Littérature : « Congo rêve solidaire, ce que dit la vision des poètes », nouvelle publication de Jean Blaise Bilombo Samba et Huppert Laurent Malanda

LIVRE. « Un grand chant de liberté s’entend dans la respiration des fleuves et des forêts, ainsi que dans les questions, les révoltes et l’espérance d’une humanité de vie et de combat. Une forte diversité a permis à ce grenier bantou de mutualiser les imaginaires des plus jeunes, des plus authentiquement féminins et féministes et des plus expérimentés pour œuvrer à une symphonie majeure autour de l’idée de nation ouverte à un universel latéral », peut-on lire sur la quatrième de couverture de cette anthologie publiée aux éditions+ en France. Quarante et huit créateurs congolais locaux et de la diaspora se sont en effet investis dans ce travail de toute beauté où la liberté, la diversité et la paix sont les maitres mots. Dans son introduction critique, Boniface Mongo-Mboussa salue Bilombo Samba avant de le présenter comme cet homme qui aurait pu passer sa vie en lamentations, mais qui a décidé de tourner le dos à la fatalité pour vivre sa destinée comme une épreuve que lui soumet la Providence pour mieux tester sa capacité de résilience. L’auteur de cette introduction précise que cette anthologie est une offrande de Bilombo Samba à ses sœurs et frères de plume, mais surtout un don précieux à sa terre natale. Pour lui, cette anthologie prolonge le travail initié par Jean Baptiste Tati-Loutard, poursuivi en 1983 par Léopold Pindi Mamonsono, puis Marie Léontine Tsibinda en 2000, avant d’être réactualisé plus tard en 2003 par le même Tati-Loutard et Philippe Makita. « Entre mémoire et horizon espéré, les poètes vont s’investir pour l’An 60 de la République du Congo, en donnant à lire les créations libres, authentiques et personnelles qui rendent compte de notre réelle existence dans toute sa complexité », fait remarquer Mongo-Mboussa citant Bilombo Samba et Malanda. Pour eux, ces réactions pourraient également témoigner de la fermentation sociale et culturelle profondément désireuse d’une maison commune de justice, de paix et de démocratie durable. Pour Mongo-Mboussa, cette anthologie à l’instar de la célèbre chanson de Jacques Loubélo « Congo » est un plaidoyer pour un Congo fraternel et prospère. Le premier poème qui est un hymne à l’An 60 est intitulé « Nous sommes le Congo ». Dans cette anthologie, les peintres de l’école de peinture de Poto-Poto ont joué un rôle important. Ils y ont placé des tableaux accompagnant des citations des poètes Tchicaya U’Tam’si, Kamb’Ikounga, Sony Labou Tansi, Amélia Néné Tati-Loutard, Mam Kandet Bourra, Philippe Makita, Jean Baptiste Tati-Loutard, Léopold Congo Mbemba et Dominique Ngoï Ngalla. Il faut également avoir un coup d’œil sur l’excellent texte d’André Patient Bokiba avec l’hymne du centenaire en musique et en parole et terre d’Afrique en musique et en parole. Dans la postface, Jean Blaise Bilombo-Samba parle du cinquantième anniversaire du Congo qui lui est apparu marquant son entrée dans le temps adulte à l’instar de toutes personnes humaines, même si pour la durée d’existence d’un territoire, cela peut paraitre anecdotique. Ainsi, pour lui, de manière opportune, soixante ans d’indépendance, cela peut paraitre de gestion postcoloniale par ses propres citoyens, cela constitue pour le Congo, un marqueur qui exige une halte d’évaluation, au regard du projet porté par la promesse des discours primordiaux d’août 1960. Il estime qu’à l’issue du déploiement communicationnel et du partage du plaidoyer au bénéfice du projet d’anthologie « Congo An 60 », 48 manières de percevoir le pays ont répondu présents. Dans « Sur le chemin de l’Appel », Bilombo Samba dit clairement que pour ordinaire et simple que cela puisse paraitre, obtenir l’adhésion des 48 créateurs pour participer au projet « Congo An 60 » a exigé patience et persévérance. Le plaidoyer de ce projet a amorcé sa circulation au mois d’avril 2020 mais ce n’est qu’à partir d’août et septembre de la même année que les contributions ont