Congo. Livre : Gémissements d’une jeunesse et chant d’espoir dans « Echo des sueurs fragiles » de Z-Ulrich de Dieu alias Bakoumissa Ngouani

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Echo des sueurs fragiles » de Z-Ulrich de Dieu alias Bakoumissa Ngouani
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POESIE. Dans ce recueil de poèmes, Z-Ulrich de Dieu alias Bakoumissa Ngouani développe les grandes problématiques qui bouleversent le monde d’aujourd’hui à savoir, la Covid-19, l’amour du prochain, le racisme, le destin d’un peuple.

De 2019 jusqu’à l’aube, tout est noir, vent tâché de sang, les voix se lèvent pour pleurer et personne ne parvient à essuyer les larmes du soleil. Au commencement était le mouvement, puis venait la nuit qui jusqu’alors emprisonne les rêves de son peuple dans une boîte. Plus rien ne marche comme avant, les Etats de leur côté se mobilisent pour mettre fin à cette pandémie à Coronavirus. Le poète, mené par la force des mots, entend blâmer cette Covid-19 ; « jusqu’à quand cette rosée de larmes/Qui façonne sur nos visages humides/Des mers de misère, famine… ?/ Je vivrai ! Je dirai stop, stop » p76.

Pour lui, la jeunesse africaine en général et congolaise en particulier devrait s’attacher aux vraies valeurs existentielles car cette jeunesse est devenue l’ombre de tous les vices dans lesquels elle se noie « A chaque fois qu’un bouchon crépite/ Sur l’autel de la bière, lieu où l’âme… » (p 50). Le poète est blessé par le frémissement nocif du temps qui l’invite à devenir un volcan chaque fois qu’il ouvre les pages de l’Histoire de son pays.

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Son cœur à lui est chargé de douleurs et désespérance « Ici, nos espoirs se déconstruisent/ ici, nos visions se détériorent (p 20). Au fil des poèmes, l’écriture se colore de pessimisme et l’inquiétude du poète se traduit par une suite d’interrogations : « j’oublie à quelle génération j’appartiens/ Dans quelle époque je sème mes rêves / Chaque jour mon regard percuté par l’angoisse (p 50) ». L’avenir, à cet effet, reste une préoccupation majeure pour le poète malgré son implication dans la formation.

Dans sa création artistique Ulrich Bakoumissa marche sur les empreintes des grands poètes comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Tati Loutard, Tchicaya Utam’si, Jean Blaise Bilombo Samba, Omer Massem, Gabriel Mwèné Okoundji, Ndongo Mbaye, Huppert Malanda…

Ce qui fait la beauté de ce recueil de poèmes, c’est aussi la capacité du poète à annoncer demain.

De nos jours, la question du ‘’futur’’ demeure au centre de l’existence des poètes.  Demain pour annoncer un chant qui chante, demain pour ouvrir les nouvelles mers rouges « Un chemin nouveau se dessine/ (p 31) Demain, un autre soleil (p 22) ».

Il revient à la nouvelle force montante des poètes de bien vouloir lire et relire les cimes de son cœur pour mieux harmoniser l’avenir afin que, comme l’affirme Tati Loutard, : « Et demain la lumière va déferler » (La Tradition du Songe, Présence Africaine, 1985, p 13).

La parole du poète est une parole capable de laver les blessures du temps et il est le seul à transmuter les ténèbres en une possibilité.  Ici, les mots sont inconsolables, « le temps enfante la détresse, pleure » p 28. L’Afrique et d’autres continents vivent dans son cœur comme les éclats du soleil. Il invite l’Homme à semer l’amour du prochain gage, pour tenir la planète terre debout « j’ai vu les princes de la terre partager la paix (p 66). C’est donc avec fierté que le poète peut voir : « Et Noir et Blanc marchent en symbiose / Pour embrasser le rêve bleu/ Des vivants mal aimés/ Sur ce continent s’achève le racisme (p 67) ».

Le poète insiste sur la frontière en tant qu’entité du monde moderne. Nous entendons par frontière ce lieu géographique, social, politique, idéal, matériel et immatériel dans lequel se développe, définit et classe « l’autre » par rapport ou par opposition à un groupe majoritaire qui s’identifie avec un « nous » collectif. L’amour efface tous les obstacles et rapproche les hommes quelles que soient leurs différences : « L’amour unique/ L’amour inconditionné/ Qui va au-delà des frontières (p 50) ».  

Z-Ulrich de Dieu alias Bakoumissa Ngouani est un enseignant de langue française au lycée Savorgnan de Brazza et écrivain congolais.  Auparavant, il avait publié deux recueils de poèmes : vent aux quatre saisons (Editions Renaissance Africaine, Paris, 2019) et Les pas du vent (Editions Renaissance Africaine, Paris, 2019). Son troisième ouvrage intitulé : Echos des sueurs fragiles, (Les Editions Essaim Plumes, 2021) constitue le champ de notre analyse. Dès les premières pages de ce recueil de poèmes, le poète annonce le désespoir au monde frappé par la misère et le manque d’humanité, « chaque jour qui meurt / Et la misère devient notre confrère » (p 15). De ce fait, la poésie est le lieu où le poète essaie de créer et recréer sa terre qui souffre depuis de longues années, « j’endure la douleur des vents blessés (p 18) / j’entends à peine la voix du succès qui peuple les ruelles de mon imaginaire (p 27) ».

Tristell Mouanda Moussoki

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