L’adaptabilité des entreprises en période d’incertitude essentielle dans la préservation de l’emploi et le soutien à la croissance économique

L’adaptabilité et la planification stratégique des entreprises en période d’incertitude sont essentielles dans la préservation de l’emploi et le renforcement de l’expansion économique, souligne l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un nouveau rapport. Selon le doucement rendu public récemment, « face aux multiples crises, la capacité d’adaptation des entreprises joue un rôle clé dans la sauvegarde de l’emploi et le soutien à la croissance économique ». « Dans une économie mondiale interconnectée, la robustesse des entreprises individuelles est directement corrélée à une croissance économique plus large et la reprise de l’emploi est grandement déterminée par l’environnement des affaires entourant les entreprises », écrit l’agence spécialisée des Nations unies dans l’avant-propos de son rapport intitulé « La résilience des entreprises avec le recul: les leçons de la pandémie de Covid-19 ». A ce propos, fait remarquer l’OIT, pendant la pandémie, les entreprises ont réalisé qu’elles étaient plus connectées que jamais, parfois d’une manière dont elles n’avaient même pas conscience. D’après le document, qui présente les expériences de chefs d’entreprise de divers secteurs et régions pendant la pandémie de COVID-19 afin de comprendre les stratégies qu’ils ont utilisées pour faire face à des défis sans précédent, les entreprises doivent se concentrer sur des aspects clés de leurs activités en temps de crise. « Il s’agit notamment de comprendre et de renforcer leurs chaînes d’approvisionnement mondiales, de travailler ensemble, de donner la priorité aux valeurs, d’utiliser la technologie à bon escient et de prendre des décisions rapides », selon les auteurs du rapport soutenant en outre que les entreprises qui ont adhéré à ces principes ont fait preuve de résilience et d’adaptabilité face aux défis auxquels elles ont été confrontées. Il faut dire que la capacité d’une entreprise à s’adapter, à se redresser et à prospérer après la crise n’a pas seulement un impact sur ses résultats, mais aussi sur le tissu socioéconomique au sens large, comme le relève le rapport. Ainsi que le souligne l’organisation internationale dans son avant-propos, « pour les nations et les économies, favoriser la résilience au sein de leurs communautés d’affaires est essentiel », et les leçons pratiques et les expériences du monde réel jouent un rôle déterminant à cet égard. Dans ce sens, elles permettent « aux chefs d’entreprise d’élaborer des stratégies de résilience commerciale qui garantissent que les entreprises ne sont pas de simples survivants, mais en ressortent mieux préparés aux crises futures ». Dans son rapport, l’agence onusienne insiste par ailleurs sur « l’importance de l’agilité des autorités publiques dans l’identification et l’atténuation des risques économiques systémiques, en particulier dans le contexte des perturbations de la chaîne d’approvisionnement », estimant que cette réactivité contraste fortement avec celle des crises précédentes. L’organisation consacrée à la promotion de la justice sociale et des droits du travail plaide ainsi pour une réglementation adaptative et une coopération internationale pour maintenir les frontières ouvertes et faciliter la poursuite des activités des entreprises. Mais avant de conclure, l’OIT prend la peine de rappeler que les personnes restent au cœur des entreprises, affirmant que « des valeurs telles que la confiance, l’équité et le bien-être mental ont joué un rôle clé dans la manière dont les entreprises ont été gérées pendant la pandémie ». Alain Bouithy
Le ralentissement économique pourrait contraindre les travailleurs à accepter des emplois de mauvaise qualité

L’essoufflement de la croissance mondiale de l’emploi et la pression exercée sur les conditions de travail décentes risquent de compromettre la justice sociale, selon le rapport Emploi et questions sociales dans le monde: Tendances 2023 de l’OIT.
