RD Congo. Investir le cerveau de l’ennemi pour anticiper ses actions

RD Congo. Investir le cerveau de l’ennemi pour anticiper ses actions

TRIBUNE. Réagissant à mon dernier post sur les déclarations de Paul Kagame au sujet du processus de Doha, certains compatriotes ont rappelé que Kagame avait boycotté le sommet de paix de Luanda (Angola), avant que les discussions ne soient transférées à Doha, au Qatar. À première vue, les faits semblent valider cette lecture. Mais, en réalité, la situation est bien plus complexe. En temps de conflit, il est indispensable de comprendre le logiciel mental de l’adversaire, entrer dans sa logique, saisir sa vision du monde, ses priorités et sa manière d’interpréter les événements. Sans cet effort, on risque de mal lire ses intentions, voire de poser des actes qui se retournent contre nous. C’est, selon moi, ce qui arrive à la RDC depuis le début de la guerre d’agression rwandaise menée sous le « masque » du M23. Au lieu de « cartographier » le logiciel mental de Paul Kagame, Félix Tshisekedi et ses proches ont tendance à décrypter les décisions de Kigali à travers leurs propres référentiels et préjugés. Résultat : Kinshasa a souvent été — et demeure — incapable d’anticiper les mouvements de Kigali, prenant parfois des décisions aux effets contre-productifs. Le soi-disant accord de paix signé et entériné à Washington est à cet égard éloquent : Tshisekedi a en effet cru que proposer les minerais stratégiques de la RDC aux Américains suffirait à les impliquer directement dans le conflit qui oppose le Congo au Rwanda. Revenons aux pourparlers censés se tenir le 15 décembre 2024 à Luanda entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi. Kagame ne s’y est finalement pas rendu, estimant que le sommet n’était « plus pertinent » dès lors que Kinshasa ne s’était pas engagé à négocier avec le M23. Tshisekedi a, à juste titre, dénoncé l’attitude de son homologue. La manœuvre était profondément malhonnête. Mais si l’on observe froidement la position de Kigali, qui relève à ne point de douter de la manipulation, on peut tout de même y déceler une certaine cohérence dans la mesure où Félix Tshisekedi a reconnu la « congolité » du M23 et la nécessité de neutraliser une menace contre le Rwanda (celle des FDLR) qui n’a jamais véritablement existé. Bref. Si les responsables congolais avaient réellement «cartographié» le logiciel mental du maître de Kigali, ils auraient peut-être mieux compris son modus operandi et, surtout, mieux anticipé ses prochaines actions. L’objectif ici n’est pas de devenir l’adversaire ou l’ennemi, mais de comprendre sa logique pour prévoir ses coups. Pour finir, chacun son domaine : la stratégie aux stratèges, le fanatisme aux fanatiques et thuriféraires, l’idiotie aux idiots. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

RDC/Rwanda. Processus de Doha : Paul Kagame n’a pas totalement tort

RDC/Rwanda. Processus de Doha : Paul Kagame n’a pas totalement tort

LIBRES PROPOS. Dans un entretien accordé à Al-Jazeera, le président Paul Kagame soutient que c’est Félix Tshisekedi — et non le Rwanda — qui a contourné les processus et initiatives africains de paix de Luanda pour se tourner d’abord vers le Qatar, puis vers les États-Unis. Cette déclaration vient conforter l’analyse que j’avais formulée à l’époque et aide à comprendre pourquoi la médiation angolaise a fini par se retirer. J’expliquais que Tshisekedi s’était tourné vers le Qatar parce qu’il était isolé au niveau sous-régional et ne semblait plus faire confiance à la médiation angolaise. Selon Kagame, « l’espoir » de Tshisekedi « était de pouvoir manipuler, soit le processus au Qatar, soit le processus ici à Washington, en sa faveur, parce qu’il considère que la RDC est trop grande, trop importante, que le monde entier convoite une part de ce qu’elle possède, et qu’il suffirait qu’il paie et manipule les gens pour obtenir le résultat qu’il voulait. » On peut ne pas porter le président rwandais dans son cœur, mais ses propos ne sont pas entièrement sans fondement. Lors d’échanges que j’ai eus avec des membres du pouvoir congolais impliqués dans les discussions avec les Américains et les Rwandais, il m’a été très clairement indiqué que le président Tshisekedi comptait faire des minerais critiques de la RDC une monnaie d’échange. Kinshasa n’avait, pour ainsi dire, rien d’autre à mettre sur la table. L’objectif immédiat était de freiner la progression du M23 pour sécuriser le régime. Les effets de cette approche court-termiste, aujourd’hui, se passent de commentaire. Par Patrick Mbeko

Et le piège se referma sur la RD Congo !

