Montée des restrictions à l’exportation de matières premières critiques

Des risques pour les chaînes d’approvisionnement mondiales Le nombre de restrictions à l’exportation visant plusieurs minéraux stratégiques pour les technologies du numérique et des énergies renouvelables continue d’augmenter, constate l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un nouveau rapport. Selon le document, qui analyse les restrictions à l’exportation de matières premières critiques mises en place jusqu’à fin 2024, leur nombre n’a cessé de croître ces 15 dernières années au point d’atteindre désormais un niveau record. Intitulée «L’Inventaire des restrictions à l’exportation de matières premières critiques», la nouvelle version dudit rapport montre que les mesures particulièrement restrictives, comme les interdictions d’exportation et le contingentement, gagnent du terrain. D’après le document établi annuellement, elles représentaient plus d’un tiers des nouvelles restrictions mises en place en 2024. Les mesures visant les produits d’amont, comme les minerais et minéraux, ont explosé entre 2009 et 2024, selon l’OCDE La même source révèle par ailleurs que la génération de recettes est devenue, depuis les années 2010, la principale raison avancée pour justifier l’adoption de restrictions à l’exportation. En 2024, elle a même occupé la première place, étant invoquée dans près de la moitié des cas. Bien que leur progression ait marqué le pas, en passant de 3.4 % en 2023 à 0.6 % en 2024, l’organisation note que l’éventail des pays mettant en place de telles restrictions s’est élargi, en particulier en Afrique et en Asie. Elle constate aussi que « certaines ressources minérales essentielles aux systèmes énergétiques, comme le cobalt, le manganèse, le graphite et les terres rares, sont particulièrement touchées par les restrictions à l’export ». La nouvelle édition du rapport précise qu’environ 70% des exportations mondiales de cobalt et de manganèse ont fait l’objet d’au moins une mesure de cette nature entre 2022 et 2024, de même que 16% des échanges de matières premières critiques suivis par l’OCDE au cours de la même période. L’analyse des données recueillies montre que les déchets et débris formaient toujours la catégorie de matières premières critiques la plus visée par des restrictions à l’exportation en 2024, « en raison des préoccupations environnementales et de l’intérêt grandissant pour l’économie circulaire comme source de métaux et ressources minérales », a indiqué l’organisation, soulignant, par ailleurs, que le nombre des restrictions à l’exportation de produits d’amont comme les minerais et minéraux a grimpé en flèche entre 2009 et 2024, période au cours de laquelle il a décuplé. Même si les principaux producteurs diffèrent selon les minerais, trois pays concentrent plus des deux tiers de la production mondiale dans les cas du cobalt, du lithium et du nickel, et près de 90% dans le cas des terres rares. Les auteurs du rapport font également état d’une concentration des mesures : l’Inde (19%), la Chine (17%), l’Argentine (6%), le Viet Nam (5%) et le Burundi (4%) représentent plus de la moitié des nouvelles restrictions à l’export adoptées entre 2009 et 2024. La montée des restrictions à l’exportation de matières premières critiques constitue une menace pour la croissance économique, l’innovation et la sécurité énergétique de nombreux pays tributaires d’un accès fiable aux matières premières critiques, estime l’OCDE expliquant que cette évolution accroît les risques pour les chaînes d’approvisionnement mondiales. Lors du Forum de l’OCDE sur les minéraux critiques à Istanbul, le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, s’est exprimé sur la question en ces termes : «Les restrictions à l’export peuvent aggraver les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement fortement concentrées en limitant les volumes exportés et en tirant les prix à la hausse ». De l’avis de ce dernier, « il est fondamental de rendre ces mesures plus transparentes pour favoriser l’ouverture et la diversification des marchés des minéraux critiques, pour faciliter les investissements » nécessaires au développement de la production et pour favoriser l’instauration de partenariats mutuellement bénéfiques avec les pays producteurs». Alain Bouithy
L’OCDE organise au Gabon la seconde conférence régionale sur la fiscalité pour les pays francophones

