
TRIBUNE. Nous sommes au troisième jour de manifestations populaires anti-Monusco. A mon humble avis, trois scénarios se profilent à l’horizon.
Scénario N* 1
En mettant en corrélation le discours de Bahati à Goma et le protocole signé à Luanda sur l’arrivée imminente de la Force Militaire Régionale, la conclusion logique qu’on en tire est la suivante : les dirigeants congolais ont décidé de chasser la Monusco pour donner carte blanche à la Force régionale. Ils ont levé l’option de déshabiller la MONUSCO pour habiller la force régionale de la Communauté des États de l’Afrique de l’Est dont la plupart des gouvernements membres ne rêvent que de prendre le contrôle total de la RDC.
Je crois percevoir en cours de réalisation le changement de méthode des occupants du Congo. Dans l’hypothèse où le pouvoir de Kinshasa travaille de mèche avec ce pouvoir d’occupation du Congo, alors le remplacement de la Monusco par l’EAC c’est simplement du blanc bonnet bonnet blanc. On fuirait simplement les aboiements du berger allemand pour nous jeter dans la gueule du loup.
En ce sens, l’occupation de la RDC uniquement par la Force Régionale composée des armées qui ont envahi la RDC depuis 1997 sera la meilleure des formules trouvée pour mener à terme et en silence, la sale besogne de la balkanisation et de la désintégration du pays.
Scénario N* 2
Dans le cas où l’ONU refuse de lâcher son gros gâteau que sont les richesses minières de la RDC et se décide de renforcer ses effectifs militaires comme elle a commencé à le faire depuis hier, alors son obsession à rester en RDC sera désormais prise pour une volonté de rester par défi sur le sol congolais et donc une provocation directe contre les aspirations profondes des congolaises et des congolais.
Le gouvernement de Kinshasa fera semblant de calmer les ardeurs du peuple mais le laissera exploser sa colère pour espérer obtenir, derrière cette pression populaire, le départ de la Monusco qu’il n’arrive pas officiellement à imposer autour d’une table de négociations. Dans un tel contexte, la confrontation risque d’aller crescendo avec beaucoup plus de morts côté civils congolais mais aussi davantage de discrédit de casques bleus et de l’illégitimité et de l’inutilité de leur raison d’être au Congo où, contrairement à leur mission de maintien de la paix, ils auront donné des preuves patentes d’y semer plus de chaos que de paix.
Scénario N* 3
Dans l’hypothèse où la Monusco sous une pression populaire de plus en plus accrue décide contre son gré de plier bagage et de quitter le territoire congolais, cela paraîtra comme une grande victoire de la part du pouvoir de Kinshasa qui, par un simple appel du président du sénat, aura réussi sans coup ferir à faire plier une armée de 19.000 militaires étrangers. Ce sera une grande victoire certes mais avouons-le, une victoire de COURTE DURÉE. Et ce, pour deux raisons.
La première raison, c’est la réaction inattendue de l’ONU qui dans le contexte actuel de guerre de la Russie en Ukraine et de rébellion larvée contre les anciennes puissances coloniales (épine dorsale de la même ONU) pour se ranger derrière une nouvelle puissance jugée par l’opinion africaine plus rassurante ( la Russie), aux yeux de l’ONU donc, accepter d’être chassé de la RDC équivaut à dévoiler son impuissance à la face du monde, à fournir de nouvelles idées de passer à l’offensive à tant de pays comme le Mali, la RCA et d’autres qui mijotent déjà le même plan de se libérer de sa tutelle.
Pour tout dire c’est pour l’ONU et les puissances occidentales qui la régissent, risquer de perdre l’hégémonie et la domination sur de nombreux pays et sur leurs ressources minières stratégiques qui risquent de basculer dans le camp de leurs coriaces ennemis que sont devenues la Chine et la Russie.
La deuxième raison qui fera de courte durée cette éventuelle victoire des dirigeants congolais, c’est bel et bien le scénario des événements qui adviendront après le départ de la Monusco.
Si dans la suite de leur départ du Congo, les tueries continuent à l’Est et que continuent à se faire jour les signes évidents de collusion de Kinshasa avec le Rwanda et l’Ouganda, le gouvernement congolais n’aura plus de bouc-émissaire pour justifier son impuissance à rétablir la paix en RDC. Le peuple risque de pointer cette fois-ci son doigt accusateur sur les dirigeants congolais eux-mêmes et de faire d’eux la prochaine cible de sa colère selon le récent schéma du Sri Lanka avec un président et ses dignitaires chassés de leur trône.
De toute évidence, la RDC est en train de traverser une zone de grande turbulence et il importe de scruter les signes de temps et de saisir la direction que veulent nous imposer les événements qui se précipitent sur le Congo. Comprendre de quelle manière ce qui nous arrive entre dans un enchevêtrement de causes et d’effets imprévisibles, c’est déjà un pas important pour saisir l’énigme de la semaine.