En réponse à la crise du coût de la vie. L’OIT plaide pour une protection sociale et des hausses de salaires appropriées

Garantir les prestations de protection sociale et augmenter le salaire minimum constituent des réponses prioritaires à la crise du coût de la vie, a plaidé l’Organisation internationale du Travail (OIT). L’objectif étant de réduire un tant soi peu les inégalités et favoriser la durabilité, a soutenu le Directeur général de l’agence onusienne, Gilbert F. Houngbo, lors des Assemblées annuelles du Fonds monétaire internationale (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale tenues du 10 au 16 octobre 2022 à Washington. « Eviter les séquelles et protéger les personnes plus vulnérables en augmentant le salaire minimum et en garantissant des prestations de protection sociale devraient compter parmi les réponses prioritaires à la crise économique et sociale actuelle », a-t-il estimé ajoutant à ces arguments la nécessité d’un grand soutien aux économies vulnérables et le respect des droits des travailleurs. Sur ces deux derniers points, le DG de l’OIT s’est expliqué en ces termes : un plus grand respect des droits des travailleurs et la promotion d’entreprises durables et de meilleures conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement pourraient favoriser le développement économique, la réduction de la pauvreté et une plus grande égalité de revenus entre les pays. Dans son plaidoyer, Gilbert F. Houngbo a également évoqué la nécessité de promouvoir les autres priorités économiques et socialistes telles que les investissements dans la protection sociale et l’emploi productif grâce à l’Accélérateur mondial pour l’emploi et la protection sociale pour des transitions justes. Ce qui, a estimé l’OIT, favoriserait le passage à une approche proactive de la gestion des crises économique, sociale et environnementale, ainsi que la transition juste nécessaire pour lutter contre le changement climatique, a rapporté l’OIT dans un communiqué. Le DG de l’OIT soutient qu’il est indispensable d’augmenter l’emploi productif pour réduire les inégalités et de mieux formaliser l’emploi afin d’améliorer la productivité et la pérennité des entreprises, de promouvoir le travail décent et de donner aux États davantage de ressources financières pour qu’ils puissent lutter contre la pauvreté et les inégalités. Afin de combler les écarts importants qui perdurent entre les hommes et les femmes, notamment en matière de salaires, de retraites et de qualité du travail, Gilbert F. Houngbo a par ailleurs plaidé pour des politiques à long terme. Pour mieux gérer et sortir les gouvernements du monde des crises actuelles et prévenir de futures crises, ce dernier suggère un effort collectif consistant notamment à augmenter les dépenses sociales en matière de soins et de développement des compétences, à résorber les inégalités sur le marché du travail et à accroître les niveaux de protection sociale et de salaire afin de maintenir le niveau de vie face à l’inflation – ce qui est possible sans enclencher une spirale prix-salaires. Il faut indexer les prestations sociales et les salaires sur l’inflation Olivier De Schutter Face à l’inflation mondiale, qui ne cesse de s’accentuer et aux prix des produits de première nécessité de plus en plus élevés, Olivier De Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, a exhorté les gouvernements à indexer les prestations sociales et les salaires sur l’inflation. Pour cet expert indépendant des Nations Unies, «ce n’est pas une hyperbole de dire que si les gouvernements n’augmentent pas les prestations et les salaires en fonction de l’inflation, des vies seront perdues». Il a par ailleurs a appelé les gouvernements à impliquer les personnes en situation de pauvreté dans l’élaboration des politiques visant à lutter contre la flambée du coût de la vie, a-t-on souligné sur le site Onu Info. Alain Bouithy
La reprise du marché du travail ralentit à l’échelle mondiale