Plus d’une cinquantaine de représentants des administrations fiscales de 16 pays francophones ont participé, du 3 au 5 février 2026, à la seconde conférence régionale sur la fiscalité organisée conjointement par l’OCDE et le CREDAF (Cercle de réflexion et d’échange des dirigeants des administrations fiscales) à Libreville au Gabon. Accueillie par la Direction générale des impôts du Gabon, cette rencontre fait suite à la première conférence régionale organisée à Kinshasa (République démocratique du Congo) en mai 2025. Avec des délégations venant de l’Algérie, du Bénin, du Cameroun, des Comores, de la Côte d’Ivoire, de la France, du Gabon, de la Guinée, d’Haïti, de Madagascar, du Mali, du Maroc, du Niger, de la République démocratique du Congo, du Sénégal et de la Tunisie, cette conférence a offert une plateforme de dialogue et de coopération permettant aux pays francophones de discuter de leurs priorités et enjeux communs en matière fiscale, partager leurs expériences et promouvoir les meilleures pratiques, en vue de renforcer la mobilisation des ressources intérieures. Lors de la cérémonie d’ouverture, M. Jules Potier Loembe, Directeur de cabinet du Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations du Gabon, chargé de la lutte contre la vie chère, s’est félicité de l’organisation de cette conférence régionale à Libreville et a souligné que cette rencontre « constitue une initiative bénéfique pour les pays francophones car elle traduit une volonté partagée de bâtir des systèmes fiscaux plus justes, plus efficaces et plus adaptés aux réalités économiques actuelles ». S’exprimant au nom du CREDAF, la Secrétaire générale, Mme Catherine Lemesle, s’est réjoui que cette conférence réponde de manière directe aux besoins identifiés par les administrations fiscales et a mis en exergue l’importance des échanges entre pairs pour relever les défis fiscaux et renforcer les capacités. Au cours de cette conférence de trois jours, les participants ont eu l’opportunité d’échanger sur plusieurs thématiques au cœur de leurs priorités, parmi lesquelles la taxe sur la valeur ajoutée applicable aux services numériques, l’assistance au recouvrement des créances fiscales transfrontalières, la relation de confiance entre les administrations fiscales et les grandes entreprises, la fiscalité liée à la mobilité internationale, ainsi que la transformation numérique des administrations fiscales. CP
Impôt minimum mondial : un compromis majeur scellé au sein du Cadre inclusif OCDE/G20

La communauté internationale s’est accordée sur les lignes directrices pour la mise en œuvre de l’accord relatif à l’impôt minimum mondial, au terme de plusieurs mois d’intenses négociations, a annoncé l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Dans un communiqué, l’organisation intergouvernementale annonce que Les 147 pays et juridictions collaborant au sein du Cadre inclusif OCDE/G20 sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) ont récemment « approuvé les éléments clés d’un accord visant à assurer la mise en œuvre coordonnée de l’impôt minimum mondial à l’heure de la mondialisation et de la transformation numérique de l’économie ». Selon l’OCDE, l’accord d’ensemble pour une solution juxtaposée annoncé constitue un compromis politique et technique majeur qui posera les fondations de la stabilité et de la sécurité juridique du système fiscal international. Elle souligne qu’« il préservera les acquis obtenus dans le cadre de l’impôt minimum mondial et garantira la capacité de l’ensemble des juridictions, en particulier les pays en développement, d’exercer leurs droits d’imposition prioritaires sur les bénéfices générés sur leur territoire ». Dans son communiqué, l’organisation précise que cet accord se compose de cinq éléments clés soulignant qu’en premier lieu, il prévoit une série de mesures de simplification visant à alléger les coûts de mise en conformité pesant sur les entreprises multinationales (EMN) ainsi que sur les administrations fiscales lors du calcul et de la déclaration des éléments prévus par les règles relatives à l’impôt minimum mondial. La même source indique, en deuxième lieu, il introduit davantage de cohérence dans le traitement des incitations fiscales à l’échelle mondiale grâce à l’introduction d’un nouveau régime de protection ciblé pour les incitations fiscales fondées sur la substance. En troisième lieu, l’organisation indique que l’accord instaure de nouveaux régimes de protection pour les Groupes d’EMN dont l’entité mère ultime est située dans une juridiction éligible qui remplit des critères d’imposition minimale; tandis