Sénégal/Dette, discipline et “Jubbanti Koom” : la cure d’amaigrissement version Sonko

Sénégal/Dette, discipline et “Jubbanti Koom” : la cure d’amaigrissement version Sonko

TRIBUNE. Avec la situation des finances publiques difficiles, voilà que Ousmane Sonko enfile la blouse du chirurgien budgétaire. Diagnostic : un Sénégal sous perfusion de dettes, alourdi par 23 666,8 milliards FCFA à fin 2024, soit un ventre financier gonflé à près de 119 % du PIB. Ordonnance : régime sec, rééducation musculaire… et surtout, reprise en main musclée de la souveraineté financière. Entre 2025 et 2028, le gouvernement brandit son PRES comme un manuel de survie économique. La fameuse stratégie « S3 » ? Une sorte de gymnastique comptable destinée à remettre le pays d’aplomb. Premier exercice : rééquilibrer la dette comme on remet un plateau trop chargé, objectif 50/50 entre dette intérieure et extérieure. Traduction satirique : moins de dollars capricieux, plus de francs CFA bien de chez nous. Le message est clair à force de danser avec les marchés internationaux, Dakar avait fini par avoir le tournis. Deuxième mouvement : rallonger la dette comme on étire un élastique trop tendu. Fini (en théorie) les emprunts courts qui étranglent le budget chaque année ; place aux financements longs et concessionnels auprès des grands bailleurs. Autrement dit, respirer aujourd’hui pour ne pas suffoquer demain. Mais le vrai coup de théâtre, c’est le « Jubbanti Koom » littéralement, la grande opération de redressement. Ici, le Premier ministre joue au jardinier des finances publiques : tailler dans le train de vie de l’État, fusionner les structures obèses, traquer les niches fiscales planquées sous le tapis. Le mot d’ordre : financer le développement avec l’argent du pays, pas avec la carte de crédit internationale. Dans cette nouvelle liturgie budgétaire, même les secteurs jadis chouchoutés passent à la caisse : numérique, mobile money, jeux, foncier… personne n’échappe au fisc version 2.0. Et pour compléter la quête, on agite la tirelire de la diaspora et les financements verts parce qu’aujourd’hui, même la dette doit porter un costume ESG pour être fréquentable. Objectif affiché, presque olympique : ramener le déficit de 12 % à 3 % d’ici 2027, stabiliser la dette autour de 101 % du PIB en 2028, et relancer agriculture, pêche et industrie comme un moteur qu’on croyait grippé. Reste la question que tout le monde murmure dans les couloirs climatisés de l’économie : miracle budgétaire en gestation… ou cure d’austérité sous emballage patriotique ? Une chose est sûre : la bataille de la dette est lancée et cette fois, à Dakar, on promet de compter chaque franc comme si c’était le dernier. Par Malick BA Journaliste

