Congo/littérature : Les blessures du passé colonial en Afrique et un dire nouveau dans Entre les lignes du silence de Prince Arnie Matoko

Congo/littérature : Les blessures du passé colonial en Afrique et un dire nouveau dans Entre les lignes du silence de Prince Arnie Matoko

LIVRES. La poésie est pour le poète le terroir d’inventer les matins, de soigner l’homme brisé par les incertitudes, brisé par le passé, brisé par la misère.  Elle est le lieu où, le poète s’engage pour maintenir vivant l’histoire, la parole.  L’histoire, en effet, est la composition des événements qui se sont déroulés dans l’espace et le temps. Le poète Prince Arnie Matoko dans Entre les lignes du silence, épousecette dimension historique. Sa poésie est face aux  blessures du passé colonial, face aux tempêtes de son pays, face à l’humanité sevrée de lumière « Je vends mon espérance brisée par la foudre de la rupture/ Par ce temps de vaches maigres/ Comme une maison dévastée par un obus/ Je vends à cinq cents francs mon sommeil/ Je vends mes larmes entrecoupées de  sanglots/ (p.68)/ Dites-moi, villes d’Afrique/N’êtes-vous que de simples squelettes/(p.62)/ Terre d’Afrique ! Terre appauvrie !/ Terre inondée par les flots de maux/ Terre de sang et de larmes (p.49) ». Le poète est traversé par un sentiment de révolte qui l’invite à rendre sa parole plus dynamique, plus volcanique, plus fleuve, plus mer, plus debout comme la pyramide des révolutions du monde. Il sait que son continent à lui, est toujours blessé par les impuretés du passé colonial « Que des films horribles me reviennent au ralenti / L’esclavage a eu ses victimes/ La colonisation a eu les siennes » (p.67).  Prince Arnie Matoko dans Entre les lignes du silence se veut poète hallucinant, poète qui sait laver et construire l’homme en intégrant la poésie comme la source naissante des libertés. La poésie, en effet, est l’unité de mesure du développement de chaque nation arc-en-ciel « Je veillerai à ce que ma parole soit une lumière/ Ma poésie c’est le fleuve Kongo/ C’est la mer/ C’est l’océan » (p.29). La parole du poète est un dire irrécusable, une rosée de soleil, une alliance avec  le temps et la mémoire. Le mot est la clé du poète, son feu artificiel, son éternité, sa passion de réinventer l’humanité détruite par la mauvaise odeur de l’homme… Prince Arnie  Matoko incarne la beauté du langage, incarne la subtilité de chaque instant, de chaque marche solaire.  Ecrire c’est témoigner le rythme alchimique du temps, écrire c’est se détacher du monde profane, écrire c’est transcrire les vibrations du feu, écrire c’est se lancer dans un défis, écrire c’est dépeindre la nuit sur terre, « Depuis combien de temps / Combien de temps/ Ces fouets si durs/ Ces chaines si impures (p.60)/ voici que depuis longtemps/ Ton âme ô Afrique/ demeure exilée dans les chaînes rouges/ Voici que tu souffres/ Des mers de maux (p.58) ». L’écriture de Prince éduque les vagues, éduque l’Afrique, éduque le Congo, en gros, exhorte l’homme à entreprendre la marche verte du progrès. Son cri est une louange à la postérité. Le poète dessine son pays natal malade, crasseux devant les évolutions des mondes. Pour lui, le pays doit prôner la paix et non le tribalisme «  Ton sang coule aux flots du fleuve Congo/ J’atteste ces massacres/ sur nos hommes nos femmes/ Sur nos filles et fils/ Sur nos vieillards/ Tous broyés par les cyclones du tribalisme/ Du clanisme et du népotisme (p.49)/ Laissez en paix la terre de mes ancêtres/ La terre de mes frères insurgés (p.67)/ Nous sommes les fruits d’un même arbre ».  