Roumanie/Maria Coman. L’unité de la matière et de l’esprit

ARTS. Dans leurs processus artistiques, les œuvres de l’artiste-peintre roumaine Maria Coman donnent lieu à des propositions intrinsèquement contemporaines, dans une sorte d’impermanence atemporelle, de temps étiré. Ses œuvres sont surtout l’aboutissement de ses recherches, études de styles visant la définition, la jonction entre le paysage quasi-réaliste et la poéticité du monde.

Cette plasticienne chevronnée se base sur ces éléments du vocabulaire formel de son œuvre graphique pour nous révéler les richesses de la nature et ses composantes ainsi que ses songes, sa vision, sa perception du monde.

Jean Jacques Rousseau dit : «J’ai appris par ma propre expérience que la source du vrai bonheur est en nous». Et pas ailleurs. C’est avant tout cette liberté de créer que l’artiste-peintre Maria Coman aime et par laquelle elle se définit. Une expérience rare, mais porteuse, dans la manière de vivre et de penser l’art, chez cette plasticienne inclassable pour qui la lumière et la couleur sont les véritables compagnons de son parcours.

N’avoir besoin que de l’évasion, dans la solitude pour trouver le bonheur, Maria rejoint l’idée rousseauiste dans ses Promenades d’un tableau à l’autre, comme des fenêtres ouvertes… Quant à ses choix, ils se font généralement par impulsions. Mais quand viennent les couleurs, sa liberté se débride. Ici, aucune règle et surtout pas de fonction descriptive ou narrative.

Et au fil du temps, Maria Coman se crée un univers d’émotions matérialisées par des couleurs et des formes. Elle  s’appuie sur son propre terrain fertile en thèmes et en sujets et fait appel à l’imagination, son précieux outil, lui accordant le premier rôle et l’autorisant à s’ébattre en toute liberté et fantaisie. Elle fait confiance également à ce riche substrat de matières variées qui couvent en lui dans les tréfonds de sa psyché et qui est fait de souvenirs, d’expériences marquantes, de rêves, d’idéaux, de toute une symbolique personnelle, nourrie de ses innombrables voyages. Tout cela se bouscule sur la toile en voisinages inattendus, suscitant chez le spectateur la surprise et le questionnement. Le rapprochement est tantôt éloquent, tantôt obscur, jusqu’à ce que l’effort soit fait de se laisser inviter dans cet univers et de s’en imprégner.

Dans l’univers pictural de cette artiste-peintre roumaine, cette approche esthétique devient un rituel et un acte de représentation. C’est une approche critique de l’art contemporain, inséparable de la réalité et de son humanisme, contrairement aux représentations orientalistes qui ne voyaient pas l’humain et qui se préoccupaient surtout de leurs propres projections et de leur désir. De plus, elle les a transformées en sujets sur la toile, en réappropriant la surface de l’image. La lumière est très importante pour son travail surtout dans ses natures mortes.

Décidément, ses œuvres sont tout droit sorties du mental de l’artiste pour ravir le regard du spectateur. Cette recherche du Beau, recherche constante, malgré les vicissitudes de la vie, est amplifiée, à y voir de plus près, grâce à des techniques et styles mêlés notamment l’impressionnisme et l’expressionnisme. Toujours à la recherche du beau et un certain goût du bonheur, ses œuvres défilent sous nos yeux, des formats différents qui forment un tout cohérent et qui définissent bien le caractère et le style de l’artiste.

Cette quête et reconquête du bonheur de vivre et de découvrir les choses de la vie est le propre de l’univers de notre plasticienne quand il est possible de découvrir le patrimoine artistique et culturel du monde à travers ses nombreuses richesses humaines aussi. Celles de la citoyenneté et des libertés que les vrais artistes s’autorisent à conquérir même par la force. La force ? Oui, le chemin intérieur et la force de l’imaginaire qui plane au-dessus des misères du monde? Loin des diktats du marché, Maria, elle, cherche à célébrer l’unité de la matière et de l’esprit, mais l’esprit est bien ce qu’elle aspire à garder intacte en elle.

Bref, la palette est vibrante de transparences, au sein d’un geste sûr, magistral, poétique et émouvant. Les trouées de lumière nous entraînent au-delà même des limites du tableau. Devant ces frémissements de lumière, le souvenir de Monet s’empare de nous. C’est pourtant un autre monde, mais c’est bien la même magie.

Ayoub Akil

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