RDC/France. Fally Ipupa, Emmanuel Macron et les absurdités des «combattants»

TRIBUNE. Mes deux derniers billets sur le concert de Fally Ipupa à Paris La Défense Arena ont suscité de nombreuses réactions et interrogations. Des compatriotes m’ont écrit et même appelé pour me faire comprendre que ma position « fragilisait le combat ».

Ne sachant pas vraiment de quel combat il s’agit et ne pouvant pas répondre à chacune des questions et observations formulées, je vais me limiter à corriger certaines affirmations gratuites que j’ai pu lire et entendre ici et là. Je vais également tordre le cou à certaines absurdités que propagent les «combattants» sans une once d’intelligence et de jugeote.

Comme je l’ai déjà souligné, Fally Ipupa a, de mon point de vue, gagné son pari face au mouvement des « combattants », qui avaient promis de perturber son concert. C’est une évidence, n’en déplaise à celles et ceux qui refusent de voir la réalité en face.

Depuis samedi, on entend dire ici et là que sans le soutien du président français Emmanuel Macron, Fally n’aurait pas donné son concert. Certains ont attribué la débandade des «combattants» à l’important déploiement des forces de l’ordre aux abords de la salle de spectacle Paris La Défense Arena. D’autres sont allés plus loin en expliquant que le concert de Fally Ipupa avait une dimension politique importante, liant l’évènement aux enjeux géopolitiques dans la région des Grands Lacs.

Qu’en est-il dans les faits ?

S’agissant du prétendu soutien qu’aurait apporté Emmanuel Macron au concert de Fally Ipupa, aucun élément objectif ne permet de soutenir une telle assertion. Se baser sur la rencontre entre Macron et Fally à Kinshasa pour affirmer cela est un raccourci hasardeux. Ce que le président français a fait lors de son passage à Kinshasa, c’est de servir d’une figure populaire africaine pour mieux se vendre auprès des opinions publiques congolaise et africaine. C’est une simple opération de relation publique à laquelle l’on a assisté. La preuve en est que l’équipe de M. Macron avait également sollicité l’artiste Maître Gims, qui avait décliné l’invitation. En fait, c’est Fally qui n’avait pas compris que sa présence auprès de Macron (qui ne le connaissait peut-être pas avant son déplacement en RD Congo) s’inscrivait dans le cadre d’une opération de relation publique qui ne dit pas son nom.

La plupart des États puissants disposent, pour leur puissance et leur diplomatie, d’un arsenal varié de moyens qui permettent de contraindre, d’inciter ou de…SÉDUIRE. C’est ce qu’on appelle la «diplomatie d’influence». La musique, le sport, le cinéma (des éléments du soft power) sont au cœur de cette stratégie diplomatique. La récupération des personnalités populaires [à des fins politiques] est un élément essentiel de celle-ci. Aussi vieille que la prostitution, elle a été mise en œuvre dans plusieurs coins du globe. Pendant la Guerre froide par exemple, les États-Unis (via le département d’État) ont sollicité de grands noms du jazz pour vendre l’«American way of life » au reste au monde dans le cadre de leur propagande contre l’Union soviétique.

Emmanuel Macron n’a donc rien inventé. Penser qu’il est l’ami de Fally ou qu’il serait intervenu pour soutenir le concert de celui-ci, comme l’affirment certains, est tout juste stupide.

Le pire dans cette histoire, c’est qu’on débite des absurdités sans se poser la question de savoir ce que gagne l’Hexagone dans cette affaire de concert. Quel dividende le concert d’un Fally Ipupa, qui rassemble davantage de jeunes gens originaires de toute l’Afrique, peut-il rapporter à un pays comme la France sur le plan diplomatique et stratégique ? Quel rapport y a-t-il entre ce concert et les enjeux géopolitiques auxquels le Congo est confronté ?

C’est en lisant certains compatriotes que l’on prend la mesure du niveau d’ignorance et d’imbécillité qui règne dans une partie de la diaspora congolaise.

S’agissant de la question sécuritaire, je vais répéter ce que j’ai dit à une compatriote dans mon précédent post. Tout État sérieux se soucie d’assurer la sécurité des biens et des personnes contre toutes les formes de danger. Ayant en mémoire les évènements de 2020 lors du concert de Fally Ipupa à Bercy, les autorités françaises ont pris leurs responsabilités pour éviter tout dérapage aux abords de Paris La Défense Arena. C’est une question de bon sens qui ne mérite même pas de débats inutiles. Tenez. Durant l’Acte 3 du mouvement des « Gilets jaunes » en décembre 2018, l’État français avait mobilisé 65 000 membres des forces de l’ordre pour faire face aux manifestants. C’est dire.

Les « combattants » affirment avoir été surpris par l’imposant déploiement policier aux abords de Paris La Défense Arena. Mais à quoi s’attendaient-ils, eux qui déclaraient sur les réseaux sociaux qu’ils allaient faire du grabuge ? Dans quel pays sérieux les autorités toléreraient-elles que des troubles surviennent dans une agglomération aussi importante que le quartier des affaires ? La « Défense » est le deuxième quartier d’affaires le plus attractif en Europe, après la Cité de Londres, et le 4e dans le monde. Les « combattants » avaient-ils besoin d’un dessin pour comprendre que les autorités françaises n’allaient tolérer aucune manifestation violente dans le périmètre ?

On a parfois l’impression d’avoir affaire à des gens dépourvus de raison et de jugement, pour ne pas dire des imbéciles heureux. Certains se sont sûrement crus en RDC où règne la loi du désordre et du chaos partout et à tous les niveaux.

Bref. Si Fally Ipupa a réussi son pari face aux combattants, c’est parce qu’il s’est préparé en conséquence… après les évènements de 2020. Tout porte à croire qu’il avait une bonne équipe, alors qu’en face, on avait des individus énervés dépourvus de raison et d’intelligence pour relever le défi auquel ils étaient confrontés. C’est aussi simple que ça, et de toute façon nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude…

Je bois mon lait nsambarisé…

Par Patrick Mbeko

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