Et le piège se referma sur la RD Congo !

PARLONS-EN. Les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont finalement entériné l’« accord de paix » signé à Washington en juin dernier, sous le regard du président Donald Trump. Pas besoin d’être devin pour voir que le chef de l’État congolais l’a fait à contrecœur, lui qui avait posé comme préalable à toute signature avec le Rwanda le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Comme je l’ai rappelé dans un post il y a deux semaines, Tshisekedi n’avait, en réalité, guère d’alternative. Sa marge de manœuvre s’était considérablement rétrécie après la signature des protocoles d’accord avec le Rwanda et ses supplétifs du M23. Pris au piège de ses propres errements et soumis à de fortes pressions américaines, il a accepté de se rendre à Washington pour apposer sa signature sur un texte qui, au final, récompense d’une certaine manière le pays contre lequel son régime voulait précisément se prémunir, en attirant les États-Unis dans le secteur extractif congolais en échange d’un soutien militaire et diplomatique. Les images de la cérémonie à Washington parlent d’elles-mêmes. Et en diplomatie, les images pèsent parfois plus que les mots. Il existe des accords qui tiennent sans image forte immédiate, mais quand il n’y a aucun acte symbolique, la paix reste souvent fragile, contestée ou réversible. Un accord de paix sans poignée de main n’en est pas un. Tout le monde le sait, à commencer par les Américains et les Rwandais, grands gagnants de cet « accord de paix » aux contours singuliers. « Les dividendes de la paix sont la prospérité et les investissements, y compris les investissements américains », a déclaré Paul Kagame. Comprenne qui pourra. Pendant ce temps, dans le Kivu, on mesure concrètement les effets de cet « accord de paix » : il pleut des balles et des mortiers, et la population ne sait plus à quel saint se vouer. Bref, pour sortir la RDC de cette situation calamiteuse, Félix Tshisekedi n’aurait d’autre choix que de torpiller ce soi-disant accord de paix en demandant au Parlement de ne pas cautionner la faute qu’il vient d’entériner à Washington. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

Les Congolais et l’«omnipotent-omniprésent » Paul Kagame

Les Congolais et l’«omnipotent-omniprésent » Paul Kagame

LIBRES PROPOS. L’efficacité d’un ministre des Affaires étrangères est censée rejaillir sur la crédibilité de son pays sur la scène internationale. Dans le cas de la RD Congo, pays en guerre menacé de balkanisation, on repassera pour la cohérence. Voici donc la vice-ministre des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganagato Nakwipone, 31 ans, ex-tiktokeuse, à ce qu’on raconte. En l’absence de la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner, c’est cette jeune dame qui est censée piloter la diplomatie congolaise en pleine tempête. Que pourrait-on ajouter de plus sans sombrer dans la caricature ? Évidemment, tout cela doit être la faute de Paul Kagame, qui aurait trouvé le moyen d’infiltrer le cerveau de Félix Tshisekedi pour le pousser à nommer une responsable dont le parcours n’a quasiment aucun rapport avec la fonction. Oui, le Rwanda est responsable de tout, au pays de Lumumba. C’est bien connu : c’est le Rwanda qui a transformé Kinshasa en gigantesque fosse septique à ciel ouvert. C’est encore le Rwanda qui fait danser et faire la fête dans la capitale pendant que les habitants du Nord et du Sud-Kivu sont martyrisés. C’est toujours le Rwanda qui entretient l’insécurité et le chaos à Kinshasa, et qui veille scrupuleusement à ce que les universités congolaises produisent des « cancres heureux » en quantité industrielle. Si la société congolaise est devenue socialement dysfonctionnelle, voire carrément anomique, c’est, bien sûr, encore et toujours la faute du Rwanda et de son président Paul Kagame. Une fois qu’on a rejoué ce petit scénario rassurant, relayé par les soutiens du régime de Félix Tshisekedi, et qu’on s’est résigné à passer, aux yeux du monde, pour un peuple qui se raconte des histoires plutôt que d’affronter la réalité, il ne reste plus qu’à aller dormir en préparant la prochaine fuite en avant. Car, au fond, les premiers responsables de ce qui arrive à ce grand et beau pays restent ses propres dirigeants et sa société, qui refusent trop souvent de se regarder en face. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

