
PARLONS-EN. Après le Sommet USA avec les 49 dirigeants africains qui s’était tenu du 13 au 15 décembre 2022 à Washington dans la capitale américaine, c’est présentement le tour de la Russie et de la France à réunir les dirigeants africains respectivement à Saint Petersburg et à Kinshasa où se déroulent les 9e jeux de la Francophonie et ce, sans la participation du premier intéressé de la langue commune, qui n’a même pas jugé important d’en parler largement dans ses médias officiels.
Une foule de questions me traverse la tête, en l’occurrence :
– Pourquoi ces genres de sommets récurrents entre UN PAYS et tout un CONTINENT ne concernent que l’Afrique?
– Pourquoi le contraire n’est jamais envisageable, comme quoi le Nigéria qui organiserait un Sommet à Lagos entre avec les pays de l’Europe par exemple? Ou encore le doyen Paul Biya qui convoquerait un sommet à Yaoundé entre le Cameroun et les pays de l’Asie?
– Pourquoi ces sommets sont-ils convoqués à sens unique, c’est-à-dire chapeautés par un seul pays qui se croit plus fort et plus riche que tout un continent réuni et qui au fond des choses porte la prétention de croire donner des solutions globales à leurs problèmes internes?
– Qu’est-ce qui pousse les dirigeants africains à répondre favorablement à ces genres d’invitation obsolètes et dégradants?
– Quelles attentes cachées ont-ils derrière la tête lorsqu’ils sont reçus par Joe Biden à la Maison Blanche, par Macron à l’Elysee, ou encore à Pekin ou à Moscou?
– Qu’attendent-ils en retour pour trouver solution à leurs problèmes économiques, sécuritaires et diplomatiques internes?
Cette dernière question est le condensé de toutes les autres et permet de sonder la psychologie en profondeur des chefs d’état africains marqués au fer rouge par cet atavisme de DÉPENDANCE et d’ASSISTANAT de la part des pays moins dotés de ressources que les leurs propres.
L’éducation dispensée depuis l’époque coloniale et même après les indépendances cultive en nous dès le bas âge, l’esprit de soumission et ce complexe très profond vis-à-vis du “muzungu » conjugué à un profond sentiment des africains in capite et in membris (tant dans leurs chefs que chez les citoyens lambda) d’incapacité personnelle ou collective à se prendre eux-mêmes en charge et à faire décoller les économies et le niveau de vie de leurs pays par leurs propres initiatives et dynamisme.
Ceci est d’autant plus vrai que de nombreux gouvernements africains structurent le développement de leur pays sur base de maximisation de l’aide extérieure, étrangement considérée comme une ressource permanente. Leurs budgets annuels en dépendent en lieu et place d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies pour accélérer la croissance et réduire les inégalités.
Dans son ouvrage « Dead Aid », titre moins bien traduit dans son édition française : L’aide fatale. Les ravages d’une aide inutile, Dambisa Mboyo a voulu démontrer que cette aide extérieure est la cause principale de tous les maux de l’Afrique et cette mentalité-là d’en dépendre tue à petit feu le futur du continent africain.
L’enlisement et le blocage provoqués par cette aide fatale sur l’ensemble du continent noir constituent le profond ressort de la révolte de la jeunesse africaine d’aujourd’hui. Et le discours anti-impérialiste et la leçon magistrale d’Ibrahim Traoré, président Burkinabé, à ses pairs africains devant Vladimir Poutine semble faire mouche car il est un message limpide et fort qui cristallise le volontarisme anti-impérialiste de nouvelles générations africaines qui aspirent à une Afrique libre et ne supportent plus de voir leurs « chefs d’état africains se comporter en marionnettes qui dansent à chaque fois que les impérialistes tirent sur les ficelles », comme des laquais qui se complaisent à brader les souverainetés nationales en acceptant de recevoir constamment des ordres d la part des pays tiers ou en adoptant le minable profil des mendiants vis-à-vis de ceux qui veulent perpétuer l’ordre dominant ancien.
Pris dans cette logique du dominant qui invite le dominé à sa table avec des règles dictées par le premier, aucun sommet international avec l’Afrique ne sauvera le continent noir tout comme dans l’histoire des peuples, aucun pays ni aucun continent n’a jamais été sauvé par l’aide extérieure. Washington, Paris et Moscou viennent en Afrique où ils se mettent à amadouer les africains via des sommets interminables principalement pour promouvoir et défendre leurs propres intérêts géostratégiques et économiques.
Il n’y a pas de doute : si le discours du jeune président burkinabé au dernier Sommet de St Petersburg a accroché la grande majorité de l’opinion africaine, c’est justement en raison de sa volonté courageuse de couper le cordon ombilical. Regardant droit ses aînés dans les yeux, il a lancé une phrase significative : « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort ». Et parlant au nom de « sa » génération ( N.B. Il est âgé de 35 ans), lui comme la majorité de la jeunesse africaine sont convaincus que cet esclave est personnifié par les peuples africains. Voilà pourquoi ils ont un slogan « LA PATRIE OU LA MORT» et l’arme idéologique « LA RÉVOLTE » contre l’ordre néocolonial.
De Kemi Seba à Assimi Goïta et Ibrahim Traoré en passant par Ousmane Sonko, cette révolte diffuse contre l’ordre établi constitue le ressort profond de leur pensée et de leur agir et ils ont fait le choix de s’en servir pour sauver leur patrie contre les ingérences extérieures, contre cette aide fatale et infantilisante qui tue les initiatives africaines et contre les complicités intérieures de ces chefs d’état sclérosés, devenus la risée du monde et la honte de tout un continent.
Ibrahim Traoré et sa génération sont convaincus que, pour pouvoir aller de l’avant, l’Afrique doit se considérer désormais comme le seul héros de son destin, le seul Messie de sa propre libération et le seul moteur de son autonomie en matières de développement, de l’autosuffisance alimentaire et de stabilité politique et sécuritaire.
Par Germain Nzinga