette situation a trois effets cumulatifs : Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Congo entre miracle, records et mirage : MM. Sassou, Collinet et Yoka s’affranchissent des 20 ans de tutelle de Bouya, Mboulou et Cie sur les finances, la justice et la sécurité (lecture en 5 minutes)

PARLONS-EN. La fin du quinquennat et de l’année approchent. Ce quinquennat et 2025 resteront dans les esprits comme des saisons de tous les records. Après des alertes sur l’insécurité, les violations des droits, la défaillance de la diplomatie, la gestion peu orthodoxe des finances du Congo, les difficultés continuent à s’accumuler. Ni la levée de 670 millions de dollars opérée par le ministre Christian Yoka (CY) ni même le rechamboulement de l’affaire Moshen Hojeij mené grâce aux bons offices du lobby américain qui a l’oeil sur ce chef du Hezbollah et sur les dignitaires congolais cités dans ladite affaire, moins encore le chantier de gaz lancé par M.Sassou ce 17 novembre à Pointe Noire. Rien de tout cela ne peut baisser drastiquement la courbe de la dette et la gestion publique pour rassurer les Congolais. Des records sans précédents Depuis l’existence du Congo, la mort n’a été autant banalisée et la pauvreté célébrée par les tenants du pouvoir. À 120 jours de l’échéance électorale de mars 2025, on devrait compter les victoires, les succès, énumérer les résultats obtenus au cours du quinquennat. À l’évidence, tout est mitigé, les lampes de l’espoir sont résolument éteintes. Cette fin de quinquennat a un goût très amer. Elle porte une signature eschatologique qui se décline en enlèvements, exécutions sommaires, hôpitaux devenus des mouroirs, paupérisation des fonctionnaires et des personnels de l’université, des hôpitaux et des mairies, clochardisation et mort lente des retraités, souffrances infligées aux étudiants sans bourses et des grèves . Bref, le ciel est toujours nuageux malgré le retour du Congo sur la scène juridico-financière internationale qui rebat les cartes de l’omniprésente tutelle Bouya et Cie. M. Sassou semble partiellement se dégager de la prise mortelle dans laquelle l’a entraîné le chef de l’axe Bokouélé et se remet en scène pour 2026. Si le sourire est revenu sur les lèvres des gouvernants, la joie de vivre des jours heureux n’habite pas l’esprit des Congolais. Le doute plane sur la destination que vont prendre les 670 millions . Les députés qui devraient contrôler l’action gouvernementale sont abattus. La timide participation à la dernière séance des questions orales au gouvernement où seulement 53 % ont répondu présents est la preuve du désespoir et de la désillusion qui gagnent la représentation nationale. La situation demeure opaque et préoccupante. Des interrogations Comment le Congo, économie fortement dépendante des hydrocarbures, a traversé une trajectoire financière marquée par des soubresauts de dette extérieure, des restructurations et un accès limité aux marchés obligataires internationaux a-t-elle pu accéder à un nouveau prêt peu transparent et à des intérêts exorbitants comparé à d’autres pays comme la Côte d’Ivoire qui a pu lever des sommes plus importantes à moins de 6% ? Qu’est ce qui a bien pu être hypothéqué ou gagé pour qu’on en arrive là ? Il est à craindre que nos gisements, le gaz, les minerais et terres rares aient été gagés pour sauver le système. Il est fort probable qu’en dessous, il y ait un recyclage des fonds pillés par les dignitaires ( cavalerie et corruption pour régaler les membres du clan qui portent des obligations hautement spéculatives souscrites ). Doit-on se réjouir de ces taux usuraires de 10% qui rappellent la mafia Zidane soutenu par l’Archer et Élite Capital ? Selon la Banque mondiale, son ratio dette publique/PIB atteignait encore près de 93,6 % en 2024, avec des pressions importantes sur la liquidité et le refinancement. L’un des jalons antérieurs est l’émission de juin 2007 d’un euro-bond intitulé « Congo 6 % 30/06/29 » d’un montant approximatif de USD 477,79 millions, coupon 6 %, avec une échéance le 30 juin 2029. Ce type d’émission s’inscrivait dans le cadre d’une ouverture de marché souverain en Afrique peu de temps avant la crise obligataire