
LIBRES PROPOS. Il y a deux jours, les États-Unis ont annoncé avoir facilité un cessez-le-feu de 72 heures impliquant la RDC et le Rwanda. Cessez-le-feu qui a été confirmé par les Forces armées congolaises (FARDC) hier. Ça fait des mois que Washington appelle à la désescalade entre les deux pays. Une position d’autant plus surprenante qu’à Gaza, où l’armée israélienne tue les femmes et les enfants palestiniens comme des lapins, les mêmes Américains se montrent particulièrement opposés à tout cessez-le-feu entre le Hamas et Tsahal.
Comment comprendre leur posture vis-à-vis de la RD Congo, où le Rwanda et ses supplétifs du M23 propagent la mort et la désolation ? Et que dire des autorités congolaises qui acquiescent aux demandes de la Maison-Blanche alors que les États-Unis portent une lourde responsabilité dans la situation de chaos qui perdure dans la partie orientale de la RD Congo depuis deux décennies maintenant ? Comment peuvent-elles faire confiance à un pays qui a prouvé plus d’une fois que la destruction des vies au Congo (comme à Gaza d’ailleurs) était le cadet de ses soucis ?
En lisant le communiqué d’Adrienne Watson, la porte-parole du Conseil de sécurité national de la Maison-Blanche, les Congolais les plus avisés ont toutes les raisons du monde d’être inquiets. En effet, on peut lire dans le communiqué que « les États-Unis sont par ailleurs favorables à la reprise des processus de Nairobi et de Luanda visant à s’attaquer aux facteurs actuels et historiques qui perpétuent cette crise de longue date. »
Pour un esprit non averti, il n’y a rien d’inquiétant dans ces quelques mots. Mais seulement voilà : non seulement les processus de Luanda et de Nairobi font le jeu du Rwanda et de ses supplétifs présents en RDC, mais Washington semble reprendre ici les éléments de langage du Rwanda, qui inscrit l’instabilité au Kivu dans l’histoire tourmentée de cette région. Autrement dit, si le Rwanda attaque et déstabilise continuellement le Kivu, c’est parce que les Congolais hébergent de soi-disant « génocidaires » hutus rwandais sur leur territoire. D’où l’utilisation de la formule : « s’attaquer aux facteurs actuels et historiques qui perpétuent cette crise de longue date. » Or la crise actuelle dans le Kivu n’a rien à voir avec tout cela, mais bien avec les velléités hégémoniques du régime Paul Kagame.
En clair, les diplomates américains restent persuadés que le retour à la paix et à la stabilité dans l’Est du Congo passe aussi par le Rwanda. Alors que ce pays est à l’origine même des problèmes que connaît cette partie de la RD Congo.
C’est un véritable piège à con dans lequel le régime de Kigali enferme le Congo pour justifier les agressions répétées et l’occupation d’une partie du Kivu. Les dirigeants congolais, qui semblent ne rien comprendre, doivent impérativement rejeter les éléments de langage du Rwanda répétés à l’envi par les États-Unis. Tant que le rapport de force sur le terrain militaire ne sera pas inversé, le Rwanda continuera à déstabiliser le Congo… tout en comptant sur l’hypocrisie légendaire des États-Unis, mais aussi de l’Union européenne.
Par Patrick Mbeko