Maroc. Le déficit budgétaire s’accentue légèrement à 61,6 MMDH en 2025

Maroc. Le déficit budgétaire s’accentue légèrement à 61,6 MMDH en 2025

Malgré la forte hausse des recettes fiscales Selon les chiffres publiés par la Trésorerie générale du Royaume (TGR), le déficit budgétaire s’est légèrement accentué au terme de l’année 2025, prolongeant presque ainsi  une tendance haussière observée depuis mai de l’année écoulée. En effet, « sur la base des recettes encaissées et des dépenses émises, la situation des charges et ressources du Trésor dégage un déficit budgétaire de 61,6 MMDH à fin décembre 2025 contre un déficit budgétaire de 61,5 MMDH un an auparavant », a-t-elle indiqué dans son bulletin mensuel de statistiques des finances publiques (BMSFP) de décembre 2025. Ce déficit s’explique par un «solde positif de 30 MMDH dégagé par les comptes spéciaux du Trésor (CST) et les services de l’Etat gérés de manière autonome (SEGMA)», a indiqué l’institution publique rappelant qu’il s’était établi à 61,5 MMDH à fin décembre 2024 et tenait compte d’un solde positif de 21,8 MMDH dégagé par les CST et les SEGMA. Dans le détail, les recettes ordinaires brutes ont progressé de 10,9% (+40,3 MMDH) s’établissant à 410 MMDH contre 369,7 MMDH à fin décembre 2024, suite à l’augmentation des impôts directs de 19,8%, des droits de douane de 6,5%, des impôts indirects de 10%, des droits d’enregistrement et de timbre de 10,1% et par la baisse des recettes non fiscales de 7,6%. Il est à préciser que les recettes fiscales brutes se sont établies à 358,9 MMDH contre 314,5 MMDH à fin décembre 2024, soit une hausse de 14,1% (+44,4 MMDH), résultat de la hausse des recettes douanières de 9,1% et de la fiscalité domestique de 16,6%. S’agissant des recettes non fiscales, la TGR indique qu’elles ont été de 51,03 MMDH contre 55,20 MMDH un an auparavant, en baisse de 7,6% (-4,1 MDH). Le recul des recettes non fiscales s’explique notamment par la diminution des versements des comptes spéciaux du Trésor au budget général (18,94 MMDH contre 23,7 MMDH), l’absence de recettes au titre de la privatisation et des produits de cession des participations de l’Etat (qui ont été de 1,7 MMDH un an auparavant) ainsi que par le recul des recettes en atténuation des dépenses de la dette (3,4 MDH contre 4,8 MDH). Précisons que cette évolution intervient en dépit de l’augmentation des recettes de monopoles (20,6 MMDH contre 16,6 MMDH) et des fonds de concours (4,3 MMDH contre 2,8 MMDH), a fait savoir la TGR. Progression des dépenses Concernant les dépenses émises au titre du budget général, les chiffres montrent qu’elles ont atteint 567,4 MMDH à fin décembre 2025, en hausse de 9,9% par rapport à leur niveau à fin décembre 2024. Cette évolution résulte de la hausse de 11,5% des dépenses de fonctionnement, de 8,2% des dépenses d’investissement et de 7,2% des charges de la dette budgétisée. Toujours selon la Trésorerie générale, « la hausse de 7,2% des charges de la dette budgétisée s’explique par l’augmentation de 13% ou +5 MMDH des intérêts de la dette (43,7 MMDH contre 38,7 MMDH) et la hausse de 3,7% ou +2,4 MMDH des remboursements du principal ou amortissements (65,9 MMDH contre 63,5 MMDH) ». Dans son bulletin de statistiques des finances publiques, la TGR précise également que l’accroissement des remboursements du principal provient de la hausse des amortissements de la dette intérieure de 12,5 MMDH, conjuguée à la baisse des amortissements de la dette extérieure de 10,2 MMDH. Selon la même source, «les engagements de dépenses, y compris celles non soumises au visa préalable d’engagement, se sont élevés à 821,7 MMDH, représentant un taux global d’engagement de 83% contre 84% à fin décembre 2024 et un taux d’émission sur engagements de 93% contre 92% un an auparavant». A fin décembre 2025, les recettes des CST ont atteint 224,3 MMDH, compte tenu des versements reçus des charges communes d’investissement du budget général pour 31 MMDH contre 28,4 MMDH à fin décembre 2024. Intégrant la part des CST au titre des remboursements, dégrèvements et restitutions fiscaux pour 6,8 MMDH, les dépenses émises au cours de la même période se sont établies à 194,8 MMDH, a fait remarquer la TGR soulignant que le solde de l’ensemble des comptes spéciaux du Trésor s’est élevé à 29,5 MMDH. Quant aux recettes des SEGMA, elles ont été de 3,35 MMDH contre 3,1 MMDH à fin décembre 2024, en hausse de 6,7% ; tandis que les dépenses ont été de 2,8 MDH à fin décembre 2025 contre 2,6 MDH à fin décembre 2024, correspondant à une progression de 7,3%. Enfin, «à fin décembre 2025, les recettes ordinaires ont été réalisées à hauteur de 111,6% des prévisions de la loi de Finances, les dépenses ordinaires ont été exécutées pour 101,6% et les dépenses d’investissement ont été émises pour 100,7%», conclut la TGR. Alain Bouithy

Maroc/Le déficit budgétaire continue de se creuser à fin août 2025 : Les finances publiques restent sous pression

Maroc/Le déficit budgétaire continue de se creuser à fin août 2025 : Les finances publiques restent sous pression