Menacée par de multiples crises mondiales interdépendantes, ainsi que par la montée des inégalités, la reprise du marché du travail à l’échelle mondiale marque de toute évidence le pas. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), qui en fait état dans un récent rapport, «les crises mondiales multiples entraînent une nette détérioration de la reprise du marché du travail mondial, avec une augmentation des inégalités entre, et au sein des pays». Après avoir enregistré des gains significatifs au quatrième trimestre 2021, le niveau des heures travaillées affiche une nette détérioration au premier trimestre 2022, constate l’agence onusienne. Les données recueillies montrent qu’il demeure 3,8% au-dessous de son niveau au quatrième trimestre 2019, considéré comme le point de repère d’avant-crise, souligne la 9e édition de l’Observatoire de l’OIT sur le monde du travail. Pour bien comprendre et apprécier la gravité de la situation, les auteurs du rapport expliquent que le recul du nombre d’heures travaillées équivaut à un déficit de 112 millions d’emplois à temps plein et signale un sérieux revers dans le processus de reprise. Ainsi qu’ils le relèvent dans le document, « cela constitue un revers au sein du processus de reprise depuis le dernier trimestre 2021 pendant lequel le déficit du nombre global d’heures travaillées était plus faible, à 3,2% ». Selon les explications de l’OIT, les dernières mesures de confinement en Chine comptent pour l’essentiel (86%) dans la baisse constatée au niveau mondial au deuxième trimestre 2022. Ainsi, « pour le premier trimestre 2022, ces estimations font état d’une nette détérioration en comparaison avec les prévisions précédentes de l’OIT publiées en janvier 2022 (2,4% au-dessous du niveau d’avant-crise, ce qui équivaut à 70 millions d’emplois à temps plein) », précise-t-on dans ce rapport. Pour l’OIT, il ne fait aucun doute que la multiplication des situations de crise internationale, notamment l’inflation (en particulier des prix de l’énergie et des denrées alimentaires), les turbulences financières, une éventuelle crise de la dette et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales – exacerbées par la guerre en Ukraine – accroît le risque que le nombre d’heures travaillées baisse à nouveau en 2022. Ce qui devrait avoir des répercussions plus larges sur les marchés du travail mondiaux dans les mois à venir. Autres enseignements contenus dans ce rapport : la reprise est très contrastée, et la divergence s’accentue entre les économies des pays riches et celles des pays pauvres. En effet, selon l’Observatoire de l’OIT, «si les pays à revenu élevé ont enregistré une reprise des heures travaillées, les économies à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur ont subi des revers au premier trimestre de cette année, avec un écart respectif de 3,6 et 5,7% par rapport à la période de référence d’avant-crise». La crainte des auteurs du rapport est que ces tendances divergentes soient susceptibles de s’aggraver au deuxième trimestre 2022. Pour le directeur général de l’OIT, Guy Ryder, en plus de marquer le pas, la reprise, inégale et fragile, du marché du travail à l’échelle mondiale « est rendue encore plus incertaine par une combinaison de crises qui se renforcent mutuellement ». Ainsi, craint-il, « l’impact sur les travailleurs et leurs familles, notamment dans les pays en développement, sera dévastateur et pourrait se traduire par des bouleversements sociaux et politiques». D’où son appel : «Il est désormais plus essentiel que jamais de travailler ensemble et de privilégier la création d’une reprise centrée sur l’humain». A noter que plus de deux ans après le début de la pandémie, force est de constater que les revenus du travail n’ont pas encore retrouvé leur niveau initial pour la majorité des travailleurs, l’écart entre hommes et femmes en matière d’heures travaillées a également augmenté pendant la pandémie et la hausse sensible des offres d’emploi dans les économies avancées à fin 2021 et au début 2022 a entraîné une tension sur les marchés du travail avec un nombre d’emplois disponibles grandissant par rapport à celui des demandeurs d’emploi. Par ailleurs, «alimentée par les perturbations de la production et du commerce exacerbées par la crise en Ukraine, l’augmentation des prix des denrées alimentaires et des matières premières frappe de plein fouet les ménages pauvres et les petites entreprises, en particulier celles de l’économie informelle», note l’OIT. Alain Bouithy
La négociation collective, un outil efficace pour réduire les inégalités et favoriser l’inclusion