commencé à arriver. « Construire une altérité » est une des parties de cette postface de Bilombo Samba dans laquelle il dit que dans la poésie, souvent, un mot s’impose dans l’esprit d’un poète et va, en appeler un autre, un verbe, un complément et ainsi s’amorce un vers, une phrase, un poème. A son tour, un poème conduit vers un autre poème de soi-même ou d’un autre. « Congo, le rêve en commun » parle de l’esquisse d’un rêve partagé qui rend implicite l’idée selon laquelle la source et sa construction sont multiples et variées, parfois même antagoniques, car porteuses de fragments d’univers différents. Dans « Nous sommes le Congo et au-delà », plus que l’âme des poètes, c’est au-delà du cœur leur claire conscience qui s’est chargée d’accueillir les échos du réel du Congo, ses expressions culturelles et sociales autant que la dimension écologique et magique de son univers. Et une question se pose. Celle de savoir comment sortir du chemin à raccords de cette palabre. Et malgré le fait que les poètes de la présente anthologie relèvent de plusieurs générations d’âges et d’expérience, il est de bon sens de les entendre et de percevoir comme des voix d’une présence immanente et solidaire poursuivant avec des forces diverses, un idéal inclusif : le Congo comme source et rêve solidaire. Florent Sogni Zaou
Congo. Littérature : Séphora Bienheureuse Ikoungou primée

L’élève Séphora Bienheureuse Ikoungou a reçu, le 4 décembre 2021, des mains de Mme Emilie Eyala Moundako, le prix du concours littéraire de la promotion du livre Tous les enfants dispersés de la lauréate du prix des 5 continents 2020, Beata Omùhyeyi Mairesse. Ce prix intitulé « Culture et mémoire » est organisé par l’Association culture Elongo (ACE), avec le soutien de l’Agence d’information d’Afrique centrale (ADIAC) et Les Dépêches de Brazzaville, en partenariat avec l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Il a vu le jour du 25 octobre au 27 novembre dans cinq établissements scolaires et universitaire de Brazzaville, à savoir, les lycées de la Révolution, Ganga-Edouard, Savorgnan-de-Brazza, Chaminade ainsi que la Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (FLASH) de l’Université Marien Ngouabi (UMNG). L’objectif consistait à promouvoir le Prix littéraire des 5 continents 2020 et à rapprocher le livre des élèves et étudiants congolais. Le président de l’ACE, Jean Blaise Bilombo a rappelé aux jeunes l’interdépendance de la lecture et de la sagesse, tout en insistant sur la lecture qui est un partage, un voyage, une possibilité de construction de soi.C’est en cela que, a-t-il fait savoir, que ceux d’entre eux qui ont participé à l’initiative de l’ACE autour du livre, de l’auteure distinguée par le Prix du 5 continents de la francophonie, ont touché du doigt, ont partagé le destin d’un certain nombre de personnages pris dans la tourmente de la guerre civile du Rwanda, mais en même temps ils se sont eux-aguerris de comment il faut grandir, il faut partager avec l’autre, et de devenir des justes. Le chargé des relations extérieures avec les clubs littéraires et associations de l’ACE, le Pr Omer Massoumou, a expliqué le sens de la thématique retenue par le comité de lecture congolais à travers l’ACE, qui est celle de littérature de mémoire. Il a dit en substance que le Congoest un pays qui a connu les guerres civiles et que ce roman a pour thématique aussi la guerre civile. 113 candidats ont pris l’engagement de lire le roman mais 47 seulement ont pu le lire entièrement dans le temps imparti et ont pris part au concours. Deux meilleurs candidats ont été retenus par établissement. La mention spéciale a été donnée pour la participation féminine. C’est ainsi qu’avec ses 19 points, l’élève Bienheureuse Séphora Ikoungou du lycée Chaminade, a réalisé le meilleur score. Le Pr Omer Massoumou a fait savoir que les prix ne sont que des motivations et que c’est une invitation qu’on leur fait pour dire qu’ils ont aimé le livre tout en les invitant à mettre le livre au centre de leur. L’ACE a lancé l’appel aux gens de bonne volonté et institutions à s’associer à l’opération tout en expliquant que la pérennisé du jeu concours « Culture et mémoire » permet de favoriser le partage culturel francophone et le vivre ensemble. Florent Sogni Zaou
