RWANDA. Aimable Karasira : un rescapé d’un courage exceptionnel

RWANDA. Aimable Karasira : un rescapé d’un courage exceptionnel

HOMMAGE. C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris la mort d’Aimable Karasira, survivant du génocide, décédé le jour même où il devait recouvrer la liberté après cinq années de détention pour « trouble à l’ordre public ». Selon les autorités rwandaises, il serait mort à la suite d’une overdose médicamenteuse. Une version officielle qui, à juste titre, soulève de sérieux doutes. J’ai eu l’occasion d’échanger avec Aimable Karasira à plusieurs reprises avant son arrestation. Il se montrait extrêmement critique à l’égard du régime de Paul Kagame et faisait preuve d’un courage rare. À chacune de nos conversations, je ne pouvais m’empêcher de lui demander s’il ne craignait pas pour sa vie. Il me répondait toujours avec calme : « Monsieur Mbeko, ces gens m’ont tout pris, ils ont massacré une partie de ma famille. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent. » Son parcours m’a conduit à m’intéresser de plus près à la situation des « rescapés tutsis » du génocide, au point de leur consacrer un sous-chapitre dans mon livre Rwanda : Malheur aux vaincus (Duboiris, 2024). Aimable m’avait demandé de mentionner son nom dans l’ouvrage, mais j’avais refusé. Je ne voulais pas l’exposer davantage à la cruauté du régime Kagame. Pour lui, toutefois, cela semblait secondaire. « Ce n’est pas grave, papa. Tout ce que je t’ai dit est vrai. Tu peux le vérifier. Et je n’ai peur ni de Kagame ni de ses sbires », me lança-t-il. Malgré son insistance, je refusai de le citer nommément. Aimable, que j’appelle « Benoît » dans le livre, m’expliqua qu’il existe, selon lui, deux catégories de rescapés tutsis au Rwanda : ceux qui acceptent d’être instrumentalisés par le FPR (le parti de Kagame) dans le cadre de sa propagande sur le génocide et qui, en retour, bénéficient de certains privilèges ; et ceux qui, comme lui, refusent toute instrumentalisation et se retrouvent dès lors marginalisés, ostracisés, voire persécutés. Dès lors, une question s’impose : Aimable est-il vraiment mort d’une « overdose médicamenteuse » ou parce qu’il a refusé le mensonge et l’arbitraire du régime Kagame ? Impressionné par son courage, j’avais décidé de lui dédier «Rwanda : Malheur aux vaincus» en ces termes : « À Aimable KARASIRA, toi, le rescapé dont le courage ne saurait laisser indifférent. » Va en paix, cher frère. Tu as combattu le bon combat. Par Patrick Mbeko

RD Congo. Il faut lever la suspension du général Ekenge

RD Congo. Il faut lever la suspension du général Ekenge

OPINION. Il aura fallu à peine 24h aux autorités congolaises pour réagir et sanctionner le porte-parole des FARDC, le général Sylvain Ekenge, accusé d’avoir tenu des propos à caractère xénophobe visant des Tutsis. Soyons clairs : ce type de discours est inacceptable et ne devrait jamais avoir sa place dans la communication d’une armée nationale. Point. Mais maintenant, parlons vrai : fallait-il le suspendre comme un malfaiteur, en mode panique, sans nuance, sans pédagogie, sans proportion ? NON. Un blâme formel, public et sans ambiguïté, accompagné d’un rappel strict des règles disciplinaires, aurait suffi. La suspension expéditive donne un signal catastrophique : dès qu’un sujet touche, de près ou de loin, au Rwanda, Kinshasa marche sur des œufs, comme si certains thèmes étaient intouchables, comme si la peur de froisser Kigali ou ses relais devait primer sur le bon sens et l’équité. Et surtout, où est la réciprocité ? Quand des responsables ou propagandistes liés au régime de Paul Kagame insultent, nient ou piétinent la mémoire des victimes congolaises, sont-ils sanctionnés ? Non. Quand on banalise les crimes commis sur le sol congolais, quand on méprise nos morts, quand on traite les Congolais comme quantité négligeable, qui s’excuse ? qui paie le prix ? Personne. Donc oui, on condamne les dérapages. Mais on refuse l’hypocrisie et la justice à sens unique. La lutte contre la xénophobie ne doit pas être un prétexte pour imposer au Congo une prudence servile et un silence forcé, pendant que d’autres se permettent tout. Qu’on cesse les sanctions-spectacles. Un blâme, un recadrage, et on tourne la page. La suspension du général Ekenge doit être levée.

