La région MENA fait peu de cas du capital humain

«La richesse de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) a progressé au cours des deux dernières décennies», indique un nouveau rapport de la Banque mondiale sur l’évolution de la richesse de 146 pays du monde entre 1995 et 2018. Selon cette étude, qui prend en compte le capital naturel renouvelable (forêts, terres cultivées et ressources océaniques par exemple), le capital naturel non renouvelable (comme les minéraux et les combustibles fossiles), le capital humain (revenus d’une personne durant toute sa vie), le capital produit (bâtiments, infrastructures, etc.) et les actifs étrangers nets, l’augmentation de la richesse dans la région MENA s’est faite dans une moindre mesure que le PIB régional sur la même période. Dans son rapport, qui comptabilise pour la première fois le capital naturel «bleu», à savoir les mangroves et les ressources halieutiques marines, l’institution de Bretton Woods relève également que «le capital humain représente la part la plus faible de la richesse totale par rapport aux autres régions, avec un déséquilibre significatif entre les sexes». Sachant que le capital naturel non renouvelable constitue une grande partie de la richesse de la région, les auteurs dudit rapport estiment que cela pose des difficultés aux pays dépendants des ressources fossiles en raison de la volatilité des prix. Selon toujours le rapport, il apparaît que «les pays tributaires des revenus tirés des combustibles fossiles se heurtent à des défis singuliers face aux efforts mondiaux visant à engager un développement sobre en carbone». Par ailleurs, bien que les terres cultivées demeurent le principal actif naturel renouvelable de la région, l’étude révèle que «leur part dans la richesse par habitant a diminué au cours des deux dernières décennies», note la Banque mondiale estimant que la région devra préserver et restaurer ses actifs naturels renouvelables pour favoriser une plus grande diversification de sa richesse. A l’échelle mondiale, le rapport constate que l’augmentation de la richesse s’est faite au détriment de la prospérité future, tandis que les inégalités se sont creusées. Si la richesse mondiale a considérablement progressé entre 1995 et 2018, et les pays à revenu intermédiaire rattrapent les pays à revenu élevé, force est de constater que cette plus grande prospérité s’est accompagnée d’une gestion non durable de certains actifs naturels, a souligné le rapport. Conséquence d’une déforestation importante, «les pays à revenu faible et intermédiaire ont vu leur richesse par habitant issue des forêts diminuer de 8% entre 1995 et 2018», a fait savoir l’institution internationale. De plus, sur la même période, «la valeur des réserves halieutiques s’est effondrée de 83% en raison d’une mauvaise gestion et de la surpêche», a poursuivi la Banque mondiale ajoutant que les effets prévus du changement climatique pourraient exacerber ces tendances. En ce qui concerne les inégalités qui se sont creusées au cours de la période étudiée, le rapport note que la part des pays à faible revenu dans la richesse mondiale a très peu évolué entre 1995 et 2018 et demeure inférieure à 1%, alors qu’ils représentent environ 8% de la population mondiale. Et de constater que plus d’un tiers d’entre eux ont vu leur richesse par habitant diminuer. La Banque mondiale observe également que «les pays dont la richesse est en baisse ont également tendance à dégrader leur socle d’actifs naturels renouvelables». Alors que, pour les pays à faible revenu, «il est primordial que le capital naturel renouvelable qui représente 23% de leur richesse soit correctement géré», fait-elle remarquer. Pour Mari Pangestu, directrice générale de la Banque mondiale pour les politiques de développement et les partenariats, «une compréhension plus poussée et plus nuancée de la durabilité des richesses est indispensable pour bâtir un avenir vert, résilient et inclusif». Dans une déclaration en lien avec le rapport, elle a estimé qu’« il est essentiel d’accorder la même importance au capital naturel renouvelable et au capital humain qu’aux sources plus traditionnelles de croissance économique, afin que les décideurs politiques prennent des mesures pour assurer une prospérité à long terme». Alain Bouithy
Le taux de participation de la main d’œuvre féminine marocaine peine à se redresser

