Congo/littérature : Les blessures du passé colonial en Afrique et un dire nouveau dans Entre les lignes du silence de Prince Arnie Matoko

0
295
"Entre les lignes du silence" de Prince Arnie Matoko
Publicité

LIVRES. La poésie est pour le poète le terroir d’inventer les matins, de soigner l’homme brisé par les incertitudes, brisé par le passé, brisé par la misère.  Elle est le lieu où, le poète s’engage pour maintenir vivant l’histoire, la parole.  L’histoire, en effet, est la composition des événements qui se sont déroulés dans l’espace et le temps.

Le poète Prince Arnie Matoko dans Entre les lignes du silence, épousecette dimension historique. Sa poésie est face aux  blessures du passé colonial, face aux tempêtes de son pays, face à l’humanité sevrée de lumière « Je vends mon espérance brisée par la foudre de la rupture/ Par ce temps de vaches maigres/ Comme une maison dévastée par un obus/ Je vends à cinq cents francs mon sommeil/ Je vends mes larmes entrecoupées de  sanglots/ (p.68)/ Dites-moi, villes d’Afrique/N’êtes-vous que de simples squelettes/(p.62)/ Terre d’Afrique ! Terre appauvrie !/ Terre inondée par les flots de maux/ Terre de sang et de larmes (p.49) ». Le poète est traversé par un sentiment de révolte qui l’invite à rendre sa parole plus dynamique, plus volcanique, plus fleuve, plus mer, plus debout comme la pyramide des révolutions du monde.

Il sait que son continent à lui, est toujours blessé par les impuretés du passé colonial « Que des films horribles me reviennent au ralenti / L’esclavage a eu ses victimes/ La colonisation a eu les siennes » (p.67).  Prince Arnie Matoko dans Entre les lignes du silence se veut poète hallucinant, poète qui sait laver et construire l’homme en intégrant la poésie comme la source naissante des libertés.

Publicité

La poésie, en effet, est l’unité de mesure du développement de chaque nation arc-en-ciel « Je veillerai à ce que ma parole soit une lumière/ Ma poésie c’est le fleuve Kongo/ C’est la mer/ C’est l’océan » (p.29). La parole du poète est un dire irrécusable, une rosée de soleil, une alliance avec  le temps et la mémoire. Le mot est la clé du poète, son feu artificiel, son éternité, sa passion de réinventer l’humanité détruite par la mauvaise odeur de l’homme…

Prince Arnie  Matoko incarne la beauté du langage, incarne la subtilité de chaque instant, de chaque marche solaire.  Ecrire c’est témoigner le rythme alchimique du temps, écrire c’est se détacher du monde profane, écrire c’est transcrire les vibrations du feu, écrire c’est se lancer dans un défis, écrire c’est dépeindre la nuit sur terre, « Depuis combien de temps / Combien de temps/ Ces fouets si durs/ Ces chaines si impures (p.60)/ voici que depuis longtemps/ Ton âme ô Afrique/ demeure exilée dans les chaînes rouges/ Voici que tu souffres/ Des mers de maux (p.58) ».

L’écriture de Prince éduque les vagues, éduque l’Afrique, éduque le Congo, en gros, exhorte l’homme à entreprendre la marche verte du progrès. Son cri est une louange à la postérité. Le poète dessine son pays natal malade, crasseux devant les évolutions des mondes. Pour lui, le pays doit prôner la paix et non le tribalisme «  Ton sang coule aux flots du fleuve Congo/ J’atteste ces massacres/ sur nos hommes nos femmes/ Sur nos filles et fils/ Sur nos vieillards/ Tous broyés par les cyclones du tribalisme/ Du clanisme et du népotisme (p.49)/ Laissez en paix la terre de mes ancêtres/ La terre de mes frères insurgés (p.67)/ Nous sommes les fruits d’un même arbre ».  Sa poésie se décrète comme une arme  qui lutte contre les menstruations universelles, contre les hécatombes, contre l’infidélité de l’homme, contre la mauvaise gestion du siècle, contre les involutions de sa patrie, de son continent. Il est semence de lumière, il est lotion magique trempé dans la beauté  des siècles « Il fait beau au ciel/ Comme il fait beau sur terre/ Quelle est cette splendeur/ Qui éclaire mon cœur » (p.92).           

Ce recueil de poèmes interpelle notre continent à se libérer des chaines de l’esclavage.

La poésie chez Prince Arnie Matoko comme moyen d’éduquer l’humanité

Depuis fort longtemps, les poètes s’étaient engagés dans le temps pour transmettre des messages clés pour le développement de l’homme. C’est de là que naît la grande problématique humaine : éducation.

Grâce aux efforts des poètes, l’homme peut encore retrouver sa conscience, son intériorité. Prince Arnie Matoko enseigne et renseigne sur les drames qui se sont produits dans le passé et qu’il ne veut plus revivre « Un jour je battrai les mains/ Je les battrai de joie le jour où l’égalité / Fleurira le champ de nos unis/ Lorsque la paix gouvernera nos relations. Et que rayonneront d’amour tous les visages/ Comme des étoiles au firmament/ Et je dis : et que le soleil se lève ! » (p.117).

C’est à ce type d’exercice que se livre le poète Rosin Loemba dans son recueil de poèmes couleurs du crépuscule (Paris : les éditions + ,2021) « j’appelle à l’ablation des haines qui sommeillent en certains comme une hantise de mot/ Mon Congo est une conversion de toutes les lumières planétaires (p.37) / Viens, frère de tous les coins du vent/Ce pays profond submergé par les feux/ Viens, toi dont le sommeil a été annexé/ Viens, toi soleil libertaire/ Depuis l’affront des âges» (p.45) . Les deux poètes invitent l’homme à l’humanisme.  

La poésie de Prince Arnie Matoko marche sur l’inépuisable cri du matin des Grand poètes comme Aimé Césaire, Sédar Senghor, Tati Loutard, Martial  Sinda, Tchicaya Utam’si, Edouard  Maunick, Georges Castera, Gabriel Mwénè Okoundji , Jean Blaise Bilombo Samba, Omer Massem, Jean-Marie Adiaffi, Georges Mavouba Sokate, Syto Cavé, François-Médard Mayengo Kulonda, Huppert Malanda, Sauve Ngoma Malanda, Eugene Ngoma Boubanga.  Il se sent très fier d’être sur leurs sentiers.

« Le poète, gardien du temple inviolable de l’âme/ Veilleur des feux des origines/ Dans son cœur vaste des origines/ Dans son cœur vaste comme la mer/ Brille le flambeau de la fraternité universelle/ Ma poésie n’est pas un valet/ Mais délices phoniques de ma langue » (p.27).

Il revient à cette nouvelle génération de poètes de lire et relire cette somme poétique et de chercher les munitions pour lutter contre le chaos de notre civilisation, pour lutter contre le cataclysme de notre siècle afin que comme, l’indique le poète  sénégalais Amadou  Moustapha Dieng dans son recueil de poèmes Le cri  de l’ifanbondi ( Dakar : Ed, Les éditions feu de brousse, 2022, «  J’irai réveiller Ageen et Jamboñ/ Scellant le nœud fraternel/ Pour que nous arrive de la porte du centre/ De la terre de laga ngong le prêtre inspiré/ De Fondjougne, la paix des braves » (p.10)

Tristell Mouanda Moussoki

Publicité

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here