Le déficit budgétaire continue de se creuser à fin août 2025. Selon les statistiques publiées par la Trésorerie générale du Royaume (TGR), il s’est établi à 54,1 milliards de dirhams (MMDH) contre 32,9 MMDH un an auparavant. A fin juillet 2025, la situation des charges et ressources du Trésor avait dégagé un déficit budgétaire de 53,7 MMDH, contre 35,3 MMDH un an auparavant. Un mois plus tôt, il s’était élevé à 24,8 MMDH contre un déficit budgétaire de 20,4 MMDH un an auparavant. Ce déficit tient compte «d’un solde négatif de 1,4 MMDH dégagé par les comptes spéciaux du Trésor (CST) et les services de l’Etat gérés de manière autonome (SEGMA) », précise la Trésorerie générale dans son dernier Bulletin mensuel de statistiques des finances publiques (BMSFP). Pour rappel, le déficit enregistré à fin juillet dernier avait tenu compte  d’un solde négatif de 4,8 MMDH dégagé par les CST et les SEGMA. Dans le détail, les recettes ordinaires brutes ont progressé de 18,7% (+42,8 MMDH) pour s’établir à 271,7 MMDH contre 228,8 MMDH à fin août 2024,  suite à «l’augmentation des impôts directs de 25,9%, des droits de douane de 3,6%, des impôts indirects de 11,4%, des droits d’enregistrement et de timbre de 6,7% et des recettes non fiscales de 31,2%», a expliqué la TGR. En hausse de 17% (+34,2 MMDH), les recettes fiscales brutes ont atteint 235,2 MMDH au cours de la même période contre 201,1 MMDH à fin août 2024, en raison de la hausse des recettes douanières de 8,2% et de la fiscalité domestique de 21,3%, a précisé l’institution publique dans son bulletin. Pour leur part, les recettes non fiscales ont bondi de 31,2% (+8,6 MMDH), atteignant 36,4 MMDH contre 27,7 MMDH un an auparavant.  Cette évolution s’explique notamment par «l’augmentation des versements des comptes spéciaux du Trésor au budget général (16,8 MMDH contre 9,6 MMDH), des recettes de monopoles (11,7 MMDH contre 8,3 MMDH) et des fonds de concours (2,2 MMDH contre 728 MDH), conjuguée à l’absence de recettes au titre de la privatisation et des produits de cession des participations de l’Etat, qui ont été de 1,7 MMDH un an auparavant et à la baisse des recettes en atténuation des dépenses de la dette (3,1 MMDH contre 4,1 MMDH)», selon la même source. S’agissant des dépenses émises au titre du budget général, la TGR indique qu’elles se sont établies à  360,2 MMDH en août dernier, ce qui correspond à  une hausse de 6,7% par rapport à leur niveau à fin août 2024. Cette progression est justifiée par «l’augmentation de 17,7% des dépenses de fonctionnement et de 7,3% des dépenses d’investissement, conjuguée à la baisse de 17,8% des charges de la dette budgétisée», a-t-elle précisé. Autre précision relevée dans le bulletin de statistiques des finances publiques : les charges en intérêts de la dette ont été de 33.801 MDH à fin août 2025 contre 30.938 MDH à fin août 2024, en hausse de 9,3% ou +2,9 MMDH. La Trésorerie générale explique cette augmentation par « l’accroissement de 14,6% des charges en intérêts de la dette intérieure (27,6 MMDH contre 24,0 MMDH) et par la diminution de 9,6% de celles de la dette extérieure (6,1 MMDH contre 6,8 MMDH)». A noter également l’augmentation des engagements de dépenses, y compris celles non soumises au visa préalable d’engagement, qui ont atteint 574,8 MMDH. Ce qui représente «un taux global d’engagement de 59% contre 63% à fin août 2024 et un taux d’émission sur engagements de 86% contre 85% un an auparavant», comme l’a précisé en outre la TGR. Incluant les versements reçus des charges communes d’investissement du budget général pour 20,5 MMDH contre 21,7 MMDH à fin août 2024, les recettes des CST ont atteint 132,7 MMDH à fin août 2025. Quant aux dépenses émises durant la même période, les données montrent qu’elles ont été de 135,2 MMDH. Précisons que celles-ci intègrent la part des CST au titre des remboursements, dégrèvements et restitutions fiscaux pour 4 MMDH. Le solde de l’ensemble des comptes spéciaux du Trésor est négatif pour 2,5 MMDH. Toujours selon la TGR, à fin août 2025, les recettes des SEGMA se sont établies à 2,06 MMDH contre 1,5 MMDH à fin août 2024, correspondant à une augmentation de 30,1% ; tandis que les dépenses ont été de 975 MDH à fin août 2025 contre 925 MDH à fin août 2024, soit une progression de 5,4%. Enfin, compte tenu d’un besoin de financement de 75,6 MMDH (contre 45,3 MMDH à fin août 2024) et d’un flux net positif de 25,5 MMDH du financement extérieur (contre un flux net négatif de 5,4 MMDH un an auparavant), «le Trésor a eu recours au financement intérieur pour un montant de 50,2 MMDH contre un recours au financement intérieur pour un montant de 50,6 MMDH à fin août 2024 », a conclu la TGR. Alain Bouithy