qu’en quatrième lieu, il prévoit la réalisation d’un bilan fondé sur des données probantes visant à garantir le maintien de règles du jeu équitables entre l’ensemble des membres du Cadre inclusif. Enfin, en dernier lieu, l’accord confirme que l’impôt complémentaire minimum qualifié prélevé localement demeure un pilier essentiel du cadre de l’impôt minimum mondial, garantissant la protection des bases d’imposition locales, notamment dans les pays en développement. Pour Mathias Cormann, le Secrétaire général de l’OCDE, « cet accord conclu par le Cadre inclusif, qui rassemble 147 pays et juridictions, constitue une décision historique en matière de coopération fiscale internationale ». D’après ce dernier, en plus de renforcer la sécurité juridique en matière fiscale, « cet accord réduit la complexité et protège les bases d’imposition locales. Je sais pouvoir compter sur le Cadre inclusif pour mettre en œuvre cet accord, et j’attends avec intérêt les futures propositions visant à simplifier davantage encore les règles de l’impôt minimum mondial et à alléger les contraintes de conformité », a-t-il déclaré. Martin Kam
Accroître les financements et l’investissement en faveur de l’adaptation au changement climatique

L’impératif mis en exergue par l’OCDE et la BAD Mobiliser davantage d’investissements pour renforcer la résilience face à la hausse des températures et à l’intensification rapide des phénomènes météorologiques extrêmes. Tel est le défi auquel tous les pays sont aujourd’hui confrontés. Comme le souligne un récent rapport intitulé « Accroître les financements et l’investissement en faveur de l’adaptation au changement climatique est devenu un impératif », l’accélération de ces investissements constitue une composante cruciale des efforts plus généraux nécessaires pour accroître la résilience. Selon le document élaboré par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD), la situation demeure préoccupante. En 2024, les températures moyennes mondiales ont temporairement dépassé le seuil de 1.5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Une évolution bien plus qu’inquiétante d’autant plus que « l’augmentation rapide des pertes économiques dues à des événements climatiques extrêmes a des conséquences profondes sur les plans social et économique », rappellent les auteurs dudit rapport. Citant des données de la Banque mondiale (2024[1]), le rapport indique qu’environ 1.2 milliard de personnes sont exposées à un risque élevé de pâtir d’évolutions et d’événements extrêmes liés au climat, tels que les vagues de chaleur, les inondations ou les sécheresses. Pour l’OCDE et la BAD, ce risque touchera de manière disproportionnée les communautés vulnérables : jusqu’à 132 millions de personnes risquent de basculer dans l’extrême pauvreté en raison de l’évolution des régimes météorologiques d’ici à 2030 (Jafino et al., 2020[2]). Malgré la gravité de la situation, les apports de financements consacrés à l’adaptation sont entravés par plusieurs obstacles et contraintes interdépendants, souligne le rapport, préparé en contribution aux travaux du Groupe de travail sur la finance durable dans le cadre de la présidence sud-africaine du G20 de 2025. L’immédiateté du coût de l’investissement constitue l’une des principales difficultés sous-jacentes. Parmi les autres obstacles qui présentent des difficultés particulières pour les pays en développement, on peut citer les défis macroéconomiques, notamment une marge de manœuvre budgétaire limitée, le coût élevé du capital et les niveaux d’endettement existants. Le manque de données appropriées et de capacités permettant d’évaluer, de comprendre et de gérer les risques physiques liés au changement climatique ainsi que le manque d’accès à des outils adaptés de gestion des risques qui encouragent les investissements dans la réduction des risques climatiques, comme l’assurance et la réassurance, ainsi qu’une offre insuffisante dans ce domaine, entravent également la mobilisation des flux financiers. A tous ces obstacles s’ajoutent : l’insuffisance de la coordination et les carences des cadres institutionnels au niveau national, qui font obstacle aux apports de financements publics et privés ; les difficultés auxquelles se heurtent les pays en développement pour avoir accès aux financements concessionnels internationaux, notamment les obstacles institutionnels et le manque de coordination sans oublier le fait que nombre d’investissements dans l’adaptation ne génèrent pas de flux financiers