SENEGAL/La récolte sans semer : le nouveau sport national des héritiers de la moisson

LIBRES PROPOS. Il paraît que les miracles existent. Surtout en politique. Il suffit parfois d’arriver après la pluie, de sortir le parapluie et d’expliquer au village qu’on a provoqué l’averse.

Les prochaines retombées positives dont pourrait bénéficier le gouvernement dirigé par El Amine Lo risquent de faire naître une étrange épidémie : celle des découvreurs de succès instantanés. Des champions du « résultat express », capables de transformer deux mois de présence en deux années de labeur.

Petit problème dans cette belle fable : la graine avait déjà été plantée.

Avant les applaudissements, il y a eu le travail. Avant les communiqués victorieux, il y a eu les dossiers, les négociations, les arbitrages et les nuits blanches. Sous la Primature d’Ousmane Sonko, des jalons avaient été posés, des chantiers lancés, une mécanique mise en marche.

Mais la politique adore les illusionnistes. Certains excellent dans un numéro très populaire : disparaître pendant la saison des semailles et réapparaître au moment de la récolte avec un panier plus grand que le champ.

Le ridicule serait de croire qu’un gouvernement fraîchement installé possède une baguette magique capable de transformer en quelques semaines des années de préparation en moisson miraculeuse. Même les sorciers les plus talentueux auraient besoin d’un peu plus de deux mois pour fabriquer un miracle économique.

« Lolou amoul féne » : rien ne vient de nulle part. Les fruits ont une histoire, les résultats ont des racines, et les bilans ne poussent pas comme des champignons après une conférence de presse.

Alors que certains s’apprêtent peut-être à distribuer les médailles, il faudra simplement rappeler une vieille vérité paysanne : celui qui arrive avec la machette le jour de la récolte n’est pas forcément celui qui a défriché la forêt.

La politique est un théâtre où beaucoup veulent être applaudis pour la lumière allumée, mais où peu acceptent de reconnaître ceux qui ont installé les câbles.

La moisson est ouverte. Les paniers aussi. Mais dans les greniers de l’histoire, les vrais cultivateurs finissent toujours par laisser leurs empreintes.

Par Malick Ba

Journaliste

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