Congo. Littérature: «Un revers de fortune» de Mabiri-Ma-Kaya

LIVRE. «Victime d’un viol, Didia, une jeune étudiante brillante, découvre avec amertume qu’elle est enceinte de jumeaux qu’elle se voit contrainte de garder malgré elle afin de ne pas mettre sa propre vie en péril. De peur que cette grossesse honteuse ne jette l’opprobre sur sa famille et que cette dernière ne la rejette, elle prend la difficile et triste décision de s’éloigner de tout le monde et d’abandonner ses études. Elle élèvera ses enfants seule, des jumeaux de sexe opposé qu’elle ne parvient pas à aimer, avant de faire une charmante rencontre», c’est l’histoire que raconte Ariane Prefna Mabiri-Ma-Kaya. Le roman d’Ariane Prefna Mabiri-Ma-Kaya compte onze sous titres, à savoir, l’éveil du soupçon, le départ de Didia, l’arrivée à Dolisie, l’accueil, Dolisie, A Madingou, l’enfantement des jumeaux, déménagement, la rencontre, réconciliation mère-fille, le flirt et le mariage. C’est une histoire bien maitrisée par l’auteure qui la raconte de manière bien orchestrée et aisée. L’histoire commence par le viol dont est victime la jeune fille, Didia, encore dans son état de virginité. Elle ne le dit à personne et décide de s’enfermer dans un silence, jusqu’à son départ à Dolisie où elle croit se débarrasser de cette arête qui a pris place dans sa jeune gorge. Très perturbée, elle embarque dans le train avec ses attitudes. Elle garde la même attitude et la même position, ne parlant à personne, tant de ses problèmes que d’elle-même. Elle bénéficie toutefois d’un accueil extraordinaire à la gare et à la maison, tant par sa tante que par ses frères mais un mot fait défaut dans le langage et la perturbe. «Faux-jumeaux» trouble fortement la jeune femme portant en elle la nouvelle vie en formation. Mais elle semble ne pas savoir que ce sont deux vies qui prennent naissance en elle. A Dolisie, elle vit dans une ambiance fraternelle avant de faire le déplacement de Madingou où sa tante Bernadette découvre les changements qui prennent corps et s’opèrent en elle. Elle n’hésite pas à se confier en toute confiance et expliquer que cette grossesse n’est autre que le fruit d’un viol. Elle précise ne pas connaitre le violeur. A la fin de cette grossesse, ce sont des jumeaux qui voient le jour comme elle le craignait. Cette naissance ne lui fait pas plaisir. Elle développe un désamour pour ses deux enfants de sexe opposé. De retour à Brazzaville, elle vit chez sa cousine à Mafanga avant d’aller à Moukondo. C’est dans cette ville qu’elle rencontre l’auteur de sa grossesse qu’elle ne connait pas mais qui l’éclabousse depuis sa voiture. Sacré comme il s’appelle, qui ne reconnait pas la jeune fille, entend comme dans un songe, remonter en lui la voix plaintive de la jeune fille à qui il a fait du mal ce jour. A une fête où ils se rencontrent à nouveau, les relations se renforcent. Ils dansent et la jeune fille rejette la carte de visite qui lui est remise. Elle préfère continuer à danser. Puis s’ensuivent la période de flirt. Le mariage ne tarde pas à être annoncé après la reconnaissance de l’acte de viol. Un troisième enfant est déjà dans le ventre et le prénom prévu est Amour Destinée. Ariane Prefna Mabiri-Ma-Kaya est née à Brazzaville. Elle est étudiante en langues vivantes étrangères. Le revers de fortune est son second titre après L’affreuse vie de Ndinga publiée aux éditions L’Harmattan en 2017. Florent Sogni Zaou
Congo. Littérature : Décès de l’écrivain Georges Mavouba-Sokate à Pointe-Noire