Le Maroc, à l’instar d’autres pays de la région MENA (Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord), enregistre un taux de participation des femmes au marché du travail parmi les plus faibles au monde, relève une étude sur les coûts économiques des inégalités de genre dans le marché du travail au Maroc. D’après cette étude, publiée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) et ONU-Femmes, «plusieurs obstacles jugés principaux et d’autres complémentaires peuvent être à l’origine de la faible participation des femmes au marché du travail». En effet, l’étude pointe du doigt, en l’occurrence, les normes liées au genre, le cadre juridique, la structure de l’économie et du marché du travail, le capital humain. Elle soutient que ces facteurs influencent à la fois l’offre et la demande de travail. Se référant aux données du Haut-commissariat au plan (HCP), l’étude indique que le taux d’activité au Maroc s’est établi en 2019 à 21,5% pour les femmes contre 71% pour les hommes ; tandis que le taux d’emploi s’est élevé à 18,6% contre 65,5% pour les hommes. Pour la DEPF, qui relève du ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, l’analyse des statistiques montre que «le Maroc accuse non seulement un retard par rapport aux niveaux mondiaux de participation des femmes à la population active, mais il enregistre également une tendance inverse, avec une réduction de 24% des taux d’activité depuis 2000». Si l’on en croit les auteurs de ladite étude, cette tendance n’est que partiellement attribuable à la conjoncture économique ou à d’autres facteurs structurels, au regard du fait que sur la même période, les taux d’emploi et d’activité des hommes n’ont reculé que respectivement de 4% et de 10%. Il est important de préciser que, pour cerner les facteurs déterminant l’accès des femmes à l’activité au Maroc, l’étude s’est appuyée sur les données émanant du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2014). D’après les auteurs, ils se sont focalisés sur la population urbaine en âge de travailler (à savoir les personnes âgées de 15 à 60 ans), tout en excluant les étudiants et ce, afin de se concentrer sur le choix de l’emploi au lieu des choix liés à la scolarisation. C’est ainsi qu’une analyse multivariée a été appliquée permettant d’estimer économétriquement l’emploi féminin moyennant la méthode d’estimation «probit», précise-t-on. Il est ainsi ressorti que «les contraintes familiales, en l’occurrence le nombre d’enfants à charge, constituent un obstacle important orientant la décision des femmes d’intégrer le marché du travail», souligne l’étude affirmant que ces mêmes contraintes sont largement à l’origine du recours des femmes au marché du travail en quête de sources de revenus additionnelles. A ce facteur s’ajoute une réalité bien connue de tous : la proportion de femmes dans le ménage affecte sensiblement leur accès au travail du fait qu’un poids élevé des femmes dans un ménage leur procure plus de chance d’accéder à l’autonomie économique, fait savoir l’étude. «Pour ce qui est de l’effet de l’éducation sur l’accès des femmes à l’activité, les analyses effectuées font état d’effets contrastés en fonction des secteurs d’activité», poursuit la même source. Si les niveaux d’éducation du primaire au secondaire collégial exercent un effet positif sur la probabilité de l’emploi des femmes dans l’industrie, les statistiques tendent à montrer que «l’accès au niveau d’étude supérieur impacte négativement la probabilité de l’emploi des femmes dans ce secteur», note l’étude précisant que le statut dominant des employées dans l’industrie étant celui d’ouvrier sans généralement une qualification. L’étude, produite avec le soutien financier de l’Union européenne et de l’Agence française de développement (AFD), affirme en revanche que l’accès aux études qualifiantes et supérieures impacte positivement la probabilité de l’emploi des femmes dans le secteur des services. A noter que «l’effet de l’accès à l’éducation (valable pour les quatre niveaux étudiés) est très important pour que les femmes aient une chance d’accéder à un emploi dans le secteur public», selon les auteurs qui notent, à cet égard, que les femmes diplômées sont très concentrées dans le fonctionnariat. En effet, plus de la moitié des femmes diplômées du supérieur (55%) en activité sont embauchées dans le secteur public contre moins d’un tiers (28%) dans les services. Selon toujours cette étude, près de 54% des femmes fonctionnaires disposent de diplôme d’études supérieures et 30% d’entre elles d’un diplôme du niveau secondaire. Alain Bouithy
La pandémie menace d’aggraver l’extrême pauvreté dans la région MENA