Sa poésie se décrète comme une arme  qui lutte contre les menstruations universelles, contre les hécatombes, contre l’infidélité de l’homme, contre la mauvaise gestion du siècle, contre les involutions de sa patrie, de son continent. Il est semence de lumière, il est lotion magique trempé dans la beauté  des siècles « Il fait beau au ciel/ Comme il fait beau sur terre/ Quelle est cette splendeur/ Qui éclaire mon cœur » (p.92).            Ce recueil de poèmes interpelle notre continent à se libérer des chaines de l’esclavage. La poésie chez Prince Arnie Matoko comme moyen d’éduquer l’humanité Depuis fort longtemps, les poètes s’étaient engagés dans le temps pour transmettre des messages clés pour le développement de l’homme. C’est de là que naît la grande problématique humaine : éducation. Grâce aux efforts des poètes, l’homme peut encore retrouver sa conscience, son intériorité. Prince Arnie Matoko enseigne et renseigne sur les drames qui se sont produits dans le passé et qu’il ne veut plus revivre « Un jour je battrai les mains/ Je les battrai de joie le jour où l’égalité / Fleurira le champ de nos unis/ Lorsque la paix gouvernera nos relations. Et que rayonneront d’amour tous les visages/ Comme des étoiles au firmament/ Et je dis : et que le soleil se lève ! » (p.117). C’est à ce type d’exercice que se livre le poète Rosin Loemba dans son recueil de poèmes couleurs du crépuscule (Paris : les éditions + ,2021) « j’appelle à l’ablation des haines qui sommeillent en certains comme une hantise de mot/ Mon Congo est une conversion de toutes les lumières planétaires (p.37) / Viens, frère de tous les coins du vent/Ce pays profond submergé par les feux/ Viens, toi dont le sommeil a été annexé/ Viens, toi soleil libertaire/ Depuis l’affront des âges» (p.45) . Les deux poètes invitent l’homme à l’humanisme.   La poésie de Prince Arnie Matoko marche sur l’inépuisable cri du matin des Grand poètes comme Aimé Césaire, Sédar Senghor, Tati Loutard, Martial  Sinda, Tchicaya Utam’si, Edouard  Maunick, Georges Castera, Gabriel Mwénè Okoundji , Jean Blaise Bilombo Samba, Omer Massem, Jean-Marie Adiaffi, Georges Mavouba Sokate, Syto Cavé, François-Médard Mayengo Kulonda, Huppert Malanda, Sauve Ngoma Malanda, Eugene Ngoma Boubanga.  Il se sent très fier d’être sur leurs sentiers. « Le poète, gardien du temple inviolable de l’âme/ Veilleur des feux des origines/ Dans son cœur vaste des origines/ Dans son cœur vaste comme la mer/ Brille le flambeau de la fraternité universelle/ Ma poésie n’est pas un valet/ Mais délices phoniques de ma langue » (p.27). Il revient à cette nouvelle génération de poètes de lire et relire cette somme poétique et de chercher les munitions pour lutter contre le chaos de notre civilisation, pour lutter contre le cataclysme de notre siècle afin que comme, l’indique le poète  sénégalais Amadou  Moustapha Dieng dans son recueil de poèmes Le cri  de l’ifanbondi ( Dakar : Ed, Les éditions feu de brousse, 2022, «  J’irai réveiller Ageen et Jamboñ/ Scellant le nœud fraternel/ Pour que nous arrive de

