Congo : Kakamoeka, le rituel salvateur d’Anatole Collinet Makosso pour survivre au pouvoir ? ( Lecture en 4 minutes )

PARLONS-EN. Le deuxième Conclave des filles et fils du Kouilou s’est tenu le 31 janvier 2026 à KAKAMOЕКА sous le « haut patronage » du Premier ministre Anatole Collinet Makosso (ACM). Loin d’un simple rassemblement culturel, cet événement à Kakamoeka – nom signifiant « notre grand ancêtre » en vili – apparaît comme une manœuvre stratégique pour ancrer sa survie politique dans les forces spirituelles du terroir vili, au cœur d’une région marquée par la pauvreté et l’histoire kongo-vili. Il s’agit d’une centralisation masquée en rassemblement ethnique. ACM n’était pas un simple invité : il présidait le conclave, son comité préparatoire et d’organisation. Cette concentration de pouvoirs traduit une recentralisation symbolique, où l’État s’approprie les périphéries culturelles. Objectif affiché ? Court-circuiter les institutions républicaines pour soutenir ou viser une succession à M. Sassou, via un rituel initiatique réservé aux initiés. Alliance inédite entre État et traditions Le conclave a réuni trois légitimités : républicaine (préfets, parlementaires), territoriale (conseils départementaux, maires) et traditionnelle (Roi de Loango Moe Mpaka Siindji N’tukuni, dignitaires buali, sages yombé, kugni, vili et lumbu). Pas de folklore : ces actes – oracles royaux, invocation du « Grand Ancêtre », installation de gouverneurs traditionnels – hybrident pouvoir étatique et anthropologie.Lorsque le Professeur Placide Moudoudou plaidait en 2015 pour un serment présidentiel via le « Nzobi », il a été raillé alors qu’il exprimait une réalité congolaise. Vous conviendrez que, la présence centrale du putatif « Roi de Loango », les actes évoqués plus haut et le rituel d’invocation du « Grand Ancêtre » constituent des taches occultes. ACM les intègre dans le protocole officiel quoiqu’il ait été un des farouche opposant au Pr Moudoudou qui n’a pas reconnu son doctorat en droit réalisé à partir du diplôme de l’ENAM qui est une école professionnelle inhabilitée à délivrer des M2 Recherche/DEA/Doctorats. Ce choix révèle une posture stratégique sélective et perfide, clairement adossée à une volonté manifeste de transformer la tradition en ressource de gouvernement à son seul profit. Le rituel devenant non pas un contre-pouvoir, mais un auxiliaire de légitimation de l’ordre étatique en devenir pour la prochaine présidentielle. Quelles sont donc les fins non avouées in fine ? Celles de soutenir M. Sassou comme proclamé urbi et orbi ou plutôt les siennes propres secretum en opérant la substitution ésotérique parfaite ? Pour plus d’une personne, ACM instrumentalise ces rites pour sa légitimation, transformant la tradition en levier électoral. Tradition dépossédée, ambitions ésotériques La démarche engagée par ACM est donc pleine d’ambiguïtés. En présidant un conclave qui mobilise l’ensemble des forces vives locales, il se place au cœur d’un dispositif de médiation politique qui veut court-circuiter les institutions représentatives classiques. Ce conclave devient alors un espace para-institutionnel de production de consensus, où la parole coutumière et l’autorité morale peuvent peser sur les orientations publiques tenues par le droit positif, sans passer par les mécanismes délibératifs reconnus. Elle devient un cénacle d’élévation ésotérique (caché) situé à Kakamoeka (i-e Nkaka li muek = notre grand ancêtre) lieu éponyme de résidence de la sirène-mère Mwé Kikambissi, déesse tutélaire des lieux. Si avant l’appel des forces se faisait depuis Diosso, la translation opérée par ACM relève de mélanges des pratiques Yombé et Vodu issus des pêcheurs Popo (Béninois) installés à Madingou-Kayes depuis la construction du chemin de fer et dont les « métissages » ont abouti au Premier Ministre. On note donc non seulement une volonté de dépossession des Ba-Vili de leurs propres outils de gouvernance ( Vincent Gomez dépositaire du Nkobi à Diosso ostracisé ; Les Bouiti-Viaudo marginalisés alors qu’ils sont les enfants du Bi-witi ; les Goma-Sylvain et Dello Thomas banalisés alors qu’ils sont les uniques gardiens du dernier Tchibila des mânes ; les Portella-Yoyo-Gomez effacés alors qu’ils sont les Mfumu Ntoto de Mpita ; etc.). Promouvoir la fille de Mounthault dans ce contexte paraît comme une duplicité de l’arbre sensé cacher la forêt puisqu’au final, elle risque de servir comme agneau sacrificiel prisé par le rite opéré. Un duel invisible vers la prochaine présidentielle Le travail para-institutionnel engagé depuis la consécration de l’église nouvelle Saint Christophe ayant permis l’accès aux reliques de Mgr Godefroid Poity (c.f notre publication du 5 août 2025) se prolonge à Kakamoueka dans un geste ritualisé envers la Génie à la confluence de trois lacs sur la » Cité des grands lacs » qui servirait d’autel d’appel depuis 2024 date de la dernière vo. Ledit travail produit un consensus ésotérique, contournant les délibérations classiques. Soutien à M. Sassou qui a prévu annoncer sa candidature le 7 janvier ou substitution secrète ? Le chemin de l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Les combats à venir, traduisant ces forces invisibles, s’annoncent âpres. Certes, il est difficile de savoir si ACM et Cie, ivrent du pouvoir abandonneront le syncrétisme et les appétits démesurés, mais ceux qui défendent justice, vérité et liberté, l’heure est venue. Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Congo. Bilan du quinquennat 2021-2025 : quand Denis Sassou Nguesso délègue sa parole et confisque le débat national

Un aveu de faiblesse politique, et peut-être aussi de peur d’affronter les Congolais « Si tu veux cacher quelque chose aux Congolais, mets-le dans un livre. » Dans toute République qui se respecte, la présentation du bilan présidentiel constitue un moment politique majeur. Elle marque l’instant où le chef de l’État accepte de sortir du confort institutionnel pour se soumettre à l’exigence démocratique de la reddition de comptes. C’est un face-à-face symbolique avec le peuple, un exercice de vérité où le président assume ses choix, ses réussites comme ses échecs. Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso a choisi de s’extraire de cet exercice fondamental. Un bilan présidentiel sans président Le bilan du quinquennat 2021-2025 n’a pas été présenté par Denis Sassou Nguesso lui-même, mais par son Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, à travers un ouvrage intitulé « En toute transparence, le bilan du quinquennat (2021-2026) », présenté le 22 décembre 2025 devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès. Ce simple fait pose déjà un problème politique majeur : comment un président de la République peut-il rendre compte de son mandat sans prendre lui-même la parole devant la nation ? La reddition de comptes est une responsabilité personnelle, indissociable de la fonction présidentielle. Elle ne peut être ni déléguée ni externalisée sans en vider le sens. Plus encore, ce silence présidentiel soulève une question constitutionnelle fondamentale. Si le président de la République se trouve dans un état — physique, mental ou institutionnel — qui l’empêche d’assumer pleinement ses fonctions, la Constitution congolaise définit clairement les règles, les procédures et les voies à suivre. L’empêchement du chef de l’État n’est ni une hypothèse informelle ni un arrangement politique ; il est strictement encadré par le droit constitutionnel afin de préserver la continuité et la clarté de l’État. Or, au lieu de s’inscrire dans ce cadre légal, le pouvoir a préféré inventer un scénario ambigu : un président silencieux, un Premier ministre qui parle en son nom, un livre servant de support politique, et un Parlement acquis d’avance. Cette mise en scène ne correspond à aucune procédure constitutionnelle clairement identifiée. Elle entretient le flou, alimente les interrogations et ouvre la voie à toutes les spéculations, là où la Constitution aurait dû servir de seule boussole. En déléguant cette mission régalienne à son chef de gouvernement, Denis Sassou Nguesso donne l’image d’un pouvoir qui se cache derrière ses institutions, plutôt que de les assumer pleinement et d’en respecter l’esprit. Les voies traditionnelles de la reddition de comptes présidentiels Dans les régimes démocratiques, y compris en Afrique, la présentation du bilan présidentiel emprunte des voies bien établies. Un président de la République s’adresse traditionnellement à son peuple par : une adresse solennelle à la nation, diffusée à la radio et à la télévision ; un discours devant le Parlement, suivi ou non d’un débat contradictoire ; une conférence de presse, permettant aux journalistes d’interroger le chef de l’État ; des tournées nationales, au contact direct des populations ; ou encore un rapport officiel public, largement diffusé et accessible. Ces mécanismes ont un objectif commun : instaurer un minimum de dialogue entre le pouvoir exécutif et les citoyens. Denis Sassou Nguesso a délibérément évité toutes ces voies. Un Congrès transformé en chambre d’adoration La présentation du livre devant les deux chambres réunies en Congrès, dans un Parlement où le président dispose d’une majorité absolue, a davantage ressemblé à une cérémonie de célébration qu’à un exercice institutionnel de contrôle. La scène évoque un service religieux : le pasteur proclame la parole, et l’assemblée répond unanimement « Amen ». Aucun débat réel, aucune contradiction, aucune remise en question du contenu