qui devait toucher plusieurs émetteurs africains. Toutefois, l’expérience s’est soldée par des incidents : le Congo a traversé, en 2017, un défaut technique, la dette ayant été jugée risquée et les marchés devenus frileux. Retour sur ladite émission L’émission de USD 670 millions, coupon 9,875 %, échéance novembre 2032, remboursable en cinq tranches égales entre novembre 2028 et novembre 2032 bouclée par Christian Yoka (C.Y) lors de sa visite à Paris le 31 octobre marque des ruptures stratégiques :1) retour sur les marchés internationaux ;2) un coût d’emprunt élevé (coupon ~9,875 %) reflet de la prime de risque souverain ;3) un usage ciblé des fonds : non pour de nouveaux projets d’investissement, mais pour rallonger la maturité et réduire la pression de refinancement à court terme, en internalisant une dette intérieure plus coûteuse et risquée ;4 ) un alignement avec les réformes de gouvernance, de transparence et de gestion de la dette (engagement de publication trimestrielle, dialogue avec les investisseurs) voulu comme signal aux marchés. Il sied de noter qu’il est fréquent de voir que la conjoncture économique mondiale oblige à plus de pragmatisme et moins de dogmatisme pseudo-démocratique. Avec l’appui de Citigroup Corp, l’idylle financière Congo-Chine se complique. Est-ce la fin du chantage financier et politique de Bouya ou un jeu de chaise musicale ? Stratégie de financement ou détournement des fonds au profit de la campagne présidentielle de M. Sassou ? Officiellement, le nouvel eurobond, vise quatre objectifs, mais officieusement, il vise à financer la campagne présidentielle de M. Sassou : allonger les maturités et la gestion des risques de refinancement. Dans ce cadre, l’utilisation des produits de l’émission pour refinancer la dette intérieure avec une échéance à court terme (novembre 2025 – février 2026) montre une intention manifeste de réduire le risque de rollover. En substituant une dette à courte maturité par un titre de long terme (2032), le Congo cherche à réduire la vulnérabilité aux chocs de liquidité et à alléger l’échéancier immédiat de remboursement. Cette logique est recommandée dans les rapports de la Banque mondiale et du FMI pour les pays à forte servitude aux recettes volatiles. Prélude de poursuivre lesdits objectifs et plancher sur : les derniers voyages de M. Sassou, le rebondissement de l’affaire Berebi et la
Dérive sécuritaire et exécutions sommaires : les généraux Sassou, Oboa et Boka en difficulté ( lecture en 5 minutes)

HAUT ET FORT. En procédant aux exécutions sommaires des « kulunas », l’action de la DGSP et de la GR quoiqu’applaudie par 83% des congolais ou salutaire pour « raison d’État », met M. Sassou en porte à faux avec la Constitution congolaise de 2015, l’Etat de droit, les traités internationaux et une partie de l’opinion qui est apeurée. Selon l’article 8 de la Constitution : « La personne humaine est sacrée et a droit à la vie. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger. […]. La peine de mort est abolie. » La sacralité de la vie et l’abolition de la peine de mort ainsi énoncées suscitent des interrogations sur le fondement juridique de l’opération menée par les éléments de la direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) et de la garde républicaine (GR) qui ont pour rôle respectivement, de protéger le président et sa famille ainsi que les institutions et leurs animateurs. En effet, la DGSP et la GR se sont mises en mouvement comme des appareils de répression sans cadre légal incluant la police et la gendarmerie. En principe et selon toute logique, l’armée n’intervient que pour faire face à une agression extérieure et détruire l’ennemi conformément à son propre protocole d’engagement qui établit de facto un régime d’exception juridique. Cette situation qui divise les populations entame de plus belle l’ordre juridique et ternit l’image du Congo à l’extérieur. S’agit-il de manière voilée, d’une opération visant à étouffer les contestations du peuple martyrisé comme le disent moult personnes ? La réponse est oui et non. Pour justifier, par exemple, sa gestion scabreuse par le passé, le système Sassou n’hésitait pas