
LIBRES PROPOS. À moins de deux mois de l’élection présidentielle, l’opposition congolaise s’agite soudainement, à l’image de molécules d’eau portées à ébullition.
Après cinq longues années de silence, d’inaction et d’absence totale sur le terrain politique et social, la voilà qui refait surface. Le spectacle auquel nous assistons ressemble davantage à un film d’horreur politique : des acteurs que l’on croyait politiquement morts ressuscitent opportunément, surgissant des tombeaux du mutisme et de l’irresponsabilité.
L’opposition congolaise donne l’image de cet oiseau de Minerve qui ne prend son envol qu’au crépuscule, lorsque l’échéance présidentielle approche. Le pays est plongé dans une cacophonie politique assourdissante. Il convient de rappeler, avec gravité, que nombre de ces acteurs de l’opposition ignorent fondamentalement ce que signifie être une opposition dans une démocratie, même si certains qualifient notre régime de « démocrature ».
Or, dans toute démocratie, l’opposition — parlementaire ou non — a pour mission essentielle d’être un contre-pouvoir structuré, une force de propositions crédibles et une alternative politique sérieuse. L’opposition ne peut se réduire à une critique stérile et émotionnelle de l’action gouvernementale, sans vision, sans programme, ni projet cohérent pour la nation.
Au Congo, l’opposition a largement perdu sa crédibilité. La confusion règne jusque dans les institutions. Une partie de ceux qui se réclament de l’opposition siège paradoxalement au sein du gouvernement, sans coalition formelle ni pacte républicain assumé. Cette dissonance permanente est profondément inquiétante : elle donne l’image d’une véritable tour de Babel politique, où chacun parle, mais personne ne s’entend.
Pendant ce temps, le pouvoir publie son ouvrage bilan : « En toute transparence 2021-2026 : le bilan du quinquennat ». Une question s’impose alors avec acuité : où est le bilan du quinquennat de l’opposition congolaise ?
Comment cette opposition peut-elle encore espérer un changement en comptant sur la Françafrique pour renverser le régime de Denis Sassou Nguesso, alors même que la France et l’Europe sont aujourd’hui bousculées sur l’échiquier international par les États-Unis, la Chine, la Russie, sans oublier les pays de l’AES ? La géopolitique mondiale redessine profondément les rapports de force. L’influence française en Afrique s’est considérablement érodée depuis l’arrivée du président Macron, au profit de nouveaux acteurs comme la Chine, la Russie ou la Turquie. Ce n’est ni Paris ni aucune capitale étrangère qui doit décider de l’avenir du Congo.
Le renouvellement de la classe politique congolaise est devenu une urgence nationale. Les Congolais ont besoin d’une véritable opposition, et non d’une opposition de façade qui se donne en spectacle à la veille des élections. Les « tigrons » de l’opposition actuelle n’ont ni poids politique réel, ni crédibilité morale. Beaucoup manquent d’expériences professionnelles probantes et d’exemplarité éthique. Dans ces conditions, il est difficile, voire impossible, de convaincre un peuple lucide et éprouvé.
Le vieillissement de l’opposition congolaise s’accompagne inexorablement du vieillissement des idées. Les mêmes discours, les mêmes stratégies obsolètes, les mêmes échecs se répètent.
En définitive, certains appellent aujourd’hui à un rassemblement de l’opposition, sans véritable projet fédérateur ni enthousiasme populaire. La seule voie crédible, tant au niveau national qu’international, serait l’organisation d’une primaire démocratique ouverte à toutes les forces d’opposition au PCT.
Des États généraux de l’opposition s’imposent, incluant également la diaspora congolaise. Il est impératif de dégager une ligne politique claire, lisible et cohérente. La morosité de l’opposition reflète tristement celle du pays et de son pouvoir.
La politique au Congo a perdu ses lettres de noblesse. Elle est gangrenée par l’oisiveté, les acteurs fictifs et les aventuriers sans convictions. La politique étant devenue l’ascenseur social le plus rapide, elle attire toutes les convoitises : un véritable Eldorado pour ceux qui veulent réussir sans effort, y compris au sein de la diaspora.
Les Congolais sont avertis et loin d’être dupes. L’opposition ne captive plus. Le bilan catastrophique du quinquennat en cours aurait dû ouvrir un boulevard politique à une opposition structurée et crédible. Hélas, ce boulevard reste désespérément vide.
Dans ce contexte, un candidat véritablement indépendant, sans étiquette du pouvoir ni de l’opposition traditionnelle, pourrait fédérer les foules, susciter l’adhésion populaire et remporter l’élection présidentielle de mars 2026.
« Tout le discours politique est fondé sur cette opposition entre ventres creux et ventres dorés. » Max Gallo
« S’opposer, c’est proposer. Une opposition sans proposition n’est qu’un mouvement d’humeur. » Robert Sabatier
« Nul gouvernement ne peut être longtemps solide sans une redoutable opposition. » Benjamin Disraeli
Fait à Dijon, le 14 janvier 2026
Evrard NANGHO
Le Patriote engagé