du bilan. Le Parlement, censé incarner la souveraineté populaire, s’est mué en simple chambre d’enregistrement. Le livre comme outil d’évitement politique Le choix du livre comme support de présentation du bilan n’est pas neutre. Une boutade populaire affirme : « Si tu veux cacher quelque chose aux Congolais, mets-le dans un livre. » Derrière l’ironie se cache une réalité sociale préoccupante : la lecture a perdu sa place dans les écoles et dans la société congolaise. La culture du livre s’est effritée, le débat écrit s’est raréfié, et l’on voit aujourd’hui des lecteurs se plaindre de la longueur d’articles ne dépassant pas trois pages dactylographiées. Dans ces conditions, publier un bilan présidentiel sous forme d’ouvrage revient moins à informer qu’à neutraliser l’impact du message. Le livre devient ainsi un outil de dissimulation politique par l’inaccessibilité, non par le secret. Un bilan préfacé par le président lui-même Autre singularité troublante : l’ouvrage est préfacé par Denis Sassou Nguesso lui-même. Cette auto-préface illustre une logique de pouvoir fermée sur elle-même, où le président se juge, se valide et se félicite sans regard extérieur. Dans une démocratie vivante, un bilan est confronté à l’analyse des parlementaires, des experts, de la société civile et des citoyens. Ici, le pouvoir se contente de son propre écho. L’impossibilité du face-à-face avec le peuple Pourquoi éviter la parole directe ? La réponse se trouve dans la réalité sociale du Congo-Brazzaville. Comment s’adresser sereinement à un peuple : privé de salaires réguliers ; privé de pensions de retraite ; privé de bourses d’études ; privé d’eau potable et d’électricité ; privé de soins médicaux accessibles ; privé d’une éducation de qualité ; privé de routes et d’infrastructures de base ? Regarder ce peuple droit dans les yeux suppose un courage politique que le pouvoir semble avoir perdu. Une transparence proclamée mais jamais pratiquée Le titre « En toute transparence » apparaît dès lors comme un slogan vidé de sa substance. La transparence ne se proclame pas dans un livre présenté devant un auditoire acquis ; elle se construit par le débat, la contradiction et l’accès réel à l’information. Conclusion Ce qui s’est joué le 22 décembre 2025 dépasse la simple présentation d’un bilan. C’est le symbole d’un pouvoir qui refuse le face-à-face avec la nation, qui contourne les règles constitutionnelles et qui confond communication politique et gouvernance responsable. Un bilan sans parole présidentielle directe,
La Banque africaine de développement et la République du Congo signent le protocole d’accord pour l’organisation des assemblées annuelles 2026

Le Groupe de la Banque africaine de développement et la République du Congo ont signé, vendredi 19 à Brazzaville, un protocole d’accord ainsi que le premier aide-mémoire en vue de l’organisation des prochaines Assemblées annuelles de l’institution, prévues du 25 au 29 mai 2026 dans la capitale congolaise. La cérémonie s’est tenue en présence de Anatole Collinet Makosso, Premier ministre de la République du Congo ainsi que d’autres membres du gouvernement congolais. Les Assemblées annuelles 2026, du Groupe de la Banque comprendront la 61ᵉ Assemblée annuelle de la Banque africaine de développement et la 52ᵉ Assemblée du Fonds africain de développement, guichet de prêts à taux concessionnels du Groupe destiné aux pays africains à faible revenu. Le protocole d’accord, qui précise le cadre juridique et organisationnel de la rencontre, a été paraphé par Ludovic Ngatsé, ministre de l’Économie, du Plan, de la Statistique et de l’Intégration régionale et gouverneur de la Banque pour la République du Congo, et par Vincent O. Nmehielle, Secrétaire général du Groupe de la Banque africaine de développement. La signature du protocole d’accord et de l’aide-mémoire intervient au terme de la première mission préparatoire des Assemblées annuelles menée par une délégation du Groupe de la Banque entre le 11 et le 19 septembre au Congo. Pour le ministre Ngatsé, « cette première mission d’organisation des 61ème Assemblées du Groupe de la Banque a été utile et riche. Utile, car elle a permis aux parties d’échanger sur les cadres organisationnels mis en place de part et d’autre, en vue de disposer de structures institutionnelles dédiées … riche, car elle nous a tous permis non seulement de prendre la mesure de nos engagements, mais également de mieux connaitre les différentes tâches qui nous incombent ». Cette signature marque une étape importante dans le programme des Assemblées annuelles 2026. Elle reflète une compréhension commune des conditions nécessaires à sa réussite ainsi qu’un engagement partagé dans des domaines clés comme l’organisation logistique, la sécurité, l’accueil, les