Fiston Mukunayi : la paix en RDC ne peut être rétablie sans un dialogue avec le M23

L’avocat et homme politique congolais accuse le président Félix Tshisekedi de double discours et de calcul politique au détriment des populations Dans la situation actuelle, il est impossible de rétablir la paix en République démocratique du Congo (RDC) sans un dialogue avec le M23, affirme Fiston Mukunayi, convaincu que cette réalité est connue de tous, y compris du président Félix Tshisekedi, qui en est parfaitement conscient. « Pourtant, au lieu d’assumer clairement cette option et de chercher une solution courageuse et responsable, il préfère jouer au double discours et gagner du temps », déplore l’avocat pénaliste et homme politique congolais. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, ce dernier va jusqu’à penser que « son objectif c’est sa survie politique et la préparation d’un glissement vers 2028 ». Pour Fiston Mukunayi, c’est pour cette raison que le discours président congolais « change à tout bout de champ. Un jour, il jure qu’il n’y aura jamais de dialogue avec les rebelles ; le lendemain, il ouvre la porte à des négociations indirectes ; puis, encore après, il se replie derrière des promesses sans lendemain ». A ceux qui pensent que cette « incohérence » relève d’une simple erreur de communication, l’avocat répond : « c’est une stratégie calculée pour brouiller les pistes, fatiguer l’opinion publique et repousser toute décision décisive ». Il se trouve, malheureusement, que « pendant que le pouvoir manœuvre, c’est la population qui paie le prix fort. Les civils continuent de mourir, les villages sont vidés de leurs habitants, des millions de Congolais vivent dans l’angoisse permanente et l’extrême précarité. Chaque jour de tergiversation politique se traduit par des vies brisées, des familles déplacées et un État un peu plus affaibli ». L’homme politique qu’il est en est convaincu : le temps que le régime de Kinshasa « cherche à gagner est du temps que le peuple perd ». Par ailleurs, quoi qu’on ne le dise pas souvent, « utiliser la guerre et l’insécurité comme outils de calcul politique est irresponsable et indigne ». Face à l’urgence nationale, certains ont choisi le calcul personnel plutôt que l’intérêt du peuple congolais, a-t-il conclu. Adrien Thyg
RDC. Julien Paluku : « Les véritables FDLR que poursuit Kigali, ce sont les minerais congolais »

Lors de la journée de mémoire organisée ce mardi 27 janvier à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, l’ancien gouverneur du Nord-Kivu et actuel ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a rappelé une rhétorique percutante du Gouvernement congolais : « l’occupation de certaines agglomérations par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, n’a pas seulement une dimension militaire, mais surtout économique ». Une stratégie de destruction et de captation Julien Paluku a dénoncé ce qu’il qualifie de stratégie rwandaise de destruction du capital humain et du tissu économique de la RDC. Pour lui, derrière les offensives militaires se cache une logique de pillage systématique des ressources naturelles congolaises. « Le volume des exportations de minerais est passé de 70 millions à 2 milliards de dollars au Rwanda [en une année], qui ne dispose pourtant pas de gisements miniers. Les véritables FDLR qu’il poursuit en RDC, ce sont les minerais congolais », a-t-il affirmé. Cette déclaration met en lumière l’un des enjeux centraux du conflit : la transformation des minerais congolais en richesse extérieure, alimentant une économie parallèle qui fragilise l’État congolais et prive les populations locales des bénéfices de leurs propres ressources. A l’ONU comme à l’UA, le président Felix Tshisekedi et le Gouvernement rappellent sans cesse que la guerre menée dans l’est de la RDC par « le Rwanda via l’AFC/M23 » a des visées économiques par les pillages des ressources minières de la RDC. Le 18 février 2025 lors d’une conférence de presse, le ministre des Mines, Kizito Pakabomba, a accusé, le Rwanda de faire perdre chaque année plus d’un milliard de dollars américains à la RDC. Kizito Pakabomba avait également alerté sur l’objectif du Rwanda d’atteindre plus de 2 milliards de dollars américains en 2026 grâce à ses exploitations illicites des mines congolaises. Un an après la chute de Goma Les propos de Paluku s’inscrivent dans le cadre de la commémoration du premier anniversaire de la prise de Goma par le M23. Le gouvernement Suminwa a voulu marquer cette date en rendant hommage à la résilience et à l’unité du peuple congolais face à l’occupation. Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a insisté sur le refus de l’oubli et de la banalisation de la guerre à l’Est, rappelant que la mémoire est « un acte de responsabilité gouvernementale ». Les axes de la commémoration En mettant l’accent sur la dimension économique du conflit, Julien Paluku rappelle que la guerre à l’Est n’est pas seulement une lutte armée, mais aussi une bataille pour la souveraineté économique de la RDC. Ses propos résonnent comme un avertissement : sans une stratégie claire pour protéger les ressources nationales, la résilience du peuple congolais risque de se heurter à un cycle permanent de prédation, estiment certains observateurs. Radio Okapi
Comprendre l’hostilité des Congolais à l’égard du régime Tshisekedi malgré la guerre du Rwanda (M23)

