RD Congo. Pourquoi Lumumba?

TRIBUNE. Ce qui rend Lumumba exceptionnel et lui a donné l’importance qu’il a eu dans le jeu politique au Congo belge, est bien sûr son intelligence, son éloquence, son ambition, mais surtout un concours de circonstance dont il a su tirer profit.

1) A son époque les congolais-belges ne circulaient pas à travers les 6 provinces créées par les colons. En dehors de Léopoldville qui par son statut de capitale recevait quelques personnes issues d’autres provinces, les règles de circulation étaient strictes pour les indigènes à travers le territoire. Lumumba eut la chance d’avoir vécu dans 3 des 6 provinces avant son installation définitive à la capitale. Ce qui était très rare. Du coup, il bénéficiait d’un grand réseau parmi les cadres de tout le pays, et d’autre part, l’élément ethnique avait moins de prise sur lui.

Segundo, président des évolués de Stanleyville (Kisangani), chef du syndicat des indigènes agents de postes, puis directeur commercial d’une brasserie à Léopoldville, aucun congolais n’avait autant d’opportunités de contacts. De multiples statuts qui vont lui permettre d’être invité lors de la visite du roi Baudouin à Stanleyville, et d’échanger avec lui durant 10 minutes sans que cela n’ait été prévu au protocole, provoquant une tollé dans tout le pays. L’homme qui a parlé au chef de tous les colons, au roi! Il finira même par bénéficier d’un (court) séjour de formation en Belgique ou il se plia à la fin, d’un message de remerciement pour la mission civilisatrice de la colonisation belge. Sans ironie. Bref, son évolution idéologique est un autre sujet…

Le troisième fait est plus insolite.

3) « L’indépendance, quiconque la voudra pourra la prendre ».

Ces mots furent prononcés par Charles De Gaulle à Brazzaville dans son discours du 24 août 1958 , retransmis à la radio de Brazzaville qui se captait à Léopoldville en face. Selon Vladmir Souchard, ingénieur belge (d’origine russe) en poste au Congo-belge auteur d’un livre intitulé « Jours de brousse », ce discours provoqua une liesse à Kinshasa où leur colon trainait des pas sur le sujet. Que De Gaulle fut sincère ou non, les belges le prirent mal et toujours selon Souchard, c’est, ce discours qui poussa Patrice Emery Lumumba qu’il connaissait personnellement, à faire enregistrer le 10 octobre 1958 son nouveau parti, le Mouvement national congolais (MNC) le premier qui portait une ambition nationale en vue d’une probable indépendance.

Avant lui et dès la libéralisation des associations politiques, il y avait des mouvements comme l’ABAKO de Kasa-Vubu, association des Bakongo, qui dominait Léopoldville (qui était à la fois nom de la capitale et région administrative englobant tout le Bas Congo), ou encore la CONAKAT, confédération des associations tribales du Katanga etc, dont le but était de participer aux élections locales (elles aussi récemment ouvertes) et d’être les porte-paroles de leurs communautés face au pouvoir belge. Mais c’est l’idéal indépendantiste insufflé par ce discours de De Gaulle qui va faire créer le premier parti national du pays d’en face par un des rares congolais belge de l’époque qui avait une expérience quasi-nationale. Il fut ainsi le premier à considérer le Congo comme un tout.

Voilà de quoi les grands hommes sont faits: de l’intelligence, de l’ambition et surtout savoir saisir les circonstances. Je reviendrai, du reste, sur sa faute fondamentale, car c’est un cas où il a mal jugé une circonstance et ses conséquences.

Par Hervé Mahicka

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