RD Congo. Investir le cerveau de l’ennemi pour anticiper ses actions

RD Congo. Investir le cerveau de l’ennemi pour anticiper ses actions

TRIBUNE. Réagissant à mon dernier post sur les déclarations de Paul Kagame au sujet du processus de Doha, certains compatriotes ont rappelé que Kagame avait boycotté le sommet de paix de Luanda (Angola), avant que les discussions ne soient transférées à Doha, au Qatar. À première vue, les faits semblent valider cette lecture. Mais, en réalité, la situation est bien plus complexe. En temps de conflit, il est indispensable de comprendre le logiciel mental de l’adversaire, entrer dans sa logique, saisir sa vision du monde, ses priorités et sa manière d’interpréter les événements. Sans cet effort, on risque de mal lire ses intentions, voire de poser des actes qui se retournent contre nous. C’est, selon moi, ce qui arrive à la RDC depuis le début de la guerre d’agression rwandaise menée sous le « masque » du M23. Au lieu de « cartographier » le logiciel mental de Paul Kagame, Félix Tshisekedi et ses proches ont tendance à décrypter les décisions de Kigali à travers leurs propres référentiels et préjugés. Résultat : Kinshasa a souvent été — et demeure — incapable d’anticiper les mouvements de Kigali, prenant parfois des décisions aux effets contre-productifs. Le soi-disant accord de paix signé et entériné à Washington est à cet égard éloquent : Tshisekedi a en effet cru que proposer les minerais stratégiques de la RDC aux Américains suffirait à les impliquer directement dans le conflit qui oppose le Congo au Rwanda. Revenons aux pourparlers censés se tenir le 15 décembre 2024 à Luanda entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi. Kagame ne s’y est finalement pas rendu, estimant que le sommet n’était « plus pertinent » dès lors que Kinshasa ne s’était pas engagé à négocier avec le M23. Tshisekedi a, à juste titre, dénoncé l’attitude de son homologue. La manœuvre était profondément malhonnête. Mais si l’on observe froidement la position de Kigali, qui relève à ne point de douter de la manipulation, on peut tout de même y déceler une certaine cohérence dans la mesure où Félix Tshisekedi a reconnu la « congolité » du M23 et la nécessité de neutraliser une menace contre le Rwanda (celle des FDLR) qui n’a jamais véritablement existé. Bref. Si les responsables congolais avaient réellement «cartographié» le logiciel mental du maître de Kigali, ils auraient peut-être mieux compris son modus operandi et, surtout, mieux anticipé ses prochaines actions. L’objectif ici n’est pas de devenir l’adversaire ou l’ennemi, mais de comprendre sa logique pour prévoir ses coups. Pour finir, chacun son domaine : la stratégie aux stratèges, le fanatisme aux fanatiques et thuriféraires, l’idiotie aux idiots. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