directs. Intégrer les considérations climatiques dans les processus et outils budgétaires Ledit rapport met en lumière également les obstacles à l’investissement public national en faveur de l’adaptation, alors que les finances publiques nationales constituent une source essentielle. Dans un contexte marqué par de fortes tensions budgétaires, une fragmentation institutionnelle et des demandes concurrentes de ressources publiques, « les carences des systèmes de gestion des finances publiques entravent l’investissement public dans l’adaptation », constatent l’OCDE et la BAD. Selon le rapport, très peu de pays disposent d’une vision globale de l’impact de la hausse des températures et des phénomènes extrêmes sur leurs besoins et leurs dotations budgétaires. Autre observation relevée par les auteurs du rapport : les bénéfices de l’investissement dans l’adaptation présentent souvent des caractéristiques non marchandes qui peuvent ne pas être prises en compte par les outils qu’utilisent les pouvoirs publics, comme l’analyse coûts-avantages. D’après ces derniers, les spécifications et les critères d’évaluation utilisés dans les processus de passation des marchés peuvent dissuader d’investir dans l’adaptation s’ils empêchent le recours à d’autres solutions. Autre problème relevé : les flux de financement public national à l’appui de l’adaptation ne sont guère transparents. S’il existe des raisons économiques et financières évidentes d’investir dans l’adaptation, le sentiment que les rendements sont faibles nuit à l’investissement privé (Tall et al. 2021[3]). Mais pour l’OCDE, la déconnexion entre les rendements sociaux élevés de l’investissement et les faibles rendements de marché s’explique principalement par un ensemble d’obstacles sous-jacents (OCDE, 2024[4]). Lesquels incluent notamment les externalités et les décalages, les risques perçus, le moment de la concrétisation des rendements, l’accès au crédit et aux instruments financiers, ainsi que la stabilité de la réglementation et la confiance des investisseurs. Alain Bouithy 1 : Banque mondiale (2024), Rising to the Challenge – Climate Adaptation and Resilience, Banque mondiale, https://www.worldbank.org/en/publication/rising-to-the-challenge-climate-adaptation-resilience (consulté le 28 janvier 2025). 2 : « Revised Estimates of the Impact of Climate Change on Extreme Poverty by 2030 », Policy Research Working Paper, https://documents.worldbank.org/en/publication/documents-reports/documentdetail/706751601388457990/revised-estimates-of-the-impact-of-climate-change-on-extreme-poverty-by-2030 (consulté le 20 février 2025). 3 : Enabling Private Investment in Climate Adaptation and Resilience, Banquemondiale, Washington, D.C., http://hdl.handle.net/10986/35203 (consulté le 11 avril 2023). 4 : OCDE (2024), Climate Adaptation Investment Framework, Green Finance and Investment,Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/8686fc27-en.
Matières premières critiques : Les restrictions à l’exportation se multiplient dans le monde

Les restrictions à l’exportation de matières premières critiques se généralisent, souligne l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un récent rapport intitulé «OECD Inventory of Export Restrictions on Industrial Raw Materials». La tendance a connu une forte accélération en 2023, selon l’OCDE Selon l’organisation intergouvernementale d’études économiques, les nouvelles données montrent qu’elles se multiplient à travers le monde, «alors que la demande s’envole dans le sillage des transitions écologique et numérique et en réaction à l’inquiétude grandissante pour la sécurité économique». D’après le document couvrant la période allant jusqu’à fin 2023, Ie nombre de matières premières industrielles soumises à au moins une restriction à l’exportation a plus que quintuplé depuis 2009. Les données recueillies montrent que «cette tendance a connu une forte accélération en 2023, où plus de 500 nouveaux produits minéraux bruts sont venus allonger la liste», note l’OCDE précisant que c’est plus du double par rapport à 2022 et près de trois fois plus qu’en 2021. Le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, s’inquiète de cette généralisation des restrictions à l’exportation des matières premières critiques. Selon lui, cette tendance «peut faire grimper les prix et le risque de perturbation dans les chaînes d’approvisionnement, au détriment de la croissance mondiale, de l’expansion des énergies renouvelables et de la transformation