Littérature congolaise : La Colère du fleuve (1) de Prince Arnie Matoko

Littérature congolaise : La Colère du fleuve (1) de Prince Arnie Matoko

L’œuvre narrative de Prince Arnie Matoko, La Colère du fleuve, intègre, sur le plan titrologique, un dispositif thématique en vogue dans la littérature congolaise contemporaine. Le concept du « fleuve », ou tout simplement cette poétique fluviale, comme nous pouvons le découvrir avec force et intérêt dans l’écriture poétique de Jean-Baptiste Tati Loutard, propose des significations variées, tout en posant à grand trait cette problématique de l’économie bleue, dans un cadre beaucoup plus littéraire. Il s’agit ici d’un assemblage de sept nouvelles, qui servent de miroir dans l’ensemble aux sociétés africaines en général et congolaise en particulier. Il est bel et bien question de tout un imaginaire sociologique, anthropologique et culturel, dans lequel l’auteur plonge sa plume, afin de dessiner l’âme de tout un peuple. La socialité du texte ponctue un discours de la flagrance, de la démystification de certaines réalités, de la désillusion, ou encore du respect des traditions ou de l’enracinement culturel. Mais avant tout, il semble important de voir ce qui se donne véritablement à lire dans cette métaphore du titre. 1. La colère du fleuve ou le triomphe de la rationalité L’auteur circonscrit la thématique centrale de ce titre et du texte, nous semble-t-il, dans le même sillage que l’écrivain français Jean Giono, d’après sa pensée qui stipule : « un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures », qu’il utilise d’ailleurs comme épigraphe à son œuvre. Une telle conception personnifie le fleuve, en l’attribuant toutes les composantes humaines, et en épinglant toutefois la question du paradoxe, de l’ambiguïté et de l’antinomie. « La Colère du fleuve », en effet, pour Prince Arnie Matoko, c’est ce renouvellement de la pensée rationnelle, le rétablissement de la vérité et de la logique. S’il y a colère, c’est qu’au départ il y a forcément sérénité, voire douceur. L’énervement du fleuve ici se résume en la réhabilitation des valeurs par les forces naturelles. La nature devient ce symbolisme de la raison devant l’excessivité des comportements humains. Le fleuve, dans sa nature première, d’« écoulement des eaux », devient une réponse aux actes insensés, ou à toute entreprise qui condamnerait l’être humain à la bassesse morale, au ridicule, ou au non-respect de l’autre. Voilà, en quelque sorte, ce qu’il y a lieu de lire dans ce discours métaphorique du titre. Au fond, en abordant cette question du rapatriement, et même de la xénophobie entre deux peuples, séparés par l’élément naturel qu’est le fleuve, l’auteur veut à tout prix revisiter les notions du bon voisinage en droit international. Une telle réalité fictionnalisée nous rappelle sans nul doute, le choc diplomatique entre les peuples ou les nations, avec pour motif essentiel, la montée en puissance du banditisme à cause d’une régulation adéquate des frontières. Le texte nous permet de s’apercevoir réellement du rapport qu’entretient l’auteur avec les problèmes cinglants de son temps, les sujets qui minent sa société. Un tel rappel historique peut servir aux pays frontaliers, dans la redynamisation des relations bilatérales, afin d’éviter le pire ou le déchirement. La question du fleuve, ou des eaux tout simplement, se découvre également dans la nouvelle « Le soleil de Fleuville ». Ce micro-texte peut se lire comme un hymne à la préservation de la nature. Voilà une participation importante de l’écrivain, aux grandes questions que pose actuellement l’humanité, notamment la grande question de l’environnement. Prince Arnie Matoko fait ainsi de l’écriture, un vecteur de progrès mondial, en proposant sa partition dans ce combat mondial sur l’économie bleue et verte. Par ailleurs, toujours est-il que sa démarche, porte en son flanc les bases de l’illusionnisme. Dans l’ensemble, les personnages sont limités dans le temps et à travers moult circonstances.  2.Le champ de la désillusion Prince Arnie Matoko revisite également la question de l’immigration des Africains en Europe. Le réel problème qu’il pose ici, comme nous pouvons le remarquer dans la littérature déjà existante, c’est la désillusion des personnages sur l’avenir, et le rêve des horizons lointains. Dans « l’expulsé », comme on peut le lire dans Bleu-Blanc-Rouge d’Alain Mabanckou, il se dessine une quête du bonheur, l’ailleurs perçu comme le lieu de la réalisation de cette quête. Mais hélas, les personnages finissent par être confrontés à des horizons meurtriers, et tous leurs rêves se diluent dans l’amertume. C’est le sens de l’étonnement du personnage central de « l’expulsé » ici: « Et le bonheur, oui le bonheur, l’immense bonheur d’être enfin en France. Moi retourner encore, se disait-il, vivre chez les parents, partager la même chambre que mes trois cadets devenus adultes, et attendre une assiette pour manger ? Etre encore à la merci des gens ? » (p.19). Au départ, l’Europe semble miroiter une certaine possibilité de réussite sociale, et une adhésion à l’universel. La désillusion est également peinte dans « Demain je suis riche », mais dans une dimension beaucoup plus psycho-sociale. L’auteur présente une société en proie à la corruption, à la précarité et aux injustices. Il y a également un manque de valorisation des mérites, pour laisser place à la médiocrité. C’est ce qui occasionne ce rêve brisé de Tanga Mingi, qui sera pris au piège par un ancien ami, qui lui aurait miroité ciel et terre en vue de son épanouissement social. En plus, ses diplômes ne seront qu’un prestige inopérant, jusqu’à susciter désolation et étonnement pour son épouse. Cette dernière, dans cet esprit de stupéfaction, affirme : « On végète trop. Quand même, on n’est pas bardés de gros diplômes pour rien, à quoi ça sert, finalement, d’avoir des diplômes sans travailler ? » (p.48). Une telle question décrit le mode de société et de système politique dans lequel ces personnages évoluent. 3.L’imaginaire sociologique africain Deux nouvelles nous renvoient foncièrement aux aspects socio-culturels africains, notamment « la rue des sorciers » et « un fou pas comme les autres ». Elles s’articulent sur les notions de croyance superstitieuse, de spéculation, du fétichisme, voire de sorcellerie. La particularité de ce recueil, dans ce contexte, est justement de dévoiler les profondeurs de « l’âme noire », en portant principalement sur des sujets fantastiques et fantasmagoriques. Il y a, à partir de ce moment, un héritage loutardien que nous

Littérature : L’esthétique de la douleur dans «Mélodie des larmes» de Prince Arnie Matoko

Littérature : L’esthétique de la douleur dans «Mélodie des larmes» de Prince Arnie Matoko