d’utiliser les ninjas de Pierre Oba, d’Isidore Mvouba et d’Adélaïde Moundélé Ngolo sous l’égide de Mantsanga et Cie pour faire le sale boulot dans le département du Pool et sur le Cfco. Il sied de dire que depuis un demi-siècle, au Congo, les revenus pétroliers irriguent un cercle restreint d’acteurs liés par le sang, l’alliance ou la dépendance, transformant ainsi l’État en guichet clanique. La nomination du général Serge Oboa (S.O) à la tête de la DGSP et sa parenté avec J.J. Bouya illustre cette logique : la sécurité présidentielle et l’infrastructure publique se trouvent sur l’axe le plus riche et le plus dangereux (…) que nous évoquions il y a une dizaine de jours. Selon nos informations, cette opération fait suite à un ème accrochage entre la police et la DGSP couplé à l’assassinat de Bruno Obambi. Le Commandant en chef Denis Sassou qui aime se cacher, a donné son quitus à Oboa et à Boka mais sans note officielle. Normalement, M. Sassou devrait prendre un décret envoyant la GR et la DGSP appuyées la gendarmerie et la police comme ça été fait : Dans cette opération, MM. Sassou, Oboa et Bouka utilisent la doctrine de Bandenbekämpfung, doctrine de terreur très violente d’extermination et de destruction institutionnalisée lors de la Seconde guerre mondiale, sous le régime nazi pour lutter contre les bandits et autres. Cette opération bien qu’elle soit la toute première action du quinquennat de M. Sassou est applaudit par 83% de la population qui a maille à partir avec les Kulunas. Cependant, les exécutants de celle-ci tombent sous le coup de la loi et renvoient en l’air la présomption d’innocence. Ils situent le Congo, d’un côté, dans une administration hypertrophiée dans ses bras coercitifs mais atrophiés dans ses services. De l’autre côté, dans des règles écrites substituées par des règles relationnelles à partir desquelles la parenté l’emporte sur le mérite et la proximité sur l’institution. Le ministère de l’intérieur, la police, la gendarmerie et la justice sont court-circuités dans leurs missions et attributions par des réseaux parallèles où la loyauté clanique pèse davantage que la hiérarchie administrative. Nous l’avons déjà dit, le pouvoir se concentre dans le clan présidentiel, et l’autorité civile est rognée par une présidentialisation rampante de la sécurité. Dans ce contexte, le communiqué de la DGSP, appelant la population à dénoncer les Kulunas contre primes sonnantes et trébuchantes, est la manifestation de cet accaparement . En s’adressant directement aux citoyens, reprécisons le, l’organe présidentiel écarte la police et la gendarmerie. En transformant la collaboration civique en transaction, il installe un régime de suspicion généralisée. La citoyenneté devient marchandisée, la solidarité convertie en opportunisme. Plus encore, la DGSP et la GR fabriquent l’ennemi dont elles ont besoin : le terme « Kulunas », importé de Kinshasa, englobe indistinctement gangs structurés, jeunes marginaux et parfois opposants politiques. Cette catégorisation floue légitime la répression et étend la compétence présidentielle à des domaines jadis dévolus à la justice ordinaire. ( la suite mardi avant de revenir sur le dossier Figa) Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Sassou à Kinshasa : pour un mariage à la diplomatie dans une région en recomposition ( lecture en 4 minutes)

La nouvelle cartographie logistique et sécuritaire qui se redessine dans la sous région depuis l’arrivée de Trump, augure des mauvais jours pour Brazzaville. Ainsi, le 23 août 2025, M. Sassou a crû gagner un jackpot en assistant au mariage de Patrick Ngele et Christina Tshisekedi, fille et collaboratrice de Félix Tshisekedi. Peine perdue. L’accueil de M. Sassou par la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, et non par le président Tsisekedi ni même par la Première ministre, se lit comme un palimpseste protocolaire qui suscite déjà une interrogation sur les relations entre les deux voisins du fleuve Congo. Le contexte est tout sauf placide. D’un côté, Kinshasa revendique désormais un alignement assumé avec les USA et a accepté un « accord de paix » (parrainé par Washington) avec Kigali en juin 2025. La