Sénégal/Dette, discipline et “Jubbanti Koom” : la cure d’amaigrissement version Sonko

TRIBUNE. Avec la situation des finances publiques difficiles, voilà que Ousmane Sonko enfile la blouse du chirurgien budgétaire. Diagnostic : un Sénégal sous perfusion de dettes, alourdi par 23 666,8 milliards FCFA à fin 2024, soit un ventre financier gonflé à près de 119 % du PIB. Ordonnance : régime sec, rééducation musculaire… et surtout, reprise en main musclée de la souveraineté financière. Entre 2025 et 2028, le gouvernement brandit son PRES comme un manuel de survie économique. La fameuse stratégie « S3 » ? Une sorte de gymnastique comptable destinée à remettre le pays d’aplomb. Premier exercice : rééquilibrer la dette comme on remet un plateau trop chargé, objectif 50/50 entre dette intérieure et extérieure. Traduction satirique : moins de dollars capricieux, plus de francs CFA bien de chez nous. Le message est clair à force de danser avec les marchés internationaux, Dakar avait fini par avoir le tournis. Deuxième mouvement : rallonger la dette comme on étire un élastique trop tendu. Fini (en théorie) les emprunts courts qui étranglent le budget chaque année ; place aux financements longs et concessionnels auprès des grands bailleurs. Autrement dit, respirer aujourd’hui pour ne pas suffoquer demain. Mais le vrai coup de théâtre, c’est le « Jubbanti Koom » littéralement, la grande opération de redressement. Ici, le Premier ministre joue au jardinier des finances publiques : tailler dans le train de vie de l’État, fusionner les structures obèses, traquer les niches fiscales planquées sous le tapis. Le mot d’ordre : financer le développement avec l’argent du pays, pas avec la carte de crédit internationale. Dans cette nouvelle liturgie budgétaire, même les secteurs jadis chouchoutés passent à la caisse : numérique, mobile money, jeux, foncier… personne n’échappe au fisc version 2.0. Et pour compléter la quête, on agite la tirelire de la diaspora et les financements verts parce qu’aujourd’hui, même la dette doit porter un costume ESG pour être fréquentable. Objectif affiché, presque olympique : ramener le déficit de 12 % à 3 % d’ici 2027, stabiliser la dette autour de 101 % du PIB en 2028, et relancer agriculture, pêche et industrie comme un moteur qu’on croyait grippé. Reste la question que tout le monde murmure dans les couloirs climatisés de l’économie : miracle budgétaire en gestation… ou cure d’austérité sous emballage patriotique ? Une chose est sûre : la bataille de la dette est lancée et cette fois, à Dakar, on promet de compter chaque franc comme si c’était le dernier. Par Malick BA Journaliste
SENEGAL/AVIS DE RECHERCHE : Mais où est donc passé Birame Souleye Diop ?

INDISCRETION. Dans le Sénégal hyperconnecté version 2026 cette République où le moindre bâillement ministériel se transforme en breaking news sur Facebook ou X , une absence commence sérieusement à faire tache dans le décor. Oui, vous avez bien lu : avis de recherche officieux pour Birame Souleye Diop, ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines. Portefeuille nucléaire, visibilité… quasi spectrale. Nommé en avril 2024 sous le magistère de Bassirou Diomaye Faye et sous la houlette du Premier ministre Ousmane Sonko, Birame Souleye semble avoir inventé une nouvelle doctrine de communication : parler que ses propres activités ministérielles. Une innovation. Une performance. Presque une disparition organisée. Pas de sorties tonitruantes. Pas de rafales verbales contre les kulunas politiques. Pas même une petite étincelle numérique pour rappeler qu’il tient l’un des ministères les plus inflammables du pays. Pendant ce temps, chez les camarades de la galaxie Pastef, ça carbure au kérosène médiatique : Abass Fall occupe le terrain comme un sprinteur en campagne permanente. Fadilou Keita nourrit ses plateformes avec une régularité. Waly Diouf Bodian multiplie les signaux comme une tour de contrôle en surchauffe. Amadou Ba, lui, continue d’exister dans le bruit ambiant, fidèle au poste. Pour ne citer que ceux-ci. Et Birame ? Silence radio. Écran noir. Compte presque en jachère. Alors la question crépite chez les Pastéfiens comme un compteur prépayé en fin de crédit : stratégie de discrétion chirurgicale ou disparition politique prématurée ? Ministre en mode sous-marin ou pilote automatique enclenché au ministère le plus sensible