
TRIBUNE. Lorsque j’ai vu mardi le ministre de Justice et Garde des Sceaux, Constant Mutamba, aller remettre sa démission auprès du président de la République, une seule petite phrase tournait dans ma tête : “ quel gâchis!””. Un véritable gâchis en effet pour un jeune ministre qui a suscité tant d’espoir en vue de rétablir en RDC la justice forte et équitable, synonyme des fondations solides pour bâtir un État de droit et une nation forte. Comment en est-il arrivé là? En quoi a-t-il fauté? Voici en quatre points la lecture que je m’en suis faite..
ERREUR n* 1
Constant Mutamba n’avait sûrement pas la connaissance exacte du profil de l’ennemi auquel il s’attaquait. En lançant des invectives à certains barons du régime, aux gestionnaires de l’institution judiciaire, aux chefs des églises de réveil, aux kulunas etc, l’ex-jeune ministre de la justice ignorait peut-être qu’il touchait à tout un SYSTÈME MAFFIEUX qui règne sur le Congo et sur les congolais depuis plus d’un demi-siècle.
Là où il croyait mener un combat judiciaire ad personam, en réalité il secouait toute une ruche d’abeilles prêtes à le mordre. Pour être un peu plus clair , ce n’est pas le PGR Mvonde qui l’a achevé. Il y a eu contre sa personne, toute une COALITION de toux ceux qui craignaient d’être atteints par le zèle de ce ministre qui voulait mettre son ordre à lui dans la maffia politico- judiciaire congolaise. Pour les membres de cette dernière, la condamnation de Constant Mutamba était devenue une question de vie ou de mort. Et la suite, nous la connaissons.
ERREUR n* 2
Le 29 avril 2025, on se réveille avec ce communiqué libellé : la justice congolaise poursuit le sénateur à vie Joseph Kabila, non pas en sa qualité d’ancien Chef d’Etat, mais en sa qualité de sénateur, conformément aux articles 104, 107, et 153 de la Constitution.
Pour plus de précisions, je reprends les termes utilisés par Constant Mutamba lui-même:
« Nous attendons donc du Sénat la levée des immunités du sénateur à vie Joseph Kabila Kabange ainsi que l’autorisation des poursuites pour permettre à la justice d’instruire sérieusement le dossier, de le faire fixer devant la Haute Cour militaire, afin d’éclairer l’opinion sur la responsabilité pénale claire de M. Joseph Kabila Kabange sur les massacres qui sont commis dans la partie Est du pays par le mouvement M23 et AFC dont il est cofondateur ».
En prenant cette initiative pour plaire à Étienne Tshisekedi et pour lui témoigner sa fidélité sans faille, Constant Mutamba ignorait que la politique politicienne congolaise est très sale et que chaque politicien congolais peut appartenir à la fois à deux camps opposés. Ils se chamaillent le jour et se visitent amicalement la nuit. Mutamba a ignoré que Joseph Kabila compte encore au gouvernement, au parlement et dans l’armée nationale, plusieurs congolais qui lui sont restés fidèles et qui le défendent bec et ongle, de l’intérieur même du système.
Cette volonté de poursuivre Kabila devant les tribunaux est donc la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Brusquement on a vu la levée des boucliers de partout, des actions COORDONNÉES du judiciaire et du parlementaire qui ont conduit à la levée de son immunité et à être poursuivi judiciairement. Mutamba a faussement cru que Kabila était très loin à Goma. Erreur monumentale!!! Le Raïs est bel et bien présent dans les institutions congolaises via ses lieutenants qui ont immédiatement volé à son secours.
ERREUR n* 3
Robert Greene dans son célèbre ouvrage “Les 48 Lois du Pouvoir” donne cette observation dès la Loi n°1 : « Ne surpassez jamais le maître. Ceux qui sont au-dessus de vous doivent toujours se sentir largement supérieurs. Dans votre désir de plaire et de les impressionner, ne vous laissez pas entraîner à faire trop étalage de vos talents, vous pourriez obtenir l’effet inverse : les déstabiliser en leur faisant de l’ombre. Faites en sorte que vos maîtres apparaissent plus brillants qu’ils ne sont, et vous atteindrez le sommet du pouvoir.”
Constant MUTAMBA a complètement ignoré la pratique de cette loi de Robert Greene et a commencé à briller trop fort jusqu’à porter ombrage à sa hiérarchie qui est bien souvent noyée dans des affaires de rétrocommissions et de corruptions.
Ses alliés tout comme ses adversaires politiques ont fini par comprendre que tout le zèle politique de Mutamba et le populisme qui l’accompagnait étaient destinés à créer un mythe et une aura autour de sa personnalité politique en vue des échéances présidentielles de 2028.
Malheureusement Mutamba n’est pas membre de l’UDPS et toute ambition présidentielle de sa part entre en collision directe avec le dessein politique de l’UDPS de conserver le pouvoir au-delà du deuxième mandat de Félix Tshisekedi. Voilà pourquoi Félix Tshisekedi ne l’a pas défendu et a accepté si promptement sa démission hier mardi. La mise à mort politique de ce jeune ministre était devenue l’unique voie de salut pour ceux à qui Mutamba croyait être allié et comptait s’en servir comme marche-pied à ses ambitions présidentielles.
ERREUR n* 4.
Constant MUTAMBA n’a pas non plus lu le chapitre XV du Prince de Nicolas Machiavel qui dit ceci : “Un homme qui veut être parfaitement honnête au milieu de gens malhonnêtes ne peut manquer de périr tôt ou tard”. Surtout quand cette perfection n’est que de façade et cache beaucoup de casseroles dans son propre passé.
La guerre livrée par Mutamba contre les antivaleurs congolaises exigeait de sa propre part d’être “clean”, d’avoir des « mains propres » hier, aujourd’hui et demain en vue de résister à tous les complots des camps adverses. Ce qui n’a pas été le cas au regard de graves soupçons de détournements présumés de 19 millions de $ sur les 39 millions destinés à la construction d’une prison à Kisangani dans le Nord-Est de la RDC. Personne ne s’attendait à assister à ce triste spectacle de l’arroseur arrosé, d’un jeune ministre jadis flamboyant et qui incarne aujourd’hui les rêves brisés de l’anticorruption proclamée.
Un seul bémol à cette saga politico-judiciaire : le mérite dû à Mutamba de montrer à la jeunesse congolaise, la grande capacité qui est la sienne de changer l’ordre politique congolais, de secouer ces vieux cocotiers pour rétablir un Congo nouveau. Mutamba, a ouvert une brèche et il revient aux autres jeunes congolais de continuer le combat, d’OSER, DE DÉRANGER cette vieille génération corrompue.
Que des leçons utiles à en tirer pour la jeunesse qui veut continuer à porter le flambeau allumé par l’ex dynamique jeune ministre !
Par Germain Nzinga