services linguistiques, l’hébergement, les transports, les technologies de l’information et les réunions statutaires. « Par la signature de ce protocole d’accord, le gouvernement de la République du Congo s’engage à fournir les biens et services nécessaires à l’organisation efficace et au bon déroulement des Assemblées annuelles, conformément aux règles et procédures de la Banque en matière de passation de marchés. Par un dialogue permanent avec le pays hôte, la Banque s’emploiera également à garantir le respect des normes de qualité des Assemblées annuelles à tout moment », a déclaré M. Nmehielle. Rendez-vous statutaire du Groupe de la Banque, ces Assemblées permettent aux Conseils des gouverneurs et à la direction de l’institution de dresser le bilan de l’année écoulée et d’adopter des résolutions stratégiques pour accélérer le développement du continent. Parallèlement à cette signature et afin de préparer efficacement l’échéance de mai 2026, les deux parties ont également officialisé le premier aide-mémoire de la mission préparatoire. Ce document a été paraphé le même jour par Sylvain Lekaka, directeur de cabinet du ministre congolais de l’Économie, du Plan, de la Statistique et de l’Intégration régionale, et par André Basse, chef de la Division du protocole, des privilèges et immunités du Groupe de la Banque africaine de développement. Premier d’une série de trois, cet aide-mémoire détaille les travaux à réaliser par les autorités congolaises afin d’assurer une organisation fluide et offrir une expérience optimale aux représentants des gouvernements, partenaires et autres parties prenantes. Les Assemblées annuelles du Groupe de la Banque attirent chaque année plus de 3 000 participants : gouverneurs et administrateurs de la Banque, partenaires du développement, philanthropes, chercheurs, acteurs du secteur privé, représentants de la société civile, médias, ainsi que les équipes dirigeantes et le personnel de l’institution. Leur tenue dans un pays membre obéit à un principe de rotation. La République du Congo accueillera les Assemblées pour la deuxième fois depuis la création de l’institution en 1964, après une première édition en 1984 à Brazzaville. Les Assemblées 2026 seront les premières à se dérouler sous la présidence de M. Sidi Ould Tah, élu le 29 mai dernier à la tête du Groupe de la Banque. La coopération entre le Groupe de la Banque africaine de développement et la République du Congo a démarré en 1972. Depuis, l’institution a approuvé des projets et programmes pour une valeur cumulée de 1,27 milliard de dollars. Le 30 juin 2025, le portefeuille actif du Groupe de la Banque au Congo comptait neuf opérations souveraines pour un engagement total d’environ 223,3 millions de dollars américains, reparti entre les secteurs suivants : transports, agriculture, finance, énergie et eau & assainissement. Afdb
Coopération et gestion : la dérive administrative institutionnalisée par le gouvernement congolais ( lecture en 3 minutes )

TRIBUNE. Au cœur d’un système à la dérive en proie au contournement du droit et au désordre normatif, le premier ministre Anatole Collinet Makosso (ACM) est désormais partagé entre les notes de service sans quintessence juridique, les nominations opaques et la confusion des compétences. Tout ceci supplante la légalité républicaine et le déminage des différents dossiers à la veille du périple qui conduira ACM en France, à Abu Dhabi et à Dubaï. Le 14 mai 2025, à la suite des ministres Jean Claude Gakosso et Christian Yoka, ACM effectuera une visite de 48 heures en France pour baliser le terrain avant l’arrivée de M. Sassou. Officiellement et officieusement, il tentera de scruter les dossiers juridiques, culturels et surtout financiers qui le conduiront par la suite au moyen Orient où il assistera aussi au mariage de Christel Denis Sassou Nguesso. D’une part, dans le cadre de la géopolitique de l’énergie, des indiscrétions indiquent que TotalEnergies injectera 500 milliards dans les finances congolaises. D’autres part, dans le cadre des montages très dangereux, 1500 milliards de fcfa vont être déversés au Congo. Une partie de toutes ces sommes glisseront dans la campagne de M. Sassou et une très infime seront reversées aux Congolais. L’effondrement de la hiérarchie normative et la confusion des instruments juridiques Tout examen considéré, le Congo est dans une crise systémique avancée de légalité administrative. Cette crise est marquée par un renversement de la hiérarchie des normes. Il apparaît que des actes majeurs (nominations, organisation de services publics, gestion des établissements) sont pris sous forme de notes de service, en lieu et place des actes prévus par la Constitution et les lois. Or, en règle de droit, une note de service n’a