« Ils sont arrivés tels sont des loups affamés […]»… Ainsi commence ce recueil, un long voyage poétique vers un univers lyrique, marqué par la nostalgie d’une affection filiative, le frémissement et les intempéries de l’existence et la douleur perpétuelle. Le poète répond de ce fait, à l’appel de son cœur fébrile et soucieux, voire affligé par la fatalité de certaines réalités macabres de la vie. Sa poésie est une urgence face aux maux et mots du temps présent, en conjonction avec les méandres du passé, et surtout l’air voilé du futur. C’est ce que nous percevons ici : je parle désormais le verbe des dieux / Pour un cœur et un esprit nouveaux  (p.45).  L’acte de parler se perçoit comme l’extériorisation d’une idéologie, et d’un désir de liberté qui, finalement se transmute dans l’acte d’écrire. Ce qui revient à dire qu’il deviendrait poreux à tous les vents, porté par cette idée de liberté.         Prince Arnie Matoko fait voyager dans les profondeurs d’une blessée, mais qui n’est pas fatiguée de maintenir le magma du verbe. L’Afrique  qu’il personnifie dans ce texte, est celle des libertés. Sans envisager un penchant panafricaniste, dans le sens plein du terme, il témoigne son attachement à ce continent, en restant réaliste aux grands problèmes qui la parsèment : Détache-toi Afrique/ Détache-toi des chaînes de la haine / Car je suis attaché depuis l’aube (p.27). La notion d’engagement que soulèvent plusieurs écrivains depuis le XVIIIème siècle, se traduit ici comme un vague de lumières qui arrive pour briser l’obscurité. Défenseur de la liberté de tous, Prince Arnie Matoko marche sur les sentiers des grands poètes comme Tchicaya U tam’si, J.B. Tati Loutard, J.P. Makouta Mboukou, Léopold Sedar Senghor, Maxime N’Debeka, Gabriel Mwèné Okoundji, Jean Blaise Bilombo Samba, Huppert Malanda, pour ne citer que ceux-là, sur cette question de la liberté humaine. Sa poésie s’inscrit dans ce combat des lumières, ce combat pour le jaillissement sur tous les plans de la raison humaine. Le souci de voir ainsi l’Homme au sens plein de ce vocable, passe avant tout, d’après sa conception de la littérature. Outre l’engagement soulevé, le poète prétend également guider ses contemporains et les éclairer par rapport à la marche sociale actuelle. Son appel devient plus que signifiant dans ce sens qu’il suggère la question de la culture comme l’épicentre de toute humanité. Une humanité qui surpasse le champ egocentrique, pour s’accrocher aux ailes de l’humanisme, dans un double rapport entre soi et les autres, entre le « je » et le « tu », dans une synergie des cultures. Dans ce sens, il est très proche de Victor Hugo, quand ce dernier affirme :   Quand je vous parle de moi, je parle de vous./Comment ne le sentez-vous pas ?/Ah ! Insensé qui crois que je ne suis pas toi. Ce souffle poétisé dans Mélodie de larmes se présente pour le lecteur averti, comme un remède puissant pour panser et penser les blessures dont souffre l’Afrique en général et le Congo en particulier. Sur ces entrefaites, le poète jette également son regard mûri sur le Congo, plongé depuis belle lurette, dans la quête et la conquête de la paix : Mon pays a trop saigné / Quand cessera-t-il de saigner ? (p.93). Le poète n’est pas loin de la tragédie poétique développée par Tchicaya U Tam’si dans bon nombre de ses textes. Comme nous le savons, ce dernier a forgé une plume bouleversante et truculente sur la situation de l’homme en société. Sa poésie a été une grande interrogation sur la condition humaine et son évolution en société. En fait,  Prince Arnie Matoko veut réinventer la conscience de l’Homme noir, afin de libérer le continent Africain de toutes formes de carcans, tout en faisant de son écriture une part d’ouverture vers l’universel. C’est notamment par les images, qu’il nous révèle ce qu’on ne voit pas ou ce qu’on ne veut pas voir suivant une approche inconsciente. Le grand poète Léopold Sédar Senghor,  parlait en son temps, à propos de Tchicaya U Tam’si de cette ligne de conduite. En spécifiant que, l’image est le seul fil qui conduise le cœur au cœur, la seule flamme qui consume l’âme. De la tête de Tchicaya, de sa langue, de sa plume, de sa peau jaillissent donc les images… » (Quatrième de couverture de J’étais nu pour le premier baiser de ma mère) Le poète caresse les doux mots comme pour donner le sourire à sa tendre mère dont le vœu est arraché : Ne pleure pas, mère !/ Ne pleure pas/ Car si tu pleures ma douleur redoublera belle/ Ecoute ! Déjà la pluviosité de mes yeux osseux/ Traverse en gros ruisseaux les égouts/ Je te dis lève-toi, lève-toi mère/ Il est vrai que/ Depuis longtemps, je ne sais rien de ce que tu es devenue » p72 / « Je te confirme sèche (p.73).L’auteur est écœuré par les larmes de sa mamelle nourricière, Prince Arnie Matoko, maître de la parole, lance un appel douloureux à cette somme de vie : Dîtes à ma mère, je vous en conjure/ Dîtes à ma mère/ Que son fils souffre/ Qu’il traverse un calvaire/ Dîtes-lui sans ambages/ Qu’il ne fait pas bon vivre / Pour un enfant comme moi/ Pour un orphelin comme moi (p.67). Il n’est pas facile de lire et relire sa poésie en profondeur sans se fondre en larmes.  C’est le cas par exemple de Papa Wemba, musicien de la rive gauche du fleuve Congo, dans sa célèbre chanson Maman. Il évoque sa tristesse liée à la mort de sa mère à travers justement une symbolique musicale puissante : Maman même si je pleure il n’y a personne pour me consoler / voilà pourquoi j’ai chanté cette chanson pour toi/ Je mange pour satisfaire juste la bouche. Maman si tu étais encore en vie, j’allais proposer qu’on te nomme ministre de l’éducation […](traduction en langue française de la version Lingala).L’esthétique de la douleur chez Prince Arnie Matoko se marie d’un côté à l’expression de la désespérance et de l’autre,  de l’espérance. Il le précise en ces termes : Lorsque mes mots auront les pieds/Sur les nuages épais des maux/Et que mes dents auront la blancheur/Des monts les