Afrique. Akinwumi A. Adesina : «Gérées efficacement, les finances publiques peuvent servir de pierre angulaire à la prospérité»

Afrique. Akinwumi A. Adesina : «Gérées efficacement, les finances publiques peuvent servir de pierre angulaire à la prospérité»

GOUVERNANCE. «La manière dont une nation perçoit ses recettes, gère sa dette, alloue ses dépenses et assure le respect du principe de responsabilité dans l’utilisation des fonds publics détermine le bien-être de sa population », a affirmé le président du Groupe de la Banque africaine de développement et de ses Conseils d’administration, Akinwumi A. Adesina. S’exprimant lors de la Conférence 2025 de la Kenya Law Society qui s’est clôturée vendredi 15 août, ce dernier a estimé que «les finances publiques ne sont donc pas un grand livre de l’Etat ; elles reflètent les valeurs constitutionnelles et l’intégrité juridique d’une nation». Devant plus de 1.200 avocats, juges et responsables gouvernementaux réunis pour cette rencontre, le président de la Banque panafricaine a déclaré que «gérées efficacement, les finances publiques peuvent servir de pierre angulaire à la croissance économique, au développement durable et à la prospérité». Il a, par la suite, saisi cette occasion pour rappeler que le financement public est au cœur de l’engagement de la principale institution  de financement du développement en Afrique qu’il dirige «à promouvoir une gouvernance responsable, un développement durable et une résilience nationale». Ainsi qu’il a relevé dans son intervention qui portait sur le thème : «Les finances publiques, la gouvernance, la justice et le développement », le président de la BAD a indiqué qu’«à la Banque africaine de développement, les finances publiques sont considérées comme un instrument stratégique qui doit être régi de manière transparente, géré de manière durable et protégé par des cadres juridiques solides et l’Etat de droit». Insistant sur l’Etat de droit et le respect de la bonne gouvernance, deux volets chers à l’institution financière, Akinwumi A. Adesina a affirmé que «les nations qui renforcent l’Etat de droit et respectent la bonne gouvernance parviennent à des taux de croissance plus élevés, à un développement équitable et à une plus grande stabilité». S’adressant directement aux avocats, juges et responsables gouvernementaux prenant part à cette conférence, il a indiqué : «En tant que membres du système judiciaire, vous jouez un rôle majeur dans l’élaboration des trajectoires de développement des nations. La théorie de la justice et du développement offre un cadre contextuel efficace pour y parvenir, car elle favorise le progrès social et la cohésion». L’Afrique doit améliorer sa position sur l’indice de l’Etat de droit «L’un des aspects particulièrement importants est la manière dont l’État de droit stimule la croissance et le développement », a soutenu le patron de la BAD rappelant que l’indice mondial de l’Etat de droit montre que de 1996 à 2023, les six pays les mieux classés étaient la Finlande, le Danemark, la Norvège, la Suisse, l’Autriche et le Luxembourg. Il se trouve que, sur cet indice, les pays africains se classaient très bas dans la liste, avec les Seychelles en tête au 60e rang, suivies par le Botswana (70e), le Rwanda (80e), l’Afrique du Sud (85e), le Ghana (97e) et le Maroc (111e). Sur le renforcement de la gouvernance et de l’Etat de droit, Akinwumi A. Adesina estime que la transparence des systèmes de passation des marchés est au cœur des projets de développement financés par les gouvernements, sur leurs propres ressources budgétaires et par le financement des institutions de financement du développement. Ainsi, «le manque de transparence dans la passation des marchés dans le cadre de projets, dû à la faiblesse des capacités institutionnelles, des lois et des systèmes de passation des marchés, ainsi qu’à la corruption, pose des problèmes d’intégrité en matière d’utilisation efficace des financements publics destinés aux projets». Les finances publiques ne peuvent pas prospérer dans le vide Abordant la question du renforcement des tribunaux commerciaux en complément des réformes des finances publiques, il a indiqué que la BAD a réalisé des investissements substantiels dans le renforcement du système judiciaire en complément des réformes des finances publiques. Ces investissements sont tangibles, mesurables et transformateurs, citant les exemples du Rwanda, de la Côte d’Ivoire, du Malawi, de la Tunisie, de la Guinée, du Ghana, de l’Egypte et du Mozambique. « Collectivement, ces interventions font ressortir une vérité simple, mais profonde : les finances publiques ne peuvent pas prospérer dans le vide. Il faut les protéger par une gouvernance transparente, les renforcer grâce à l’efficacité judiciaire et les ancrer dans des protections constitutionnelles», a-t-il fait savoir. Des finances publiques sans supervision parlementaire sont antidémocratiques Dans son intervention, il a aussi été question de la supervision parlementaire et des finances publiques. Selon le président du Groupe, « la supervision parlementaire est l’épine dorsale démocratique des finances publiques». Pour la Banque panafricaine, «des finances publiques sans supervision parlementaire sont antidémocratiques et non viables. Un contrôle démocratique ne retarde pas le développement, il le protège. L’approbation parlementaire n’est pas un obstacle, mais une protection qui garantit que chaque dollar emprunté est consacré au bien public, plutôt qu’à des intérêts privés». Sur un tout autre point, tout aussi important, Akinwumi A. Adesina juge essentiel de renforcer les systèmes juridiques et le système judiciaire à l’échelle du continent, arguant que « le système juridique d’une nation en est l’épine dorsale institutionnelle, en préservant les ressources publiques, en protégeant les droits des citoyens et en instaurant la certitude et la prévisibilité dont dépendent toutes les activités économiques». Une justice compromise entraîne le contournement des règles budgétaires Selon lui, «lorsque l’indépendance judiciaire est compromise, les tribunaux sont exposés à l’influence politique, les règles budgétaires sont contournées, les emprunts publics échappent aux contrôles et la confiance du public est détruite ». On ne peut pas effectivement parler du constitutionnalisme, de l’Etat de droit et des investissements en Afrique sans résoudre la question fondamentale de l’accès à la justice et à des indemnisations équitables. Car, nul besoin de rappeler que «ce sont là les conditions qui favorisent la confiance du public et renforcent l’assurance dont les investisseurs ont besoin pour engager des capitaux», a-t-il soutenu. Alain Bouithy