Coup de gueule de mercredi: La RDC et ses médiocres préférés

Coup de gueule de mercredi: La RDC et ses médiocres préférés

Une société a besoin de repères et de figures d’inspiration pour fonctionner. Sans modèles (exemples à suivre), une société peut perdre son identité commune, manquer de vision d’avenir et se retrouver dans une forme de désorientation collective. C’est ce qui arrive à la société congolaise en générale et kinoise en particulier. Quand on observe cette société, notamment sa jeunesse, on ne peut que regarder l’avenir avec effroi. Les « modèles » de société en RDC (et même dans une bonne partie de sa diaspora) sont les politiciens, les pasteurs, les artistes musiciens et ce que certains appellent « influenceurs », autrement dit, des individus sans aucune valeur ajoutée pour la société. Les figures susmentionnées ne sont pas des « exemples à suivre » parce qu’elles contribuent positivement à l’avancement de la société congolaise. NON. La plupart de ces gens sont considérés comme des « modèles » parce qu’ils sont devenus « célèbres » et/ou se sont enrichis, le plus souvent, sur le dos de la population clochardisée (le cas des pasteurs et des politiciens). Au Congo d’aujourd’hui, on ne devient pas une « lumière » et/ou on ne « réussit » pas sa vie parce qu’on a bossé dur et qu’on est resté intègre. NON. On le devient généralement parce qu’on est chanté par les musiciens, parce qu’on a obtenu un poste important dans le gouvernement ou la haute administration publique, le plus souvent par des moyens peu orthodoxes, parce qu’on a été pistonné après avoir pratiqué la discipline très populaire du « djalelo », parce qu’on a su utiliser le nom du Christ pour entuber les autres, etc. C’est le prix de la « réussite » dans la société congolaise d’aujourd’hui. Une société sans repère dans laquelle les « ténèbres » éclaire la lumière et où ceux que l’on considère comme « élites » se retrouvent à la remorque des pasteurs incultes et des politiciens véreux. Tout s’est effondré. Le pays n’a plus d’élites. Les professeurs d’université, les médecins, les hauts cadres politiques et dans l’administration publique, les journalistes, etc., sont à l’image de la médiocrité ambiante qui y règne. Les universités produisent des cancres à une quantité industrielle. Certains sont fiers d’exhiber leurs diplômes dont la valeur équivaut à peine à celle d’une boite de papier mouchoir achetée dans un Duty free de l’aéroport de Bruxelles. Cela ne veut pas dire que tous les diplômés sortis des universités congolaises sont médiocres, mais que la grande majorité l’est probablement. Il suffit d’écouter le raisonnement de nos frères diplômés restés au pays ou même de suivre les débats de société impliquant la plupart d’entre eux pour s’en apercevoir. La société congolaise est socialement dysfonctionnelle, pour ne pas dire anomique. C’est une société où les principes et les valeurs moraux s’inclinent au profit d’une médiocrité devenue la norme. Les antivaleurs gouvernent, et avec elles, les pasteurs, les politiciens et les « influenceurs » de la décadence. Si vous osez remettre en question ce système d’imbécilisation collective et ses animateurs, les millions d’« imbéciles heureux » qui peuplent la République à démédiocratiser du Congo vous attaqueront et vous accuseront d’être « jaloux » de leurs « modèles », pour ne pas dire médiocres préférés. Qui d’autre que les êtres vivants qui y résident est mieux placé pour apprécier la « beauté » d’une fosse septique. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

Accord de paix RDC-Rwanda : Félix Tshisekedi pris au piège de ses errements et du Rwanda ?

Accord de paix RDC-Rwanda : Félix Tshisekedi pris au piège de ses errements et du Rwanda ?