fragilité de cette initiative attribuée à l’entregent direct de Trump a été mise en évidence par la persistance des violences de l’AFC/M23 et des massacres rapportés ensuite à l’Est. De l’autre, Kigali demeure une puissance sécuritaire structurante en Afrique centrale (CAR, Mozambique), ce que reconnaissent la documentation onusienne, les centres de recherche et la presse internationale. Côté Brazzaville, les liens politiques avec Kigali se sont resserrés depuis les accords Léonins de 2022 dont celui sur la cession des terres dénoncé officiellement en juin 2025 par l’État congolais sous pression du peuple qui attend toujours le texte de confirmation de la caducité. Ce dernier épisode est le signe d’une tentative de recalibrage sous la pression politique intérieure et régionale. Dans ce climat, la présence de Sassou à Kinshasa ressemble à un geste de réassurance ou, pour ses critiques, à une « Canossa » diplomatique : rechercher la photo d’unité chez un voisin qui diversifie ses dépendances et réorganise ses routes de sortie. L’option Kribi–Zongo via la RCA discutée par Kinshasa et Yaoundé aux mois de mai-juin 2025 matérialise cette logique de désenclavement par redondance : réduire la sensibilité au corridor fluvial face à Brazzaville, et développer une échine logistique alternative vers l’Atlantique. Corridors, armements et accords secrets Le corridor Kribi–Zongo (Cameroun – RCA – Nord-RDC) s’inscrit dans un moment charnière dès l’instant où la RDC multiplie les options (Banana, Lobito, et désormais Kribi via la RCA). La sélection d’un itinéraire terrestre via la RCA est lisible comme une volonté de marginalisation de Brazzaville dans la chaîne d’exportation du Nord-RDC. C’est une rupture stratégique à coûts mutualisés avec le Cameroun. Une enquête OCCRP documente des achats massifs d’armes par le Congo-Brazzaville auprès de l’Azerbaïdjan (plus de 500 tonnes livrées depuis 2015, dont plus de 100 tonnes en 2020 pour la Garde républicaine). C’est attesté et recoupé médiatiquement. Des sources proches recoupent la réédition avec de nouveaux stocks qui seraient acquis « pour le compte du Rwanda » qui devraient être acheminés par un pont aérien avec le concours de Françoise Joly (à vérifier). Sur le front RDC-RCA, l’accord de coopération militaire du 18 octobre 2024 prévoit renseignements, formations et opérations conjointes le long des 1 600 km de frontière (Bas-Uélé, Nord-Ubangi). L’accord s’inscrit à contre-courant de l’emprise sécuritaire croissante de Kigali en RCA (déploiements bilatéraux RDF, rôle de protection VIP, créneaux économiques), et entend colmater une partie des débordements (UPC, CPC, flux d’armes). C’est cohérent avec la volonté de Kinshasa de diminuer son exposition aux proximités politico-sécuritaires de ses voisins. En juin-août 2025, plusieurs médias américains (Reuters, Washington Post, WSJ) décrivent un cadre de désescalade « américano-parrainé » entre Kigali et Kinshasa. Mais, la cinétique sur le terrain (massacres imputés à des forces affiliées M23/AFC et recul de trêves locales) relativise la portée immédiate de ces annonces. Cela ressemble aux accords politiques au sommet, résilience des violences au sol. Lecture stratégique : « Canossa », sécurité percluse et fenêtres d’action Sassou « va à Canossa »? Certainement. En choisissant Kribi-Zongo, en serrant les liens militaires avec Bangui, et en validant une ingénierie diplomatique américano-angolaise avec Kigali, Kinshasa diversifie ses leviers et recompose ses dépendances. Brazzaville perd une partie du levier logistique implicite que lui conférait la proximité fluviale et l’intermédiation bilatérale, d’où la tentation de réafficher la proximité au plus haut niveau – fût-ce par la symbolique familiale : le Congo « prend de l’eau » de toutes parts, notamment dans les services de sécurité qu’il faut réformer en urgence et de fond en comble. Certes, nous reviendrons sur l’aspect sécuritaire dans notre publication feuilleton consacrée à la défense et la sécurité, mais il sied de dire ici et maintenant que ce voyage de Kinshasa a saigné le trésor public, et a été un véritable camouflet couvert par l’invitation laissée à Félix Tshisekedi de venir assister au mariage de Junior Omar. Brazzaville doit inciter à réoptimiser son rôle de pivot de transit (services, valeur ajoutée logistique) que de miser sur la seule rente de voisinage. Cela passe par un réaménagement de la gouvernance et surtout des départements régaliens : Justice, Affaires étrangères, Défense, Intérieur. Le 23 août 2025 n’est pas qu’un cliché. C’est le miroir d’une transition : Kinshasa qui diversifie, Bangui qui se couvre, Kigali qui projette et pendant ce temps, Brazzaville ne se réajuste pas. Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Candidature de Matoko à la tête de l’UNESCO : un échec diplomatique discréditant M. Sassou ( lecture en 5 minutes )

PARLONS-EN. Le 22 juillet, la France a officialisé son soutien à l’Égypte au poste de Secrétaire général de l’UNESCO. Le choix de l’Élysée a entamé le peu de légitimité internationale du régime de M. Sassou, entraînant lentement la désagrégation méthodique de son architecture de conservation du pouvoir à l’approche de la fin du mandat présidentielle en 2026. Le courrier officiel de Paris annonce son soutien « à tous les tours de scrutin » à la candidature de M. Khaled El-Enany au poste de Directeur général de l’UNESCO pour la période 2025-2029. Ce choix relègue au second plan la candidature de Firmin Édouard Matoko, haut fonctionnaire et prétendant du Congo. La candidature de Firmin Matoko visait à repositionner le Congo comme acteur international respectable, après une décennie de discrédit liée à la gouvernance opaque, à la crise de la dette, à la dégradation des droits fondamentaux. M. Sassou compte sur ce symbole pour réactiver une narration : celle d’un Congo fiable, cultivé, pivot culturel de l’Afrique francophone. Mais la France, pilier historique de cette zone d’influence, lui préfère ouvertement l’Égypte. Et ce, au moment même où l’Union africaine laisse entendre qu’elle soutient aussi l’égyptien. Le message est limpide. M. Sassou ne dispose plus ni du socle africain, ni du parapluie parisien pour défendre ses ambitions internationales. Matoko sacrifié : la mort d’une option de transition feutrée L’échec de Firmin Matoko, quoique vénérable grand maître de la franc-maçonnerie, dépasse le cadre de l’UNESCO et démontre qu’en politique, seuls les intérêts comptent et non la loge. Les récents contrats commerciaux conclus le 26 avril 2025 entre la France et l’Égypte d’un montant de 3,95 milliards d’euros, comprenant la vente de trente avions de chasse Rafale, ainsi que deux autres contrats au bénéfice du missilier MBDA et de Safran Electronics et Defense, ajoutent au rôle crucial de l’Égypte dans le monde arabe ne peuvent que jouer en faveur de l’Égypte. Le désaveu de Matoko scelle la fin d’une stratégie de transition, dans laquelle un diplomate loyal, modéré et connu dans les chancelleries aurait pu incarner une relève acceptable, sans danger pour les intérêts familiaux et patrimoniaux du clan Sassou. Ce refus international d’appuyer un profil respectable signifie une chose : personne ne veut cautionner une succession maquillée au Congo. L’alternative Matoko, si elle aboutit, deviendrait l’interface d’une recomposition post-Sassou : une figure de pont, entre le système et la réforme. En torpillant cette option, la diplomatie française renvoie le régime à ses propres impasses. Une réédition de l’affaire de 2002 où Henri Lopez, déjà désavoué au profit de Boutros Boutros-Ghali, Égyptien, par Jacques Chirac. Mais ce dernier, entouré des mafieux, n’a pas tiré les enseignements de sa politique tribale. Cela ne pouvait être autrement dans une république où même les intellectuels comme ACM traîne derrière lui un conseiller diplomatique disloqué, Tchitembo-Tchilouemba et son adjoint, le photographe Lumière Moussala, bon à rien. La preuve, aucun rdv n’a été décroché pour que ACM atterrisse en France le 20 juillet comme prévu. 