Finance : Okina Elenga-Ngaporo a valorisé les progrès du Congo dans le domaine de la monnaie numérique et e-tax

Finance : Okina Elenga-Ngaporo a valorisé les progrès du Congo dans le domaine de la monnaie numérique et e-tax

Le directeur des systèmes information (DSI) au ministère des finances, du budget et du portefeuille public, M. Okina Elenga-Ngaporo, a participé, du 19 au 22 mai 2025, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, a un atelier d’échanges sur la monnaie numérique dans les finances publiques, organisé par le Fonds Monétaire International (FMI) en collaboration avec AFRITAC de l’Ouest et le soutien financier du gouvernement japonais. Au cours de cette rencontre de quatre jours qui avait pour objectif la rationalisation des dépenses et la sécurisation des recettes. Sur le chantier du développement de la monnaie numérique appliquée à la finance publique, la République du Congo a fait figure de bon élève, selon plusieurs experts du domaine. Cette reconnaissance a été accordée à la suite de la présentation du système e-tax par M. Okina Elenga-Ngaporo, ainsi qu’aux progrès réalisés par le Congo dans le domaine de la monnaie numérique et des systèmes de paiement pour les opérations budgétaires. M. Abdoulahi Mfombouot, Conseiller au Fonds Monétaire International (FMI) a loué les avancées du Congo dans ce domaine : « la présentation du Congo avec le dispositif assez séduisant qu’ils sont en train de mettre en place. Moi, j’ai été bluffé par ce système totalement intégré, sur la dorsale budget, réserve. Donc, avec toutes les applications qu’elles devraient fédérer, y compris la gestion de la solde et la gestion de la dette, c’est quelque chose de très important pour nous au point où nous sommes aujourd’hui confiants de ce que désormais un ordonnateur au Congo assis dans son bureau et à partir de son système est en mesure de savoir quelle est la trajectoire du dossier et à quel moment le dossier a été payé. C’est formidable ! Et tout cela permet à l’État aujourd’hui non seulement la traçabilité, mais également de pouvoir maîtriser les flux de dépenses et même de contrôler la constitution des arriérés ». La délégation congolaise avec quelques choses dans sa gibecière La délégation congolaise, conduite par M. Okina Elenga-Ngaporo, directeur des systèmes information (DSI), s’est également imprégnée des expériences et des bonnes pratiques présentées par les autres pays participants en matière de développement de la monnaie numérique dans les finances publiques. « L’enrichissement que nous avons eu de la part de l’expérience des autres pays. C’est au niveau digitalisation du paiement et au niveau monnaie numérique. Et nous avons bien pris note, mais on n’oublie pas que nous appartenons à un espace communautaire qui est la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Et avec les décideurs, nous allons voir comment implémenter ces solutions-là tout en tenant compte des lois en vigueur, de la réglementation en vigueur au niveau national et au niveau communautaire. Nous avons vu l’exemple ivoirien, entre autres le trésor paie et le trésor monnaie. C’est un très bel outil et j’ai eu l’occasion d’assister à son utilisation. Et c’est pour nous un exemple à capitaliser au niveau de la République du Congo. Et au niveau ivoirien, c’est de dire, vous êtes sur la bonne voie », a renchéri M. Okina Elenga-Ngaporo Notons que cet atelier d’échanges entre pays a réuni des experts venus d’une vingtaine de pays, parmi lesquels la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Guinée-Équatoriale, le Cameroun, le Mozambique, le Congo qui avait entre autres objectifs, moderniser les opérations budgétaires grâce à la monnaie numérique. Wilfrid Lawilla D.

