
Des risques pour les chaînes d’approvisionnement mondiales
Le nombre de restrictions à l’exportation visant plusieurs minéraux stratégiques pour les technologies du numérique et des énergies renouvelables continue d’augmenter, constate l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un nouveau rapport.
Selon le document, qui analyse les restrictions à l’exportation de matières premières critiques mises en place jusqu’à fin 2024, leur nombre n’a cessé de croître ces 15 dernières années au point d’atteindre désormais un niveau record.
Intitulée «L’Inventaire des restrictions à l’exportation de matières premières critiques», la nouvelle version dudit rapport montre que les mesures particulièrement restrictives, comme les interdictions d’exportation et le contingentement, gagnent du terrain. D’après le document établi annuellement, elles représentaient plus d’un tiers des nouvelles restrictions mises en place en 2024.
Les mesures visant les produits d’amont, comme les minerais et minéraux, ont explosé entre 2009 et 2024, selon l’OCDE
La même source révèle par ailleurs que la génération de recettes est devenue, depuis les années 2010, la principale raison avancée pour justifier l’adoption de restrictions à l’exportation. En 2024, elle a même occupé la première place, étant invoquée dans près de la moitié des cas.
Bien que leur progression ait marqué le pas, en passant de 3.4 % en 2023 à 0.6 % en 2024, l’organisation note que l’éventail des pays mettant en place de telles restrictions s’est élargi, en particulier en Afrique et en Asie.
Elle constate aussi que « certaines ressources minérales essentielles aux systèmes énergétiques, comme le cobalt, le manganèse, le graphite et les terres rares, sont particulièrement touchées par les restrictions à l’export ».
La nouvelle édition du rapport précise qu’environ 70% des exportations mondiales de cobalt et de manganèse ont fait l’objet d’au moins une mesure de cette nature entre 2022 et 2024, de même que 16% des échanges de matières premières critiques suivis par l’OCDE au cours de la même période.
L’analyse des données recueillies montre que les déchets et débris formaient toujours la catégorie de matières premières critiques la plus visée par des restrictions à l’exportation en 2024, « en raison des préoccupations environnementales et de l’intérêt grandissant pour l’économie circulaire comme source de métaux et ressources minérales », a indiqué l’organisation, soulignant, par ailleurs, que le nombre des restrictions à l’exportation de produits d’amont comme les minerais et minéraux a grimpé en flèche entre 2009 et 2024, période au cours de laquelle il a décuplé.
Même si les principaux producteurs diffèrent selon les minerais, trois pays concentrent plus des deux tiers de la production mondiale dans les cas du cobalt, du lithium et du nickel, et près de 90% dans le cas des terres rares.
Les auteurs du rapport font également état d’une concentration des mesures : l’Inde (19%), la Chine (17%), l’Argentine (6%), le Viet Nam (5%) et le Burundi (4%) représentent plus de la moitié des nouvelles restrictions à l’export adoptées entre 2009 et 2024.
La montée des restrictions à l’exportation de matières premières critiques constitue une menace pour la croissance économique, l’innovation et la sécurité énergétique de nombreux pays tributaires d’un accès fiable aux matières premières critiques, estime l’OCDE expliquant que cette évolution accroît les risques pour les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Lors du Forum de l’OCDE sur les minéraux critiques à Istanbul, le Secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, s’est exprimé sur la question en ces termes : «Les restrictions à l’export peuvent aggraver les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement fortement concentrées en limitant les volumes exportés et en tirant les prix à la hausse ».
De l’avis de ce dernier, « il est fondamental de rendre ces mesures plus transparentes pour favoriser l’ouverture et la diversification des marchés des minéraux critiques, pour faciliter les investissements » nécessaires au développement de la production et pour favoriser l’instauration de partenariats mutuellement bénéfiques avec les pays producteurs».
Alain Bouithy