Un voyage à New York (1) : premier recueil de nouvelles de Prince Arnie Matoko

Un voyage à New York (1) : premier recueil de nouvelles de Prince Arnie Matoko

Après la poésie (2), Prince Arnie Matoko s’est ouvert la porte de la narration, et c’est à travers la nouvelle qu’il a posé ses premiers pas dans ce genre. Immersion dans son premier recueil de nouvelles. Un voyage à New York est un recueil de huit nouvelles dont les récits révèlent des personnages évoluant tantôt dans l’univers congolais, tantôt dans le monde de l’exil. Des récits qui nous font découvrir les villes de Pointe-Noire et Brazzaville dans les textes intitulés respectivement « Cadeau empoisonné », « Je n’aime pas le mari de ma mère », « La femme pardonnée », « Mawa la jolie », « Le mari cocufié » et « Trop c’est trop ». Et l’exil apparait dans les deux autres textes du livre, « La traversée » et « Un voyage à New York ». Des récits d’aventures où la fiction est souvent plus près des réalités sociales et géographiques qui accompagnent les personnages dans leurs parcours évènementiels. Aussi, découvrons-nous dans ce recueil, deux axes diégétiques qui définissent l’ouvrage de Prince Arnie Matoko : d’un côté la vie de couple dans la société congolaise avec toutes les turpitudes de la vie conjugale avec la dénonciation de quelques antivaleurs comme l’infidélité sur fond de l’appât sexuel ; et de l’autre côté le thème de l’exil auquel se confrontent certains héros. Six textes peuvent être considérés comme des récits du dedans tandis que les deux autres nous présentent des héros qui vivent pratiquement hors du Congo. Cadences et décadences des couples congolais Quelques textes de Matoko nous présentent, dans l’univers congolais, plus précisément à Pointe-Noire et à Brazzaville, des mésaventures conjugales souvent provoquées par l’attitude on ne peut plus rétrograde de la femme. Déjà les conflits hommes-femmes se font remarquer dans « Cadeau empoisonné » où la jeune Gladys qui se voit aimée par le jeune Patrick à qui elle confie ses mésaventures qui l’a poussée vers la prostitution, sera déçue par le comportement de ce dernier. Aussi, son état de santé qui va inquiéter toute sa famille au point d’accuser son oncle paternel, trouvera sa réponse le jour de son enterrement. La famille découvre un courrier à elle adressé par Patrick de l’autre côté de la Méditerranée dans lequel il se déclare responsable de la mort de Gladys : « String pour le sacrifice de ton âme, 200000 francs pour ton cercueil » (p.35). L’auteur, dans ce texte, essaie de condamner la prostitution des jeunes filles dans la ville de Pointe-Noire où elles préfèrent se donner aux Occidentaux comme Patrick qui, malheureusement a été à l’origine de la maladie de la jeune femme. Et ce drame de Gladys fait écho au destin tragique de l’héroïne de « Mawa la jolie » qui va mourir suite à un avortement clandestin consécutif à l’inceste que lui impose son père : « (…) les aventures et mésaventures intimes et sexuelles avec son père les avaient emmenés plusieurs fois à évacuer des grossesses » (p.127) « Mawa la jolie » est un texte qui met en relief les tares de certains Africains naïfs qui pensent trouver le salut à travers les nouvelles sectes religieuses. Aussi, la jeune Mawa dans ses ultimes paroles à son amie Mboté dénonce son père qui est tombé dans le piège de ces sectes : « Si je meurs (…), je crois que mon père fait partie de ces sectes qui pourrissent la vie et vendent l’âme des gens » (pp. 127-128) Pointe-Noire est la ville dans « Je n’aime pas le mari de ma mère » où la jeune Délicia se voit harcelée par son beau-père, à la grande surprise de sa mère qui ne croit pas à l’inconduite de son mari. Cette dernière ne peut que constater le mauvais comportement de son mari quand elle le surprend en train de défoncer la fenêtre de la chambre de sa fille. Accusée d’être de connivence avec son beau-père ; Délicia pense calmer sa mère en lui disant la vérité : « C’est ton mari qui est bordel (…). Sache qu’il me fait la cour et me propose de l’argent pour avoir des rapports sexuels (p.45). Mais elle ne croit pas à cette révélation de sa fille qui est chassée du domicile familial. Et ce n’est que quand elle sera battue par son mari qu’elle aura surpris en flagrant délit avec une autre