numérique», explique-t-il. De l’avis de l’organisation, cette évolution cadre avec celle, plus générale, du paysage mondial marqué par la montée des tensions géopolitiques et de la concurrence stratégique. «Alors que l’invasion russe de l’Ukraine menée en 2022 a provoqué une flambée des prix des matières premières et de l’énergie, les Etats se montrent désormais plus autoritaires dans la gestion des ressources critiques, en accordant une place croissante aux restrictions à l’exportation », fait-elle remarquer. D’après l’OCDE, près de 94 % des mesures de ce type mises en place en 2023 l’ont été par sept pays seulement (Chine, Vietnam, Burundi, Russie, République démocratique du Congo, Zimbabwe et République démocratique populaire lao). Dans son rapport, il a également été constaté que les restrictions continuent de frapper en premier lieu les déchets et débris, généralement en raison des préoccupations environnementales et de l’intérêt grandissant pour les chaînes d’approvisionnement circulaires. Le constat est qu’elles se multiplient aussi à l’encontre des minerais et minéraux, en particulier de ceux qui interviennent à l’aval des chaînes d’approvisionnement critiques. Le cobalt et les terres rares particulièrement touchés L’OCDE en veut pour preuve : « Entre 2021 et 2023, la part des échanges mondiaux de matières premières industrielles hors déchets et débris frappés par au moins une restriction à l’exportation s’est élevée à 14%. Le cobalt et les terres rares ont été particulièrement touchés, avec respectivement 67% et 46% des échanges concernés». De l’avis des auteurs dudit rapport, si les taxes et les obligations de licence restent les plus communément utilisées, on assiste ces dernières années à une montée en flèche des restrictions de nature quantitative, comme les interdictions d’exporter et les quotas. L’OCDE note à ce propos que les interdictions d’exporter progressent toujours plus depuis 2019, « ce qui témoigne d’une volonté accrue des pouvoirs publics de préserver la valeur à l’intérieur des frontières », estime-t-elle. Mathias Cormann rappelle toutefois qu’une base factuelle unique en son genre, fournie par l’organisation, « permet de suivre l’évolution de ces restrictions et de mettre en évidence les solutions moins restrictives à l’appui de la sécurité de l’offre et des objectifs de développement des nations riches en ressources». Il est important de noter que l’édition 2025 du rapport de l’OCDE «donne aux responsables publics et autres parties prenantes des points de repère essentiels pour trouver des moyens moins restrictifs de sécuriser la satisfaction des besoins des pays importateurs tout en réalisant les objectifs de développement des nations riches en ressources», affirme l’organisation. En outre, le document fournit de précieuses données, actualisées chaque année, sur le périmètre, le type et l’évolution des restrictions à l’exportation recensées pour 65 matières premières industrielles et 82 pays producteurs, assure-t-elle. Alain Bouithy
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO: Les économies émergentes continueront d’exercer une influence déterminante sur les marchés agricoles

Les économies émergentes ont exercé une influence de plus en plus déterminante sur l’évolution des marchés agricoles internationaux au cours des 20 dernières années et devraient continuer à le faire au cours de la prochaine décennie, mais des changements régionaux devraient toutefois s’opérer sous l’effet de l’évolution démographique et de la nouvelle prospérité économique de ces pays, d’après un rapport publié (le 2 juillet, Dnr) par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2024-2033 sont la principale référence mondiale pour ce qui est des perspectives à moyen terme des marchés des produits agricoles. Cette année marque d’ailleurs la 20e édition de la publication conjointe. Depuis deux décennies, le rapport permet d’analyser les tendances des facteurs démographiques et économiques qui influencent l’offre et la demande de produits agricoles, de prévoir les modifications de la géographie de la production et de la consommation et d’évaluer les changements qui en résultent au niveau de la structure des échanges agricoles internationaux. Un changement majeur attendu au cours des 10 prochaines années est le renforcement du rôle joué par l’Inde, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique subsaharienne et l’affaiblissement de celui de la Chine. Alors que cette dernière contribuait pour 28 pour cent de la