du moment ? Plus intrigant encore : où se positionne Birame Souleye Diop sur l’axe Sonko–Diomaye, cette ligne de fracture que tout le microcosme politique ausculte à la loupe ? Pourquoi ce mutisme soigneusement entretenu sur les actes du président et de sa coalition? Est-il dans l’ombre stratégique de Sonko ? Joue-t-il le « gnaralé » version grand cru ? Est-il le loyal discret du président Diomaye ? Ou simplement un ministre qui travaille vraiment, crime presque parfait sous nos tropiques politiques où, rappel cruel, ce qui ne se voit pas n’existe pas ? Pendant que certains ministres labourent les réseaux sociaux comme des champs en plein hivernage, Birame Souleye Diop cultive, lui, une denrée devenue suspecte : la discrétion. Reste à savoir si ce silence est celui d’un stratège qui aiguise ses couteaux dans l’ombre… ou celui d’un ministre débordé qui a choisi la neutralité dans le bras de fer feutré entre le duo, ou l’ex-duo, Sonko-Diomaye. Affaire à très haute tension. À suivre. Par Malick BA Journaliste
Sénégal: Conseil des Ministres du mercredi 04 mars 2026

Le Conseil des Ministres s’est tenu le mercredi 04 mars 2026, sous la présidence de Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE, Président de la République. AU TITRE DE LA COMMUNICATION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE Le Chef de l’Etat a fait une communication portant sur les points suivants : Stabilité du système éducatif national Le Président de la République débute sa communication en soulignant le caractère impératif du bon fonctionnement de l’Ecole, pilier du pacte républicain. A cet effet, il rappelle au Gouvernement et aux acteurs de la communauté éducative, l’importance de renforcer la culture d’excellence et du mérite, ainsi que la crédibilité du système éducatif. Il engage le Gouvernement et les personnels enseignants à asseoir la stabilité du climat social, afin d’assurer la continuité des activités pédagogiques et le bon déroulement des évaluations, examens et concours, à travers un sursaut républicain et patriotique. Par ailleurs, le Chef de l’Etat demande au Gouvernement de veiller à l’amélioration du cadre de vie, dans les établissements scolaires publics, par l’accélération de la mise en œuvre du Programme national de Construction et de Réhabilitation d’écoles, de lycées et collèges, en intégrant les aménagements paysagers adaptés. Enfin, il instruit le Ministre de l’Education nationale et le Ministre de la Formation professionnelle et technique d’intensifier le rythme de révision des curricula pour les adapter davantage aux besoins de l’économie nationale et au renforcement de l’intégration du numérique dans les enseignements et apprentissages. Politique d’amélioration de la condition de la femme Le Président de la République salue l’organisation de la Semaine nationale de la Femme, dans le contexte de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, ce 08 mars 2026, sous le thème « Droits, Justice, Action pour toutes les femmes et les filles ». Magnifiant les efforts consentis par le Gouvernement et l’ensemble des partenaires pour l’amélioration de la condition féminine, notamment en faveur des femmes résidant en milieu rural, le Chef de l’Etat souligne l’importance qu’il accorde à l’éducation des jeunes filles et à la préservation de l’égalité des genres et des droits des femmes. A cet effet, il indique au Gouvernement la nécessité d’accentuer la sensibilisation et la lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes et aux jeunes filles, et d’impliquer davantage les organisations féminines dans la mise en œuvre des politiques publiques, à travers le déploiement des projets et programmes de renforcement de l’autonomisation économique des femmes. Le Président de la République demande, enfin, au Ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités d’accélérer les réformes nécessaires à la promotion économique et à la protection sociale des femmes et d’organiser, avant la fin de l’année 2026, des concertations nationales inclusives sur la contribution des femmes à la réalisation de l’Agenda national de Transformation, Sénégal 2050. Renforcement du rôle de l’élevage et des productions animales dans la souveraineté alimentaire Le Président de la République fait observer que le sous-secteur de l’élevage et des productions animales joue un rôle majeur dans l’économie