La négociation collective a joué un rôle important dans l’atténuation de l’impact de la crise Covid-19 sur l’emploi et les revenus, a affirmé l’Organisation internationale du travail dans un nouveau rapport (OIT). Elle a contribué à amortir certains des effets sur les inégalités tout en renforçant la résilience des entreprises et des marchés du travail en soutenant la continuité de l’activité économique, a relevé l’agence onusienne dans son «Rapport sur le dialogue social 2022: La négociation collective pour une reprise inclusive, durable et résiliente». Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que «l’adaptation des mesures de santé publique sur le lieu de travail et le renforcement de la sécurité et de la santé au travail (SST), ainsi que les congés de maladie payés et les prestations de soins de santé prévus dans de nombreuses conventions collectives, ont contribué à protéger des millions de travailleurs», a fait savoir l’OIT. Comme l’a expliqué Guy Ryder, directeur général de l’OIT, la négociation collective a forgé «la résilience en vue de protéger les travailleurs et les entreprises, de garantir la continuité des activités et de sauver des emplois et des revenus ». Bien plus que cela, «elle a constitué un moyen efficace pour les employeurs et les travailleurs de s’entendre sur des solutions inclusives à des préoccupations ou des défis communs, et d’atténuer les effets des crises actuelles et futures sur l’économie, les entreprises et les travailleurs», a-t-il fait remarquer. Pour l’organisation internationale, il ne fait aucun doute que « la négociation collective peut constituer un moyen efficace pour les employeurs et les travailleurs de relever les nouveaux défis qui secouent le monde du travail », a-t-elle relevé dans son rapport qui se fonde sur un examen des conventions et pratiques collectives dans 80 pays à différents niveaux de développement économique et sur les cadres juridiques et réglementaires de 125 pays. Outre le rôle crucial qu’elle a joué pendant la pandémie, elle «peut faire progresser l’égalité et favoriser l’inclusion», a estimé l’étude dont les conclusions ont été rendues publiques récemment. En effet, «plus la couverture des employés par les conventions collectives est élevée, plus les différences de salaires sont faibles», a indiqué le rapport. En plus de pouvoir réduire efficacement les inégalités salariales, que ce soit dans une entreprise, un secteur ou une industrie, la négociation collective peut également contribuer à réduire l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes, ont expliqué les auteurs dudit rapport. Selon l’agence, «plus de la moitié (59%) des conventions collectives examinées par l’étude de l’OIT reflètent un engagement conjoint des employeurs ou de leurs organisations et des organisations de travailleurs (en particulier les syndicats) à lutter contre les inégalités de genre en garantissant un salaire égal pour un travail de valeur égale, en prévoyant un congé parental et familial et en luttant contre la violence sexiste au travail». La même étude montre que plus d’un tiers des salariés (35%) dans 98 pays voient leur salaire, leur temps de travail et leurs autres conditions de travail fixés par des négociations collectives autonomes entre un syndicat et un employeur ou une organisation d’employeurs. L’OIT a toutefois relevé « une variation considérable entre les pays, allant de plus de 75% dans de nombreux pays européens et en Uruguay à moins de 25% dans environ la moitié des pays pour lesquels des données sont disponibles». Mais si elle peut apporter une contribution importante à la gouvernance inclusive et efficace du travail, l’agence onusienne estime que la négociation collective doit traiter plusieurs priorités pour être réellement efficace. A savoir : revitaliser les organisations d’employeurs et de travailleurs, assurer la reconnaissance effective du droit à la négociation collective pour tous les travailleurs, promouvoir une reprise inclusive, durable et résiliente ainsi que soutenir la mise en œuvre de l’Agenda 2030 pour le développement durable. Alain Bouithy
L’OIT salue la Déclaration pour une transition juste de la COP26

Plus de 30 nations, dont les principaux pays producteurs de charbon, ont signé une Déclaration par laquelle ils s’engagent à mettre en œuvre des stratégies qui garantissent que les travailleurs, les entreprises et les communautés sont soutenus dans la transition vers des économies plus vertes. La Déclaration pour une transition juste, adoptée lors de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique en Écosse, reconnaît la nécessité de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte dans la transition vers des économies nettes zéro – en particulier ceux qui travaillent dans des secteurs, des villes et des régions dépendant d’industries et de productions à forte intensité de carbone. Elle reflète les Directives de 2015 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) pour une transition juste , qui