La lourdeur administrative : un frein majeur à l’entrepreneuriat et au climat des affaires au Congo

TRIBUNE. Le Congo-Brazzaville traverse aujourd’hui une situation socio-économique préoccupante, marquée notamment par le chômage des jeunes, la faiblesse du pouvoir d’achat, les difficultés d’accès à l’emploi et un secteur privé qui peine encore à jouer pleinement son rôle de moteur de la croissance et de création d’emplois.

Face à cette réalité, les pouvoirs publics ont régulièrement appelé la jeunesse congolaise à s’orienter davantage vers l’auto-emploi, l’entrepreneuriat et le secteur privé, le Président de la République, Son Excellence Denis Sassou Nguesso, ayant notamment déclaré qu’il n’y avait plus suffisamment de place dans la Fonction publique et que les jeunes devaient désormais se prendre en charge, avec l’accompagnement de l’État.

Cette orientation est, sur le principe, pertinente. Mais une question fondamentale demeure : comment demander aux Congolais d’entreprendre lorsque l’environnement administratif, fiscal et réglementaire reste lui-même un obstacle à l’initiative privée ?

Une administration qui doit devenir un facilitateur de l’activité économique

L’un des principaux défis du climat des affaires au Congo réside dans la complexité des procédures administratives, le manque de coordination entre les services publics et la persistance d’une certaine opacité dans l’application des règles.

L’entrepreneur congolais est souvent confronté à une multiplicité d’interlocuteurs, de formalités, de contrôles et de prélèvements qui peuvent transformer la création et le développement d’une entreprise en véritable parcours du combattant.

Or, l’administration publique devrait être avant tout un facilitateur du développement économique, et non un facteur supplémentaire de découragement.

La question de la coordination des services de l’État est également essentielle. Dans un État moderne, chaque administration doit exercer clairement les missions qui lui sont légalement dévolues. La multiplication des contrôles et l’intervention de services qui ne relèvent pas directement des compétences concernées créent de l’incertitude pour les opérateurs économiques et alimentent le sentiment d’un environnement administratif imprévisible.

Il est donc légitime de s’interroger sur le cadre juridique qui encadre certains contrôles effectués par les forces de sécurité sur des documents relevant normalement d’autres administrations spécialisées.

La digitalisation : une réforme devenue indispensable

La modernisation de l’administration congolaise passe également par une digitalisation effective des procédures.

Créer une entreprise, obtenir une autorisation, effectuer une déclaration fiscale ou accomplir certaines formalités administratives devrait pouvoir se faire, autant que possible, rapidement, de manière transparente et avec un minimum d’interactions physiques.

La transformation numérique permettrait non seulement de réduire les délais et les coûts, mais également de limiter les possibilités d’interprétation arbitraire des procédures et d’améliorer la traçabilité des opérations.

Le Congo dispose déjà de plusieurs structures destinées à soutenir l’entrepreneuriat et le financement des initiatives privées, notamment le FIGA et le FONEA. Ces dispositifs constituent des avancées importantes. Toutefois, leur efficacité ne pourra être pleinement mesurée que si l’environnement général dans lequel évoluent les entrepreneurs est lui-même favorable.

On ne peut pas financer l’entrepreneur d’une main et, de l’autre, le décourager par une accumulation de contraintes administratives et fiscales.

La fiscalité doit accompagner la naissance des entreprises

L’autre problématique majeure concerne le poids des taxes et prélèvements auxquels peuvent être confrontées les entreprises, particulièrement au moment de leur création.

Un jeune entrepreneur qui vient à peine de lancer son activité ne dispose généralement ni d’une trésorerie importante, ni d’une clientèle stable, ni d’une capacité financière suffisante pour supporter immédiatement une accumulation de charges.

Il serait donc pertinent d’étudier la mise en place de mécanismes d’allègement fiscal et parafiscal temporaire en faveur des jeunes entreprises, notamment durant leur première année d’existence, sous certaines conditions et avec des mécanismes permettant d’éviter les abus.

L’objectif ne serait pas de supprimer durablement l’impôt, mais de permettre aux entreprises naissantes de survivre, se structurer, investir, créer des emplois et atteindre progressivement leur maturité financière.

L’enjeu dépasse l’économie : il est aussi social et politique

La question du climat des affaires ne doit pas être considérée comme une simple problématique technique réservée aux économistes ou aux investisseurs.

Elle possède une dimension profondément sociale et politique.

Lorsqu’un jeune diplômé ne trouve pas d’emploi dans le secteur public, qu’il peine à intégrer le secteur privé et qu’il rencontre parallèlement d’énormes difficultés pour créer sa propre activité, le risque est de renforcer le chômage, la précarité, le découragement et le sentiment d’exclusion économique.

À terme, cette situation peut nourrir les frustrations sociales et affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions.

L’entrepreneuriat ne peut donc pas être uniquement présenté comme une responsabilité individuelle des jeunes. Il doit être accompagné par un environnement institutionnel cohérent, prévisible et favorable à la prise d’initiative.

Le Congo doit passer du discours aux réformes structurelles

Le véritable défi est désormais de passer des déclarations d’intention à des réformes concrètes, mesurables et évaluables.

Il faut notamment :

– simplifier radicalement les procédures de création et de gestion des entreprises ;

– renforcer la coordination entre les administrations publiques ;

– clarifier les compétences de chaque service de l’État ;

– accélérer la digitalisation de l’administration ;

– réduire les délais et les coûts administratifs ;

– améliorer la prévisibilité et la transparence de la fiscalité ;

– mettre en place des mesures d’accompagnement spécifiques pour les jeunes entreprises ;

– renforcer l’accès au financement ;

– instaurer un véritable dialogue permanent entre l’État et le secteur privé.

Le Congo a besoin d’un véritable pacte national pour l’entrepreneuriat et le secteur privé, associant l’État, les entreprises, les organisations patronales, les banques, les partenaires au développement et surtout la jeunesse.

L’urgence est sociale, économique et politique

Améliorer le climat des affaires n’est pas simplement une question de classement international. C’est une nécessité pour créer des emplois, diversifier l’économie, élargir l’assiette fiscale, réduire la dépendance à la Fonction publique et offrir à la jeunesse congolaise de véritables perspectives d’avenir.

Le Gouvernement a déjà posé certaines bases institutionnelles. Il faut désormais aller plus loin et engager des réformes structurelles à la hauteur des défis auxquels le pays est confronté.

Un État qui veut encourager l’entrepreneuriat doit construire un environnement dans lequel entreprendre devient possible, prévisible et économiquement viable.

Le Congo n’a plus besoin uniquement d’encourager les Congolais à entreprendre.

Il doit créer les conditions qui leur permettent réellement de réussir.

La réforme du climat des affaires n’est donc plus une option : elle constitue une urgence nationale.

« Une société qui n’anticipe pas les crises finit toujours par les subir. »

« Un État qui anticipe les difficultés crée les conditions de la prospérité ; un État qui les ignore finit par gérer les conséquences. »

Fait à Brazzaville, le 10 Septembre 2026

Evrard NANGHO,

Le Patriote Engagé

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