nationale et la souveraineté alimentaire. A cet égard, il demande au Ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Elevage et au Secrétaire d’Etat chargé des Coopératives et de l’Encadrement paysan d’intensifier, en liaison avec les différentes organisations d’éleveurs, les actions de modernisation de l’Elevage et d’amélioration des productions animales. Le Chef de l’Etat indique au Gouvernement l’urgence d’accentuer les efforts de promotion de l’autosuffisance en viande, de mettre en place des coopératives communautaires et de travailler, avec les parties impliquées, à l’opérationnalisation d’un Fonds national de Développement de l’Elevage, instrument public de financement robuste, devant mobiliser des ressources endogènes issues de l’exploitation des filières du secteur. Il demande, également, d’engager les concertations en vue d’une modernisation du système de gestion des abattoirs, foirails, marchés de bétail et infrastructures pastorales. Dans ce sillage, le Chef de l’Etat invite le Ministre chargé de l’Elevage et le Secrétaire d’Etat aux Coopératives à faire une évaluation de l’application du Code pastoral, à accentuer la mise en œuvre du plan de transformation du Ranch de Dolly et à renforcer les ressources du Haras national de Kébémer. Il demande aussi de développer les écoles nationales, instituts et centres de formation et de recherche dans les domaines liés à l’élevage et aux productions animales, d’impulser une stratégie avancée de lutte contre le vol de bétail et de préparer la prochaine édition de la Journée nationale de l’Elevage. Il rappelle, enfin, l’urgence de faire adopter, dans les meilleurs délais, le projet de loi d’orientation agrosylvopastorale et halieutique. Suivi de la réception effective des infrastructures relatives aux JOJ Dakar 2026 Le Président de la République informe le Conseil de sa visite d’inspection de l’état d’avancement des chantiers et infrastructures d’accueil des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) Dakar 2026, effectuée le 1er mars 2026. Il demande au Ministre des Infrastructures de faire une évaluation du niveau d’exécution des différents travaux et de prise en charge des problématiques urgentes liées à leur réception effective à date. Enfin, le Chef de l’Etat souligne le prix qu’il attache à l’amélioration du cadre de vie dans les localités d’accueil, notamment l’accélération des aménagements et la réalisation des voiries d’accès aux sites de compétition et d’hébergement, sis dans les communes de Diamniadio et de Saly Portudal, en particulier. AU TITRE DE LA COMMUNICATION DU PREMIER MINISTRE Monsieur le Premier Ministre a présenté sa communication sur les points suivants : Rationalisation du secteur parapublic Le Premier Ministre a rappelé que lors de son passage à l’Assemblée nationale à propos de la séance relative à la question d’actualité le 21 février 2026, il avait dégagé les mesures conservatoires et correctives que le Gouvernement entend prendre pour renforcer la transparence dans la conduite et la gestion des affaires publiques. Parmi celles-ci, figure la rationalisation du secteur parapublic, dans une logique de modernisation de l’Administration, de réduction du train de vie de l’Etat et de rationalisation des dépenses publiques. Dans ce cadre, un Groupe de travail a été mis en place pour proposer un Plan de rationalisation
SENEGAL/Société civile : le bal des indéboulonnables

PARLONS-EN. Il y a, au Sénégal, une curiosité institutionnelle qui mériterait presque un classement au patrimoine immatériel : la longévité sélective de certains visages de la société civile. Là où l’on prêche le renouvellement démocratique avec la ferveur d’un sermon du vendredi, on pratique parfois, en coulisses, la conservation sous formol. Car enfin, depuis des années, que dis-je, depuis des cycles politiques entiers, les mêmes figures occupent le devant de la scène, avec la sérénité de locataires titulaires d’un bail à vie sur la vertu publique. À Afrikajom Center, l’inusable Alioune Tine, tel un métronome militant qui refuse de tomber en panne. L’homme semble avoir signé un bail emphytéotique avec la permanence médiatique. Pendant que les générations passent, lui reste, solide. On ne sait plus très bien s’il dirige le centre… ou si le centre a été construit autour de lui. À ce rythme, même les breaking news commencent à prendre un coup