PARLONS-EN. Le régime de Félix Tshisekedi a fait du retrait des troupes rwandaises de la RD Congo le préalable à toute signature d’accords avec le Rwanda. Sur Radio France Internationale (RFI), le ministre congolais de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, qui est aussi porte-parole du gouvernement, a réitéré cela, déclarant que « le président Tshisekedi ne peut pas aller signer la paix à Washington sans qu’on puisse constater que les troupes rwandaises se sont retirées de notre territoire ». Or, il y a près d’une semaine, Kinshasa a finalement accepté de signer le volet économique de l’accord de paix (le fameux accord de coopération économique) avec Kigali, alors que les troupes rwandaises sont toujours présentes sur le territoire congolais. Pourquoi cette volte-face ? Selon Muyaya, le gouvernement congolais a paraphé ce document « parce qu’il y a eu un progrès ». Dans le document qui a été signé, une section a été ajoutée, conditionnant la mise en œuvre de la coopération économique à l’exécution du CONOPS. Et c’est bien là le problème. Comment peut-on demander aux Rwandais de quitter le territoire congolais, alors que la réalité de leur présence n’est pas officiellement reconnue dans l’accord signé par Kinshasa et Kigali ? L’autre problème (et c’est ce que les Congolais doivent comprendre) est que l’essentiel de ce qui doit être fait a déjà été fait. Autrement dit, l’accord de paix et son volet économique ont été signés. Félix Tshisekedi et Paul Kagame ne vont pas signer un AUTRE accord; ils vont tout simplement entériner ce qui a déjà été paraphé par leurs représentants. Tout ceci témoigne de l’amateurisme avec lequel le régime de Tshisekedi a géré ce dossier depuis le début. Il n’y a pas de lisibilité ni de cohérence dans la démarche de Kinshasa. Si Félix Tshisekedi n’entérine pas les accords signés, il y a de fortes chances qu’il soit accusé de tous les maux, d’autant que Kinshasa n’a pas ratifié, à ce jour, l’accord de paix signé à Washington, alors que le Kigali l’a fait. Les Américains en sont conscients. S’il le fait, il va, d’une certaine manière, « récompenser » le Rwanda pour la guerre qu’il a menée contre le Congo et son peuple. Dans tous les cas, Tshisekedi est pris au piège de ses errements et du Rwanda, qui, faut-il le dire, n’a, en réalité, aucun intérêt à voir l’accord de paix (et son volet économique) aller de l’avant, même si celui-ci lui est profitable. La prédation dans le chaos est toujours plus profitable qu’en période de paix ou de stabilité. La RDC n’aurait pas dû signer l’accord de Washington. Patrick Mbeko

Procès Sarkozy, Mediapart et l’attentat du DC-10 d’UTA (RÉVÉLATIONS)

Procès Sarkozy, Mediapart et l’attentat du DC-10 d’UTA (RÉVÉLATIONS)

PARLONS-EN. Comme on le sait, le tribunal correctionnel de Paris a condamné l’ancien président français Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison pour avoir « laissé ses proches » démarcher la Libye de Mouammar Kadhafi en vue d’obtenir un financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007. Le tribunal a également reconnu l’existence d’un pacte de corruption passé avec Abdallah Senoussi, l’ancien responsable des services secrets libyens condamné pour avoir commandité l’attentat contre l’avion DC-10 d’UTA à la fin des années 1980. Pour avoir mené une enquête sur la guerre de l’OTAN contre la Libye en 2011 et documenté diverses opérations clandestines pilotées par les services secrets occidentaux (notamment la CIA, le MI6 et la DGSE) contre le dirigeant libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, je peux affirmer que des doutes sérieux subsistent sur l’implication de la Libye dans l’attentat contre le DC-10 d’UTA. Fabrice Arfi de Mediapart (média à l’origine de l’affaire Sarkozy) rappelle à juste titre la souffrance des familles des victimes de l’attentat, y compris Mme Maryvone Raveneau, la veuve du commandant de bord du DC-10. Mais ce qu’il semble ignorer, c’est que l’avocat de celle-ci a toujours mis en doute la thèse de l’implication libyenne, thèse découlant de l’enquête controversée menée par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière. J’ai interviewé l’avocat de Mme Raveneau en 2015. J’ai également discuté avec l’ancien directeur de cabinet du président François Mitterrand, Gille Ménage, qui suivait le dossier pour le compte de l’Élysée. Tous m’ont confié que la Libye de Kadhafi n’avait rien à voir avec l’attentat. Plus encore, l’avocat Mme Raveneau me confia que le juge Bruguière semblait être sous l’influence des Américains (notamment de la CIA), qui cherchaient à renverser Kadhafi, lui attribuant à tort la paternité des attentats de Lockerbie et d’UTA. Dans les deux affaires, la preuve de la culpabilité libyenne reposait sur des expertises manipulées du FBI. Fabrice Arfi et ses copains de Mediapart ne le savent peut-être pas. Je m’arrête ici… pour l’instant. Par Patrick Mbeko

Russie/USA. Et si Trump et Poutine avaient conclu un accord en Alaska ?

Russie/USA. Et si Trump et Poutine avaient conclu un accord en Alaska ?