décrivent les étapes nécessaires vers des économies et des sociétés durables sur le plan environnemental et bien gérées, un travail décent pour tous, l’inclusion sociale et l’éradication de la pauvreté. Les signataires de la Déclaration sont les États-Unis, le Royaume-Uni, les 27 États Membres de l’UE, la Norvège, le Canada et la Nouvelle-Zélande. Elle fait suite aux engagements pris lors du sommet par plus de 40 pays de renoncer au charbon. “Pour l’OIT, une transition énergétique juste est urgente, indispensable et possible». […] Il est clairement établi qu’il y aura plus de gains pour l’économie et la population que de pertes. » Vic Van Vuuren, Directeur du département Entreprises de l’OIT L’OIT, dans le cadre du Conseil de transition énergétique de la COP26, a joué un rôle clé dans la rédaction de la Déclaration, qui a été lancée lors d’un événement de la COP26 auquel ont participé des représentants des pays producteurs de charbon, des agences multilatérales et des organisations non gouvernementales. Dans cette Déclaration, les pays s’engagent à: Soutenir les travailleurs, les communautés et les régions qui sont particulièrement vulnérables aux effets de l’abandon des économies à forte intensité de carbone. Promouvoir le dialogue social et l’engagement entre les gouvernements, les représentants des employeurs et des travailleurs, et les autres groupes concernés par la transition vers des économies vertes. Mettre en œuvre des stratégies économiques qui soutiennent les énergies propres, favorisent une croissance économique économe en ressources, créent des revenus et des emplois décents, et réduisent la pauvreté et les inégalités. Créer des emplois décents pour les personnes dans leurs zones locales, associés à la requalification et à la formation, et à la protection sociale pour ceux qui en ont besoin. Veiller à ce que les chaînes d’approvisionnement existantes et nouvelles créent des emplois décents pour tous, y compris les plus marginalisés, dans le respect des droits de l’homme. L’OIT soutiendra la mise en œuvre de la Déclaration par la promotion et l’application des normes internationales du travail. «Pour l’OIT, une transition énergétique juste est urgente, indispensable et possible», a déclaré le Directeur du département Entreprises de l’OIT, Vic Van Vuuren. «Une transition juste consiste à maximiser les gains économiques et sociaux, tout en gérant efficacement les risques de la transformation économique, technologique et sociale.» «Il est clairement établi qu’il y aura plus de gains pour l’économie et la population que de pertes. Cette Déclaration contribuera à garantir la mise en œuvre de cadres politiques complets et cohérents, afin que personne ne soit désavantagé par la transition vers des économies plus vertes.»
L’impact de la pandémie sur l’emploi se révèle plus grand que prévu

L’impact de la pandémie sur l’emploi est plus fort que prévu, révèle un récent rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) consacré à l’impact du Covid-19 sur le marché du travail. La dernière édition de l’Observatoire de l’OIT montre, en effet, que «la perte en nombre d’heures de travail en 2021 en raison de la pandémie sera sensiblement plus importante que celle qui avait été estimée auparavant». L’étude dont c’est la huitième édition (« Le Covid-19 et le monde du travail »), a été rendue publique mercredi 27. Cette édition fait état d’une reprise stagnante au niveau mondial et des disparités importantes entre économies développées et économies en développement. Une évolution à deux vitesses qui «menace l’ensemble de l’économie mondiale», affirme l’organisation onusienne. En effet, comme le souligne Guy Ryder, directeur général de l’OIT, «la trajectoire actuelle du marché du travail est marquée par une reprise stagnante, avec l’apparition de risques majeurs de détérioration, et par de grands écarts entre économies développées et économies en développement». D’après les estimations de l’OIT, le nombre global d’heures travaillées en 2021 devrait désormais se situer «4,3% en dessous des niveaux d’avant la pandémie (au quatrième trimestre 2019), soit l’équivalent de 125 millions d’emplois à plein temps ». Pour l’organisation internationale, il ne fait aucun doute que cette variation constitue une révision significative par rapport à sa prévision de juin dernier, qui le situait 3,5% en dessous des niveaux d’avant la pandémie, soit 100 millions d’emplois à plein temps. A titre de comparaison, elle rappelle qu’au troisième trimestre 2021, le total des