de vieux avant lui. Du côté du Forum du Justiciable, le micro semble avoir trouvé son propriétaire naturel en la personne de Babacar Ba. Opportuniste pour les uns, il surgit dans le débat public avec une régularité. Toujours là où il faut, quand il faut, surtout quand il faut parler. Beaucoup parler. Parfois trop parler. Pendant ce temps, à l’ONG 3D, Moundiaye Cissé veille sur la démocratie comme un gardien de phare par nuit calme : imperturbable, inamovible, presque institutionnalisé. La relève ? Concept intéressant, semble-t-il… mais manifestement encore à l’étude. La question brûle les lèvres, et elle commence sérieusement à sentir le réchauffé : à quand l’alternance dans la société civile elle-même ? Le malaise, lui, grandit à mesure que la société civile sermonne la classe politique sur ses manquements en matière d’alternance. Car la question devient de moins en moins chuchotée et de plus en plus frontale : qui surveille les surveillants ? Comment exiger des dirigeants qu’ils passent la main quand, dans certains bastions citoyens, le fauteuil semble avoir été soudé au sol ? Comment incarner le renouveau quand les visages du changement commencent eux-mêmes à prendre la patine du mobilier ancien ? Qu’on ne s’y trompe pas : l’expérience est précieuse, la mémoire utile, et l’engagement respectable. Mais à force de confondre constance et monopole, la société civile risque de transformer la vigilance citoyenne en rente de visibilité. Le Sénégal n’a pas besoin d’une société civile momifiée dans ses certitudes. Il a besoin d’un écosystème vivant, respirant, capable de se renouveler sans attendre l’extinction naturelle des espèces dominantes. Faute de quoi, le prochain grand combat de la société civile ne sera peut-être pas contre les dérives du pouvoir. Mais contre… son propre miroir. Par Malick BA Journaliste
Sénégal. Yoro Dia, le gardien autoproclamé de Macky sall qui refuse de quitter la scène

PARLONS-EN. Après la chute de son mentor, l’ex-président Macky Sall, dont il fut le zélé ministre conseiller chargé de la communication, Yoro Dia refuse obstinément de quitter la scène. Le rideau est tombé sur le régime du « gouffreur » économique depuis belle lurette, mais l’homme, lui, campe toujours sous les projecteurs. À intervalles réguliers, avec une ponctualité de métronome, il surgit sur X pour décocher ses flèches contre Ousmane Sonko et son gouvernement. Yoro Dia, ancien locataire des couloirs dorés du pouvoir, s’est reconverti en vigile numérique de la vertu publique. Depuis son perchoir virtuel, il distribue bons et mauvais points avec la gravité appliquée d’un professeur surveillant une classe… qu’il a lui-même contribué à mettre sens dessus dessous. Le voilà donc qui s’étrangle dans les colonnes du journal Vox Populi, affublant Sonko du titre de « gardien des illusions ». Rien que ça. D’un revers de tweet, il dégaine aussi le spectre commode de « l’anachronisme politique » cette bouée rhétorique toujours bien utile quand il s’agit d’expliquer le présent sans trop fouiller le passé. Mais permettez qu’on s’étonne. Car enfin, qui tenait la barre pendant que le navire économique prenait l’eau ? Qui était aux premières loges quand la dette enflait comme un soufflé oublié au four, quand les promesses de prospérité se muaient en additions salées pour le contribuable ? Aujourd’hui, l’ancien architecte du système découvre soudain les vertus de la lucidité économique. Une illumination tardive, presque mystique. Dr Yoro Dia nous explique désormais, d’un ton professoral, que le Sénégal aurait besoin d’une révolution économique « à la Franklin D. Roosevelt ou à la Lee Kuan Yew ». Rien que ça. Le New Deal sur la corniche, Singapour version Sandaga le tout servi clé en main. On croirait entendre un consultant fraîchement débarqué d’un colloque. Puis vient le grand numéro dramatique : la mise en garde contre les « gardiens de la révolution » façon Joseph Stalin, Adolf Hitler ou Maximilien Robespierre. L’argument massue, le point Godwin version tropicale. Quand les munitions politiques se raréfient, on sort l’artillerie historique, effet garanti, nuance facultative. Sauf qu’à force de caricaturer, on finit par manquer la question essentielle : pourquoi, au juste, certains qualifient-ils Sonko de « gardien de la révolution » ? La réponse tient moins du slogan que d’un parcours. Depuis le début, l’homme