RDC/Rwanda. Processus de Doha : Paul Kagame n’a pas totalement tort

RDC/Rwanda. Processus de Doha : Paul Kagame n’a pas totalement tort

LIBRES PROPOS. Dans un entretien accordé à Al-Jazeera, le président Paul Kagame soutient que c’est Félix Tshisekedi — et non le Rwanda — qui a contourné les processus et initiatives africains de paix de Luanda pour se tourner d’abord vers le Qatar, puis vers les États-Unis. Cette déclaration vient conforter l’analyse que j’avais formulée à l’époque et aide à comprendre pourquoi la médiation angolaise a fini par se retirer. J’expliquais que Tshisekedi s’était tourné vers le Qatar parce qu’il était isolé au niveau sous-régional et ne semblait plus faire confiance à la médiation angolaise. Selon Kagame, « l’espoir » de Tshisekedi « était de pouvoir manipuler, soit le processus au Qatar, soit le processus ici à Washington, en sa faveur, parce qu’il considère que la RDC est trop grande, trop importante, que le monde entier convoite une part de ce qu’elle possède, et qu’il suffirait qu’il paie et manipule les gens pour obtenir le résultat qu’il voulait. » On peut ne pas porter le président rwandais dans son cœur, mais ses propos ne sont pas entièrement sans fondement. Lors d’échanges que j’ai eus avec des membres du pouvoir congolais impliqués dans les discussions avec les Américains et les Rwandais, il m’a été très clairement indiqué que le président Tshisekedi comptait faire des minerais critiques de la RDC une monnaie d’échange. Kinshasa n’avait, pour ainsi dire, rien d’autre à mettre sur la table. L’objectif immédiat était de freiner la progression du M23 pour sécuriser le régime. Les effets de cette approche court-termiste, aujourd’hui, se passent de commentaire. Par Patrick Mbeko

Et le piège se referma sur la RD Congo !

Et le piège se referma sur la RD Congo !

PARLONS-EN. Les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont finalement entériné l’« accord de paix » signé à Washington en juin dernier, sous le regard du président Donald Trump. Pas besoin d’être devin pour voir que le chef de l’État congolais l’a fait à contrecœur, lui qui avait posé comme préalable à toute signature avec le Rwanda le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Comme je l’ai rappelé dans un post il y a deux semaines, Tshisekedi n’avait, en réalité, guère d’alternative. Sa marge de manœuvre s’était considérablement rétrécie après la signature des protocoles d’accord avec le Rwanda et ses supplétifs du M23. Pris au piège de ses propres errements et soumis à de fortes pressions américaines, il a accepté de se rendre à Washington pour apposer sa signature sur un texte qui, au final, récompense d’une certaine manière le pays contre lequel son régime voulait précisément se prémunir, en attirant les États-Unis dans le secteur extractif congolais en échange d’un soutien militaire et diplomatique. Les images de la cérémonie à Washington parlent d’elles-mêmes. Et en diplomatie, les images pèsent parfois plus que les mots. Il existe des accords qui tiennent sans image forte immédiate, mais quand il n’y a aucun acte symbolique, la paix reste souvent fragile, contestée ou réversible. Un accord de paix sans poignée de main n’en est pas un. Tout le monde le sait, à commencer par les Américains et les Rwandais, grands gagnants de cet « accord de paix » aux contours singuliers. « Les dividendes de la paix sont la prospérité et les investissements, y compris les investissements américains », a déclaré Paul Kagame. Comprenne qui pourra. Pendant ce temps, dans le Kivu, on mesure concrètement les effets de cet « accord de paix » : il pleut des balles et des mortiers, et la population ne sait plus à quel saint se vouer. Bref, pour sortir la RDC de cette situation calamiteuse, Félix Tshisekedi n’aurait d’autre choix que de torpiller ce soi-disant accord de paix en demandant au Parlement de ne pas cautionner la faute qu’il vient d’entériner à Washington. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