femme dans un hôtel, qu’elle comprendra que sa fille avait raison : son mari est un obsédé sexuel. Dans « La femme pardonnée », se remarque le contraire de ce qui s’est passé entre la mère de Délicia et son mari. Miyalou se voit abandonné par sa femme qui ne peut supporter son chômage. Malgré son dévergondage qui l’emmène à la prostitution, Clémentine se voit pardonnée par son mari, fervent homme de Dieu quand elle reviendra au foyer. Elle avait compris qu’elle était trompée par son amant : « Miyalou agit comme le dit la Bible, pardonna à sa femme tout ce qu’elle lui avait fait subir, se réconcilia avec elle et reprit sa famille » (p.80). L’homme trahi par une femme se retrouve aussi dans « Le mari cocufié ». Bakala, comme Alphonse dans « Je n’aime pas le mari de ma mère », est aussi cocufié par sa femme Kimpoumboulou ; Elle est séduite par un « étranger » en mission de travail dans leur localité. Appréhendés dans la forêt, les deux amants filés par le frère de Bakala, sont emmenés manu militari devant le chef du village qui va convoquer le conseil des sages. Rocambolesque sera la situation de ce drame car devant les sages, Kimpoumboulou déclare qu’ « elle veut rester avec [son amant Moyebi Mbasi], devenir sa femme » (p.107). Mais quelle surprise quand cette dernière retombe dans les bras de son ancien mari, l’amant se voyant à son tour cocufié. Et ce comportement étrange va pousser la femme et Moyebi Mbasi vers un autre destin : « Kimpoumboulou incapable de supporter les yeux réprobateurs des autres, s’évada pour se

Livre : Prince Arnie Matoko sur le podium avec «Un voyage à New York»

Livre : Prince Arnie Matoko sur le podium avec «Un voyage à New York»

L’écrivain congolais et juriste Prince Arnie Matoko, a présenté et dédicacé, le 2 février 2017 à Brazzaville, son nouveau titre «Un voyage à New York», dans lequel il invite ses concitoyens et le monde au mieux-être. Publié en 2016 aux Editions l’Harmattan Congo-Brazzaville sous la préface du Professeur Omer Massoumou, enseignant de littérature à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université Marien Ngouabi (UMNG), «Un voyage à New York» est un recueil de nouvelles de 161 pages. Parmi les nouvelles, on peut découvrir, «Cadeau empoisonné», «La traversée», «Le mari cocufié» et «Mawa, la jolie», qui font de ce recueil une espèce de quête d’un ailleurs et se base sur le socioculturel congolais qui constitue la source d’inspiration de l’auteur. «Un voyage à New York», est la nouvelle principale qui a donné son titre au recueil. C’est l’histoire d’un jeune nommé Francis qui fuit son pays en proie à une guerre fratricide pour trouver refuge aux Etats-Unis d’Amérique. Condamné pour vol, il refuse de quitter la prison à la fin de sa peine pour fuir un quelconque retour à la souffrance, tant la société qui l’a accueilli est gangrenée par le racisme et toutes sortes d’injustices. M. Massoumou a évoqué, dans sa préface, la mission de la littérature qui n’est autre qu’une forme de miroir de la société. Il a ajouté qu’il s’était senti interpelé par le devoir d’accompagner l’auteur et son œuvre pourvue de textes d’actualité. Dans ses notes de lecture, le critique littéraire, M. Emeraude Nkouka, a qualifié «Un voyage à New York» d’une exhortation au mieux-être». Selon lui, M. Matoko en appelle à une prise de conscience en partant de l’exploration d’une diversité de thèmes, parmi lesquels la condition féminine, l’immigration et le racisme. Appréciant l’ouvrage, le critique littéraire Noel Kodia Ramata souligne que «Un voyage à New York» s’avère être le premier texte de fiction en prose publié par l’auteur où il essaie de faire un mariage sémantique et lexicologique entre la poésie et la prose. Un livre qui montre que le poète est aussi un prosateur dont l’avenir semble prometteur. «Un voyage à New York», un recueil de nouvelles à lire pour découvrir les richesses créatrices que nous révèle la nouvelle génération des écrivains congolais. M. Prince Arnie Matoko est diplômé de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM). Magistrat de formation, il est passionné de littérature depuis le collège. Il a déjà publié trois recueils de poèmes, à savoir «Mélodie des larmes», «Sous les ailes de l’aurore» et «Ces fruits de mon jardin intérieur».