incarne, aux yeux de ses partisans, le combat, la constance et une détermination rarement prise en défaut. Il a porté un discours de rupture, dénoncé ce qu’il présente comme des injustices systémiques et, surtout, mobilisé une jeunesse longtemps en quête de débouché politique. C’est dans ce terreau que Sonko a su conquérir des cœurs et insuffler, qu’on le conteste ou non, un véritable imaginaire de rupture dans le pays. Pas forcément une révolution au sens historique du terme mais suffisamment d’élan pour bousculer les lignes établies. Nuance que les procès d’intention digèrent mal. Sur le terrain, en tout cas, la musique est différente. Pendant que certains recyclent des métaphores poussiéreuses, une frange bruyante, déterminée et parfaitement éveillée de la jeunesse sénégalaise voit en Sonko non pas un « gardien d’illusion », mais le vigile d’un espoir longtemps confisqué. Appelez-ça naïveté si vous voulez. Eux appellent ça respiration. Et puis cette phrase finale, presque prophétique : « Le temps ne chôme pas. » Sur ce point, au moins, tout le monde tombera d’accord. Le temps travaille méthodiquement. Il classe les bilans, trie les héritages et expose les responsabilités comme on étale du linge au soleil. Alors oui, le temps ne chôme pas. Et c’est peut-être bien cela qui inquiète le plus ceux qui, hier encore, tenaient la montre. Par Malick BA Journaliste
Sénégal. Quand Macky Sall rêve de l’ONU

LIBRES PROPOS. Il veut conquérir le monde pendant que son pays a enterré ses enfants. Macky Sall vise désormais le trône suprême de la diplomatie mondiale le Secrétariat général de l’Organisation des Nations unies. Rien que ça. Après avoir régné sans partage sur Dakar, le voilà qui se prend pour le messie planétaire, le gourou de la paix universelle, le pape autoproclamé des droits humains. Depuis des mois, l’ancien président parade dans les capitales comme un démarcheur de conscience mondiale. Il distribue des poignées de main comme des prospectus, aligne les sourires, collectionne les selfies diplomatiques. Le costume est impeccable, la cravate bien serrée, le storytelling bien huilé. Macky Sall vend de la stabilité en kit pendant que le Sénégal a compté ses morts. Car pendant que monsieur fait le beau dans les salons climatisés, la réalité, elle, pue le sang et la poudre au Sénégal. Plus de quatre-vingts morts. Des jeunes abattus. Des amputés. Des familles broyées. Une génération traumatisée entre 2021 et 2024. On peut repeindre son image en bleu ONU, mais on ne lave pas le sang avec de la diplomatie . Et pourtant, au Sénégal, c’est la foire au fantasme. Médias excités, chroniqueurs en transe, réseaux sociaux en délire. On parle d’une candidature “adoubée” par l’Union africaine. Pure hallucination collective. Delirium tremens politique. Dans les agendas officiels africains ? Zéro Macky. Nada. Pendant que certains dissertaient sur le sexe des anges, le pays sombrait dans l’homosexualité l’obsession de l’argent facile, l’insalubrité chronique et la foi transformée en gadget politique. Avant de rêver à New York, il faudrait déjà balayer devant nos portes. Soyons cash sans soutien officiel de l’État sénégalais, cette candidature est un ballon d’air chaud. Une ambition suspendue dans le vide. Mais même avec une signature, reste la question qui tue la morale. Comment devenir champion des droits humains avec un passif de cimetières politiques ? Comment prétendre arbitrer les guerres du monde quand on a laissé sa jeunesse se faire massacrer ? La crédibilité internationale ne s’achète pas à coups de voyages diplomatiques. Elle se gagne. Elle se paie. Pendant que Dakar fabrique des mirages, la vraie course avance ailleurs. Les profils sérieux sont déjà dans la place Rafael Mariano Grossi (Argentine) Michelle Bachelet (Chili), Rebeca Grynspan (Costa Rica), sans oublier Amina Mohammed, Jacinda Ardern, María Fernanda Espinosa, Kristalina Georgieva ou David Choquehuanca. Et cerise sur le cercueil politique une pression énorme pousse pour que la prochaine Secrétaire générale soit une femme. Pendant ce temps, Macky Sall joue à cache cache avec la réalité. Le processus est béton dialogues publics, votes secrets au Conseil de sécurité, validation finale à l’Assemblée générale. Pas de raccourci. Pas de piston africain. Pas de folklore made in Dakar. Comme si le feuilleton n’était pas assez grotesque, voilà