RD Congo. Le dernier jour du président J. Kasa Vubu

RETRO. Relégué dans sa province natale, le président Joseph Kasa Vubu a adopté le style d’une vie discrète pour ne pas gêner le nouveau régime qui venait de prendre le pouvoir un certain 24 novembre 1965. Il va vivre reclus dans sa résidence de Mont Kinsundi dans la ville de Boma.

Le dernier jour, soit le soir du dimanche 23 mars 1969, le président honoraire invite l’artiste qui était chargé des travaux de décoration du mausolée en construction à venir prendre le repas du soir avec lui. L’artiste est resté tard chez lui et c’est le président qui l’invitera à passer la nuit dans son domicile pour pouvoir aller avec lui tôt le matin au chantier à Singini dans le village de Lukaba Bemba dans le territoire de Tshela

Petite parenthèse : Joseph Kasavubu qui était tombé malade et était devenu de santé fragile demandait d’aller à l’étranger pour se faire soigner mais malheureusement il n’avait pas obtenu l’accord du nouveau régime. Il est mort chez lui à la maison un certain lundi 24 mars 1969.

Ce soir là donc furent présents dans la maison : maman Kasa Vubu, Adolphe et ledit décorateur proche de la famille présidentielle. Après le repas et les conversations habituelles, il est parti dormir et c’est en voulant aller aux toilettes qu’il fera un début d’ictus. Il était assis mais ne savait plus commander ses membres. Les enfants sont allés chercher le médecin (d’origine haïtienne) qui était le seul médecin à l’hôpital de Boma mais très surveillé par les services de Mobutu dès lors qu’il courait un bruit que ce médecin voulait le faire exfiltrer en Amérique. Cette appréhension fut renforcée par les applaudissements que ne cessait de recevoir le président honoraire du Congo-Kinshasa chaque fois qu’il se rendait à la messe matinale de 6 :00 du matin. A la sortie, la foule venait l’attendre et l’acclamait avec ce titre « Kasavubu Roi, Roi, Roi », ce qui mettait sur les nerfs les services de sécurité qui finiront par convoquer le président Kasa Vubu dans leurs bureaux et lui rappeler son devoir de réserve en tant que président en retraite.

C’est donc ce médecin haïtien qui va arriver tard la nuit à la résidence du président et son diagnostic fut sévère : début de crise cardiaque qui empêchait un moindre transfert dans l’hôpital mieux occupé de l’époque que fut les Cliniques Universitaires de Kinshasa. Il ne restait qu’une solution : trouver nuitamment des médicaments pour endiguer le mal. Malgré les premiers soins portés, la situation ne cessait d’empirer.

A 5h00 du matin, le médecin conseilla d’appeler le prêtre pour les derniers sacrements. L’évêque de Boma, Mgr Ndudi Ndudi, qui était son condisciple de classe au petit séminaire Mbata Kiela, est arrivé vers 5 :30 du matin. On fit sortir la famille de la chambre mais l’angoisse de voir leur papa disparaitre les empêchait d’aller loin. Ils sont restés à la porte et ont tout suivi de la conversation entre le président mourant et l’évêque.

L’évêque lui propose de confesser ses péchés. Le président Kasa Vubu lui répond : « Je n’ai pas de péché grave à confesser. Mais si j’avais fait du mal à quelqu’un sans m’en apercevoir, je demande sincèrement PARDON. Quant à moi-même, je pardonne à tout le monde, même à Joseph-Désiré Mobutu. Et si vous le voyez, Monseigneur, dites-lui de ne pas hypothéquer l’indépendance de notre pays. Le peuple congolais a beaucoup souffert pour l’avoir ».

Ce furent ses dernières paroles. Il reçut la dernière communion comme son viatique et entra dans une lente agonie avant de rendre l’âme au petit matin. Il est mort non pas à l’hôpital mais dans sa modeste maison qu’il avait construite en 1954 quand il exerçait encore les fonctions de bourgmestre de Dendale, l’actuelle commune de Kasa Vubu.

Aujourd’hui 24 mars 2022 où est célébré le 53e anniversaire de sa mort, nous voulons lui rendre un vibrant hommage pour le modèle d’amour de la patrie et d’intégrité dans la gestion de la chose publique qui ont caractérisé toute sa vie.

Par Germain Nzinga

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