
LIBRES PROPOS. La récente interview accordée par le Président de la République, Denis Sassou Nguesso, à Allembé, au cours de laquelle il a qualifié certains Congolais de la diaspora d’« oiseaux de mauvais augure » et de « détracteurs », a suscité de nombreuses réactions dans l’opinion publique. Cette nouvelle mise en cause de la diaspora interpelle, car réduire cette qualification à une seule catégorie de Congolais revient à ignorer une réalité politique beaucoup plus large.
En vérité, les « oiseaux de mauvais augure » ne sont ni l’apanage de la diaspora ni celui d’un seul camp politique. Ils sont présents dans toutes les composantes de la vie nationale : au sein de la majorité présidentielle, de l’opposition, de l’administration, de la société civile et même parmi les Congolais établis à l’étranger.
Les véritables « oiseaux de mauvais augure » sont ceux qui prospèrent grâce aux contre-vérités, aux manipulations, aux intoxications médiatiques, aux fausses informations, au tribalisme, à l’ethnocentrisme et aux intérêts particuliers. Ce sont ceux qui préfèrent préserver leurs privilèges plutôt que de servir l’intérêt supérieur de la Nation.
Ils sont également ceux qui, au cœur même de l’appareil d’État, présentent une réalité embellie au Chef de l’État, masquent les difficultés du pays et empêchent la mise en œuvre de réformes structurelles capables d’améliorer durablement les conditions de vie des Congolais. Les échecs répétés de certaines politiques publiques, notamment lors des différentes municipalisations accélérées, illustrent les limites d’une gouvernance parfois déconnectée des réalités du terrain.
Dans la diaspora également, certains acteurs se comportent comme des gardiens d’une pensée unique, refusant tout débat contradictoire et toute analyse nuancée. Persuadés de détenir la vérité absolue, ils privilégient les postures idéologiques au détriment de propositions concrètes pour le développement du Congo.
L’opposition n’échappe pas davantage à cette critique. Une partie de celle-ci peine encore à construire une alternative politique crédible, articulée autour d’un véritable projet de société capable de répondre aux défis économiques, sociaux et institutionnels auxquels le Congo est confronté.
La réalité quotidienne des Congolais rappelle pourtant les véritables urgences nationales : accès insuffisant à l’eau potable, déficits persistants en électricité, pénuries récurrentes de carburant, difficultés d’accès à des soins de qualité, chômage massif des jeunes et faibles perspectives économiques. Ce sont ces défis qui devraient constituer le cœur du débat public.
Reconnaître ces difficultés ne signifie pas nier les avancées réalisées. Les infrastructures routières, notamment la liaison entre Pointe-Noire et la frontière camerounaise, témoignent d’efforts réels en matière d’aménagement du territoire. Mais ces progrès, aussi importants soient-ils, ne sauraient occulter les attentes profondes des populations en matière de gouvernance, de développement humain et de justice sociale.
Le concept d’« accélération de la marche vers le développement », longtemps présenté comme un cap stratégique, suscite aujourd’hui des interrogations légitimes quant à sa concrétisation. Les ambitions affichées doivent désormais être évaluées à l’aune des résultats tangibles et du vécu quotidien des citoyens.
Au-delà de la polémique, la déclaration présidentielle introduit un nouveau marqueur dans le vocabulaire politique congolais. En assimilant les critiques à des « oiseaux de mauvais augure » ou à des « détracteurs », le risque est de transformer le débat démocratique en une opposition entre adhésion et contestation, alors que toute démocratie mature se nourrit de la pluralité des opinions, de la critique constructive et de la confrontation des idées.
L’enjeu géopolitique et stratégique pour le Congo est désormais clair : rassembler toutes les compétences nationales, qu’elles résident au pays ou dans la diaspora, autour d’un projet commun de souveraineté, de développement et de stabilité. Dans un contexte africain marqué par de profondes recompositions politiques, économiques et sécuritaires, le Congo ne peut se permettre de considérer toute voix critique comme une menace. La critique responsable, lorsqu’elle s’accompagne de propositions, constitue au contraire un levier de gouvernance et un instrument de renforcement de l’État.
« En démocratie, la critique n’est pas une menace contre l’État ; elle est l’un des instruments qui permettent de le renforcer. Ce n’est pas la contradiction qui fragilise une nation, mais l’incapacité à l’entendre. » Internaute.
« Un pouvoir sûr de sa légitimité ne craint jamais la critique ; il l’écoute, la confronte aux faits et s’en sert pour améliorer son action. » Internaute
Fait à Bruxelles, le 28 Juillet 2026
Evrard NANGHO
Le Patriote Engagé
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