Madiambal Diagne qui rajoute sa couche sur X, annonçant que la candidature coince, que Ousmane Sonko n’aurait reçu aucune instruction à l’UA pendant que Bassirou Diomaye Faye aurait savamment organisé son injoignabilité. Et le pompon Macky Sall aurait conditionné sa candidature au soutien officiel du Sénégal. Traduction il rêve d’ONU, mais attend encore le tampon de Dakar. Voilà où on en est. Un ancien président qui veut parler au monde pendant que son peuple hurle. Qui cherche la bénédiction des chancelleries pendant que les mères sénégalaises cherchent justice. Son projet onusien ressemble moins à une vocation qu’à une tentative de lessivage politique en eaux internationales. Comme si l’ONU était devenue un pressing pour bilans sanglants. On ne devient pas gardien de la paix mondiale quand on laisse derrière soi des tombes anonymes. On ne s’autoproclame pas conscience universelle quand sa propre jeunesse porte encore les cicatrices du plomb. Pour l’instant, Macky à l’ONU, ce n’est pas demain la veille. C’est surtout un sommet du déni. Et pendant qu’il court après les couloirs feutrés du monde, le Sénégal, lui, attend toujours vérité, dignité… et réparation. Par Malick BA Journaliste
Addis-Abeba ou le théâtre des ambitions : Sonko en Grand Sherpa, Macky en fantôme diplomatique

TRIBUNE. À Addis-Abeba, au cœur du 39ᵉ sommet de l’Union africaine, la diplomatie africaine a pris des airs de farce tragique. Entre tapis rouges, sourires protocolaires et poignées de main calibrées, la scène ressemblait à un opéra politique où chacun chantait sa partition, faux parfois, fort souvent. La participation du Premier ministre Ousmane Sonko n’avait rien d’une simple promenade diplomatique. C’était un baptême du feu. Un crash-test grandeur continentale. Trente chefs d’État, des regards en coin, des ego surdimensionnés et Sonko, costume bien repassé, posture de Grand Sherpa, prêt à gravir l’Himalaya géopolitique africain. Sur le tarmac de l’aéroport international Bolé, les honneurs tombent comme une pluie tropicale. À peine débarqué à Addis-Abeba, Sonko prend du coffre. Il parle fort, il parle souveraineté, il parle rupture. Il distribue des slogans comme d’autres distribuent des cartes de visite. Le message est clair : le Sénégal nouveau est arrivé, et il ne vient pas demander la permission. Représentant le président Bassirou Diomaye Faye, Sonko déroule sa doctrine comme un manifeste : autonomie économique, indépendance politique, repositionnement géopolitique. Trois piliers. Trois coups de marteau sur la table africaine. Autonomie économique : on promet de se sevrer des bailleurs internationaux. Financement endogène, ressources fiscales, mines, agriculture tout y passe. Une Afrique qui se finance elle-même, dit-il. Une croissance autocentrée. Le rêve est beau. La réalité, elle, est têtue. Indépendance politique : fini les injonctions extérieures, fini les télécommandes sécuritaires, fini les modèles institutionnels importés sous cellophane. L’Afrique doit écrire sa propre trajectoire, même si le stylo tremble encore. Repositionnement géopolitique enfin : climat,assainissement, eau, commerce, gouvernance numérique, Sonko veut une Afrique qui pèse, qui négocie, qui impose. Une Afrique adulte, pas une Afrique assistée. Cette rhétorique souverainiste, inspirée des vieux mythes panafricanistes remis au goût du jour, fait vibrer la jeunesse du continent. Elle sent la poudre, la rupture, la revanche historique. Mais derrière les slogans musclés se cache une question gênante : comment bâtir une autonomie quand les économies africaines respirent encore sous perfusion mondiale ? Pendant que Sonko joue au bâtisseur de continent, un autre fantôme hante les couloirs du sommet : Macky Sall. Son nom circule à voix basse, entre deux cafés diplomatiques. Sa probable candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies fait bruisser les salons feutrés. L’ancien président sénégalais pousse ses pions à distance, loin du Centre de conférences, espérant un miracle diplomatique. Au Sénégal, on ricane. Pour les uns, cette ambition onusienne ressemble à une tentative de blanchisserie politique à l’eau internationale. Pour les autres, c’est l’occasion rêvée de hisser un Africain au sommet de la gouvernance mondiale. Deux lectures. Un même malaise.Car le contraste est brutal. D’un côté, Sonko, héraut d’une Afrique debout, qui