L’écrivain, poète, essayiste et conteur, Georges Mavouba-Sokate, est décédé le 20 juillet 2020 à Pointe-Noire, des suites d’une longue et pénible maladie. De nationalité congolaise, Georges Mavouba-Sokate est né en 1949 à Brazzaville. Il a commencé sa vie professionnelle par l’enseignement. Il a enseigné l’anglais au CEG Pierre-Peyre débaptisé plus tard du nom de CEG Gampo-Olilou de Brazzaville, au lycée Engels de Gamboma, au lycée de la Révolution de Brazzaville et au lycée Karl-Marx de Pointe-Noire. Il a ensuite prêté ses services dans les sociétés pétrolières Amoco Congo, Walter International, CMS Nomeco Congo et Congorep. Après avoir fait valoir ses droits à la retraite, il s’est intéressé à la vie culturelle et a collégialement animé le Salon littéraire Jean-Baptiste Tati-Loutard et du Cercle propositions et initiatives. Il a pris activement part au salon du livre de Paris et à la première édition de la Rentrée Littéraire du Congo (RELICO 17) organisé par le Pen Centre Congo Brazzaville avec son recueil de poèmes intitulé, «Et que les ténèbres soient». Il a également mis sur le marché en 2016, son premier roman aux éditions Les lettres mouchetées, dans la collection Mbongi. Mavouba Sokate laisse en héritage au Congo culturel une œuvre abondante. Il a publié «Mal de mer» à vingt ans (poésie) aux Éditions Souvenir Bénin en 2000 ; «Des îles de l’extrême océan» (poésie) aux Éditions Souvenir Bénin en 2005, «Arthur Nona et la Grande Épopée des diables rouges», (récit) aux Éditions LMI en 2009 ; «De la bouche de ma mère» (contes et légendes) aux Éditions L’Harmattan, Paris, en 2009 ; «Sous les piliers du wharf» (poésie) aux Éditions L’Harmattan, Paris ; «Ndandu, le vieux pêcheur et l’enfant du fleuve», (contes du royaume de Kongo) aux Éditions l’Harmattan, Paris, 2011 ; «Morceaux choisis» (poèmes) dans l’anthologie «Nouvelles Voix de la poésie congolaise» aux Éditions Hemar, 2012. En publiant Libertés d’oiseaux et de pierres vives chez L’Harmattan à Paris dans la collection « Poètes des cinq continents ». La collection « Poètes des cinq continents » non seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans nul doute date dans la poésie francophone. Florent Sogni Zaou
Littérature : Jean Pierre Heyko-Lekoba dans la l’arène de la poésie

«Jean Pierre Heyko-Lekoba se donne la mission de redire les mots anciens, dans le dessein de reconstruire, restituer, perpétuer et faire connaître au plus grand nombre la mémoire des siens», écrit le professeur Mukala Kadima Nzuji dans la préface du recueil de poèmes, Ainsi faite, la vie, de Jean Pierre Heyko-Lekoba, sorti des ateliers des éditions Acoria, à Paris en France. L’auteur ouvre son premier de poèmes recueil par des remerciements à ses frères et sœurs et particulièrement à son grand-père Walangoye, qui lui a appris toute la richesse des traditions de ses origines mbéré. Pour le préfacier par contre, la poésie dans la production littéraire de Jean Pierre Heyko-Lekoba apparaît comme l’autre versant d’une passion vécue intensément. Il aborde également l’affection irrésistible du poète pour son pays. Cette affection qui l’amène à célébrer sa culture dans sa diversité, la passion, à retracer son histoire jalonnée de luttes, de défaites et de victoires et à engranger sa mémoire de légendes et de mythes de temps nouveaux. Mukala Kadima Nzuji estime que les poèmes d’Ainsi faite, la vie s’inscrivent dans les registres de la lamentation, de l’imprécation et de l’exhortation. Dans Liminaire, Heyko-Lekoba vient comme pour appuyer les affirmations du professeur Mukala Kadima Nzuji lorsqu’il parle de l’amour du poète pour son pays. L’auteur y avoue cet amour pour son pays. Il y affirme avoir foi en l’avenir de son pays. Cela l’aide à nommer les choses telle qu’elles sont. «Depuis, j’use les mots pour tenter d’écrire. Pour tenter de décrire les lieux que j’habite, les lieux qui m’habitent. Pour espérer témoigner de ce qui est, de ce qui n’est pas. J’use les mots tout en étant conscient de ma profonde ignorance, de mes lacunes et de mes faiblesses d’homme», souligne l’auteur à la fin de son liminaire. Le corps d’Ainsi faite, la vie Le recueil de poèmes de Heyko-Lekoba repose sur 58 pages et deux parties distinctes respectivement intitulées, L’épaisseur des jours et Dans les plis du temps. La première partie compte quatorze poèmes et la seconde en comprend