Sénégal. Yoro Dia, le gardien autoproclamé de Macky sall qui refuse de quitter la scène

PARLONS-EN. Après la chute de son mentor, l’ex-président Macky Sall, dont il fut le zélé ministre conseiller chargé de la communication, Yoro Dia refuse obstinément de quitter la scène. Le rideau est tombé sur le régime du « gouffreur » économique depuis belle lurette, mais l’homme, lui, campe toujours sous les projecteurs. À intervalles réguliers, avec une ponctualité de métronome, il surgit sur X pour décocher ses flèches contre Ousmane Sonko et son gouvernement.

Yoro Dia, ancien locataire des couloirs dorés du pouvoir, s’est reconverti en vigile numérique de la vertu publique. Depuis son perchoir virtuel, il distribue bons et mauvais points avec la gravité appliquée d’un professeur surveillant une classe… qu’il a lui-même contribué à mettre sens dessus dessous.

Le voilà donc qui s’étrangle dans les colonnes du journal Vox Populi, affublant Sonko du titre de « gardien des illusions ». Rien que ça. D’un revers de tweet, il dégaine aussi le spectre commode de « l’anachronisme politique » cette bouée rhétorique toujours bien utile quand il s’agit d’expliquer le présent sans trop fouiller le passé.

Mais permettez qu’on s’étonne. Car enfin, qui tenait la barre pendant que le navire économique prenait l’eau ? Qui était aux premières loges quand la dette enflait comme un soufflé oublié au four, quand les promesses de prospérité se muaient en additions salées pour le contribuable ? Aujourd’hui, l’ancien architecte du système découvre soudain les vertus de la lucidité économique. Une illumination tardive, presque mystique.

Dr Yoro Dia nous explique désormais, d’un ton professoral, que le Sénégal aurait besoin d’une révolution économique « à la Franklin D. Roosevelt ou à la Lee Kuan Yew ». Rien que ça. Le New Deal sur la corniche, Singapour version Sandaga le tout servi clé en main. On croirait entendre un consultant fraîchement débarqué d’un colloque.

Puis vient le grand numéro dramatique : la mise en garde contre les « gardiens de la révolution » façon Joseph Stalin, Adolf Hitler ou Maximilien Robespierre. L’argument massue, le point Godwin version tropicale. Quand les munitions politiques se raréfient, on sort l’artillerie historique, effet garanti, nuance facultative.

Sauf qu’à force de caricaturer, on finit par manquer la question essentielle : pourquoi, au juste, certains qualifient-ils Sonko de « gardien de la révolution » ? La réponse tient moins du slogan que d’un parcours. Depuis le début, l’homme incarne, aux yeux de ses partisans, le combat, la constance et une détermination rarement prise en défaut. Il a porté un discours de rupture, dénoncé ce qu’il présente comme des injustices systémiques et, surtout, mobilisé une jeunesse longtemps en quête de débouché politique.

C’est dans ce terreau que Sonko a su conquérir des cœurs et insuffler, qu’on le conteste ou non, un véritable imaginaire de rupture dans le pays. Pas forcément une révolution au sens historique du terme mais suffisamment d’élan pour bousculer les lignes établies. Nuance que les procès d’intention digèrent mal.

Sur le terrain, en tout cas, la musique est différente. Pendant que certains recyclent des métaphores poussiéreuses, une frange bruyante, déterminée et parfaitement éveillée de la jeunesse sénégalaise voit en Sonko non pas un « gardien d’illusion », mais le vigile d’un espoir longtemps confisqué. Appelez-ça naïveté si vous voulez. Eux appellent ça respiration.

Et puis cette phrase finale, presque prophétique : « Le temps ne chôme pas. » Sur ce point, au moins, tout le monde tombera d’accord. Le temps travaille méthodiquement. Il classe les bilans, trie les héritages et expose les responsabilités comme on étale du linge au soleil.

Alors oui, le temps ne chôme pas.

Et c’est peut-être bien cela qui inquiète le plus ceux qui, hier encore, tenaient la montre.

Par Malick BA

Journaliste

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