TRIBUNE. Les trois heures d’échange entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur une base militaire en Alaska n’ont abouti à aucun « deal » ou avancée concrète. C’est en tout cas ce qu’a affirmé le président américain au sortir de la réunion avec son homologue russe. « Il n’y a pas d’accord », a-t-il déclaré. Volodymyr Zelensky et ses soutiens européens, qui craignaient que Russes et Américains décident du sort de l’Ukraine sans eux, ont poussé un ouf de soulagement. « C’est une très bonne nouvelle qu’il n’y ait pas eu d’accord, pour l’Ukraine et pour les Européens », estime Alberto Alemanno, professeur de droit européen à HEC Paris. De mon point de vue, il y a eu accord de principe entre Trump et Poutine sur la question ukrainienne. C’est dans l’ambiguïté du langage diplomatique utilisé par les deux présidents (surtout Donald Trump) que niche le diable. Eh oui ! En diplomatie, il ne suffit pas d’écouter ce qui est dit pour comprendre. Il est crucial d’examiner ce qui n’est pas dit dans les propos afin d’identifier les sous-entendus et les implicites. L’utilisation des termes volontairement vagues, polysémiques ou ouverts à interprétation multiple est essentielle quand on veut transmettre des messages délicats ou critiques. Deux aspects sont à considérer dans l’examen de la position russe : 1) la détermination de la Russie à conserver les territoires partiellement ou totalement conquis ; 2) les raisons profondes du conflit. Selon le Kremlin, il n’y aura pas d’accord avec les États-Unis sur la fin du conflit si les parties ne s’accordent pas sur ces questions fondamentales. Or à en croire Vladimir Poutine, Donald Trump désire « contribuer à la résolution du conflit ukrainien » et affiche « son désir d’en comprendre l’essence et d’en saisir les origines ». Autrement dit, Trump comprend mieux la position de la Russie, sans nécessairement la partager. Mais le meilleur est à venir. Dans son allocution, Poutine a également dit espérer que «L’ENTENTE» trouvée, selon lui, avec Trump puisse ouvrir « la voie à la paix en Ukraine », sans en préciser la teneur. « Nous espérons que Kiev et les capitales européennes prendront tout cela avec un esprit constructif et ne créeront pas d’obstacles ni ne tenteront de saper les progrès escomptés par des provocations ou des intrigues en coulisse », a poursuivi le président russe. Mais de quelle «entente» parle-t-il ? En tout cas, on comprend mieux les propos de Poutine en écoutant Donald Trump. Ce dernier a déclaré lors de la même conférence de presse : « Nous n’y sommes pas, mais nous avons fait des progrès », avant d’ajouter vaguement : « Il n’y a pas d’accord jusqu’à ce qu’il y ait un accord ». Cette phrase, à elle seule, dit tout et rien. L’ambiguïté du langage diplomatique n’est pas un simple défaut de communication, mais bien une stratégie délibérée qui permet de préserver des marges de manœuvre, d’éviter des ruptures brutales et de maintenir le dialogue entre acteurs dont les intérêts sont parfois irréconciliables. Mais le président américain ne s’arrête pas là. Il ajoute qu’ils (Poutine et lui) se sont « mis d’accord sur de nombreux points » sans livrer plus de détails. « Il n’en reste que très peu, certains ne sont pas très importants, mais l’un d’entre eux est probablement le plus important », a-t-il ajouté, tout aussi énigmatique. Pour couronner le tout, il a mis la pression sur Volodymyr Zelensky en déclarant sur Fox News qu’un accord pour mettre fin à la guerre « dépendait vraiment du président » ukrainien. Autrement dit, ce n’est plus Poutine le problème, mais Zelensky qui est invité à la Maison-Blanche ce lundi. Voilà pourquoi les principaux dirigeants de l’Union européenne sont en panique et ont décidé d’accompagner « bébé » Zelensky à Washington. Une «panique» qui en dit long sur la réalité de ce qui se passe en coulisse. Pour Donald Trump, qui est accusé injustement de tout concéder à la Russie, à défaut d’être un «agent russe», annoncer l’existence d’une entente ou même d’un accord de principe, au sortir de la réunion avec Poutine, aurait été imprudent, voire improductif. Il fallait donc montrer que les États-Unis n’ont rien cédé et entendent mêler l’Ukraine aux discussions. Ce lundi, on en saura davantage. Petite réflexion pour conclure : quand on est petit, voire insignifiant, on ne se mêle pas des linges sales des deux grandes puissances en jouant le sous-traitant de l’une au détriment de l’autre. Par Patrick Mbeko