progression de la consommation mondiale de produits agricoles et halieutiques lors de la précédente décennie, sa part devrait chuter à 11 pour cent au cours des 10 prochaines années, non seulement à cause du recul démographique et du ralentissement de la hausse des revenus, mais aussi en raison de la stabilisation des habitudes alimentaires. L’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est devraient représenter 31 pour cent de la hausse de la consommation mondiale d’ici 2033, du fait de l’augmentation de leur population urbaine et de leurs niveaux de vie. En comparaison d’autres régions à faible revenu, l’Afrique subsaharienne contribuera pour une part non négligeable (18 pour cent) à l’augmentation de la consommation mondiale, principalement en raison de la demande d’alimentation humaine poussée par la croissance démographique. Durant la prochaine décennie, la consommation totale de produits agricoles et halieutiques (utilisés pour l’alimentation humaine et animale, pour la production de carburants et en tant que matières premières pour d’autres usages industriels) devrait s’accroître de 1,1 pour cent par an et presque toute la consommation supplémentaire prévue devrait être attribuable aux pays à revenu faible ou intermédiaire. Dans les pays à revenu intermédiaire, l’apport calorique devrait augmenter de 7 pour cent, essentiellement grâce à la consommation d’aliments de base, de produits de l’élevage et de graisses en plus grande quantité. Dans les pays à faible revenu, il devrait progresser de 4 pour cent, ce qui est trop lent pour que l’on puisse atteindre l’objectif de développement durable tendant à éliminer la faim d’ici 2030. «Les Perspectives confirment qu’il faut mettre en place des stratégies qui comblent les déficits de productivité dans les pays à revenu faible ou intermédiaire en vue d’accroître la production nationale et les revenus des agriculteurs», a indiqué le Directeur général de la FAO, M. Qu Dongyu. «Les Perspectives sont un outil de référence utile pour planifier les politiques et apportent des données et des éléments factuels solides aux fins des prévisions à moyen terme des marchés des produits agricoles. Au cours des 10 années à venir, les volumes des produits agricoles échangés entre les régions exportatrices nettes et les régions importatrices nettes devraient progresser mais des changements régionaux devraient s’opérer sous l’effet d’une hausse de la consommation en Inde et dans les pays d’Asie du Sud-Est», a fait savoir le Secrétaire général de l’OCDE, M. Mathias Cormann. «Le bon fonctionnement des marchés agricoles, la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires et l’adoption de modes de production plus productifs et moins polluants demeureront déterminants pour la sécurité alimentaire mondiale, mais aussi pour faire en sorte que les populations rurales jouissent de la possibilité d’améliorer leurs moyens de subsistance par leur participation aux chaînes de valeur agroalimentaires mondiales.» Mettre l’accent sur la productivité et réduire les pertes et le gaspillage de nourriture L’accroissement de la production végétale devrait être principalement dû aux gains de productivité des surfaces cultivées plutôt qu’à une extension de ces surfaces, ce qui entraînera une baisse de l’intensité des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’agriculture mondiale. Il en va de même avec les productions animales, halieutiques et aquacoles, dont la progression viendra, elle aussi, en grande partie des gains de productivité, même si l’expansion des troupeaux y aura également sa part. Les émissions directes du secteur agricole devraient donc augmenter de 5 pour cent pendant la période considérée. Malgré les avancées attendues, et en particulier dans les pays moins productifs d’Afrique et d’Asie, de nets écarts devraient subsister sur le plan de la productivité, qui fragiliseront les revenus agricoles et la sécurité alimentaire et rendront les pays plus dépendants vis-à-vis des importations alimentaires. Les lacunes technologiques, le recours limité aux intrants et les conditions climatiques restent parmi les principaux facteurs expliquant les différences de productivité agricole. Le bon fonctionnement des marchés internationaux des produits agricoles demeurera déterminant pour la sécurité alimentaire mondiale, dans la mesure où 20 pour cent des calories font l’objet d’un échange commercial et où les populations rurales améliorent leurs moyens de subsistance par leur participation à ces