huit. /Un jour comme un autre/occupations habituelles/jour de repos/jour de prières/matin ensoleillé/ruelles encombrées/Quand soudain : mindoki/cris déchirants/cris d’horreurs/cris de peurs : tokoufi, bokima/ sont quelques vers du premier poème, Jours d’avant. Dans ce poème, l’auteur revient sur la triste journée terriblement douloureuse et meurtrière du 4 mars 2012 avec cette déflagration qui avait précipité de centaines de personnes dans la mort. /Ce jour-là/Sans prévenir/Des vies se sont vêtues d’absurde/Et nos parcelles en habits de deuil/, écrit-t-il dans le second poème intitulé, Jours d’avant-II. La postface titrée «Lettre à Jean Pierre Heyko-Lekoba», porte la signature de Gabriel Mwéné Okoundji. «Jean Pierre Heyko-Lekoba ! Toute raison de vivre est dans ce nom. Toi, petit fils de Walangoye élevé dans l’olèbè. Tu vois le ciel tu me montres et tu le nommes au bout de tes doigts. Tel est le sentier des origines», dit-il. Gabriel Mwéné Okoundji rend ainsi un hommage très appuyé à son aîné Heyko-Lekoba à qui il dit encore : «Toi Lekoba, Heyko-Lekoba, souffle encore sur nous la flamme de Walangoye un éclair viendra en étincelle de promesses ! Il aura goût de l’okoula-nkala notre sel doux corsé ah ce ciel ! Combien d’entre nous désormais le savourent ?» Cette question de Gabriel Mwéné Okoundji reste ouverte. Combien d’entre nous désormais le savourent ? Jean Pierre Heyko-Lekoba est l’auteur de deux récits et de trois essais. Tous ses livres ont pour toile de fonds son pays, le Congo, qu’il n’a de cesse de convoquer et de plaider pour bâtir sa mémoire d’homme, infiniment mêlée à celle de sa patrie, la mémoire de l’âme congolaise, lit-on sur la quatrième de couverture. Toutefois, le recueil de poèmes de Heyko-Lekoba est un hymne à l’amour pour son pays, le Congo malgré les moments sombres. Florent Sogni Zaou
LITTÉRATURE. L’intruse du Khalifat (1) ou l’islam au cœur du roman

Après plusieurs publications, Charles N’Kouanga, avec L’intruse du Khalifat, confirme sa maîtrise de l’écriture romanesque. Un récit pleins de rebondissements qui nous promène dans une partie de l’Afrique islamisée à travers son héroïne, la Camerounaise Marie France Tchoungui, dite la musulmane Aminata. . Partie de son Cameroun natal, Marie-France Tchoungui se retrouve dans le Kakongo voisin. Chrétienne, il enseigne dans une école de Bouali, capitale économique du Kakongo. Adepte de « L’église des saints du Tabernacle », elle ne supporte pas les harcèlements de ses « frères en Christ ». Aussi, décide-telle de renoncer à sa spiritualité chrétienne pour l’islam : elle devient la deuxième épouse d’un certain El Hadj Mustafa Ibrahim Touré. Un mariage qui va s’avérer aléatoire. Elle est envoyée au Mali par son mari à Gao où elle est éduquée dans un islam de violence. Une éducation qui change le cours de sa vie. De retour au foyer, une année après, elle est curieusement délaissée par son mari qui lui « tenu un piège » dans un hôtel dès son arrivée à Bouali. Abandonnée à elle-même, Aminata Tchougui Touré, vit gracieusement dans une mosquée de la place et tombe dans un radicalisme qui défie la civilisation occidentale. Malgré l’amitié manifeste pour la Française Charlène Bienfaite pendant son séjour à Mavoula, elle ne peut s’empêcher d’égorger son amie, comme le lui « demandait » le jihad. Sa radicalisation devient inquiétante quand elle retourne dans le nord Cameroun de ses aïeuls, car influencée par le khalife de Boko-Haram. Devant les réalités abjectes de l’islam, elle décide de se venger du Khalife Abubakar Shekau ; ce dernier serait responsable de la dénaturalisation de l’islam et la cause des victimes innocentes dans la sous-région. Aussi, va-t-elle se sacrifier en activant sa ceinture d’explosifs quand elle s’approche d’Abubakar Shekau qui échappe miraculeusement à la mort. L’intruse du Khalifat, un roman qui apparait comme un miroir que l’on promène dans le milieu islamique de l’Afrique centrale et du côté de Gao au Mali. Au cœur des religions chrétienne et musulmane Loin des sentiers battus des thématiques