
OPINION. Il aura fallu à peine 24h aux autorités congolaises pour réagir et sanctionner le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, accusé d’avoir tenu des propos à caractère xénophobe visant des Tutsis. Soyons clairs : ce type de discours est inacceptable et ne devrait jamais avoir sa place dans la communication d’une armée nationale. Point.
Mais maintenant, parlons vrai : fallait-il le suspendre comme un malfaiteur, en mode panique, sans nuance, sans pédagogie, sans proportion ? NON. Un blâme formel, public et sans ambiguïté, accompagné d’un rappel strict des règles disciplinaires, aurait suffi.
La suspension expéditive donne un signal catastrophique : dès qu’un sujet touche, de près ou de loin, au Rwanda, Kinshasa marche sur des œufs, comme si certains thèmes étaient intouchables, comme si la peur de froisser Kigali ou ses relais devait primer sur le bon sens et l’équité. Et surtout, où est la réciprocité ? Quand des responsables ou propagandistes liés au régime de Paul Kagame insultent, nient ou piétinent la mémoire des victimes congolaises, sont-ils sanctionnés ? Non. Quand on banalise les crimes commis sur le sol congolais, quand on méprise nos morts, quand on traite les Congolais comme quantité négligeable, qui s’excuse ? qui paie le prix ? Personne.
Donc oui, on condamne les dérapages. Mais on refuse l’hypocrisie et la justice à sens unique. La lutte contre la xénophobie ne doit pas être un prétexte pour imposer au Congo une prudence servile et un silence forcé, pendant que d’autres se permettent tout. Qu’on cesse les sanctions-spectacles. Un blâme, un recadrage, et on tourne la page. La suspension du général Ekenge doit être levée.