marchés et aux chaînes de valeur agroalimentaires mondiales. Les causes sous-jacentes des pics observés en 2022 au niveau des prix internationaux des produits agricoles s’atténuent et les prix internationaux de référence réels des principaux produits agricoles accuseront probablement de nouveau un léger recul au cours des 10 années à venir, recul qui pourrait ne pas se répercuter sur les prix de détail à l’échelon local, d’après le rapport. Les Perspectives de cette année comprennent un scénario simulant les effets d’une diminution de moitié, à l’horizon 2030, des pertes alimentaires le long des chaînes d’approvisionnement et des gaspillages au niveau de la distribution et des consommateurs. Ce scénario laisse entrevoir la possibilité d’une diminution de 4 pour cent des émissions mondiales de GES de l’agriculture d’ici 2030, qui se répartirait de manière relativement homogène
La fin de l’épisode inflationniste n’est pas pour demain

Quand bien même l’inflation globale et l’inflation sous-jacente ont diminué en 2023, « il est trop tôt pour confirmer la fin de l’épisode inflationniste qui a débuté en 2021», affirme l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). «Compte tenu du reflux de l’inflation énergétique et alimentaire et de l’orientation restrictive prise par les politiques monétaires, tant l’inflation globale que l’inflation sous-jacente ont diminué en 2023 », constate-t-elle. Toutefois, pour l’organisation intergouvernementale d’études économiques, tout porte à croire que certains des facteurs ayant contribué à la désinflation au cours de l’année écoulée sont maintenant en train de se dissiper ou de s’inverser, tandis que d’autres sont exposés aux évolutions géopolitiques, aux événements météorologiques extrêmes ou à des événements imprévisibles. Quoi qu’il en soit, « l’inflation est toujours au-dessus de l’objectif visé dans la plupart des pays, et la croissance des coûts unitaires de main-d’œuvre reste généralement supérieure aux niveaux compatibles avec les objectifs d’inflation à moyen terme », selon les Perspectives économiques intermédiaires de l’OCDE (février). Cependant, une chose semble certaine : «En l’absence de nouveau choc négatif affectant l’offre, l’atténuation des tensions au niveau de la demande devrait permettre à l’inflation globale et à l’inflation sous-jacente de reculer encore dans la plupart des économies », souligne le document qui actualise l’évaluation présentée dans les Perspectives économiques 2023 de l’organisation. HCP : L’inflation s’avère difficilement atténuable au Maroc A titre de rappel, l’inflation, qui a atteint 6,6% en 2022 et 6,1% en 2023, est restée « difficilement atténuable » au Maroc, d’après le Haut-Commissariat au plan (HCP). Fort heureusement, « l’opérationnalisation des programmes sociaux définis par la stratégie Royale, notamment les mesures d’aide sociale directe, devrait contribuer à l’atténuation de l’impact de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages ciblés », comme l’a affirmé en janvier dernier l’organisme public dans son Budget économique prévisionnel 2024. Tout comme la tendance baissière des cours des matières premières, notamment énergétiques et alimentaires, ainsi que l’amélioration des conditions d’approvisionnement à l’échelle mondiale, devraient contribuer à l’atténuation des pressions inflationnistes en 2024. Selon l’édition intermédiaire de l’OCDE, d’ici à la fin 2025, l’inflation devrait revenir à l’objectif dans la plupart des grands pays du G20, mais les risques géopolitiques demeurent importants. Ainsi, «dans les économies du G20, l’inflation globale devrait ainsi passer de 6,6% en 2024 à 3,8% en 2025, et dans les économies avancées de ce groupe, l’inflation sous-jacente devrait retomber à 2,5% en 2024 puis 2,1% en 2025», prévoit-elle. Pour autant, concède l’organisation intergouvernementale, «il est trop tôt pour affirmer avec certitude que les tensions sous-jacentes sur les prix sont pleinement maîtrisées.» Aussi, prévient-elle, la gravité des tensions géopolitiques fait peser un risque important à moyen terme sur l’activité et sur l’inflation, surtout si le conflit au Moyen-Orient devait entraîner des perturbations sur les marchés de l’énergie. Par ailleurs, « la persistance des tensions sur les prix des services pourrait aussi entraîner une augmentation inattendue de l’inflation et provoquer des corrections de prix sur les marchés financiers au fur et à mesure des réévaluations des attentes en matière d’assouplissement monétaire », craint-elle. De l’avis de l’OCDE, l’inflation des biens est tombée à un bas niveau dans la plupart des pays, grâce à la diminution des prix des produits énergétiques et à l’atténuation progressive des goulets d’étranglement au niveau des chaînes d’approvisionnement par rapport aux sommets atteints en 2021-22. Les récentes statistiques suggèrent que « l’inflation des services s’est généralement avérée plus persistante, ne refluant que lentement », note en outre l’organisation. « D’après une décomposition estimée de l’inflation mesurée par les prix à la consommation entre facteurs liés à l’offre et facteurs liés à la demande dans divers pays de l’OCDE, il semble que ces deux catégories de facteurs aient contribué au recul de l’inflation depuis environ un an », explique-t-elle assurant que l’atténuation généralisée des tensions inflationnistes a contribué à apaiser les craintes de désancrage des anticipations d’inflation, et les anticipations d’inflation à court terme du secteur privé ont continué de se modérer. Alain Bouithy
La croissance mondiale devrait rester faible en 2023

Perspectives. « L’économie mondiale s’est montrée plus résiliente que prévu au premier semestre de 2023 », a annoncé l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport intermédiaire sur ses perspectives économiques. Dans ce document, rendu public mardi 19, l’organisation internationale d’études économiques prévoit cependant que « les perspectives de croissance restent moroses ». En 2024, compte tenu de la matérialisation progressive des effets des politiques monétaires et de la reprise plus faible que prévu enregistrée en Chine, estime l’OCDE, « la croissance mondiale devrait être inférieure à celle observée en 2023 ». « L’inflation globale diminue, mais l’inflation sous-jacente demeure persistante, alimentée par le secteur des services et par la situation encore relativement tendue des marchés du travail », souligne également l’organisation dans son rapport constatant que les risques restent orientés de manière prédominante à la baisse. Pour l’OCDE, « l’inflation pourrait de nouveau s’avérer plus persistante qu’anticipé, dans la mesure où les marchés de l’énergie et des produits alimentaires pourraient encore subir des perturbations. Un ralentissement plus marqué de l’activité en Chine freinerait davantage la croissance partout dans le monde. La dette publique reste élevée dans de nombreux pays ». Ainsi, selon les perspectives économiques intermédiaires – septembre 2023, la croissance économique mondiale devrait ressortir autour de 3% au titre de cette année, avant de refluer à 2,7% l’année prochaine. Dans ses explications, l’organisation internationale estime qu’«une part disproportionnée de la croissance mondiale en 2023-24 devrait rester imputable à l’Asie, malgré la reprise plus faible que prévu observée en Chine ». Poursuivant son analyse, l’institution fait remarquer que l’inflation globale a continué de reculer dans de nombreux pays, sous l’effet de la baisse des prix de l’énergie et des produits alimentaires au premier semestre de 2023. Elle note cependant que « l’inflation sous-jacente (c’est-à-dire hors composantes les plus volatiles, à savoir l’alimentation et l’énergie) n’a pas sensiblement reflué ».Pour les analystes de l’OCDE, elle reste donc nettement supérieure aux objectifs fixés par les banques centrales. Dans ce cas, « l’un des principaux risques est que l’inflation s’avère de nouveau plus persistante qu’anticipé, ce qui obligerait les banques centrales à relever encore les taux d’intérêt ou à les maintenir à un niveau élevé pendant une période plus longue », souligne l’organisation. Abordant la question des effets des politiques monétaires qui se font sentir progressivement dans les économies, l’OCDE note que « sur fond de hausse rapide des taux directeurs, les taux d’intérêt des nouveaux prêts aux entreprises et des nouveaux prêts hypothécaires ont augmenté ». Aussi, bien qu’elle soit douloureuse pour les ménages et les entreprises, elle estime que «la hausse des coûts d’emprunt, qui vise à freiner la demande, constitue un canal classique de transmission des effets de la politique monétaire». A la question de que peuvent faire les pouvoirs publics, l’OCDE recommande que les politiques monétaires restent restrictives, appelle les autorités budgétaires à se préparer aux futures tensions sur les dépenses et les invite à assouplir les restrictions aux échanges qui stimuleraient la productivité et la croissance. Alain Bouithy