veut rompre avec les chaînes invisibles de l’ère postcoloniale. De l’autre, Macky Sall, symbole d’une quête de reconnaissance globale, à coups de lobbying feutré et de poignées de main stratégiques. Deux visions. Deux trajectoires. Deux Afriques qui se regardent sans vraiment se comprendre. Le sommet d’Addis-Abeba met à nu cette schizophrénie continentale : on crie souveraineté le matin, on quémande de l’influence l’après-midi. On rêve d’autonomie, mais on court après les postes internationaux. On veut être libre, tout en cherchant l’approbation des grandes capitales. La vérité est cruelle : l’Afrique aime les grands discours, mais trébuche souvent sur leur mise en œuvre. Oui, l’autonomie économique peut cohabiter avec une présence forte dans les institutions mondiales. Oui, la souveraineté politique n’exclut pas la diplomatie. Mais encore faut-il une cohérence, une stratégie, une colonne vertébrale. À Addis-Abeba, Sonko a montré les muscles. Macky Sall agite les réseaux. Le continent, lui, attend toujours des résultats concrets. Reste la question, brutale, presque obscène : l’Afrique saura-t-elle enfin transformer ses sommets en leviers, ses slogans en politiques publiques, ses ambitions en réalités mesurables ? Ou continuera-t-elle à tourner en rond dans ses propres conférences, prisonnière de ses contradictions, pendant que le reste du monde avance ? À ce rythme, Addis-Abeba risque de rester ce qu’elle est trop souvent : un grand théâtre où l’on joue à la puissance, pendant que les peuples, eux, attendent encore le premier acte du vrai changement. Par Malick BA Journaliste
SENEGAL. Pastef contre Pastef : quand la révolution se saborde à coups de selfies

TRIBUNE. C’est une scène grotesque. Une farce nationale. Un carnaval politique. Les mêmes militants qui hier criaient « Sonko ou la mort » sont aujourd’hui devenus experts en autopsie gouvernementale sur les réseaux sociaux. Les mêmes responsables qui parlaient de projet de rupture jouent maintenant aux pleureuses professionnelles, micro ouvert, larmes filtrées, indignation sponsorisée. À croire que Pastef est devenu un cabaret où chacun vient exhiber sa vertu comme on montre son caleçon s… Oui, il y a eu un décès. Oui, c’est grave. Oui, c’est condamnable. Mais depuis quand chaque drame doit-il servir de prétexte à une orgie d’attaques contre son propre gouvernement ? Vous cherchez quoi exactement ? Votre certificat de pureté révolutionnaire ? Votre badge de martyr numérique ?. Votre quota de likes , lives ? Pendant que vous transformez la douleur nationale en spectacle TikTok, facebook,le vieux système, lui, débouche le champagne. Les reliques du régime précédent regardent vos sorties hystériques avec un sourire lubrifié. Car vous faites mieux qu’eux : vous flinguez Sonko et son gouvernement gratuitement. Vous fragilisez un pouvoir déjà encerclé. Vous offrez la corde à ceux qui rêvent encore de pendre le projet. Soyons crus : ce gouvernement est né dans la sueur, le sang et la prison. Il avance avec une justice minée, une administration infestée, des médias hostiles et une opposition revancharde. Et vous, au lieu de servir de bouclier politique, vous devenez des missiles artisanaux. Vous appelez ça conscience. Moi j’appelle ça masturbation morale collective. Le peuple n’a pas affronté les balles pour voir ses propres militants se transformer en hyènes. Il n’a pas vidé ses poches pour financer une révolution afin que ses responsables jouent aux vierges effarouchées devant caméra. Il n’a pas voté Pastef pour que Pastef s’auto-dévore comme un serpent sous ecstasy. À ce stade, ce n’est plus de la critique. C’est de la cannibalisation politique. On peut réclamer justice sans jeter Sonko et son gouvernement en pâture. On peut exiger la vérité sans organiser un gangbang médiatique contre son propre camp. On peut pleurer un mort sans sodomiser un projet national. Mais non. Certains préfèrent le buzz à la stratégie. Le micro à la discipline. La posture à la responsabilité. Pour vous dire qu’une une révolution transformée en télé-réalité, avec militants-stars, indignés professionnels et procureurs de salon. Si Pastef tombe demain, ce ne sera pas uniquement à cause du système. Ce sera aussi parce que ses propres enfants auront pissé dans le moteur pendant que la voiture roulait. Et ça, ce sera la plus obscène des défaites. Par Malick BA Journaliste