2026 : vers une présidentielle sans relais, sans filet, sans partenaires À huit mois de la présidentielle, le signal est glaçant pour M. Sassou : son crédit géopolitique est épuisé. Ni Paris, ni l’Union africaine, ni l’UNESCO ne sont disposés à l’appuyer. Le régime, déjà discrédité par une gouvernance rentière et la captation des flux pétroliers, se retrouve nu diplomatiquement, incapable de produire des alliances stables. Face à cette réalité, il ne reste à Sassou que 3 options que nous développeront le lundi. Mais en prélude, il sied de rappeler, que la diplomatie et le jubilé que nous évoquions autrefois ne mentent pas. Ledit jubilé marque la fin du pouvoir spirituel de M. Sassou qui devient actuellement qu’une coquille vide. Le jubilé et la diplomatie devancent la chute. La note verbale française est un acte politique majeur, signifiant que le régime congolais n’est plus perçu comme un interlocuteur d’avenir. Contrairement aux griots qui présentent M.Sassou comme un médiateur international alors qu’il n’a jamais réussi une médiation. En diplomatie, l’absence de soutien à une candidature est une sanction douce. La France a enterré un projet politique de transition contrôlé au Congo. Octobre 2025, lors du vote à l’UNESCO, risque d’être l’épilogue symbolique d’une décennie d’érosion en passant par 2026. Malgré nos alertes sur le sérieux de Matoko, mais le 5 mars 2025, Sassou, conseillé par Jean Claude Gakosso, Bienvenue Okiemi et Florent Tsiba, avait jeté son dévolu sur le candidat égyptien, témoins : le ministre Badr Abdel A., la presse. Pourquoi stigmatiser la France et l’Union Africaine alors que les dirigeants congolais veulent une chose et son contraire à défaut de souffrir d’Alzheimer ? Certes, nous devrions croiser les doigts pour le compatriote Matoko, mais pour éviter de courir, il est impérieux de commencer le lobbying de la candidature de Luc Missidimbazi à la tête de l’UAT qui a été portée par Louis Marc Sakala et Léon Juste Ibombo. Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Sassou : après 42 ans de règne, la violence demeure une fatalité programmée en république du Congo (lecture en 5 minutes)

HAUT-ET-FORT. Après des décennies d’un système Sassou solidement verrouillé, le Congo s’enfonce dans un climat délétère où la violence apparaît comme l’ultime rationalité offerte par un pouvoir qui a méthodiquement bloqué toutes les autres issues. Ce n’est pas un empilement de dérives, mais la traduction d’un modèle politique fondé sur la dissuasion, la peur, l’éradication des alternatives et la confiscation du futur. L’éradication administrative des partis La stratégie actuellement mise en œuvre par le régime de Mpila consiste à verrouiller l’espace démocratique pour mieux stériliser la demande politique. Ce n’est donc pas un hasard si l’on observe la liquidation administrative du PSDC du RDD, du PAPE, et l’étouffement procédural des embryons Debout pour le Congo et Les Souverainistes. En théorie, on parle d’un banal « répertoire actualisé des partis », tel que stipulé dans l’arrêté du ministère de l’Intérieur daté du 30 juin 2025. Faux ! C’est une manœuvre chirurgicale pour neutraliser toute fédération politique susceptible de cristalliser un espoir majoritaire. La science politique comparative renseigne que, la fermeture du spectre partisan produit trois effets documentés : • la disqualification structurelle des revendications populaires, faute de véhicules institutionnels légitimes pour les porter. En clair, les frustrations ne trouvent plus de débouché électoral ni parlementaire. • l’hyper-concentration des canaux de négociation, réduits à la cooptation au sein des vieux réseaux PCT et satellites, ce qui accroît la logique rentière au sommet et la désertification de toute alternative crédible. • la radicalisation marginale mais croissante, car le champ d’expression s’étant tari, la contestation se reporte hors des sentiers formels, avec pour corollaire l’attrait pour la confrontation violente comme seule issue d’influence. Vous conviendrez avec moi qu’on est devant un mécanisme de stérilisation anticipée du corps social et de préparation d’un climat propice à la peur plutôt qu’à la compétition politique. Les assassinats : messages systémiques Le meurtre du colonel Ata Mathieu, ancien du Mont-Louis (France), ex-garde rapproché de Yhombi Opango et de Mokoko, exécuté d’une balle dans le dos à Brazzaville ce 3 juillet 2025, n’est pas qu’un crime crapuleux. Pour quiconque