Les pays de la région Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA) doivent agir sans délai pour inverser la tendance à l’aggravation de l’extrême pauvreté, a insisté la Banque mondiale dans un nouveau rapport sur«La pauvreté et la prospérité partagée ». Selon le rapport rendu public récemment, « le taux d’extrême pauvreté dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord a connu une nouvelle hausse, pour presque doubler entre 2015 et 2018 ».Il est passé de 3,8% en 2015 à 7,2% en 2018, a affirmé l’institution internationale rappelant que cette hausse s’ajoute à une première augmentation de 2,3% enregistrée avant 2015. Plus grave encore, « le taux actuel de pauvreté dans la région MENA pourrait atteindre 7,9%, dans un contexte où les conséquences de la pandémie de Covid-19 viennent aggraver les effets des conflits et des dérèglements climatiques », a estimé la Banque mondiale faisant savoir que la pandémie menace de précipiter au moins 3 millions de personnes de plus dans l’extrême pauvreté. L’institution de Washington rappelle par ailleurs que des projections récentes montrent qu’à court terme, « l’aggravation de la pauvreté pourrait être encore bien pire, et même aller jusqu’à multiplier par deux le nombre de pauvres dans certains pays ». A en croire la Banque mondiale, l’augmentation du taux d’extrême pauvreté dans cette partie du monde résulte principalement des répercussions des conflits qui perdurent en Syrie et au Yémen. Mais pas seulement. Dans des propos cités dans un communiqué de l’institution financière, Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, note que «ces nouvelles données peu réjouissantes nous rappellent comment les conflits, le changement climatique et les problèmes de gouvernance – auxquels s’ajoute à présent la pandémie de Covid-19 – combinent leurs effets pour détruire des vies, les moyens de subsistance des populations et la prospérité de la région tout entière ». Comme il l’a promis, l’institution continuera d’aider les pays de la région MENA à arrêter la propagation de la maladie et à protéger et prendre soin de leurs populations. Ace propos, Nadir Mohammed, directeur régional de la Banque mondiale pour la croissance équitable, les finances et les institutions au Moyen-Orient et Afrique du Nord, partage le constat que «la pandémie entraîne dans la pauvreté des groupes de personnes qui avaient jusqu’ici été relativement épargnées et qui sont aujourd’hui frappées de plein fouet, à savoir les habitants des zones urbaines et les petits entrepreneurs informels ». Par ailleurs, « le chômage, déjà exceptionnellement élevé avant la pandémie de Covid-19, s’est encore aggravé, ce qui réduit d’autant plus les perspectives d’emploi déjà trèslimitées des jeunes et des femmes de la région », poursuit-il notant que les résultats d’enquêtes menées par téléphone montrent que les familles sont désormais contraintes de puiser dans leurs économies et que l’insécurité alimentaire progresse. Mis à part l’effondrement des cours du pétrole, qui exacerbe aussi les problèmes structurels sous-jacents des pays de la région et touche tous les aspects de leurs économies, « la pandémie a creusé les inégalités déjà présentes dans la région ». En effet, il a exposé « les vulnérabilités des systèmes sociaux, politiques et économiques, ce qui contribue à amplifier les effets de la pandémie elle-même », a fait savoir la Banque dans son communiqué tablant sur un coût pouvant se chiffrer à environ 3,7 % du PIB régional de 2019, soit quelque 100 milliards de dollars. Pour faire face au coronavirus, la Banque mondiale rappelle qu’elle a mis en place un plan de riposte en plusieurs phases dans la région MENA s’inscrivant dans le cadre plus général de sa riposte mondiale, mais aussi de sa stratégie régionale. Il estsouligné qu’« au cours de la première phase, la Banque apporte son aide aux systèmes de santé publique et d’aide sociale d’urgence pourl’achat des produits nécessaires, l’amélioration de la surveillance et le renforcement des capacités sanitaires », a-t-elle expliqué sur son site web. Dans ce cadre, l’institution de Washington a ainsi « débloqué près de 700 millions de dollars pour aider les pays à faire face à leurs besoins les plus urgents, notamment en mettant en place sept nouvelles opérations et en réorientant les financements de dix projets en cours », selon la même source. Outre l’aide au renforcement des dispositifs de protection sociale des pays de la région, notamment par le biais de transferts monétaires aux plus vulnérables et de programmes d’appui aux petites entreprises, « la Banque mondiale aide les gouvernements à étendre la portée des programmes de transferts monétaires et les publics visés, en vue d’orienterles fonds vers les ménages les plus vulnérables et ceux qui risquent d’avoir perdu leur emploi ou leurs sources de revenus », a-t-on ajouté. Au niveau mondial, pour la première fois depuis plus de vingt ans, les auteurs du rapport prévoient que le taux d’extrême pauvreté devrait augmenter en 2020. Selon la Banque mondiale, « la pandémie risque d’entraîner entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté cette année et jusqu’à 150 millions d’ici à 2021, en fonction de la gravité de la récession économique ». Elle précise que l’extrême pauvreté, dont le seuil est fixé à moins de 1,90 dollar par jour, devrait ainsi toucher entre 9,1 % et 9,4 % de la population mondiale en 2020, soit un retour en arrière de l’ordre du taux de 9,2 % enregistré en 2017, peut-on lire. Alain Bouithy