Un nouveau projet pour améliorer les finances publiques et les services numériques à Djibouti

Un nouveau projet pour améliorer les finances publiques et les services numériques à Djibouti

La Banque mondiale a approuvé un financement de 20 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA) pour soutenir un nouveau projet visant à renforcer la gouvernance des finances publiques et les services numériques à Djibouti, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions économiques de la population. Le Projet de gouvernance économique et financière a pour objectif d’améliorer l’efficacité de l’administration fiscale, de renforcer la transparence dans la gestion des dépenses publiques et d’élargir l’accès des citoyens aux services numériques. Pour ce faire, le projet mettra l’accent sur le renforcement de la formulation des politiques et de l’administration fiscales, ainsi que sur le développement d’autres systèmes fondamentaux de gestion gouvernementale, la surveillance des finances publiques et l’implication de la société civile. La mise en œuvre du projet devrait bénéficier à une large proportion de la population ainsi qu’à plusieurs institutions publiques. Le gouvernement djiboutien a réalisé des progrès dans la modernisation de son administration publique, bien que des efforts supplémentaires soient nécessaires pour accélérer la numérisation. Les activités soutenues par ce projet visent à améliorer l’accessibilité des services publics via des plateformes en ligne, renforçant ainsi les interactions entre les citoyens et le gouvernement tout en optimisant l’efficacité de la prestation des services. « Ce projet vise à transformer l’administration fiscale en la rendant plus efficiente tout en élargissant l’accès aux services électroniques. En optimisant l’utilisation des fonds publics, nous espérons générer un impact positif sur la santé budgétaire du gouvernement et améliorer le bien-être des Djiboutiens, tout en garantissant des avantages socioéconomiques durables, a déclaré Fatou Fall, représentante résidente conjointe du Groupe de la Banque mondiale à Djibouti. Les progrès réalisés dans la gestion des dépenses publiques et le recouvrement des impôts offriront également une plus grande marge de manœuvre financière, permettant au gouvernement de préserver et d’intensifier les investissements dans le pays. » En raison de sa position stratégique et de sa stabilité politique, le port de Djibouti joue un rôle clé dans l’économie nationale. Ces dernières années, toutefois, le pays a été mis à rude épreuve par des crises simultanées, telles que la COVID-19, le changement climatique et des conflits régionaux, notamment celui de l’Éthiopie. Ces crises ont freiné la croissance du pays et ont eu un impact négatif sur la population, en particulier les habitants des zones rurales, qui ont un accès limité aux services publics et aux programmes de protection sociale. Le projet s’inscrit dans la stratégie à moyen terme du gouvernement, la stratégie de réforme de la gestion des finances publiques (GFP) 2024-2030, la Vision 2035, ainsi que dans le Cadre de partenariat-pays (CPF) du Groupe de la Banque mondiale et la Stratégie du Groupe de la Banque mondiale en matière de genre. BM

Congo Brazzaville/Finances publiques. Le poids du service de la dette pèse sur la programmation des dépenses

Congo Brazzaville/Finances publiques. Le poids du service de la dette pèse sur la programmation des dépenses

