Roch Régis BIKOUA : Nous continuons à brasser du vent pendant que les catastrophes climatiques se multiplient

INTERVIEW. « Dix ans après l’Accord de Paris, les promesses ne sont toujours pas tenues », constate l’écrivain congolais Roch Régis Bikoua qui a construit une réflexion profondément nourrie par son engagement pour l’environnement et par les réalités climatiques vécues sur le continent africain. Dans La gouvernance responsable pour le climat, son nouvel ouvrage paru aux éditions libres-opinions, le Président de l’association Espoir pour l’avenir dénonce une diplomatie climatique mondiale qu’il juge prisonnière des discours, des effets d’annonce et de l’inaction. Pour l’auteur de Un regard sur l’environnement au Congo et L’excellence environnementale, une énergie à bon marché, l’heure n’est plus aux grands discours. 

PAGESAFRIK.COM : « La gouvernance responsable pour le climat » est le titre de votre nouvel ouvrage. Quel constat principal vous a poussé à poursuivre cette réflexion et pourquoi estimez-vous que, dix ans après l’Accord de Paris, les résultats restent insuffisants ?

Roch Régis BIKOUA : L’idée de mon troisième livre est née d’une colère froide, celle de voir l’intelligence humaine et la puissance diplomatique s’enliser dans une mise en scène permanente où l’on feint de soigner le malade tout en alimentant sa fièvre.

J’ai écrit ce livre pour celles et ceux qui, comme moi, se sentent trahis par l’écart considérable entre les discours et les actes lors des grands soirs de signatures internationales sur le climat. On organise des sommets qui coutent très chers pour promouvoir juste «  les effets d’annonce » pendant le monde brule. Les populations les plus vulnérables payant le prix d’une crise qu’elles n’ont pas provoqué, ont besoin des actes palpables sur le terrain que les effets d’annonce des décideurs.

Le problème est que les promesses des Etats riches ne sont toujours pas tenues et qu’ils refusent de financer d’avantage et c’est le point de blocage dans les négociations internationales. C’est ainsi où je me suis posé des questions sur la crédibilité de la parole politique.

Comment sortir de la pauvreté sans polluer la planète ?

Comment donner l’accès à l’énergie aux populations du sud qui ont des problèmes d’électricité ?

Comment se développer ? Bref !

Dix ans après l’accord de Paris, les promesses ne sont toujours pas tenues

Les Pays riches font un semblant de promouvoir les énergies renouvelables avec les publicités des voitures électriques mais aucune mesure sur les énergies fossiles qui continuent à faire d’eux les pays les plus riches.

Dix après l’accord de Paris, la planète est loin d’être sauvée. On nous embrouille dans les médias des pays riches avec des trajectoires montrant une légère baisse des émissions du CO2  alors que sur le terrain Il y a un constat sur la hausse des émissions de gaz à effet de serre causant des catastrophes énormes dans les pays pauvres.

Ceci étant, dix ans après l’accord de Paris, dix ans après la mise en place des objectifs de développement durables des Nations unies, rien n’a avancé dans les actes et cela met en cause le leadership climatique.

C’est ainsi où j’alerte que La COP21 est un accord histotoxique trahi par l’inaction d’une part, et d’autre part il y a l’échec des ODD en matière climatique.

Vous évoquez un fossé entre les discours et les actes, tout en dénonçant l’écoblanchiment et l’inaction institutionnelle. Comment ce décalage se manifeste-t-il aujourd’hui dans les politiques climatiques internationales ?

Des prétentions écolo qui ne sont pas appuyées par les faits se manifestent du jour au lendemain. Ce marketing commercial originaire des pays riches, a été inventé pour plonger le monde dans un embrouillamini, est une preuve de l’irresponsabilité pour le climat.

Il se manifeste en attirant les consommateurs soucieux de l’environnement en présentant des publicités, des slogans, des logos et des emballages soulignant les attributs ou les avantages environnementaux d’un produit ou service.

Le non-respect des engagements climatiques est aussi une forme d’écoblanchiment malgré la multiplicité des discours écolo sans lendemain.

Présenter un produit ou service comme ayant plus d’avantage environnemental qu’ils n’en ont pas, est illégal car c’est une publicité trompeuse.

Dans les politiques climatiques internationales, on nous fait croire que le thermomètre mondial est placé sous haute surveillance diplomatique. Pourtant, quand on regarde les graphiques de concentration de concentration de CO2 dans l’atmosphère, on a l’impression d’observer les débris d’un naufrage.

Quand l’accord de Paris devient aujourd’hui une cathédrale de papier, magnifique à contempler mais incapable de nous abriter contre les catastrophes climatiques, est une trahison historique. Car il est insupportable de voir un succès médiatique planétaire se transformer en un désert législatif national.

Les grandes puissances économiques portent-elles, selon vous, une responsabilité particulière dans l’échec des engagements climatiques et l’inefficacité des mécanismes de justice climatique ?

Les responsables historiques de la dégradation du climat mondial sont censées être exemplaires dans la lutte contre le réchauffement climatique surtout en ce qui concerne le respect des engagements.

Triste est de constater l’écart considérable entre les discours et les actes. La diplomation mondiale pour le climat a brillamment échoué. Cependant, je m’explique :

Les pays ayant ratifié l’accord de Paris, avaient pris l’engagement de le faire valider au niveau de leur parlement respectif ? Est-ce le cas aujourd’hui ?

Même la France, pays organisateur de la COP21 n’a jamais pensé faire valider cet accord dans son arsenal législatif.