La Banque mondiale exhorte les économies de la région MENA à davantage de transparence

Au Maroc comme dans d’autres pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), l’amélioration de la transparence est essentielle pour contenir le coronavirus, stimuler la croissance et renforcer la confiance, selon un nouveau rapport de la Banque mondiale. « La transparence sur les questions économiques critiques – comme la dette publique et l’emploi – sera un élément déterminant pour stimuler la croissance et renforcer la confiance dans les institutions publiques », a en effet affirmé l’institution financière internationale dans son dernier bulletin d’information économique consacré à cette région. Intitulé « Importance de la transparence pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord », ledit rapport a été rendu public récemment. Il recommande une plus grande transparence aux économies de la région. Soulignons que cet appel survient alors que la région MENA est confrontée à un double choc sans précédent associé à la pandémie du COVID-19 et à l’effondrement des prix du pétrole, comme a fait remarquer la Banque mondiale. Pour cette dernière, « ces chocs ralentissent davantage la croissance économique déjà faible dans la région, une faiblesse attribuable en partie au manque de transparence des données ». Concernant les estimations de coûts de la crise actuelle, le rapport a indiqué que celles-ci « sont fluctuantes » et « peuvent varier en quelques jours », arguant ainsi qu’« il est difficile de prédire comment l’économie mondiale, les politiques nationales et les sociétés de manière générale réagiront à la propagation de la pandémie ». Pour illustrer son propos, la BM a d’abord attiré l’attention sur le fait que « le rapport montre comment la propagation de la COVID-19, associée à l’effondrement des prix du pétrole, modifie les prévisions de croissance du secteur privé et de la Banque mondiale pour 2020 ». L’institution a par la suite noté : si les prévisions pour la région MENA prévoyaient pas plus tard que le 19 mars dernier que ces deux chocs coûteraient environ 2,1% du PIB régional, ce taux a été revu le 1er avril autour d’environ 3,7%. Ce qui correspond alors à près de 116 milliards de dollars. « Dans toute la région, la transparence peut aider à assurer la croissance et renforcer la confiance dans les années et les décennies à venir », a affirmé le vice-président de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, Ferid Belhaj. Pour sa part, Rabah Arezki, économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, a estimé qu’«en investissant immédiatement dans la transparence, la région va pouvoir sortir du cycle vicieux de la méfiance et du manque de responsabilité de l’Etat». A propos toujours de transparence, il ressort que « la faible croissance dans la région MENA est due, pour une grande part, au manque de transparence », a fait savoir le rapport rappelant que cette région est la seule au monde à avoir connu une baisse de sa capacité statistique et de la transparence depuis 2005. Afin de mieux apprécier le rôle que joue la transparence dans l’économie, l’économiste en chef adjoint de la Banque mondiale et chef de l’équipe de rédaction du rapport, Daniel Lederman, a de son côté rappelé : «La baisse de la transparence dans la région MENA entre 2005 et 2018 pourrait avoir entraîné une perte de PIB par habitant comprise entre 7 et 14%». Selon le rapport de la BM, le manque de transparence empêche la réalisation d’analyses crédibles sur la viabilité de la dette de la région MENA, qui sera un sujet important à examiner après la crise. En outre, « les pays de la région utilisent diverses définitions de l’emploi, ce qui complique les analyses de l’emploi informel et du chômage », a noté le document estimant que cela laisse planer un doute sur les indicateurs du chômage et de l’emploi informel. Enfin, selon le rapport, le « COVID-19 plombe les économies de la région MENA de quatre manières : détérioration de la santé publique, baisse de la demande mondiale de biens et services de la région, recul de l’offre et de la demande intérieures en raison de l’application de mesures de distanciation sociale et surtout chute des prix du pétrole ». Alain Bouithy
Essoufflement de la croissance de la région MENA en 2019