sociopolitiques de la majorité des romans congolais, L’intruse du Khalifat nous relate la « guerre des religions ». En Marie-France Tchoungui devenue Aminata Tchoungui Touré, se découvre la rivalité entre le christianisme et l’islam. Déçue par la conception rétrograde de « L’église des saints du Tabernacle », qui frise parfois l’immoralité, Marie-France Tchoungui est obligée de « [repousser] à maintes reprises les avances désobligeantes de certains « frères en Christ » dont celles naguère du pasteur » (p.161). Qu’à cela ne tienne, elle essaie de contenir sa foi chrétienne jusqu’au moment où elle réalise l’insupportable : « La tentation de viol dont elle fut victime de la part du bishop au cours d’une veillée de prière et d’exhortation sabbatique, la contraignit à renier opportunément et définitivement cette foi chrétienne » (p.162). À partir de ce moment, Marie-France Tchoungui se crée une autre spiritualité qui se concrétise par l’intermédiaire d’un certain commerçant marabout, Abdoulaye Djibril qui la met en contact avec son ami El Hadj Mustafa Touré. De cette rencontre, naît un concubinage qui se transforme en un mariage polygamique. Seconde épouse d’un musulman et en quête d’une autre spiritualité, Marie-France se convertit à l’islam. Aussi, pour son formatage idéologique, elle est envoyée au Mali pour faire son djihad. Naïve, elle respecte les principes élémentaires de l’islam que lui impose son séjour à Gao. Mais, le bonheur tant programmé et qu’elle souhaitait au retour au Kakongo, se transforme en désillusion. Les préparatifs de retrouvailles intimes avec son mari, en « complicité » avec sa belle-sœur, dans un hôtel de la ville, avant de regagner le foyer conjugal, lui sera fatal. Des cameras cachés dans sa chambre dévoilent involontairement son comportement jugé indigne pour une femme musulmane : « Elle se vit nue, se masturbant dans une débauche de lubricité. (…) Les images montrèrent lorsqu’elle attrapa voluptueusement un flacon qu’elle enfonça délicatement dans son intimité » (p.99). Cette attitude, condamnée par son mari, puis révélée devant son oncle et d’autres personnes, apparait comme un blasphème, d’où la rupture du couple. À partir de ce moment, la vie d’Aminata Tchoungui Touré prend une autre tournure. Se découvre en elle une véritable femme musulmane quand, pour ses convictions religieuses, arrive à décapiter la Française Charlène Bienfaite, avant de se retrouver dans le groupe d’autres djihadistes dans le nord du Cameroun. L’intruse du Khalifat, un fragment d’une actualité de l’histoire du continent Le séjour de l’héroïne à Gao pour son immersion dans l’islam et son retour au nord du Cameroun dans le milieu des combattants djihadistes, nous révèlent quelques pans de l’ « actualité de guerre » entre les islamiques et les Français. Et s’il est un écrivain congolais qui s’est inspiré de l’histoire du Mali dans la lutte contre Boko-Haram, c’est Charles N’Kouanga : « Déjà ; dès le lendemain 03 novembre 2013 pendant qu’une rumeur relatant le décès survenu la veille à Kidal, d’une journaliste française nommée Ghislaine Dupont et Claude Verlon (…) se véhiculait en sourdine, (…) les esprits rebelles s’échauffaient dans les mosquées » (p.61). Au nord du Cameroun vers le Nigeria, le roman nous plonge dans le séjour de l’héroïne au milieu des éléments radicalisés de Boko-Haram, avec la technique des ceintures d’explosifs dont elle se servira pour se venger contre Abubakar Shekau pour des raisons personnelles : « La secte islamique Boko-Haram, de plus en plus visible dans la sous région du lac Tchad (…). Les armées tchadiennes, nigériennes, nigérianes et camerounaises se coalisaient pour contenir cette turgescence tumorale islamique » (p.247). Et, à travers ces deux segments narratifs, le récit de nous rappeler l’actualité de la région de Kidal au Mali. De l’auteur au narrateur : la technique de la mise en abyme avérée L’intruse du Khalifat, par l’imaginaire où semble se refléter le pays de l’auteur, se découvre comme une mise en abyme de l’auteur dans le narrateur. Le texte apparait comme un univers historico-géographique qui crée un pont entre le pays de l’auteur et celui de ses personnages, plus précisément entre le référentiel et l’imaginaire. Le récit nous présente un pays : le Kakongo, deux villes : Mavoula et Bouali, un fleuve où tombe le Djouéké avec sa mythique « île du