heures travaillées dans les pays à revenu élevé était 3,6% plus faible qu’au quatrième trimestre 2019. En outre, «la diminution du nombre d’heures travaillées atteignait 5,7% dans les pays à faible revenu, et 7,3% dans les pays à revenu intermédiaire inférieur au cours de la même période», précise-t-elle. Dans sa dernière étude, l’OIT note également que «l’Europe et l’Asie centrale ont connu les pertes les plus faibles en heures travaillées en comparaison aux niveaux d’avant la pandémie (2,5%). Elles sont suivies par l’Asie et le Pacifique à 4,6%, tandis que l’Afrique, les Amériques et les Etats arabes enregistraient des baisses respectives de 5,6%, 5,4% et 6,5%». A en croire l’organisation, les différences majeures observées au niveau du déploiement de la vaccination et les mesures de relance budgétaire alimenteraient largement ces grands écarts. A propos des vaccins, et selon ses estimations, «pour 14 personnes entièrement vaccinées au deuxième trimestre 2021, c’est l’équivalent d’un emploi à plein temps qui a été ajouté au marché du travail dans le monde». C’est dire que cela a permis de stimuler la reprise. Notons qu’en l’absence de vaccins, les pertes en heures travaillées auraient atteint 6,0% au niveau mondial au deuxième trimestre 2021 au lieu du chiffre actuel de 4,8%. L’OIT estime toutefois que « le déploiement très inégal de la vaccination signifie que l’effet favorable a été le plus fort dans les pays à revenu élevé, s’est avéré négligeable dans les pays à revenu intermédiaire inférieur et a été proche de zéro dans les pays à faible revenu». Pour mettre fin rapidement et de manière efficace à ces déséquilibres, l’organisation appelle à la solidarité internationale sur les vaccins. Quand bien même les mesures de relance budgétaire continuent de constituer l’autre facteur essentiel de l’évolution de la reprise, force est de constater que «quasiment rien n’est fait pour combler les écarts en matière de relance budgétaire». Puisqu’environ 86% de ces mesures se concentrent dans les pays à revenu élevé. Alors que « les estimations montrent qu’en moyenne, une hausse de 1% du PIB annuel augmenterait le nombre d’heures de travail annuelles de 0,3 point de pourcentage par rapport au dernier trimestre 2019», fait savoir l’OIT. Quoi qu’il en soit, les dernières prévisions sont telles qu’un soutien concret financier et technique s’impose, soutiennent les auteurs de cette étude. Sans quoi, préviennent-ils, on assistera à la persistance de «grands écarts» entre pays développés et pays en développement au sein des tendances de la reprise au niveau de l’emploi. Car, la crise du Covid-19 ayant également affecté la productivité, les travailleurs et les entreprises et accentué les disparités, comme le rappelle l’étude, les prévisions montrent que «les écarts de productivité entre pays avancés et pays en développement devraient se creuser et passer de 17,5:1 à 18:1 en termes réels, soit le niveau le plus haut depuis 2005». Alain Bouithy
Les emplois liés aux énergies renouvelables s’élèvent à 12 millions dans le monde
Selon la huitième édition du rapport Énergies renouvelables et emplois : Revue annuelle 2021, le nombre d’emplois liés aux énergies renouvelables dans le monde a atteint 12 millions l’année dernière, contre 11,5 millions en 2019. Le document a été publié par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) en collaboration avec l’Organisation internationale du travail (OIT) à l’occasion d’une inauguration de haut niveau du Cadre de collaboration de l’IRENA sur les transitions justes et inclusives, coanimé par les États-Unis d’Amérique et l’Afrique du Sud. Le rapport confirme que COVID-19 a causé des retards et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement, dont les répercussions sur les emplois varient selon le pays et l’utilisation finale, dans les différents segments de la chaîne de valeur. Alors que le solaire et l’éolien ont continué de dominer la croissance mondiale de l’emploi dans le secteur des énergies renouvelables, à raison d’un total de 4 millions et 1,25 million d’emplois respectivement, le segment des biocarburants liquides a diminué à mesure que chutait la demande de carburants de transport. Les ventes d’éclairage solaire hors réseau ont souffert, mais les entreprises ont réussi à limiter les pertes d’emplois. En 2020, la Chine représentait 39 % des emplois liés aux énergies renouvelables dans le monde, suivie du Brésil, de l’Inde, des États-Unis d’Amérique et des membres de l’Union européenne. De nombreux autres