La croissance de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) devrait enregistrer un ralentissement en 2019 imputable aux réductions de la production pétrolière, à la faiblesse de la demande mondiale d’or noir et à la contraction plus forte que prévu de l’économie iranienne, a souligné récemment la Banque mondiale dans un nouveau rapport. « Les perspectives de croissance pour l’année en cours ont été rabaissées de 0,8 point de pourcentage par rapport aux projections du mois d’avril dernier », a relevé l’institution financière internationale soulignant que la croissance de la région devrait afficher une croissance de 0,6 % contre 1,2 % en 2018. Selon la Banque mondiale, la relance de l’activité non pétrolière dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar -, surtout dans le secteur du bâtiment, a partiellement atténué l’impact négatif du ralentissement de l’économie iranienne sur les performances moyennes de la région. Mais cela ne veut pas dire pour autant que la région MENA serait sortie de l’ornière puisque « des risques de dégradation substantiels assombrissent les perspectives économiques de la région », a poursuivi la Banque mondiale dans un communiqué citant principalement l’intensification des difficultés de l’économie mondiale et la montée des tensions géopolitiques. En effet, « les risques de nouvelle escalade des tensions régionales pourraient gravement affaiblir l’économie iranienne et se répercuter sur d’autres pays de la région », a-t-elle prévenu. Aussi, « alors que nombre de pays exportateurs de pétrole de la région MENA devraient tirer profit d’une hausse des prix pétroliers à court terme, celle-ci devrait globalement nuire au commerce, à l’investissement et à l’infrastructure à l’échelle régionale », a ajouté l’institution de même source. Qu’à cela ne tienne, à moyen terme, la Banque mondiale prévoit une progression du PIB réel de 2,6 % en 2020 et 2,9 % en 2021 dans la région, précisant que « ces projections positives reposent en grande partie sur l’accroissement des investissements consacrés aux infrastructures dans les pays du CCG et sur la reprise de l’économie iranienne à mesure que s’estompent les effets des sanctions américaines ». Dans son rapport, l’institution de Bretton Woods a aussi relevé le besoin d’une concurrence plus loyale pour favoriser une croissance solidaire dans la région. Selon elle, la domination des marchés par les entreprises publiques et des opérateurs jouissant des bonnes connexions politiques décourage l’investissement privé, réduit le nombre d’emplois et exclut de la prospérité un nombre incalculable de jeunes gens talentueux. Dans tous les cas, « l’absence de concurrence loyale dans la région freine le développement du secteur privé, alors qu’il s’agit du moteur d’une croissance généralisée et de la principale source d’emplois », a expliqué Rabah Arezki, économiste en chef de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Pour ce dernier, il ne fait aucun doute que « les pays de la région pourraient transformer leur économie en instaurant des règles du jeu équitables et en fournissant un environnement qui encourage la prise de risques et récompense les efforts d’innovation et de productivité. » Par ailleurs, une demande régionale libérée, conjuguée à une réglementation qui favorise la concurrence et lutte contre les pratiques contraires, pourrait empêcher la perpétuation des oligarchies, a soutenu la banque dans sa dernière édition du Bulletin d’information économique de la région MENA. Insistant sur la nécessité de réformes plus vigoureuses pour dynamiser le secteur privé, la Banque mondiale a indiqué que c’est à la faveur d’un cadre macroéconomique national renforcé par les réformes du régime de change, des finances publiques et du secteur énergétique que le PIB égyptien continue de tirer la croissance régionale. Pour preuve, le pays a affiché au premier semestre 2019 une croissance de 5,4 %, en hausse par rapport à 2018 (5,2 %). Mais alors que les pays de la région ont mis en œuvre des réformes ambitieuses afin de restaurer leur stabilité macroéconomique, force est de constater que « leurs perspectives de croissance sont très en deçà du niveau nécessaire pour créer les emplois dont ils ont besoin pour faire face à l’augmentation rapide de leur population en âge de travailler », a fait savoir Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Selon lui, « les dirigeants doivent aujourd’hui faire preuve de courage et de vision pour approfondir les réformes, lever les barrières qui entravent la concurrence et libérer l’immense potentiel que constitue une population régionale de 400 millions d’habitants qui, collectivement, pourraient créer une demande source de croissance et d’emplois. » Alain Bouithy
L’inclusion économique des femmes à la traîne dans la région MENA

