Nécropsie et autopsie*de Auxence Carmen Sandy Gomboulou : Un nouveau souffle au cœur de la poésie congolaise

LITTÉRATURECONGOLAISE. Encore une autre voix de la poésie au niveau de la jeune génération des écrivains congolais. Finalement Tchicaya U Tam’Si et Jean Baptiste Tati Loutard peuvent bien se reposer outre-tombe. Car la relève est assurée, une relève qui grandit sous l’œil brillant des Soleils neufs de Maxime Ndébéka. Nécropsie et autopsie, un nouveau recueil du jeune Auxence Carmen Sandy Gomboulou qui chante l’Afrique avec ses héros, une Afrique brisée par le sadisme de ses dirigeants, son Congo natal avec tous ses problèmes sociaux et sociétaux.

Le premier regard du poète se dirige vers son continent qui souffre le martyre causé par ses richesses : « Afrique mon Afrique / Afrique ma mère / Je me demande souvent / Si nos matières premières / Ne sont pas une malédiction » (p.5). Aussi, le poète se mire-t-il sur la tragédie de son songe avec tout ce que subit l’Afrique car pour lui, « [les matières premières] ne nous engendrent / Que les guerres fratricides » (p. 5). Et cette terre africaine devient un enfer avec ses dirigeants qui « ne veulent pas / Qu’on les appelle / Ex-père de la nation / Ex-camarade président / Ex-président fondateur » (p.12). S’ouvre alors la porte de l’exil pour une jeunesse qui espère le paradis au-delà des maux qui jonchent le sol africain : « Ils ont quitté Poto Poto / Bandalungwa / Matoto / Et Akwa / Pour Kaliningrad / Pour Montgomery / Pour Leningrad » (p.16). À la recherche d’un ailleurs paisible et enchanteur, les jeunes crient haut et fort aux tortionnaires de l’Afrique : « Nous fuyons cette Afrique / Qui a comploté pour tuer Lumumba / Qui a tué Telli Diallo / Et nous avons marre de danser la rumba / Et le ndombolo » (p.18). Auxence Carmen Sandy Gomboulou, un véritable panafricaniste qui chante ses héros emblématiques tels Mandela, Khadafi et autres, trahis par la main sale de leurs frères africains : « Nous fuyons cette Afrique / Qui a assassinéMarien Ngouabi / Qui a arrêté jadisMandela » (p.18). On voit qu’une grande partie de sa poésie met en exergue Mandela et Khadhafi dans la dernière partie de l’ouvrage avec de longs mouvements textuels tels « Mandela le gourou » (pp.71-73, « Mandela, l’icône »(pp.71-73, « Si tout le monde était Mandela (pp.74-78), « Docteur Mandela » (pp.79-81), « Mandela le gourou » (pp.82-83), « Il s’en est allé » (pp.84-88). Et Kadhafi a sa part de présence dans l’inspiration du poète avec notamment : « Kadhafi le Gaddafa » (pp.83-93), « Kadhafi le ploutocrate » (pp.94-95) et « Libye, je m’inquiète » (pp.96-99).

À propos de cette fuite vers un ailleurs paisible qui a pour destination l’Occident longtemps considéré comme un eldorado pour la jeune africaine, le poète clame les raisons de ce départ sans retour : « Nous fuyons la souffrance / Et la galère / Pour trouver gain de cause en France / Et en Angleterre » (p.21).Mais qui a provoqué cette révolte de la jeunesse africaine ?La mauvaise gouvernance du continent, la famine et les guerres dans un continent paradoxalement riche. Et c’est le poème intitulé « À qui la faute ? » exprimant « La misère / La cherté / La galère / La pauvreté » (p.22) qui font le quotidien de l’Africain. Mais l’homme parti à la recherche d’un ailleurs de bonheur se voit toujours rattrapé par l’ombre de son Afrique natale, un rappel à lui fait par un frère resté au pays comme on peut le constater dans « Lettre à un clandestin » : « Tu as préféré des plaisirs clandestins / Le regard de ceux qui sont aux guérites / Toi clandestin / Tu as laissé ta sœur Marguérite / Avec des larmes aux yeux tous les matins » (p.28). Mais devant le tableau sombre que décrit un continent riche et où les classes sociales s’entrechoquent dans l’amertume des pauvres et l’embonpoint de ceux qui sont au pouvoir, le clandestin ne peut accepter cette situation. Aussi apostrophe-t-il l’autre frère resté au pays : « Tu es sachant / Que la patrie mère / Regorge de moult richesses / Alors qu’une poignée / De nos aînés / de nos biens / Aimés / biens / Nés / S’enrichissent / Erige des villas et châteaux cossus / Roule carrosse » (p.32).

La poésie de Auxence Carmen Sandy Gomboulou se définit comme une suite épistolaire dans laquelle, comme on peut le constater dans « Lette ouverte d’un clandestin » (pp.37-53), l’auteur exprime, en utilisant parfois la rime, ses doléances : « Nous avons droit à l’eau et à l’électricité / Droit à la sécurité / Droit à la santé / Et à la stabilité / Droit à l’éducation et à la scolarité » (p.40). Dans toute cette cadence poétique qui se fonde sur l’univers de l’Afrique apparait quand même l’image de la femme si chère à toute poésie, à tout artiste dans l’exercice de ses créations. Ici, elle n’est pas vue du côté sentimental, mais plutôt à travers le miroir de la société atypique africaine : « O Femme de mon voisin / Il m’est préférable / De t’attribuer ce patronyme / Qui me donne les maux de tête / À savoir « Ma Pauline » (p.67).

Aveccette poésie didactique, simple et qui essaie d’échapper à l’omniprésence métaphorique, l’auteur se définit comme un panafricaniste qui n’a pasoublié les racines de son Congo natal et qui veut être compris par tous les enfants du Congo. Aussi, le déclare-t-il haut et fort à une voix qui l’interpelle : « O ma natalité / Quel est ton nom ? / Je suis : Congo Et toi qui es-tu ? / Je suisSandy » (p.130). Et dans ce Congo natal, il n’oublie pas certaines figures qui l’ont marqué dans le monde de l’écriture comme Gangoué Missié, Pindy Mamansono, Ernest Bompoma, Hugues Eta, Aimé Eyengué pour ne citer que ceux-ci.

Nécropsie et autopsie, une poésie simple où brillent les couleurs d’une Afrique que l’auteur souhaite prospère ; une poésie qui permet aux lecteurs de se découvrir et de découvrir certaines faces cachées de sa pensée qui, en une centaine de pages (les 2 tomes compris), donne une autre signification à la poésie congolaise.

Noël Kodia-Ramata

*Auxence Carmen Sandy Gomboulou, Nécropsie et autopsie, Editions Ifrikiya, Yaoundé, 2025

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