Les Congolais et l’«omnipotent-omniprésent » Paul Kagame

Les Congolais et l’«omnipotent-omniprésent » Paul Kagame

LIBRES PROPOS. L’efficacité d’un ministre des Affaires étrangères est censée rejaillir sur la crédibilité de son pays sur la scène internationale. Dans le cas de la RD Congo, pays en guerre menacé de balkanisation, on repassera pour la cohérence. Voici donc la vice-ministre des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganagato Nakwipone, 31 ans, ex-tiktokeuse, à ce qu’on raconte. En l’absence de la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner, c’est cette jeune dame qui est censée piloter la diplomatie congolaise en pleine tempête. Que pourrait-on ajouter de plus sans sombrer dans la caricature ? Évidemment, tout cela doit être la faute de Paul Kagame, qui aurait trouvé le moyen d’infiltrer le cerveau de Félix Tshisekedi pour le pousser à nommer une responsable dont le parcours n’a quasiment aucun rapport avec la fonction. Oui, le Rwanda est responsable de tout, au pays de Lumumba. C’est bien connu : c’est le Rwanda qui a transformé Kinshasa en gigantesque fosse septique à ciel ouvert. C’est encore le Rwanda qui fait danser et faire la fête dans la capitale pendant que les habitants du Nord et du Sud-Kivu sont martyrisés. C’est toujours le Rwanda qui entretient l’insécurité et le chaos à Kinshasa, et qui veille scrupuleusement à ce que les universités congolaises produisent des « cancres heureux » en quantité industrielle. Si la société congolaise est devenue socialement dysfonctionnelle, voire carrément anomique, c’est, bien sûr, encore et toujours la faute du Rwanda et de son président Paul Kagame. Une fois qu’on a rejoué ce petit scénario rassurant, relayé par les soutiens du régime de Félix Tshisekedi, et qu’on s’est résigné à passer, aux yeux du monde, pour un peuple qui se raconte des histoires plutôt que d’affronter la réalité, il ne reste plus qu’à aller dormir en préparant la prochaine fuite en avant. Car, au fond, les premiers responsables de ce qui arrive à ce grand et beau pays restent ses propres dirigeants et sa société, qui refusent trop souvent de se regarder en face. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

Rwanda. Sans la guerre du Congo, il ne vaut plus rien…

Rwanda. Sans la guerre du Congo, il ne vaut plus rien…

LIBRES PROPOS. La une de l’actualité est dominée par la signature de l’accord de Doha entre Félix Tshisekedi et Corneille Nangaa en prélude de la signature imminente de l’Accord de Washington entre la partie congolaise et celle Rwandaise. Depuis le début de ces tractations diplomatiques, j’avais toujours émis de sérieux doutes sur l’efficacité d’une telle démarche diplomatique avec un Paul Kagame qui depuis 25 ans a prouvé sa mauvaise foi en se servant des accords signés avec la RDC juste pour avancer ses pions et conforter sa politique prédatrice sur les richesses du Congo et son maillage du microcosme politique de ce vaste pays. Toute réussite de politique interne et externe de Kagame est strictement liée à l’agression du Congo et aux énormes bénéfices économiques et politiques qu’il en tire. Ceci dit, Kagame ne peut JAMAIS changer ni reculer sa doctrine militaire en RD Congo car cela équivaudrait à sa mort politique. C’est précisément pour ce rôle qu’il a été placé à ce poste par … la puissance-là même qui joue ooh ironie du sort! le rôle de médiation de “paix”.. Pour ceux de mes lecteurs qui ne me croient pas, je les invite à suivre de près quelques déclarations choc du président rwandais lors du tout récent 18 e Forum Unity Club sur cet accord de Washington que le leader rwandais qualifie publiquement être truffé de fraudes. “Quant à ces accords, dit-il, ils sont pleins de fraudes. Dans ce que nous faisons, dans ce que nous disons, la façon dont nous vivons avec les autres, quand nous combattons avec les autres (Dans cette guerre avec la RDC), nous avons déjà pris notre décision et avons déjà tracé la limite. Cela signifie que nous ne pouvons tolérer ce qui déstabilise le Rwanda. » En d’autres mots plus simples, Kagame a déjà renié AUJOURD’HUI ce qui sera signé DEMAIN. À Doha comme à Washington, Paul Kagame a déjà obtenu ce qu’il cherchait, à savoir l’implication directe de l’AFC et de M23 dans le game avrc Tshisekedi en vue de requalifier de congolo-congolaise la crise qui secoue le pays et de là casser la dynamique du protocole de Nairobi et de celui de Luanda. Il ne se sent plus concerné par les autres clauses de l’Accord, sauf celles qui lui octroient la légitimité d’exploiter les ressources du Congo. Malheur aux naïfs qui y voient une victoire diplomatique du Congo ou encore un début de pacification du pays. Car, aux yeux de Kagame, c’est la stratégie de chaos total du Congo qui lui est payante et par conséquent la guerre va continuer après la signature à Washington et personne ne pourra lui dicter quoi que ce soit. À ce propos, le compte officiel de la présidence rwandaise a mis clairement en évidence la conviction de Paul Kagame : « L’idée que quelqu’un puisse venir nous dicter, ou que nous devrions vivre sous le contrôle de quelqu’un ; zéro. Nous devons avoir la politique définie par un but, une vision, un engagement.” Et ce but c’est le contrôle politique et militaire du Congo. Et cette vision, c’est l’engagement à reconstruire et à moderniser le Rwanda grâce aux juteux bénéfices engrangés sur les pillages du Congo. Que ceci soit bien clair pour les congolais: sans la guerre au Congo, Paul Kagame ne vaut plus un penny ni à l’interne de son pays qui s’organise à trois quart sur base de pillages de la RDC et ni à l’externe vis-à-vis de ses puissants parrains qui agissent en commanditaires l’ayant choisi depuis un quart de siècle pour sous-traiter leur entreprise prédatrice du Congo. Par Germain Nzinga