Bien qu’elles aient introduit 19 réformes en faveur des droits de la femme au travail, les économies de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) sont encore loin de prétendre à une véritable inclusion économique des femmes. En effet, la région affiche le score moyen le plus faible en matière d’égalité hommes-femmes avec un indice de 47,37 et c’est aussi celle dont la moyenne progresse le moins vite, relève la Banque mondiale (BM) dans un rapport intitulé : « Les femmes, l’entreprise et le droit 2019 : une décennie de réformes ». L’institution financière internationale note toutefois que « le cadre du mariage a évolué, quatre économies (l’Algérie, Bahreïn, le Liban et l’Arabie Saoudite) s’étant dotées de lois contre les violences domestiques. La Jordanie a mis en place des points de retraite pour les périodes d’interruption de travail liées à la garde des enfants ». A l’échelle africaine, il ressort du rapport que la région de l’Afrique subsaharienne détient le record du nombre de réformes en dix ans, avec plus de 71 textes, note la Banque mondiale soulignant que «si cette évolution s’explique en partie par le grand nombre d’économies constituant la région, elle témoigne néanmoins des progrès enregistrés depuis dix ans ». D’après l’étude, plus de la moitié des réformes adoptées dans cette région concernent l’accès à l’emploi et le mariage. A propos de ces deux indicateurs, l’institution précise que « les améliorations les plus notoires ont trait aux lois relatives à la violence à l’encontre des femmes”. Par ailleurs, poursuit la Banque, cinq économies d’Afrique subsaharienne ont adopté des lois contre le harcèlement sexuel au travail et les violences domestiques. Tout en reconnaissant les avancées de l’inclusion économique des femmes en dix ans de réformes, le nouvel indice de la Banque mondiale note, à l’échelle mondiale, que les femmes ne se voient accorder que les trois quarts des droits reconnus aux hommes. Une situation qui « les empêche d’accéder à l’emploi ou de créer une entreprise et de prendre les décisions économiques les plus adaptées pour elles et leurs familles », déplore l’institution dont le nouvel indice évalue les étapes importantes de la vie professionnelle d’une femme, du premier emploi à la pension de retraite, ainsi que les protections juridiques associées à chacune de ces étapes. Comme le souligne Kristalina Georgieva, présidente par intérim du Groupe de la Banque mondiale, « les progrès sont là, mais ils sont encore trop lents, car 2,7 milliards de femmes se heurtent toujours à des obstacles juridiques qui limitent leurs options par rapport aux hommes ». Pour la responsable de la BM, il est donc plus qu’urgent de « démanteler les barrières qui empêchent les femmes d’aller de l’avant et ce nouveau rapport devrait nous permettre de prouver que les réformes sont possibles, et d’accélérer le changement». Car, le rapport révèle que nombre de femmes continuent de se heurter à des lois et des réglementations discriminantes à toutes les étapes de leur vie professionnelle. C’est le cas de 56 économies (toutes régions du monde et tous niveaux de revenu confondus) qui n’ont adopté aucune réforme en dix ans pour améliorer l’égalité des chances entre les sexes. Par ailleurs, « la gestion d’actifs, un domaine de l’indice qui examine les inégalités entre les femmes et les hommes en matière de droits de propriété, est particulièrement à la traîne », constate la BM. Dans son rapport, la Banque mondiale estime que les réformes juridiques et réglementaires constituent une première étape fondamentale dans le processus menant à la parité hommes-femmes, mais que cela exige une volonté politique affirmée et des efforts concertés des gouvernements. La BM note que les progrès obtenus en dix ans dans les domaines mesurés par l’indice sont significatifs. Elle en veut pour preuve qu’au cours de cette période, la moyenne mondiale est passée de 70 à 75. Selon les données recueillies par l’institution, « 131 économies ont introduit 274 réformes juridiques et réglementaires pour améliorer l’inclusion économique des femmes; 35 économies se sont dotées d’une protection juridique contre le harcèlement sexuel au travail, protégeant près de 2 milliards de femmes de plus qu’il y a dix ans et 22 économies ont supprimé les entraves au travail des femmes, améliorant la possibilité d’accéder à certains secteurs de l’économie qui leur étaient jusque-là interdits ». Au cours de cette même période, 13 économies ont adopté des lois imposant le principe de l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale, ajoute la Banque soulignant que les économies ayant introduit des réformes obtiennent une hausse supérieure du pourcentage de femmes qui travaillent, favorisant ainsi leur émancipation économique. A signaler que les données analysées par la Banque couvrent une période de dix ans, chacune des 187 économies étudiées étant notée en fonction de huit indicateurs. Alain Bouithy