PARLONSS-EN. La paix et l’intégrité territoriale de la RDC sont aujourd’hui mises à mal par une combinaison de facteurs (faiblesse de l’État, conflits fonciers et communautaires, ingérences et dynamiques régionales, entre autres) qui s’alimentent mutuellement. Pour une très large partie de la population congolaise, ce que l’on peut désigner comme un « suprémacisme luba » en fait partie. C’est en partie ce qui explique que certains regrettent l’ère Joseph Kabila et/ou expriment une forte hostilité envers le régime de Félix Tshisekedi, alors même que le pays fait face à une agression armée orchestrée depuis le Rwanda. La RDC est un pays d’une très grande diversité ethnique, avec plus de 250 groupes ethniques. Pour beaucoup de Congolais, l’idée qu’un seul cherche à s’imposer aux autres ou à les soumettre à son diktat est tout simplement inacceptable. Félix Tshisekedi, qui est issu de ce groupe, s’est comporté davantage en leader communautaire qu’en chef d’État fédérateur. Conséquence : on entend certains dire qu’ « il faut en finir avec Tshisekedi et ses frères » qui, par ailleurs, ne manquent pas d’afficher une arrogance ostentatoire vis-à-vis des autres Congolais et du reste du monde. La situation est d’autant plus inquiétante que la volonté de tourner la page du régime Tshisekedi et de ce qu’il symbolise est désormais si forte qu’elle peut conduire à accepter toutes sortes de compromis. Les foyers de frustration ne se limitent pas à l’opposition; on en trouve aussi au sein des FARDC, des services de sécurité, et jusque dans l’Union sacrée, la coalition politique du président. Les velléités du régime de Kinshasa de modifier la Constitution afin de permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au-delà de 2028 sont lues à la lumière de la dynamique décrite plus haut. Dans ce contexte, beaucoup en viennent à considérer le M23 comme un «mal nécessaire». On s’en méfie, certes, mais certains souhaitent le voir mettre un terme à ce qu’une partie importante des Congolais perçoit comme une menace existentielle, à savoir le «suprémacisme luba». Il revient dès lors à Félix Tshisekedi de mesurer la gravité du moment, et à nos compatriotes luba non tribalisés à outrance de se prononcer ouvertement, non pas pour un régime, mais pour la République. Par Patrick Mbeko
RD Congo. Investir le cerveau de l’ennemi pour anticiper ses actions

