Quand la sortie devient une entrée. Le cas de l’Afrique

TRIBUNE. En politique, les Peuples et les États sont souverains. Mais, quand même. Où laissons-nous les valeurs de transmission ? Le cas de l’Afrique nous y oblige aujourd’hui plus qu’hier.

Depuis quelque temps, sur le continent africain, le troisième mandat présidentiel, au-delà des deux mandats constitutionnels, tente les Chefs d’État en chaire. Présenté, tantôt comme une nécessité de continuité, tantôt comme une adaptation aux réalités du pays, il s’impose d’abord par la voie légale. Et, tant que tout est réalisé dans le cadre des institutions, tout passe.

Encore qu’en République du Congo, le référendum pour instituer un troisième mandat présidentiel, en 2015, a donné lieu à des violences regrettables. En République Démocratique du Congo, le pays est actuellement sur la voie d’un troisième mandat. La Cour Constitutionnelle y a avalisé la logique. Là, comme ailleurs, la légalité couvre la manœuvre et impose le silence.

Contre toute attente, le débat sur, on peut s’y avancer, l’esprit du troisième mandat présidentiel, vient de connaître un nouveau rebondissement. Il ne s’agit plus seulement de prolonger l’exécutif. La sortie de celui-ci devient une autre entrée. La porte s’ouvre désormais dans des institutions, tel le Sénat, comme pour faire promouvoir un mandat à un Chef d’État de manière insidieuse en le plaçant de façon tout à fait légale et constitutionnelle à la tête du Sénat.

L’enjeu ne touche donc plus seulement la durée du pouvoir, mais à l’architecture même des institutions de la République et à la reconfiguration des contre-pouvoirs.

Cette logique de sortie s’ouvrant sur une entrée, si elle se poursuit, pourrait dessiner une pente dangereuse. Celle de la monarchisation des États. De modifications en modifications des dispositions constitutionnelles, pour éviter que les Chefs d’État ne descendent totalement de charges, pour redevenir de libres citoyens, on finit par verrouiller le système. On organise la permanence au lieu de l’alternance. Et à force de bricolages juridiques, nul doute que l’on glissera vers une tendance monarchique pour conserver le pouvoir d’État.

Les conséquences sont déjà visibles. D’abord, la politique pour la politique. Une politique d’appareil, de calculs et de conservation. Ensuite, une politique vidée de son sens cardinal, sans qu’on lui insuffle les valeurs morales dont celles qui procèdent de la transmission républicaine. Or un pouvoir d’État ne se transmet pas comme un héritage. Il se lègue par des principes, par des limites, par l’exemple de la sortie, tout à l’honneur et à la dignité du sortant.

La souveraineté des Peuples ne peut donc pas se réduire à la validation formelle de chaque étape. Elle commande aussi de s’interroger. A quoi sert une Constitution si elle doit etre retouchée chaque fois qu’elle gêne ? À quoi sert une alternance si la sortie n’est qu’un couloir vers une autre entrée ?

Le cas de l’Afrique, en cela, interpelle. Il ne s’agit pas de nier les réalités propres à chaque pays. Il s’agit de préserver ce qui fonde la République. La fin légale d’un mandat, la possibilité d’un autre visage, l’idée que le pouvoir n’appartient à personne.

Quand la sortie devient une entrée, la démocratie recule d’un pas. Et c’est toute la valeur de transmission qui s’efface.

Paris 7 août 2026

Ouabari Mariotti

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