
SANS DETOUR. C’est ce que pense le chercheur et analyste des questions géopolitiques Patrick Mbeko qui a réagi à l’inauguration, mardi 2 juin, à Paris, d’un mémorial dédié aux victimes du génocide de 1994 au Rwanda, par les présidents Emmanuel Macron et Paul Kagame.
« Mais de quelles victimes s’agit‑il exactement ? », s’est-il d’emblé interrogé, affirmant que dans le Rwanda façonné par Kagame, il existe des victimes « acceptables » et des victimes « inacceptables ».
« Les premières, celles massacrées par les extrémistes hutus, sont intégrées au récit officiel. Les secondes, les civils tués par le FPR, en sont méthodiquement exclues », souligne-t-il.
Pour Patrick Mbebo, par ailleurs auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les conflits armés en Afrique, le geste de Macron est l’aboutissement d’un long processus de rapprochement franco‑rwandais, où reconnaissance symbolique, dispositifs mémoriels et calculs géopolitiques s’entremêlent.
De son point de vue, « Kagame instrumentalise la mémoire du génocide pour consolider son pouvoir et son statut international. Macron, lui, semble avoir besoin de Kigali dans le cadre de ce qu’il faut bien appeler le redéploiement français en Afrique, après la débâcle enregistrée dans plusieurs anciens prés carrés francophones ».
Patrick Mbebo rappelle toutefois une vérité bien connue : Kagame n’est pas éternel et se demande : « Que deviendraient les relations franco-rwandaises si des forces opposées au FPR accédaient un jour au pouvoir à Kigali ? Que pèseraient alors les choix diplomatiques actuels de Paris, fondés sur une relation étroite avec un régime dont le récit historique exclut une partie des victimes et verrouille toute mémoire dissidente ? »
Si Macron ne semble pas se poser ces questions, il reste convaincu que la situation pourrait bien, demain, se retourner contre la France.
Adrien Thyg