Littérature : L’esthétique de la douleur dans «Mélodie des larmes» de Prince Arnie Matoko

« Ils sont arrivés tels sont des loups affamés […]»… Ainsi commence ce recueil, un long voyage poétique vers un univers lyrique, marqué par la nostalgie d’une affection filiative, le frémissement et les intempéries de l’existence et la douleur perpétuelle. Le poète répond de ce fait, à l’appel de son cœur fébrile et soucieux, voire affligé par la fatalité de certaines réalités macabres de la vie. Sa poésie est une urgence face aux maux et mots du temps présent, en conjonction avec les méandres du passé, et surtout l’air voilé du futur. C’est ce que nous percevons ici : je parle désormais le verbe des dieux / Pour un cœur et un esprit nouveaux (p.45). L’acte de parler se perçoit comme l’extériorisation d’une idéologie, et d’un désir de liberté qui, finalement se transmute dans l’acte d’écrire. Ce qui revient à dire qu’il deviendrait poreux à tous les vents, porté par cette idée de liberté. Prince Arnie Matoko fait voyager dans les profondeurs d’une blessée, mais qui n’est pas fatiguée de maintenir le magma du verbe. L’Afrique qu’il personnifie dans ce texte, est celle des libertés. Sans envisager un penchant panafricaniste, dans le sens plein du terme, il témoigne son attachement à ce continent, en restant réaliste aux grands problèmes qui la parsèment : Détache-toi Afrique/ Détache-toi des chaînes de la haine / Car je suis attaché depuis l’aube (p.27). La notion d’engagement que soulèvent plusieurs écrivains depuis le XVIIIème siècle, se traduit ici comme un vague de lumières qui arrive pour briser l’obscurité. Défenseur de la liberté de tous, Prince Arnie Matoko marche sur les sentiers des grands poètes comme Tchicaya U tam’si, J.B. Tati Loutard, J.P. Makouta Mboukou, Léopold Sedar Senghor, Maxime N’Debeka, Gabriel Mwèné Okoundji, Jean Blaise Bilombo Samba, Huppert Malanda, pour ne citer que ceux-là, sur cette question de la liberté humaine. Sa poésie s’inscrit dans ce combat des lumières, ce combat pour le jaillissement sur tous les plans de la raison humaine. Le souci de voir ainsi l’Homme au sens plein de ce vocable, passe avant tout, d’après sa conception de la littérature. Outre l’engagement soulevé, le poète prétend également guider ses contemporains et les éclairer par rapport à la marche sociale actuelle. Son appel devient plus que signifiant dans ce sens qu’il suggère la question de la culture comme l’épicentre de toute humanité. Une humanité qui surpasse le champ egocentrique, pour s’accrocher aux ailes de l’humanisme, dans un double rapport entre soi et les autres, entre le « je » et le « tu », dans une synergie des cultures. Dans ce sens, il est très proche de Victor Hugo, quand ce dernier affirme : Quand je vous parle de moi, je parle de vous./Comment ne le sentez-vous pas ?/Ah ! Insensé qui crois que je ne suis pas toi. Ce souffle poétisé dans Mélodie de larmes se présente pour le lecteur averti, comme un remède puissant pour panser et penser les blessures dont souffre l’Afrique en général et le Congo en particulier. Sur ces entrefaites, le poète jette également son regard mûri sur le Congo, plongé depuis belle lurette, dans la quête et la conquête de la paix : Mon pays a trop saigné / Quand cessera-t-il de saigner ? (p.93). Le poète n’est pas loin de la tragédie poétique développée par Tchicaya U Tam’si dans bon nombre de ses textes. Comme nous le savons, ce dernier a forgé une plume bouleversante et truculente sur la situation de l’homme en société. Sa poésie a été une grande interrogation sur la condition humaine et son évolution en société. En fait, Prince Arnie Matoko veut réinventer la conscience de l’Homme noir, afin de libérer le continent