pas de portée normative : c’est un instrument interne, destiné à transmettre des instructions, non à créer des commissions nationales ou modifier l’architecture de l’État. La dérive est absolument manifeste avec le recours par le Premier ministre à une note de service (n°0026/PM-CAB du 28 juin 2024) pour créer une commission aussi stratégique que celle chargée de la gestion de la trésorerie nationale. Pire, cette note a été abrogée par l’arrêté du Ministre des finances (n°351 du 3 avril 2025 portant « création, attributions, composition et fonctionnement du comité de trésorerie de l’État »), révélant une illogique inversion normative. Une telle pratique constitue une violation manifeste du principe de légalité administrative, symptomatique d’une gouvernance contournant les règles fondamentales. Et les cas sont légions. L’administration congolaise semble ainsi régie non par le droit, mais par des pratiques désinvoltes, privilégiant la souplesse apparente des outils internes, au détriment de la sécurité juridique, de la transparence et de la responsabilité des autorités. Dénaturation de la fonction administrative La situation est davantage alarmante dans les établissements publics à caractère administratif (EPA), bras opérationnels de l’État. Aucune décision formelle n’y est prise ; seules des notes de service structurent les orientations, y compris budgétaires ou statutaires. Ce mode de fonctionnement entérine l’effondrement du modèle d’administration publique fondé sur l’acte unilatéral, motivé, signé par l’autorité compétente et susceptible de recours. La nomination du Directeur adjoint du Trésor public en est un exemple édifiant. Le 16 avril a été publié le décret n°2025-114 du 16 avril 2025 portant « Attributions et Organisation de la Direction générale du trésor ». Ce texte abroge le décret n°2024-99 du 6 mars 2024 portant « attributions et organisation de la direction générale du Trésor ». Sans coup férir, le 18 avril en Conseil des ministres, M. Hylarion Stève Ibobi Ollessongo, Inspecteur du trésor, a été nommé DGA et les directeurs centraux, anciens adjoints, renvoyés à leurs études sans autre forme de procès, leurs postes ayant « disparus » ! L’intéressé a néanmoins pris fonction, sans titre légal. Or, un décret aurait dû suivre le compte-rendu du conseil des ministres, précisant : • la mention obligatoire : la nomination de M. Ibobi Ollessongo, Inspecteur des finances ; • la mention obligatoire : de son numéro matricule d’agent de la fonction publique suivi de son classement, échelle, indice, etc. ; du poste budgétaire d’affectation des fonds de sa rémunération (le cas échéant) ; • la mention obligatoire : « en remplacement de xxx appelé à d’autres fonctions » ; • la mention obligatoire « Sur la proposition de … » ; • la mention obligatoire « le Conseil des ministres entendu ». Sans tout ce dispositif normatif, cela constitue une usurpation implicite de fonction publique, en contradiction totale avec les principes de publicité des actes et de légalité. C’est la preuve que l’État crée lui-même des situations d’illégalité fonctionnelle, rendant les actes posés potentiellement nuls. Ce mécanisme installe une administration parallèle, fondée sur des décisions informelles, des actes non publiés, des délégations sans textes. La gouvernance devient discrétionnaire, non au sens juridique du terme, mais dans celui d’une gestion au gré des volontés individuelles, hors de tout cadre contraignant. ( la suite prochainement) Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Congo-Enseignement supérieur : l’Université catholique de Liambou au Congo sur la rampe de décollage

L’université catholique de Liambou au Congo-Brazzaville a amorcé sa phase expérimentale en attendant sa très prochaine inauguration au lendemain de la récente visite du Premier ministre, Anatole Collinet Makosso. Cent vingt et un étudiants y suivent déjà des cours dans les domaines des Géo-sciences, de l’Informatique, des mathématiques, de physique, de la chimie et de biologie. Une réunion a eu lieu après la visite des lieux du Premier ministre, au cours de laquelle quelques aspects du projet, parmi lesquelscelui du transport des étudiants et la facilitation du passage au péage pour les membres de la communauté universitaire ont été évoqués. Le Premier ministre a rappelé à cette occasion l’existence d’un accord-cadre avec l’église tout en promettant de voircomment le gouvernement pourrait continuer à accompagner le fonctionnement de cette université. Il a de ce fait ajouté que cette université bénéficiera de l’aménagement d’une voie d’accès, de la construction de résidences et de l’installation des infrastructures sportives. Cette structure est en outre le fruit de la coopération entre l’Etat congolais, l’Eglise catholique et la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) au sein du consortium pétrolier de l’exploitation Moho-Nord. Il est à souligner que cette université qui s’impose dans le département du Kouilou, précisément à Liambou, a procédé à l’ouverture de ses portes le 19 mars 2024 au cours d’une rencontre à saint Charles Lwanga de Pointe-Noire. Le projet de construction de cette université a vu le jour avec le soutien de l’Etat congolais. Elle devrait disposer de trois facultés mais ne tourne actuellement qu’avec la faculté des sciences et technologie. Florent Sogni Zaou