La Banque mondiale mise sur un rebond de la croissance dans la région MENA

Les réformes des politiques publiques devraient avoir un impact positif sur la croissance des pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), si l’on en croit la Banque mondiale (BM). En effet, malgré le ralentissement du commerce international et le durcissement des conditions de financement extérieur, l’institution financière internationale mise sur une croissance de la région qui devrait progresser à 1,9 % en 2019. Selon l’édition de janvier de ses «Perspectives pour l’économie mondiale », la croissance de la région devrait être favorisée par des facteurs intérieurs tels que les réformes des politiques publiques notamment. En détail, « les pays exportateurs de pétrole devraient connaître une légère amélioration de la conjoncture économique cette année, la croissance collective des membres du CCG augmentant rapidement pour atteindre 2,6 %, contre 2 % en 2018 », a indiqué l’institution. Selon les données recoupées par la BM, ce taux devrait augmenter davantage à la faveur d’un surcroît d’investissements et de la réforme des cadres réglementaires. Soulignons toutefois que tous les pays de la région ne connaîtront pas la même évolution, notamment l’Iran et l’Algérie. En effet, la BM s’attend à ce que la croissance de l’Iran ralentisse, cette année, en raison des sanctions qui commenceront à peser sur l’économie de ce pays. Ainsi, elle prévoit un ralentissement de sa croissance qui se ferait au rythme de 3,6 %. De son côté, et en raison de la diminution progressive des dépenses publiques, qui avaient connu une augmentation considérable en 2018, l’Algérie devrait également être logée à la même enseigne. La croissance du pays devrait décélérer à 2,3 %, a prévenu l’institution. Les perspectives s’annoncent plutôt meilleures pour l’Egypte qui devrait voir sa croissance s’accélérer pour atteindre 5,6 % durant l’exercice 2019, selon la Banque mondiale faisant remarquer que les réformes entamées dans ce pays tendaient à renforcer le climat des affaires et à stimuler l’investissement tout en améliorant la consommation des ménages. Pour leur part et grâce aux réformes entreprises et à l’amélioration de l’activité touristique, les taux de croissance devraient s’établir à 2,9 % au Maroc et en Tunisie, selon les prévisions de l’institution de Bretton Woods. Comme nous l’avions relevé dans nos précédentes éditions, l’institution a également annoncé dans ses prévisions que la croissance du Maroc devrait atteindre au cours des deux prochaines années 3,5%. Ajoutons enfin, et c’est à prendre en considération, que la Banque mondiale a insisté sur le fait que « les prévisions de croissance pour la région reposent sur le double postulat que les tensions géopolitiques ne s’intensifient pas de façon considérable, et que les conflits affectant certaines économies auront des répercussions limitées sur le reste de la région ». Cette précision est importante d’autant plus que la balance des risques penche négativement sur les perspectives régionales. En effet, « de nouveaux conflits dans les économies fragiles pourraient dégénérer et porter davantage atteinte aux revenus et à l’activité économique des populations, sans parler de la santé et du bien-être de ces dernières », a prévenu la BM assurant qu’ils pourraient en outre accroître l’impact de la crise des réfugiés sur les économies d’accueil et d’origine. Par ailleurs, a prévenu la BM, une escalade des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran aurait des conséquences néfastes sur la région. Et pour cause : «Les facteurs géopolitiques, combinés à l’incertitude autour des volumes de production attendus des pays exportateurs de pétrole, pourraient provoquer l’instabilité des prix du pétrole », a-t-elle précisé. Pour l’institution, il ne fait aucun doute que des prix plus bas assombriraient les perspectives de la région, particulièrement des pays exportateurs de pétrole, alors qu’ils pourraient avoir un effet bénéfique sur les pays importateurs. Et ce n’est pas tout. L’autre crique à craindre viendrait du durcissement des conditions de financement à l’échelle mondiale qui pourrait affecter les pays importateurs et exportateurs de la région de la même manière. A en croire la BM, « le niveau élevé de la dette extérieure libellée en devises dans certains pays importateurs laisse à penser que ceux-ci risqueraient de souffrir d’une forte appréciation du dollar. En revanche, l’augmentation des dépenses de reconstruction dans les économies touchées par un conflit pourrait avoir des retombées positives sur les pays voisins », a-t-elle soutenu. Soulignons qu’en 2018, les dernières estimations de la Banque mondiale faisaient état d’une amélioration de la croissance dans la région qui a atteint un taux de 1,7 %. L’institution attribue cette évolution à l’accélération de l’activité à la fois dans les pays exportateurs et importateurs de pétrole. Alain Bouithy