LITTERATURE CONGOLAISE. Vient de paraître : Un voyage à New York (1) de Prince Arnie Matoko

LITTERATURE CONGOLAISE. Vient de paraître : Un voyage à New York (1) de Prince Arnie Matoko

Voici un recueil de huit nouvelles dont les récits révèlent des personnages évoluant tantôt dans l’univers congolais, tantôt dans le monde de l’exil. Des récits qui nous font découvrir les villes de Pointe-Noire et Brazzaville dans les textes intitulés respectivement « Cadeau empoisonné », « Je n’aime pas le mari de ma mère », « La femme pardonnée », « Mawa la jolie », « Le mari cocufié » et « Trop c’est trop ». Et l’exil apparait dans les deux autres textes du livre, « La traversée » et « Un voyage à New York ». Des récits d’aventures où la fiction est souvent plus près des réalités sociales et géographiques qui accompagnent les personnages dans leur parcours évènementiels. Aussi, découvrons-nous dans ce recueil de nouvelles, deux axes diégétiques qui définissent l’ouvrage de Prince Arnie Matoko : d’un côté la vie de couple dans la société congolaise avec toutes les turpitudes de la vie conjugale avec la dénonciation de quelques antivaleurs comme l’infidélité sur fond de l’appât sexuel ; et de l’autre côté le thème de l’exil auquel se confrontent certains héros. Six textes peuvent être considérés comme des récits du dedans tandis que les deux autres nous présentent des héros qui vivent pratiquement hors du Congo. Un voyage à New York s’avère être le premier texte de fiction en prose publié par l’auteur où il essaie de faire un mariage sémantique et lexicologique entre la poésie et la prose. Un livre qui montre que le poète est aussi un prosateur dont l’avenir semble prometteur. Un voyage à New York, un recueil de nouvelles à lire pour découvrir les richesses créatrices que nous révèle la nouvelle génération des écrivains congolais. (1) Prince Arnie Matoko, Un voyage à New York, éd. L’Harmattan, Paris, 2016, 161p. 17€

Livre : Les larmes de Prince Arnie Matoko à travers le recueil de poèmes «Mélodie des larmes»

Livre : Les larmes de Prince Arnie Matoko à travers le recueil de poèmes «Mélodie des larmes»