TRIBUNE. Réagissant à mon dernier post sur les déclarations de Paul Kagame au sujet du processus de Doha, certains compatriotes ont rappelé que Kagame avait boycotté le sommet de paix de Luanda (Angola), avant que les discussions ne soient transférées à Doha, au Qatar. À première vue, les faits semblent valider cette lecture. Mais, en réalité, la situation est bien plus complexe. En temps de conflit, il est indispensable de comprendre le logiciel mental de l’adversaire, entrer dans sa logique, saisir sa vision du monde, ses priorités et sa manière d’interpréter les événements. Sans cet effort, on risque de mal lire ses intentions, voire de poser des actes qui se retournent contre nous. C’est, selon moi, ce qui arrive à la RDC depuis le début de la guerre d’agression rwandaise menée sous le « masque » du M23. Au lieu de « cartographier » le logiciel mental de Paul Kagame, Félix Tshisekedi et ses proches ont tendance à décrypter les décisions de Kigali à travers leurs propres référentiels et préjugés. Résultat : Kinshasa a souvent été — et demeure — incapable d’anticiper les mouvements de Kigali, prenant parfois des décisions aux effets contre-productifs. Le soi-disant accord de paix signé et entériné à Washington est à cet égard éloquent : Tshisekedi a en effet cru que proposer les minerais stratégiques de la RDC aux Américains suffirait à les impliquer directement dans le conflit qui oppose le Congo au Rwanda. Revenons aux pourparlers censés se tenir le 15 décembre 2024 à Luanda entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi. Kagame ne s’y est finalement pas rendu, estimant que le sommet n’était « plus pertinent » dès lors que Kinshasa ne s’était pas engagé à négocier avec le M23. Tshisekedi a, à juste titre, dénoncé l’attitude de son homologue. La manœuvre était profondément malhonnête. Mais si l’on observe froidement la position de Kigali, qui relève à ne point de douter de la manipulation, on peut tout de même y déceler une certaine cohérence dans la mesure où Félix Tshisekedi a reconnu la « congolité » du M23 et la nécessité de neutraliser une menace contre le Rwanda (celle des FDLR) qui n’a jamais véritablement existé. Bref. Si les responsables congolais avaient réellement «cartographié» le logiciel mental du maître de Kigali, ils auraient peut-être mieux compris son modus operandi et, surtout, mieux anticipé ses prochaines actions. L’objectif ici n’est pas de devenir l’adversaire ou l’ennemi, mais de comprendre sa logique pour prévoir ses coups. Pour finir, chacun son domaine : la stratégie aux stratèges, le fanatisme aux fanatiques et thuriféraires, l’idiotie aux idiots. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko
RD Congo: les rebelles du M23 progressent jusqu’à Uvira sans affrontements

GUERRE DE L’EST. Ce mercredi, peu avant midi, le M23 est entré à Uvira, chef-lieu temporaire du Sud-Kivu, sans combats, seon une information de Radio Okapi. « Ce midi, plusieurs témoins confirmaient la présence visible de groupes de rebelles dans les principales artères de la cité, tandis que d’autres rebelles se dirigeaient vers Kavinvira à la frontière avec le Burundi », rapporte la chaine onusienne. « Selon des témoins, c’est peu avant midi que la situation a pris une nouvelle tournure. Les rebelles sont entrés dans la cité sans rencontrer une résistance, progressant en file indienne vers Kavinvira, à la limite avec le Burundi », poursuit-elle. Patricia Engali
RDC/Rwanda. Processus de Doha : Paul Kagame n’a pas totalement tort

LIBRES PROPOS. Dans un entretien accordé à Al-Jazeera, le président Paul Kagame soutient que c’est Félix Tshisekedi — et non le Rwanda — qui a contourné les processus et initiatives africains de paix de Luanda pour se tourner d’abord vers le Qatar, puis vers les États-Unis. Cette déclaration vient conforter l’analyse que j’avais formulée à l’époque et aide à comprendre pourquoi la médiation angolaise a fini par se retirer. J’expliquais que Tshisekedi s’était tourné vers le Qatar parce qu’il était isolé au niveau sous-régional et ne semblait plus faire confiance à la médiation angolaise. Selon Kagame, « l’espoir » de Tshisekedi « était de pouvoir manipuler, soit le processus au Qatar, soit le processus ici à Washington, en sa faveur, parce qu’il considère que la RDC est trop grande, trop importante, que le monde entier convoite une part de ce qu’elle possède, et qu’il suffirait qu’il paie et manipule les gens pour obtenir le résultat qu’il voulait. » On peut ne pas porter le président rwandais dans son cœur, mais ses propos ne sont pas entièrement sans fondement. Lors d’échanges que j’ai eus avec des membres du pouvoir congolais impliqués dans les discussions avec les Américains et les Rwandais, il m’a été très clairement indiqué que le président Tshisekedi comptait faire des minerais critiques de la RDC une monnaie d’échange. Kinshasa n’avait, pour ainsi dire, rien d’autre à mettre sur la table. L’objectif immédiat était de freiner la progression du M23 pour sécuriser le régime. Les effets de cette approche court-termiste, aujourd’hui, se passent de commentaire. Par Patrick Mbeko
Et le piège se referma sur la RD Congo !