Africain de toutes formes de carcans, tout en faisant de son écriture une part d’ouverture vers l’universel. C’est notamment par les images, qu’il nous révèle ce qu’on ne voit pas ou ce qu’on ne veut pas voir suivant une approche inconsciente. Le grand poète Léopold Sédar Senghor, parlait en son temps, à propos de Tchicaya U Tam’si de cette ligne de conduite. En spécifiant que, l’image est le seul fil qui conduise le cœur au cœur, la seule flamme qui consume l’âme. De la tête de Tchicaya, de sa langue, de sa plume, de sa peau jaillissent donc les images… » (Quatrième de couverture de J’étais nu pour le premier baiser de ma mère) Le poète caresse les doux mots comme pour donner le sourire à sa tendre mère dont le vœu est arraché : Ne pleure pas, mère !/ Ne pleure pas/ Car si tu pleures ma douleur redoublera belle/ Ecoute ! Déjà la pluviosité de mes yeux osseux/ Traverse en gros ruisseaux les égouts/ Je te dis lève-toi, lève-toi mère/ Il est vrai que/ Depuis longtemps, je ne sais rien de ce que tu es devenue » p72 / « Je te confirme sèche (p.73).L’auteur est écœuré par les larmes de sa mamelle nourricière, Prince Arnie Matoko, maître de la parole, lance un appel douloureux à cette somme de vie : Dîtes à ma mère, je vous en conjure/ Dîtes à ma mère/ Que son fils souffre/ Qu’il traverse un calvaire/ Dîtes-lui sans ambages/ Qu’il ne fait pas bon vivre / Pour un enfant comme moi/ Pour un orphelin comme moi (p.67). Il n’est pas facile de lire et relire sa poésie en profondeur sans se fondre en larmes. C’est le cas par exemple de Papa Wemba, musicien de la rive gauche du fleuve Congo, dans sa célèbre chanson Maman. Il évoque sa tristesse liée à la mort de sa mère à travers justement une symbolique musicale puissante : Maman même si je pleure il n’y a personne pour me consoler / voilà pourquoi j’ai chanté cette chanson pour toi/ Je mange pour satisfaire juste la bouche. Maman si tu étais encore en vie, j’allais proposer qu’on te nomme ministre de l’éducation […](traduction en langue française de la version Lingala).L’esthétique de la douleur chez Prince Arnie Matoko se marie d’un côté à l’expression de la désespérance et de l’autre, de l’espérance. Il le précise en ces termes : Lorsque mes mots auront les pieds/Sur les nuages épais des maux/Et que mes dents auront la blancheur/Des monts les
26ème Journée de l’écrivain : Un colloque sur «Littérature, démocratie et pouvoir» à Dakar.

Un colloque placé sous le thème : «Littérature, démocratie et pouvoir» a eu lieu le 9 novembre 2018 à Dakar au Sénégal. Il faisait partie du programme général des travaux. L’ouverture de ce colloque était placé sous la responsabilité du directeur du cabinet du ministre de la justice, Garde des Sceaux du Sénégal, M. Ismaela Madior Fall, sous l’œil vigilant du président du la commission scientifique, M Djibril Diallo Falémé. Placé sous la modération du gabonais Eric Joël Bekalet, plusieurs intervenants ont pris la parole. Pour le malien Doumbi Fakoli Doumbia, récipiendaire du prix Cheikh Anta Diop de l’essai, partageant sur le thème général, a dit que les écrivains doivent parler mais à condition de le faire pour suggérer parce que, a-t-il indiqué, critiquer sans proposer ou suggérer n’a pas de sens. Les congolais Huppert Malanda et le Professeur Mukala Kadima Nzuji ont focalisé leur communication sur la démocratie dans la pièce de théâtre « Le bruit des couloirs» pour le premier et «Le pouvoir dans l’œuvre d’Henri Djombo pour le second. Dans cette œuvre, a précisé l’orateur, les élections sont organisées, le verdict des urnes tombe et l’alternance demeure l’un des fondements de la démocratie. D’autres communications ont été faites par MM Mbaye Ndongo du Sénégal, Aline Olga Lonzaniabéka du Congo qui a parlé de «démocratie et armée» et du rôle de l’armée comme protectrice de la démocratie. D’autres communications très brèves ont faites par les écrivains Aïcha Diarra du Mali, Sid-Lamine Salouka du Burkina Faso, Hélène Lobé de la Côte d’Ivoire et Koumanthio Zeinab Diallo de la Guinée Conakry. Florent Sogni Zaou