Le Président Diomaye face au mur : Dissoudre l’Assemblée ou laisser le régime se consumer de l’intérieur

TRIBUNE. Le pouvoir actuel était arrivé avec une promesse simple : casser le vieux système, tourner la page, ouvrir une nouvelle ère. Mais à force de vouloir faire du neuf avec du vieux, le régime donne aujourd’hui l’impression d’avoir simplement repeint les murs d’une maison dont les fondations restent occupées par les mêmes réflexes, les mêmes habitudes et les mêmes survivants du système d’hier.

Le président Bassirou Diomaye Faye voulait incarner la rupture. Pourtant, en maintenant une partie des mécanismes de l’ancien appareil, il a progressivement installé un climat de malaise politique au sommet de l’État.

Au plan politique, peut-être que Ousmane Sonko et Diomaye ont des divergences. Peut-être même des désaccords profonds sur la méthode, les priorités ou la direction du fameux “Projet”. Mais au plan institutionnel, ils continuent officiellement de travailler ensemble.

Et c’est précisément là que réside le paradoxe : un pouvoir qui affiche l’unité devant les caméras pendant que les rumeurs de fractures internes envahissent les couloirs du pouvoir, les réseaux sociaux et les états-majors politiques.

Alors oui, si — je dis bien si — ces divergences existent réellement et qu’elles deviennent suffisamment profondes pour paralyser durablement le fonctionnement du sommet de l’État, alors le président n’aura bientôt plus que ses choix à faire. Pas ses hésitations. Pas ses calculs tactiques. Ses choix.

Car depuis plusieurs mois, le Sénégal donne parfois le spectacle d’un exécutif absorbé davantage par ses tensions internes que par les urgences nationales. Pendant que les Sénégalais affrontent la vie chère, le chômage et les difficultés quotidiennes, le sommet de l’État semble prisonnier d’une guerre froide politique permanente.

Et certains pensent encore que limoger le Premier ministre réglerait le problème ?

Ce serait probablement l’erreur politique la plus risquée du quinquennat.

Parce que la réalité parlementaire est brutale : l’actuelle majorité reste largement acquise à Sonko et à PASTEF. Écarter le Premier ministre reviendrait à ouvrir une crise institutionnelle majeure où chaque vote deviendrait un champ de bataille et chaque décision un bras de fer.

Quant à gouverner par ordonnances pendant trois ans, cela transformerait la présidence en bunker politique assiégé, isolé et continuellement contesté.

Le Sénégal n’a pas besoin d’un pouvoir qui se surveille lui-même. Le Sénégal a besoin de clarté, de stabilité et de cohérence.

La seule issue crédible aujourd’hui exige du courage politique et non des calculs de survie : Dissoudre l’actuelle Assemblée nationale, Organiser des élections législatives anticipées, Redonner la parole au peuple sénégalais.

Et si, à l’issue de ces élections, le président n’obtenait pas une majorité claire, stable et renouvelée, alors il devrait avoir l’élégance républicaine de mettre son propre mandat dans la balance.

Oui, ce serait un séisme politique. Mais ce serait aussi un acte inédit de responsabilité démocratique dans une Afrique où beaucoup considèrent encore le pouvoir comme une propriété privée.

Car au fond, l’Histoire ne retient jamais ceux qui se sont accrochés au fauteuil. Elle retient ceux qui ont accepté de risquer leur pouvoir pour préserver la crédibilité des institutions et la dignité de la République.

Par Malick BA

Journaliste

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