PARLONS-EN. Les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont finalement entériné l’« accord de paix » signé à Washington en juin dernier, sous le regard du président Donald Trump. Pas besoin d’être devin pour voir que le chef de l’État congolais l’a fait à contrecœur, lui qui avait posé comme préalable à toute signature avec le Rwanda le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Comme je l’ai rappelé dans un post il y a deux semaines, Tshisekedi n’avait, en réalité, guère d’alternative. Sa marge de manœuvre s’était considérablement rétrécie après la signature des protocoles d’accord avec le Rwanda et ses supplétifs du M23. Pris au piège de ses propres errements et soumis à de fortes pressions américaines, il a accepté de se rendre à Washington pour apposer sa signature sur un texte qui, au final, récompense d’une certaine manière le pays contre lequel son régime voulait précisément se prémunir, en attirant les États-Unis dans le secteur extractif congolais en échange d’un soutien militaire et diplomatique. Les images de la cérémonie à Washington parlent d’elles-mêmes. Et en diplomatie, les images pèsent parfois plus que les mots. Il existe des accords qui tiennent sans image forte immédiate, mais quand il n’y a aucun acte symbolique, la paix reste souvent fragile, contestée ou réversible. Un accord de paix sans poignée de main n’en est pas un. Tout le monde le sait, à commencer par les Américains et les Rwandais, grands gagnants de cet « accord de paix » aux contours singuliers. « Les dividendes de la paix sont la prospérité et les investissements, y compris les investissements américains », a déclaré Paul Kagame. Comprenne qui pourra. Pendant ce temps, dans le Kivu, on mesure concrètement les effets de cet « accord de paix » : il pleut des balles et des mortiers, et la population ne sait plus à quel saint se vouer. Bref, pour sortir la RDC de cette situation calamiteuse, Félix Tshisekedi n’aurait d’autre choix que de torpiller ce soi-disant accord de paix en demandant au Parlement de ne pas cautionner la faute qu’il vient d’entériner à Washington. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko
RDC : AVANCER EN RECULANT…

TRIBUNE. Je viens une fois de plus de faire ma petite analyse rétrospective sur l’actualité politique de mon pays et c’est avec beaucoup de stupeur que j’observe une constante depuis des mois : à savoir la capacité du régime au pouvoir de lever de nombreux lièvres pour pousser le peuple congolais à courir dans tous les sens FUTILES sauf dans ce bons sens-là qui porterait un débat public sur des enjeux essentiels à la survie du Congo comme nation. Observez de quelle manière les événements s’enchaînent : d’abord cette chasse aux sorcières contre la personne de Joseph Kabila, sa diabolisation, sa condamnation par contumace et tout récemment la tentative de le traduire à la Cour Pénale Internationale de la Haye pour ses crimes de guerre et crime contre l’humanité. Concomitamment la une sur cette levée d’immunité et le procès judiciaire de Constant Mutamba qui ont tenu en haleine tout un peuple durant des mois. À peine la cour de cassation venait-elle de prononcer sa condamnation, les projecteurs se sont vite tournés vers la destitution programmée de Vital Kamerhe. Toute la presse écrite et orale s’y délecte à longueur des journées et les réseaux sociaux en font les choux gras. En attendant la prochaine victime à offrir en holocauste (sûrement J.-P. Bemba à qui la machine de propagande udepesienne attribue le dessein de coup d’état par la Tout de contrôle), force est de constater la dynamique de diversion à laquelle le pouvoir en place oblige les masses populaires congolaises pour qu’elles restent ignorantes de ce qui se boutique contre son destin. L’élimination politique de Kabila, de Kamerhe ou de Mutamba ne stoppera pas la marche de M23/AFC sur Uvira et sur Kalemie ni celle des forces militaires soutenues par l’Ouganda vers Kisangani. Cette agonie lente mais sûre d’un pays qui se disloque au vu et su de tous et d’un peuple qui a le net sentiment d’être abandonné à son triste sort est douloureuse à regarder. Encore plus douloureuse cette insoutenable légèreté d’être et de faire de nos responsables publics qui, tant au niveau provincial que national, ne donnent aucun signal de redressement de la crise. De diversion en diversion, des têtes tombent sans rien améliorer du climat sécuritaire et du climat d’affaires, sans jamais poser un diagnostic de la crise et sans imposer un plan de sortie. On a vraiment le sentiment de marcher à reculons. Cette navigation à vue, ce vide stratégique délibéré ou non pour sortir de l’ornière, ça me fait mal, très mal. Par Germain Nzinga