pays créent également des emplois dans les énergies renouvelables. Tel est le cas du Viet Nam et de la Malaisie, qui sont des exportateurs solaires photovoltaïques essentiels ; de l’Indonésie et de la Colombie, qui possèdent de grandes chaînes d’approvisionnement agricoles pour les biocarburants ; et du Mexique et de la Fédération de Russie, où l’énergie éolienne est en pleine croissance. En Afrique subsaharienne, les emplois dans le domaine solaire s’accroissent dans plusieurs pays comme le Nigeria, le Togo et l’Afrique du Sud. « La capacité des énergies renouvelables à créer des emplois et à atteindre les objectifs climatiques ne fait aucun doute. À l’approche de la COP26, les gouvernements doivent revoir à la hausse leur ambition d’atteindre le zéro émission nette », a déclaré Francesco la Camera, Directeur général de l’IRENA. « La seule voie possible consiste à augmenter les investissements dans une transition juste et inclusive, et en récolter tous les avantages socio-économiques tout au long du chemin. » « Le potentiel des énergies renouvelables à générer des emplois décents montre clairement que nous n’avons pas à choisir entre la durabilité environnementale d’une part, et la création d’emplois d’autre part. Les deux peuvent aller de pair. », a déclaré le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder. Reconnaissant que les femmes ont davantage souffert de la pandémie parce qu’elles ont tendance à travailler dans des secteurs plus vulnérables aux chocs économiques, le rapport souligne l’importance d’établir une transition juste et de générer des emplois décents pour tous, en veillant à la garantie d’une rémunération adéquate, ainsi qu’à la sécurité et au respect des droits fondamentaux au travail. Une transition juste doit s’accompagner d’une main-d’œuvre diversifiée, garantissant l’égalité des chances pour les femmes et les hommes, avec des parcours de carrière ouverts aux jeunes, aux minorités et aux groupes marginalisés. Dans un tel contexte, les normes internationales du travail et les accords de négociation collective ont un rôle essentiel à jouer. La réalisation du plein potentiel des énergies renouvelables en matière d’emplois dépendra des politiques ambitieuses des entreprises pour conduire la transition énergétique dans les décennies à venir. Outre le déploiement, l’habilitation et l’intégration de politiques au sein du secteur lui-même, il est nécessaire de lever les obstacles structurels existant dans l’économie tout entière et de minimiser les décalages potentiels entre les pertes et les gains d’emplois pendant la période de transition. Les travaux de l’IRENA et de l’OIT montrent de toute évidence que la transition énergétique créera plus d’emplois qu’elle n’en fera perdre. Un scénario de durabilité à l’horizon 2030 élaboré par l’OIT juge que la création de 24 à 25 millions de nouveaux emplois viendra très largement compenser les pertes, qui sont estimées à six ou sept millions d’emplois. Environ cinq millions de travailleurs allant perdre leur emploi seront en mesure de continuer à exercer leur profession dans un autre secteur d’activité. Les Perspectives pour les transitions énergétiques mondiales de l’IRENA prévoient que le secteur des énergies renouvelables pourrait employer 43 millions de personnes d’ici 2050. La perturbation des approvisionnements transfrontaliers causée par les restrictions liées à la COVID-19 a mis en évidence le rôle important des chaînes de valeur nationales. Leur renforcement facilitera la création d’emplois et la génération de revenus à l’échelon local, en tirant parti des activités économiques existantes et nouvelles. Les travaux de l’IRENA sur l’exploitation des chaînes d’approvisionnement locales permettent d’identifier les types d’emplois qui seront nécessaires pour soutenir la transition par technologies, segments de la chaîne de valeur et compétences éducatives et professionnelles. Pour cela, il sera nécessaire de mettre en œuvre des politiques industrielles en vue de constituer des chaînes d’approvisionnement viables ; des stratégies d’éducation et de formation visant à créer une main-d’œuvre qualifiée ; des mesures actives sur le marché du travail destinées à fournir des services pour l’emploi adéquats ; des mesures de recyclage et de reconversion, ainsi que de protection sociale, pour aider les travailleurs et les communautés qui dépendent des combustibles fossiles ; et des stratégies d’investissement public tendant à soutenir le développement économique régional et la diversification.