Crise en RDC : la responsabilité des Congolais est plus importante que celle de Paul Kagame et du Rwanda

Crise en RDC : la responsabilité des Congolais est plus importante que celle de Paul Kagame et du Rwanda

TRIBUNE. La RD Congo est confrontée à de nombreux défis et enjeux. Le plus important, qui est aussi le plus inquiétant, est sans nul doute la présence dans le pays d’une classe politique dont le niveau de dangerosité et de toxicité dépasse l’entendement. En fait, c’est toute la société qui est aujourd’hui contaminée par le virus de la médiocrité et des antivaleurs. Le phénomène, qui était déjà perceptible à l’époque de Joseph Kabila, s’est amplifié depuis l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Au niveau institutionnel, le pays est pris en otage par tout ce que la RDC et sa diaspora ont de mauvais, de hideux et de nauséabond, avec comme corollaire l’institutionnalisation et la systématisation du phénomène à tous les niveaux de la société congolaise. Aujourd’hui, n’importe quel vaurien ou pestiféré peut prétendre occuper des fonctions importantes dans le pays. On voit d’anciens chroniqueurs de musique s’improviser spécialistes d’on ne sait quoi, des pauvres gardiens d’immeubles au pédigrée plus que problématique, des gens de mœurs légères, etc., se retrouver à la tête des institutions et/ou des entreprises publiques. Le pays n’a presque plus de modèle. On encense très souvent les médiocres, des gens qui n’apportent pas grand-chose à la société. Les jeunes congolais, qui ont la trentaine aujourd’hui, ne connaissent rien d’autre que la médiocrité et les antivaleurs qui gangrènent leur société. Ils n’ont comme modèles que tous ces vauriens, délinquants et charlatans qui peuplent le monde politique et médiatique, les églises et la société civile, et qui passent pour des personnalités respectables. Pour « devenir quelqu’un » en RDC, il faut faire du djalelo, s’offrir au plus offrant, être foncièrement malhonnête comme un politicien, un pasteur, ruser avec les principes et j’en passe. L’intégrité, le respect des valeurs et des principes, ne payent pas. Les digues ont totalement cédé. Tel un cancer, le mal s’est métastasé dans tout le pays, rendant toute entreprise de reconstruction (mentale, spirituelle, politique, économique et sociale) insurmontable. Sans être un partisan de l’élitisme pur et dur, je crois qu’il faut passer des lois qui limitent l’accès à certains postes de responsabilité à certaines catégories de personnes. À vrai dire, la RD Congo a véritablement besoin d’une dictature éclairée. On accuse à juste titre le Rwanda de Paul Kagame de déstabiliser et de piller la RDC. Mais que dire de l’indifférence que les Congolais, à commencer par leurs autorités, réservent à la situation humanitaire catastrophique que connaît le Kivu ? Tout le monde est distrait dans ce pays. L’attention n’est accordée qu’aux futilités. La clochardisation de la population est généralisée, en même que prospèrent les antivaleurs. Bref. Si le Rwanda de Paul Kagame constitue un problème pour la sécurité et l’intégrité territoriale de la RDC, la classe politique congolaise représente aujourd’hui une menace existentielle pour le pays. Le discours anti-Rwanda ne doit pas détourner les Congolais de leur propre responsabilité dans ce qui arrive à leur pays. Après tout, Paul Kagame ne profite-t-il pas de la médiocrité de la crasse politique congolaise pour avancer ses cartes au pays de Lumumba ? Par Patrick Mbeko