Affaire E2C : crispation des relations au sommet de l’État entre M. Sassou et son premier ministres

DECRYPTAGE. Le conseil des ministres de mercredi 26 février 2025 a rendu son verdict : rien au sujet de la fameuse convention de concession à E2C. La veille, la réception du Premier ministre, Anatole Collinet Makosso (ACM) par le Président Sassou s’est avérée délétère crispée et chargée de regrets au regard des dégâts créés par le premier Ministre. La communication gouvernementale est loin d’être un exercice de simple rhétorique. Comme dans tous les sérieux, la forme doit toujours rejoindre le fond. Et lorsqu’il n’y a pas de fond, il n’y a plus de forme… Cela s’est constaté dès la diffusion non-professionnelle d’un avis de réunion n°0010/PM-CAB du 25 février 2025 invitant les responsables syndicaux du secteur de l’électricité sans objet clairement exprimé. Les invités à cette « réunion » (Concertation/Négociation/Conciliation aurait été plus approprié) ont été placés tous au même pied d’égalité : ministre d’État, ministres, représentants des syndicats, conseillers des ministres (!?). Conformément aux règles protocolaires élémentaires, des conseillers ne peuvent-ils venir « discuter » avec leurs propres patrons ? Cette simple lecture démontre l’incapacité de certains dirigeants congolais à résoudre des problèmes d’envergure stratégique. Le scandale E2C braque les projecteurs sur la faible gouvernance du Premier Ministre En recevant ACM mardi 25 février vers 12h55, M. Sassou avait le visage des jours sombres. Seuls son flegme habituel et sa capacité de résilience l’empêchaient d’exprimer des émotions de colère ouverte. Ses attentes de proposition de stratégie de sortie de crise intégrant la dimension de changement organisationnel n’ont pas été comblées. Au contraire, ACM à qui revenait l’obligation de se saisir de cette opportunité pour reprendre l’initiative est arrivé sans solution. Eu égard à cela, instruction de suspension définitive de l’ensemble des initiatives liées à ce dossier a été délivrée par M.Sassou. Ce dernier a intimé l’ordre d’arrêter ce désordre sans délais. La suite donnée par ACM a été totalement incongrue et inopportune. En effet, proposer une « réunion » après le conseil des ministres avec des responsables syndicaux était annonciateur d’une pusillanimité au sommet de la pyramide du pouvoir congolais. Pire encore, l’invitation des conseillers de défense et de sécurité démontrait une fébrilité de la primature, doublée d’une tentative grossière d’intimidation des responsables syndicaux forts de leurs droits. Ainsi, un simple problème de reforme économique de l’État s’est vu transformer en pseudo crise politique et de sécurité grave. Malgré des intimidations voilées, au cours de ladite réunion, les syndicalistes ont campé sur leurs positions : 1/ refus de la convention d’affermage en vue de la vente de l’électricité par la SENELEC car, elle ne présente aucune garantie ; 2/ refus de l’augmentation du tarif du kwh et celui du transport et la vente de l’électricité ; 3/ obligation des gestionnaires délégués (investisseurs) de construire des centrales hydro-électriques sur divers cours d’eau ; 4/ paiement des factures par l’État et différentes personnalités. Avant la fin de la réunion, le bouc émissaire Émile Ouosso a été appelé en urgence par M. Sassou à sa résidence. De son côté, ACM clôturant la séance, a demandé la mise en place d’une commission technique pour scruter les conventions afin de procéder à des avenants si possible. Les éléments clés d’une feuille de route pour la fin du mandat A moins d’un an de la mascarade électorale de 2026, il importe que des réponses institutionnelles sérieuses soient apportées dès à présent. Elles s’appuieraient toutes sur la mise en place d’un Haut-commissariat à l’intelligence économique auprès de ACM chargé de la prospective. Une réflexion urgente sur une loi fixant les domaines stratégiques de l’État et relevant d’un patriotisme économique doit être engagée en urgence. Dans 10 ans, la planète entière va manquer d’eau douce et sera face à une crise énergétique gigantesque. Brader les actifs de E2C ou de la LCDE relève d’une stupidité stratégique rare ! L’énergie hydraulique permet de concilier ces deux thématiques apparemment opposées en une seule, en y adjoignant la fusion froide des atomes d’hydrogène, réel futur eldorado économique. Les réformes de ces actifs stratégiques de l’État que sont E2C ou LCDE sont à la portée d’une gouvernance sérieuse. La vigueur d’un conseil d’administration trié sur le volet et d’un exécutif sélectionné internationalement sont possibles. Nul besoin d’une fuite en avant avec des réformes prescrites par le FMI ou la Banque Mondiale au nom d’un capitalisme sauvage qui a détruit le Congo avec les Plans d’Ajustements Structurels des années 80. Il faut passer au consensus de Washington élargi, en récusant les approches de marché dans les domaines stratégiques de l’État. Comment le Congo aura des ingénieurs en eau, électricité ou énergie sans outil stratégique sous la main ? Le fait que dans les mêmes temps et heures le ministre de l’Économie, du plan et de l’intégration M. Ludovic Ngatsé et la Banque Africaine de Développement signent deux accords dans le cadre de la mission 300, sous la houlette du ministre d’État, de l’aménagement du territoire et des grands travaux M. Bouya, démontre que l’initiative en matière d’Energie est perdue par la primature au profit de ces derniers. Des temps de réformes dures et sérieuses, longtemps ajournées doivent maintenant s’engager, car à défaut de bilan à défendre, M. Sassou devrait présenter un agenda sérieux et solide de réformes institutionnelles et sociales pour l’horizon 2030 ! Espérons aussi que les agents de E2C que nous félicitons, feront convenablement leur job et accepteront un audit sur la gestion d’Adou Danga. Le glas vient de sonner pour ACM de limoger les canards boiteux de son cabinet et de tirer les bretelles de son Okio. Enfin, nous présentons des excuses pour n’avoir pas réagi aux nombreux appels et mails mais aussi, pour la doublure de texte dans le lead (chapeau) de notre dernier article. Cette gène a été occasionnée par une attaque à énergie dirigée qui a endommagée nos ordinateurs et appareils téléphoniques. Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Congo : Sassou entre crise énergétique et bruits de bottes

Depuis les accords signés entre le gouvernement congolais et la SENELEC, des rumeurs de bruit des bottes et celles de différentes arrestations qui circulent sont nées de la crise systémique qui secoue le Congo circulent à Brazzaville et dans les grandes villes. La république du Congo serait-elle au bord de l’implosion ? La crise systémique qui vient d’atteindre son apogée, oppose d’une part M. Sassou et son peuple et les agents de E2C, et d’autre part, les différents clans au pouvoir. Beaucoup plus actifs actuellement, les agents de E2C menacent de paralyser le pays si le gouvernement ne revient pas sur » l’affermage de leursociété » . Dans la foulée, le 24 février M. Sassou a instruit plusieurs de ces conseillers de scruter le sommet du ministère de l’énergie. Pendant ce temps, le premier ministre Anatole Collinet Makosso (ACM) qui a validé ce projet ( sous prétexte des réformes amorcées) a été reçu brièvement (qu’habituellement) ce mardi 25 par M. Sassou. Bien avant la rencontre entre le président et son premier des ministres, JDO, après croisement des différents bulletins de renseignements quotidiens des services, a déposé sur la table de M. Sassou une fiche qui se contredit avec celle de Florent Tsiba et Cie. Selon nos informations, deux parmi ces fiches officielles et officieuses mentionnent la déstabilisation du pouvoir. L’une des fiches soutient la thèse du complot par le revirement spectaculaire des syndicalistes qui pourtant avaient contresigné le communiqué final sanctionnant les réunions tripartites ministère de l’énergie – direction générale E2C – Partenaires sociaux. La deuxième fiche fait état de certains ressortissants du nord qui galèrent depuis l’arrivée d’Adou Danga. La troisième, met l’accent sur des riches autour de Sassou qui ont son bulletin de santé veulent le buter. Enfin la dernière, pointe les anciens guerriers intégrés à la SNE. Distraction et ignorance Dans tout cela rien qui soit considéré comme un complot ou un coup d’État. Ce qui fâche le citoyen lambda et les agents de E2C qui avaient certes contresigné dans l’ignorance ou l’effet de pourboires les accords d’affermage, c’est la nature de la société qui n’a aucune référence en matière de gestion ou sur la démarche à adopter. En réalité, il y a un réveil des consciences, une véritable levée de bouclier des populations contre le bradage du patrimoine par une poignée d’individus. Dans nos précédentes publications, nous avons donné assez des détails qui confondent le gouvernement ( c.f : » Congo-E2C : des officines gouvernementales se lancent dans la