
DROITS DE L’HOMME. Face aux violences xénophobes et afrophobes qui secouent l’Afrique du Sud depuis plusieurs semaines, le politologue camerounais Achille Mbembe dénonce une situation « hallucinante » qui compromet les idéaux de liberté, de solidarité et de dignité portés par les luttes menées sur le continent.
Interrogé sur cette vague de violences, il estime que « ce qui est important à mes yeux, c’est que l’on puisse témoigner de ce qui est en train de se passer, de la façon dont des Africains sont en train de traiter d’autres Africains ».
Dans cet entretien accordé à DW, l’intellectuel et directeur général de la Fondation de l’innovation pour la démocratie estime que « ce qui est en train de se passer contredit tout le travail qui a été fait au cours du XIXᵉ, XXᵉ siècle pour redonner, restituer aux hommes et aux femmes d’Afrique leur statut d’humanité pleine et entière ».
« Nous n’aurons aucune raison de demander au monde de nous traiter différemment »
Plus largement, « ce qui est en train de se passer réduit à néant tous les efforts effectués depuis la décolonisation pour transformer l’Afrique en un espace de liberté, un vaste espace de mouvement et de circulation, et faire de notre continent une puissance qui compte dans le monde », poursuit-il.
A ses yeux, « si nous acceptons de nous traiter de cette façon-là, c’est-à-dire de façon indigne, humiliante, nous n’aurons aucune raison objective de demander au reste du monde de nous traiter différemment ».
Enfin, le politologue appelle à une réponse à l’échelle continentale. Selon lui, « l’Union africaine devrait s’emparer de cette question, pas seulement pour blâmer l’Afrique du Sud, mais enfin pour arriver à la mise en place de politiques continentales qui permettent aux Africains de circuler librement ».
Adrien Thyg
Journaliste au sein de notre Rédaction.