PARLONS-EN. Quelles sont les vraies raisons des retards observés dans le paiement des salaires des agents de l’Etat de l’intérieur du pays…? C’est une véritable prouesse technique que le ministre de l’économie et des finances, Jean Baptiste Ondaye, réussit mensuellement à honorer les charges incompressibles de l’Etat. Un casse-tête congolais qui s’explique par le gap financier dû au respect scrupuleux, cette fois-ci, du service de la dette, conformément aux recommandations du Fonds Monétaire International(FMI). Un peu plus de 20 milliards de fcfa! C’est le gap financier qu’il faut combler pour payer les salaires du mois de juillet 2023 affectés aux agents de l’Etat qui emargent dans les différentes directions départementales. Sont également concernés par cet assèchement financier conjoncturel, les émoluments- encore défiscalisés- des députés, ministres, sénateurs et institutions à budgets de transfert…. « Aujourd’hui même(ndlr, 11 août 23), confie, d’une voix chevrotante, une bonne source proche de la direction générale du trésor, aucune somme n’a été mobilisée pour absorber cette dépense jugée urgente. Une tension de trésorerie qui, selon notre source, serait consécutive au poids du service des différentes dettes contractées par le Congo, aussi bien pendant les périodes de vaches grasses que maigres. Au delà du respect du service de la dette envers les 2 principaux traders (Glencore et Trafigura ), la Chine – plus récemment après que l’argentier congolais, Jean Baptiste Ondaye, s’est rendu cette année en Chine, en compagnie de son homologue ministre d’Etat, ministre de l’Aménagement du territoire, des Infrastructures et de l’Entretien routier, Jean- Jacques Bouya, le ministre de l’Economie et des Finances doit également éviter les défauts de paiement de l’emprunt obligataire émis par le trésor public sous la gouvernance de l’ex- ministre des finances, Calixte Ganongo. Selon certaines indiscrétions, des cadres des régies financières, qui avaient été mis à contribution dans ces opérations financières, ont profité de la période de maladie du ministre, Calixte Ganongo, qu’ils donnaient pour mort, pour s’en mettre plein les poches, aggravant par conséquent la sinistrose financière de l’Etat congolais. Ces délinquants à col blanc ne sont nullement inquiétés… Après avoir accusé des défauts de paiement envers ses créanciers(banques commerciales en zone Cemac), le gouvernement congolais est tenu, conformément au programme signé avec le FMI, de respecter- à bonne date- le service des dettes. Faut-il, si la raréfaction des ressources venait à s’accentuer en ces temps d’inflation des produits de premiere nécessité, redouter des remous ? Le Congo dispose pourtant des recettes que le ministre de l’économie et des finances, en bon gestionnaire, doit recouvrer, à l’instar de la retenue à la source, de l’ordre de 10%, prévue dans l’article 183 de la loi de finances 2023 , sur l’ensemble des émoluments des députés, ministres, institutions, collectivités locales. Au nom de la dépense prioritaire et du nécessaire arbitrage, Jean Baptiste Ondaye doit toujours privilégier le paiement des fonctionnaires de l’Etat et quelques institutions à budgets de transfert par rapport aux lignes budgétaires comme: missions à l’étranger-sans réelle importance aucune- alors nos ministres peuvent se faire représenter par nos ambassadeurs accrédités; forums et séminaires budgétivores organisés par des ministres qui surfent sur l’effet mode, alors que des recommandations des forums antérieurs n’ont jamais été mises en œuvre; audits financiers doublons confiés à des cabinets, propriété des amis ou anciens collègues… Par A. Ndongo Journaliste économique et financier, Brazzaville Congo

En maximisant les recettes tirées des ressources naturelles, les pays africains pourraient engranger d’importants bénéfices sur le plan des finances publiques et de l’environnement

En maximisant les recettes tirées des ressources naturelles, les pays africains pourraient engranger d’importants bénéfices sur le plan des finances publiques et de l’environnement

