RD Congo. Quatre questions sur la visite d’Obasanjo à Kinshasa

OPINION. Une semaine après la visite à Kinshasa de l’ancien président Obasanjo, accordons-nous un regard holistique sur toutes ces missions de bons offices qui se sont alignées les unes après les autres depuis que la RDC est en conflits armés et questionnons-nous en quatre points sur les tenants et les aboutissants de cette énième mission confiée par le secrétaire général de l’ONU.

1. Pourquoi depuis l’entrée de l’AFDL au Zaïre, de nombreux envoyés spéciaux de l’ONU et médiateurs de « paix » sont-ils pour la plupart sinon tous, des ressortissants des pays africains du Commonwealth ?

Est-ce simplement aléatoire que le botwanais Kethumile Masire, le sud-africain Thambo Mbeki ou le nigérian Obasanjo aient joué un rôle décisif dans la structuration de ce qui parait aujourd’hui comme une toile d’araignée dans laquelle le destin des congolais semble englué? N’est-il pas fort à parier que le second round du médiateur nigérian ne sera pas plus porteur de paix que celui qu’il avait piloté en 2009? Son plan de sortie de crise n’en cache-t-il pas un autre?

2. À la lumière de l’implication de l’ancien président nigérian en 2009 poussant le gouvernement de Kinshasa à négocier avec le CNDP, le dialogue que cet envoyé du secrétaire général de l’ONU vient de nouveau offrir à Kinshasa n’est-il pas en réalité une nouvelle forme d’intégration des miliciens M23 dans les FARDC pour mieux infiltrer sa chaîne de commandement comme ce fut le cas en 2009 avec les officiers de CNDP?

3. En parlant du M23 sans jamais faire allusion à l’Armée rwandaise qui combat et occupe la cité de Bunagana, qui y a déjà établi son administration publique et qui est déjà passée à l’exploitation de l’or congolais, que peut-on attendre de cette énième médiation qui prétend guérir la maladie en soignant les symptômes sans s’attaquer à la principale cause de la crise congolaise qu’est la politique expansionniste de Kigali sur le territoire congolais ?

4. La présence très visible le 23 août dernier de Vital Kamerhe aux différentes rencontres de l’envoyé spécial de l’ONU à Kinshasa n’annonce pas seulement le retour du président de l’UNC sur le devant de la scène politique. Elle se veut en même temps un signe avant-coureur de sa prochaine nomination à des fonctions très importantes de l’Etat. D’abord pressenti à la primature, c’est plutôt au poste de Haut Représentant de la RD CONGO chargé du suivi de processus de paix à l’Est du Congo qu’il est en voie d’être nommé. Ce qui revient à dire que le pouvoir de Kinshasa privilégie encore et encore les voies du dialogue pour rétablir un processus de paix national et régional qui subit des cycles de conflit récurrents et de violences persistantes.

Démarche politique qui est loin de rassurer d’autant plus que les congolais ne croient plus beaucoup aux nombreux discours de dialogue qui n’aboutissent à rien de concret. Ils exigent plutôt des actes concrets dont, à titre d’exemple, la libération totale de la cité de Bunagana des forces rwandaises qui l’occupent depuis déjà trois mois et la reprise de l’administration congolaise sur cette partie du territoire.

La question de la pacification totale de l’Est du Congo est en voie de devenir le critère numéro un de crédibilité de tout pouvoir en RD Congo et c’est justement à l’aune de cette donne politique que pourra se décider le scrutin présidentiel de 2023.

Par Germain Nzinga

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