La salle des conférences du ministère de la culture et des arts a accueilli, le 8 juillet 2016 à Brazzaville, la cérémonie de présentation et de dédicace de la première œuvre littéraire de Prince Arnie Matoko, un recueil de poèmes intitulés «mélodie des larmes», paru aux éditions Chapitre.com à Paris en France en mars 2016. Cette cérémonie a été organisée par le Forum des Gens des Lettres. Autant l’œuvre de l’auteur est imparfaite, autant est imparfait le regard critique de cette œuvre, «Mélodie des larmes». «Le plus difficile dans la vie d’un poète, enseigne Jean Baptiste Tati Loutard, c’est d’apprendre à sauter le silence», dans sa vie poétique et c’est ce que vient de faire Prince Arnie Matoko en publiant ce recueil de poèmes. Il vient de sauter les silences et de dire à haute voix ses douleurs, ses émotions, ses silences, ses passions, ses dénonciations en faisant usage des larmes et des mélodies. Les larmes sont ces moyens d’expression de douleur et aussi de joie. Ce sont ces outils que le poète sinon l’apprenti-poète comme le dirait Gabriel Mwéné Okoundji, pourtant récipiendaire de plusieurs prix littéraires, mais qui se définit comme un simple apprenti-poète. Je ne sais pas si nous pouvons nous permettre d’appeler le poète de ce jour un poète. C’est ce que nous allons essayer de faire. Prince Arnie Matoko met en exergue des thématiques de la littérature panafricaine Le concept «poésie», il sied de le rappeler, renvoie à l’art du langage traduisant des sentiments, des émotions et des images au moyen de cadences, de sonorités et de figures de style. Le recueil de Prince Arnie Matoko met en exergue des thématiques de la littérature panafricaine. Il dénonce les injustices sociales, les inégalités sous toutes leurs formes. «Mélodie des larmes». Un simple ensemble de trois mots : Mélodie, renvoie à une suite de sons formant une phrase musicale et qui peut être mémorisée ; une suite de mots ou de phrases harmonieuses et modulées ou encore une pièce vocale composée sur un poème et interprétée avec accompagnement. Des n’est autre que cet article défini, hermaphrodite, qui est à la fois masculin et féminin. Larme, c’est ce liquide transparent et salé qui s’écoule de l’œil et qui est secrété par les glandes lacrymales. Le tout mis ensemble par l’auteur donne le titre de cette œuvre : Mélodie de larmes. On croit percevoir que c’est la manière de Prince Arnie Matoko d’exorciser la douleur et la joie qui l’étreignent. Une manière de se réconforter et de dire sa part de souffle comme le dit Mwéné Okoundji qui affirme que le poète n’est qu’un passeur de souffle. Si tel est le cas, la Congo vient d’ajouter à sa liste un autre passeur de souffle en la personne de Prince Arnie Matoko. Le mot poésie vient du grec et signifie «faire, créer». Le poète s’appuie sur ses souvenirs, la tradition poétique et les renouvelle par sa vision personnelle. La poésie se définit également comme un langage approprié de la transcendance. Soixante-cinq poèmes Le recueil de Prince Arnie Matoko est un ensemble de 65 poèmes en vers libres mais différents les uns des autres avec une différence au niveau des formes et de la nature. Certains ont une forme fixe ou une succession de strophes régulières. Tous les poèmes sont datés et écrits à des heures et à des minutes précises. Le dernier a été écrit le vendredi 11 novembre à 21 heures. Le rythme des vers est basé sur une succession d’accents toniques. Le recueil de poèmes de ce jeune auteur est assis sur une couverture et une quatrième de couverture de couleur blanche, en haut et au centre de cette couverture se trouve l’identité de l’auteur. Au milieu est inscrit le titre de l’œuvre. Plus bas, une belle carte postale de la côte sauvage à Pointe-Noire. La photo montre un beau paysage huit cocotiers dont les feuilles dansent aux rythmes du vent marin. Les cocotiers non visibles sur cette image sont présents à travers leurs ombres. Un autre apparait presque dans l’eau bleue. Puis l’océan atlantique qui renvoie des vagues qui viennent mourir sur la berge et célèbre un mariage au large avec le ciel. Au bas de cette couverture se trouve la signature de l’éditeur. C’est pour rejoindre une fois encore Jean Baptiste Tati Loutard qui affirme que «le poète ne regarde jamais les choses ; il se regarde dans les choses». C’est Sur l’Afrique ; Poèmes divers ; Sur la mer ; A ma mère ; Sur le pays ; Sur l’enfance et la jeunesse. C’est dans ces choses que le nouveau poète se regarde. Dans ce recueil de 118 pages, Prince Arnie Matoko fait asseoir effectivement son ouvrage sur six parties portant chacun un titre. Sur l’Afrique ; Poèmes divers ; Sur la mer ; A ma mère ; Sur le pays et Sur l’enfance et la jeunesse. Dans les deux premières parties, – Sur l’Afrique et Poèmes divers – le poète sort ses griffes en faveur de cette Afrique toujours soumise et exposée à des guerres fratricide, des guerres civiles à n’en point finir. Ces guerres qui ne font que la misère des enfants de ce continent. Le jeune poète se veut militant d’arrière-garde de la cause du peuple, un peuple désabusé pendant des siècles, un peuple trainé dans la boue. Cette Afrique qui n’est connue qu’à travers ses images d’enfants malnutris affichant des ventres bedonnants, des enfants aux regards vides avec la langue pendante et un filet de salive au coin de la bouche. L’Afrique, vue comme le berceau de la misère et du mal-être. Il le dit si bien dans cette partie du poème «Longue marche de l’Afrique à la page 23» : «Afrique, tu as marché Marché pendant très longtemps Marché mille et une fois Sur des chemins d’épines Sue des sentiers de fers Douloureusement langoureusement» Dans la première partie, l’auteur exclut l’utilisation des premières personnes du singulier et du pluriel. Les poèmes sont à la forme impersonnelle. Prince Arnie Matoko voudrait,