La gestion efficace des ressources en eau, clé de la croissance et de la stabilité dans la région MENA

La pénurie d’eau dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) peut constituer un facteur de déstabilisation ou un motif qui lie les communautés, ont estimé l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la Banque mondiale. Dans un nouveau rapport conjoint, «Gestion de l’eau dans les systèmes fragiles: renforcer la résilience aux chocs et aux crises prolongées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord», l’agence onusienne et l’institution de Bretton Woods ont affirmé qu’une gestion efficace des ressources en eau dans le monde arabe est la clé de la croissance et de la stabilité futures dans cette région. Selon le document, qui décrit les risques associés aux défis de l’eau de la région et les politiques nécessaires pour y faire face, «l’instabilité combinée à une faible gestion de l’eau peut devenir un cercle vicieux qui exacerbe davantage les tensions sociales». Le rapport estime néanmoins que «les actions nécessaires pour rompre le cycle peuvent également être des éléments essentiels pour le rétablissement et la consolidation de la stabilité», indique-t-on dans un communiqué publié sur le site Internet officiel de la FAO. Soulignons qu’en marge de la conférence de la Semaine mondiale de l’eau, qui se tient du 26 au 31 août courant à Stockholm, en Suède, un appel avait été lancé pour «abandonner les politiques actuelles axées sur l’augmentation des approvisionnements vers une gestion à long terme des ressources en eau», indique la même source. «Des politiques inefficaces ont laissé les populations et les communautés de la région exposées aux conséquences de la pénurie d’eau, devenant de plus en plus sévères en raison de la demande croissante en eau et du changement climatique », a-t-on relevé lors d’une session spéciale consacrée à la région MENA. Au cours de cette session tenue mardi 28 courant, il avait été aussi rappelé que plus de 60% de la population de la région est concentrée dans des zones affectées par un stress hydrique de surface élevé ou très élevé, par rapport à une moyenne mondiale d’environ 35%. La situation est telle que «si rien n’est fait, la pénurie d’eau liée au climat devrait entraîner des pertes économiques estimées entre 6 et 14% du produit intérieur brut d’ici 2050 ; le taux le plus élevé au monde», a-t-on prévenu. Comme l’a si bien relevé Pasquale Steduto, coordinateur du programme régional de la FAO pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord «les pertes économiques entraînent la hausse du chômage, aggravée par l’impact de la pénurie d’eau sur les moyens de subsistance traditionnels tels que l’agriculture». Ainsi, il estime que la dégradation de la situation peut entraîner «une insécurité alimentaire et des déplacements forcés de populations, ainsi que des frustrations croissantes liées à l’incapacité des gouvernements de garantir les services de base, ce qui pourrait aussi contribuer à l’instabilité généralisée dans la région». Co-auteur principal du rapport, il reste néanmoins optimiste en soutenant que «des mesures peuvent être prises pour empêcher que la pénurie d’eau et l’instabilité ne deviennent un cercle vicieux, en mettant l’accent sur la gestion durable, efficace et équitable des ressources en eau et la prestation de services». Pour sa part, Anders Jagerskog, spécialiste principal de la gestion des ressources en eau à la Banque mondiale et co-auteur principal du rapport, estime que «la rareté de l’eau a toujours une double dimension : locale, car elle affecte directement les communautés et régionale, du fait que les ressources en eau traversent les frontières». Ainsi, soutient-il, «s’attaquer à la réduction de la pénurie d’eau est une opportunité pour donner aux communautés locales les moyens de développer leur propre consensus local sur les stratégies permettant de relever le défi. Dans le même temps, c’est une motivation pour renforcer la coopération régionale face à un problème commun». Quoi qu’il en soit, «une approche équilibrée sera nécessaire pour aborder les impacts à court terme de la pénurie d’eau tout en investissant dans des solutions à plus long terme, y compris l’adoption de nouvelles technologies, comme base d’une croissance durable», assure la FAO dans son communiqué indiquant qu’en Égypte, 10% de l’eau agricole provient d’eau de drainage recyclée et qu’il est prévu d’installer au Maroc plus de 100.000 pompes solaires pour l’irrigation d’ici 2020. Alain Bouithy