Dans un contexte de transition énergétique et de hausse de la demande de métaux et de minéraux, les pays d’Afrique subsaharienne pourraient mieux tirer parti de leur richesse en ressources naturelles pour financer leurs programmes publics, diversifier leur économie et élargir l’accès à l’énergie. Africa’s Resource Future, le nouveau rapport de la Banque mondiale publié aujourd’hui, révèle que les pays africains n’engrangent en moyenne que 40 % environ des recettes qu’ils pourraient potentiellement tirer de leurs ressources naturelles. En d’autres termes, alors que ces pays sont plombés par une croissance atone et une dette élevée, les gouvernements pourraient plus que doubler les recettes tirées des minerais, du pétrole ou du gaz en adoptant de meilleures politiques, en mettant en œuvre des réformes, en investissant pour améliorer l’administration des finances publiques et en favorisant une bonne gouvernance. Par ailleurs, il est essentiel de mieux taxer l’exploitation des ressources naturelles pour faire supporter aux producteurs le coût total de leur impact environnemental et social, y compris pour l’extraction pétrolière. L’absence d’une telle taxation peut constituer une subvention implicite à la production et accroît donc les émissions de carbone. « Maximiser les recettes publiques sous forme de redevances et d’impôts payés par les industries extractives privées, tout en attirant de nouveaux investissements, permettrait d’augmenter la marge de manœuvre budgétaire et de supprimer les subventions implicites à la production, avec à la clé un double dividende pour les populations et la planète », explique James Cust, économiste senior au sein de la Région Afrique de la Banque mondiale et codirecteur de la publication. La perspective d’une augmentation des recettes est particulièrement bienvenue dans des pays qui sont dans l’incapacité de réaliser des investissements de développement pourtant indispensables, en raison du coût élevé des emprunts et du service de la dette. La transition mondiale vers l’abandon des combustibles fossiles crée une demande sans précédent pour différents métaux et minéraux comme le cobalt, le lithium, le cuivre, le nickel et les terres rares, nécessaires au déploiement des technologies vertes que sont les éoliennes, les panneaux solaires et les batteries. Et si beaucoup de ces matières premières se trouvent en abondance en Afrique, l’expérience montre que la richesse en ressources naturelles ne se traduit pas automatiquement par une croissance et une prospérité inclusives. Les minéraux, le pétrole et le gaz représentent au moins un tiers des exportations de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, mais ces derniers ont eu du mal par le passé à convertir cette richesse en croissance durable. La dépendance de la région aux cours mondiaux des matières premières a conduit à une gestion inadaptée des ressources publiques lorsque les prix sont élevés, et à des crises économiques et budgétaires quand ceux-ci chutent. Les pays riches en ressources ont globalement moins bien résisté aux chocs économiques que ceux qui en possèdent moins, ce qui rappelle les risques de la « malédiction des ressources ». Le ralentissement de la croissance dans certains pays dotés d’abondantes ressources naturelles a également été corrélé à des progrès insuffisants dans la réduction de la pauvreté.  Le nouveau rapport sur l’avenir des ressources en Afrique fournit aux décideurs politiques des recommandations pratiques pour conjurer cette « malédiction ». Outre la nécessité de capter l’intégralité de la valeur des rentes tirées des ressources tout en continuant à attirer les investissements du secteur privé, les gouvernements devraient se préparer à la prochaine chute des prix des matières premières en investissant ces recettes dans le capital productif, c’est-à-dire dans la santé et l’éducation et dans les infrastructures qui sont à la base d’une économie plus diversifiée et résiliente. Parmi les autres recommandations, le rapport souligne les opportunités liées à la mise en œuvre de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui prévoit l’élimination progressive de 90 % des droits de douane au cours des cinq à dix prochaines années. Il serait également utile de stimuler l’intégration régionale et d’harmoniser les taxes et redevances minières dans l’ensemble de la région. « Une approche régionale des industries extractives permettrait de constituer des chaînes de valeur qui, au-delà de la seule extraction, créeraient plus de richesses et d’emplois pour les habitants des pays disposant de ressources abondantes, souligne Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale pour l’Angola, le Burundi, la République démocratique du Congo (RDC) et Sao Tomé-et-Principe, et codirecteur de la publication. À cet égard, la ZLECAf et une plus grande intégration commerciale et économique régionale offrent une occasion sans précédent de développer la chaîne de valeur, de la mine au marché, sur le continent. En effet, le développement axé sur les ressources sera facilité par un meilleur accès à des marchés plus importants et par la capacité de mettre en commun les ressources, les compétences et les avantages compétitifs. »   Pour parvenir à une transition juste pour l’Afrique, et pour le monde entier, les pays de la région devront réussir à tirer équitablement parti des retombées économiques associées à l’exploitation des ressources naturelles. Assurer une bonne gouvernance et une gestion macrobudgétaire saine des recettes tirées de ces ressources, tout en se préparant à un avenir sobre en carbone : ces enjeux sont au cœur de la transition et doivent jouer un rôle central dans la transformation économique de l’Afrique.