Pourquoi ce refus tacite des dirigeants du monde d’intégrer l’accord de Paris dans la loi nationale des pays ayant ratifié ledit accord?

A mon avis, les décideurs ont peur que le juge puisse annuler une décision gouvernementale au nom de la protection du climat. Voilà la raison du refus de faire entrer l’accord de Paris dans la loi ; le refus de donner le pouvoir au citoyen de trainer leur propre Etat devant les tribunaux pour « faute climatique ».

Vous affirmez que l’Afrique paie le prix d’une crise qu’elle n’a pas provoquée. Quels sont aujourd’hui les impacts climatiques les plus alarmants sur le continent et que faudrait-il changer concrètement ?

Les impacts climatiques les plus alarmants sont partout en Afrique :

Bref, la liste des catastrophes climatiques en Afrique est tellement longue que le temps de cette interview n’y suffirait pas. Voilà pourquoi le changement ne peut que venir d’une gouvernance responsable pour le climat.

Vous appelez à une gouvernance climatique “inclusive, transparente et équitable”. À quoi ressemblerait-elle concrètement et quels mécanismes faudrait-il instaurer pour obliger les États à respecter leurs engagements ?

La gouvernance responsable pour le climat n’est pas un concept abstrait, c’est une architecture vivante qui repose sur les piliers concrets : l’inclusion, l’équité, la transparence. Sans ces trois éléments, nous continuerons à brasser du vent pendant que le monde brule. L’urgence est donc de transformer nos institutions grâce à ces trois éléments.

Pour y parvenir, j’ai proposé :

Comment votre parcours entre le Congo et le Maroc, ainsi que votre engagement au sein de l’association Espoir pour l’avenir climatique, ont-ils influencé votre réflexion et votre travail d’auteur ?

Tout est parti depuis mon enfance dans les années 1990 où certaines propositions agricoles de l’ex-président congolais le professeur Pascal Lissouba d’heureuse mémoire, d’une part attiraient mon attention, par exemples « avec de la canne à sucre, on peut avoir du carburant » ou encore «  l’agro écologie » pour limiter les émissions des gaz à effet de serre dans le secteur agricole et d’autre part,  l’actuel Président SassouNguessoqui, depuis les années 80 avait décrété la journée nationale de l’arbre au Congo-Brazzaville où chaque citoyen doit planter un arbre pour lutter contre la déforestation.  Ce n’est que dans les années 2000 au Maroc dans le but de poursuivre mes études, et après mon intégration dans la société marocaine que j’avais compris que l’ex président savait  qu’il était temps de diversifier les économies de nos Etats dépendants des énergies fossiles en s’orientant vers les énergies propres. Et de l’actuel Président congolais qui avait déjà pris conscience des concessions forestières pouvant impacter négativement le bassin du Congo. Et ce sont toutes ces idéesqui m’avaient mis en phase des projets initiés du gouvernement marocain de l’époque sur « l’excellence environnementale ». Ces mêmes années, précisément au Copenhague 2009, la région Poitou Charentes que Présidait la socialiste Ségolène Royal, était reconnue comme étant la première région de France et d’Europe en matière d’excellence environnementale. C’est de cette façon que j’avais pris conscience de me prononcer pour la protection de l’environnement et de m’y engager. D’où la création de l’association Espoir pour l’avenir climatique en 2014 au Congo-Brazzaville qui a pour objectifs :

Et la meilleure façon pour sensibiliser le monde sur la protection de l’environnement tout en étant en phase avec les objectifs de l’association Espoir pour l’avenir climatique, c’est de publier mes travaux en qualité d’auteur et j’en ai écrit sept et la gouvernance responsable pour le climat est le troisième à être publié mais cette fois-ci par un autre éditeur.

Quel message souhaitez-vous adresser aux dirigeants africains et à la communauté internationale à travers cet ouvrage ?

Un dirigeant qui s’engage pour une démarche climatique à l’horizon 2050 alors qu’il ne lui reste que 4 ou 3 ans au pouvoir, devrait nous pousser à réfléchir.

Un ministre peut échouer à réduire les émissions de son pays, un président peut renier sa signature sur un traité international, et pourtant, leur carrière continue, leurs avantages demeurent, et le système ne leur demande aucun compte. C’est cette impunité structurelle que nous devons briser.

La gouvernance responsable pour le climat est une prise de conscience mondiale, une invitation internationale à repenser la gouvernance mondiale face aux enjeux climatiques.

Propos recueillis par Alain Bouithy

BON A SAVOIR. « La gouvernance responsable pour le climat» est un essai politique et environnemental qui interroge avec lucidité l’un des plus grands défis du XXI siècle: l’incapacité des dirigeants mondiaux à répondre efficacement à l’urgence climatique. A travers une analyse rigoureuse et engagée, l’auteur met en lumière le fossé grandissant entre les discours prononcés lors des sommets internationaux et la réalité des actions concrètes sur le terrain. Pourquoi tant de promesses restent-elles sans lendemain ? Pourquoi les populations les plus vulnérables, notamment en Afrique, continuent-elles de payer le prix fort d’une crise qu’elles n’ont pas provoquée? Ce livre dénonce l’écoblanchiment, l’inaction institutionnelle, l’hypocrisie des puissances économiques et l’absence de mécanismes contraignants capables d’imposer une véritable justice climatique. Mais il ne s’agit pas seulement d’une critique: cet ouvrage propose aussi des pistes fortes pour bâtir une gouvernance climatique inclusive, transparente, équitable et réellement responsable. Un appel à la conscience collective, une invitation à repenser le pouvoir face à la planète (Editions libres-opinions).

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