appartient au top tiers des analystes en sécurité comparée, il relève d’un schéma classique de « disruption ciblée du capital symbolique », théorisé dans les doctrines contemporaines de maintien du pouvoir autoritaire. • En éliminant une figure militaire au parcours connu, le régime frappe les corps intermédiaires (officiers, vétérans, sous-officiers) et injecte un signal clair : « toute loyauté alternative, même passive, sera physiquement neutralisée ». • En maquillant le meurtre en suicide (arme retrouvée dans sa main) alors qu’il était en plein sport, l’État cherche à semer la confusion narrative, à bloquer l’héroïsation du défunt par ses pairs et à installer une lecture d’absurdité fatale : la mort frappe, point, sans logique collective. • Ce type d’élimination sélective agit comme un catalyseur psychologique puissant sur les forces de sécurité, les forçant à un réflexe grégaire de soumission pour éviter la même issue. Concrètement, cela équivaut à miner les bases d’une armée nationale, et à faire planer la menace d’alliances clandestines futures entre laissés-pour-compte du système, qui pourraient – une fois regroupés – devenir les détonateurs d’un cycle d’insurrection violente. L’incarcération, norme de neutralisation des alternatives Les diverses interpellations et maintien en prison du général Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa malgré les multiples alertes de l’ONU pour détention arbitraire et la documentation précise des violations de ses droits fondamentaux, ne relève pas d’un acharnement accidentel. Il traduit la doctrine centrale du système Sassou : « Tout opposant populaire est un ennemi à isoler physiquement ». Sur le plan du droit international, cette obstination viole frontalement les engagements multilatéraux du Congo et décrédibilise sa signature souveraine – un paramètre souvent négligé dans les analyses basiques, mais qui a des conséquences directes sur la prime de risque souveraine et le rating implicite du pays sur les marchés financiers régionaux. Les investisseurs institutionnels, qui lisent aussi les rapports de l’ONU et du FMI, intègrent le coût de réputation et de l’illiquidité politique dans leurs décisions d’allocation. Ce traitement judiciaire univoque envoie un message aux élites alternatives : toute ambition nationale hors du cadre Sassou est un chemin balisé vers la prison. Ce verrouillage judiciaire a un effet structurel : il dessine les contours d’un système autarcique qui, privé d’oxygène intellectuel et stratégique, s’enferme dans sa propre reproduction oligarchique jusqu’à la rupture violente. La violence, dernière variable d’ajustement dans un pays sans soupape Le Congo présente la configuration redoutée par les analystes du risque politique : • absence complète de canaux institutionnels pour l’alternance, • atomisation et psychose au sein des corps armés, • condamnations internationales ignorées, • assèchement économique aggravé par la rente pétrolière en chute et l’endettement obligataire surfacturé, • et désormais, faillite morale visible d’un régime dont les chefs voyagent à Dubaï pour des mondanités pendant que le Trésor gèle toutes les missions publiques. Dans un tel environnement, la violence cesse d’être un accident. Elle devient une variable d’ajustement du système, le seul moyen pour un nombre croissant d’individus de croire pouvoir encore peser sur leur destin. Les « insensés » prêts à tout pour inverser l’ordre des choses, hier isolés, sont désormais légion, fabriqués en masse par 42 ans de confiscation du pouvoir et d’humiliation collective. Le Congo est posé sur le baril de poudre et l’histoire montre que lorsque l’injustice atteint ce niveau de concentration, il suffit d’une étincelle — parfois minuscule, pour déclencher une conflagration que personne ne pourra ensuite maîtriser. Si ce régime persiste à gouverner par l’exclusion, la répression ciblée et le mépris ouvert des standards démocratiques les plus élémentaires, il précipitera lui-même la dynamique violente qu’il prétend redouter. Et alors, le coût humain et financier dépassera de loin le prix d’une transition qu’il aurait pu négocier dans la dignité. Ghys Fortuné DOMBE BEMBA