désinformation tous azimuts. » » Congo -E2C : quand le parlement et l’église hésitent à sanctionner Collinet, Ouosso et Sassou Christel « ) . gMême si, N’Silou est en France, Ondongo à la présidence, André Okombi Salissa et Cie absents ( ceux – là qui avaient fait échouer le projet route-rails de Ouosso, Obambi et Sassou), nous exhortons tout de même les membres du conseil des ministres de retirer le projet d’affermage qui suscite beaucoup de mécontentements. Ce projet est truffé de failles. Le gouvernement devrait écouter les voix de rejet qui fusent de partout plutôt que de s’obstiner à faire un passage en force. Espérons que, sous des prétextes fallacieux, André King Obami Itou ne procédera pas aux interpellations des citoyens qui manifestent pour leurs droits et leur outil de travail. Nous lui conseillons plutôt d’interpeller Adou Danga, Ndinga Oba fille, Jean Jacques Bouya et Cie qui connaissent où va la moitié des recettes de E2C ( sur un total de 6 à 10 milliards par mois) point de ne pas payer les dettes de CEC et autres. Il faut être maboule pour croire aux charlatans qui voient des coups d’État en gestation. Même Christel Sassou à qui on colle les rwandais aurait de la peine à organiser un coup. D’ailleurs il a signé les accords avec l’aval de son père Sassou. Par ailleurs, il n’est pas exclu que le peuple soit dans la rue car la coupe est vraiment pleine, trop c’est trop! Ce qui pourrait emporter ce régime cruel. À ACM de retirer son projet d’affermage comme il a dit le faire devant les parlementaires, » s’il ne trouve pas l’assentiment du peuple il sera retiré « . En attendant le conseil des ministres, ACM et son » pire petit » Christian Yoka devraient chercher ailleurs pour remédier la décadence financière. Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Congo/Energie : Le gouvernement va révoquer les contrats d’affermage avec Selenec face à la crise

Le gouvernement va retirer les contrats d’affermage avec la Société nationale d’électricité du Sénégal, si cela ne trouve pas l’assentiment de la population, a déclaré, le 21 février à Brazzaville, le Premier ministre, Chef du gouvernement, M. Anatole Collinet Makosso. Lors de la séance de questions orales au gouvernement, devant les sénateurs, il a expliqué que cette décision s’inscrit dans un processus visant à résoudre définitivement la crise énergétique qui frappe le pays. « Nous avons pris la décision courageuse de régler cette question de la crise énergétique », a-t-il affirmé, en référence au refus des agents de la société Energie électrique du Congo (E2C).par rapport aux contrats d’affermage avec Selenec. Le Premier ministre a précisé que ces mesures avaient été prises en raison des difficultés financières rencontrées par l’État pour entretenir des infrastructures vieillissantes, notamment les barrages hydroélectriques. « Les révisions des turbines et des barrages n’ont pas été effectuées depuis plusieurs années, faute de ressources financières », a-t-il déploré. Il a ajouté que la libéralisation des centrales de production, des systèmes de transport d’électricité, ainsi que de la distribution et de la commercialisation de l’électricité, vise à améliorer la gestion du secteur. M. Makosso a également rassuré que, malgré ce processus de mise en concession et de gestion des contrats d’affermage, la société E2C, propriétaire des installations, conservera son rôle d’actionnaire et de contrôle. Le chef du gouvernement a souligné que l’État continuera à jouer un rôle de régulation dans ce secteur stratégique à travers E2C. Il a rassuré que les conditions de travail des employés ainsi que les tarifs sociaux seraient maintenus, réaffirmant l’engagement du gouvernement à réguler le secteur de l’électricité via l’Agence de régulation, compétente pour gérer les conflits entre les différents acteurs. Cette régulation vise à équilibrer les intérêts des producteurs, des distributeurs et des consommateurs, bien que des abus persistent, souvent ignorés par les usagers en raison d’un manque de culture juridique et de compréhension des mécanismes de recours, a-t-il dit. Par ailleurs, il a signifié que le gouvernement va poursuivre les discussions avec les partenaires et de fournir des informations supplémentaires pour garantir une gestion transparente du secteur tout en protégeant les intérêts de l’État et des citoyens. Intervenant à cette occasion, le président du Sénat, M. Pierre Ngolo, a insisté sur l’importance du dialogue avec les différents partenaires pour trouver des solutions aux problèmes du pays. Aussi, il a encouragé le gouvernement à poursuivre les discussions avec les partenaires. « Nous vous poussons à l’action. Il faut que nous dialoguions et bien avec les différents partenaires », a-t-il dit. ACI/Berninie Dédé Massamba.