
LIBRES PROPOS. L’efficacité d’un ministre des Affaires étrangères est censée rejaillir sur la crédibilité de son pays sur la scène internationale. Dans le cas de la RD Congo, pays en guerre menacé de balkanisation, on repassera pour la cohérence.
Voici donc la vice-ministre des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganagato Nakwipone, 31 ans, ex-tiktokeuse, à ce qu’on raconte. En l’absence de la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner, c’est cette jeune dame qui est censée piloter la diplomatie congolaise en pleine tempête. Que pourrait-on ajouter de plus sans sombrer dans la caricature ?
Évidemment, tout cela doit être la faute de Paul Kagame, qui aurait trouvé le moyen d’infiltrer le cerveau de Félix Tshisekedi pour le pousser à nommer une responsable dont le parcours n’a quasiment aucun rapport avec la fonction.
Oui, le Rwanda est responsable de tout, au pays de Lumumba. C’est bien connu : c’est le Rwanda qui a transformé Kinshasa en gigantesque fosse septique à ciel ouvert. C’est encore le Rwanda qui fait danser et faire la fête dans la capitale pendant que les habitants du Nord et du Sud-Kivu sont martyrisés. C’est toujours le Rwanda qui entretient l’insécurité et le chaos à Kinshasa, et qui veille scrupuleusement à ce que les universités congolaises produisent des « cancres heureux » en quantité industrielle.
Si la société congolaise est devenue socialement dysfonctionnelle, voire carrément anomique, c’est, bien sûr, encore et toujours la faute du Rwanda et de son président Paul Kagame.
Une fois qu’on a rejoué ce petit scénario rassurant, relayé par les soutiens du régime de Félix Tshisekedi, et qu’on s’est résigné à passer, aux yeux du monde, pour un peuple qui se raconte des histoires plutôt que d’affronter la réalité, il ne reste plus qu’à aller dormir en préparant la prochaine fuite en avant. Car, au fond, les premiers responsables de ce qui arrive à ce grand et beau pays restent ses propres dirigeants et sa société, qui refusent trop souvent de se regarder en face.
Je bois mon lait nsambarisé.
Par Patrick Mbeko