RD Congo. Et si maman Nelly a menti !!!

TRIBUNE. Il circule doublement sur la toile une fausse carte d’identité attribuant au docteur Mukwege la nationalité ougandaise pendant qu’une femme nommée maman Nelly s’emploie à vociférer dans un média en ligne que le même concerné serait la progéniture d’un père d’origine burundaise. D’après notre entendement, la concomitance de ces deux documents n’est pas aléatoire et appelle une analyse entrecroisée pour démêler l’écheveau.

1. Elle affirme les origines burundaises d’un homme dont elle ignore le nom.

“ Je suis née à Bukavu, j’ai grandi à Bukavu et je connais le papa du docteur Mukwege qui est burundais d’origine “, c’est en ces termes que d’entrée d’interview, commencent de graves allégations d’une dame nommée maman Nelly ( prénom sans son nom de famille) lors de son interview au micro du journaliste pasteur Bobo à Bruxelles.

À la demande conséquente du journaliste :” Quel est le nom du papa du docteur Mukwege?”, la dame répond : “ Je ne sais pas. Je ne connais pas son nom”

Point n’est besoin de percevoir la contradiction interne du discours de maman Nelly qui affirme une chose et son contraire. Comment peut-elle prétendre connaître avec précision la nationalité d’un individu avec qui elle prétend avoir grandi dans un même quartier tout en ignorant le nom du concerné?

2. Ces enfants métis arrachés de leur mère biologique par l’état colonial belge.

Le livre très instructif d’Assumani Budagwa intitulé “Noirs-Blancs, Métis : La Belgique et la ségrégation des Métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi (1908-1960)” nous informe que durant l’époque du Congo belge où régnait une véritable ségrégation entre blancs et noirs destinés à servir les blancs et à travailler pour eux, il n’était pas question d’union sexuelle ou conjugale entre les blancs et les noirs ni donc d’enfants métis.

L’Etat belge ne pouvait pas tolérer les enfants métis nés au Congo belge. Les pères étaient des colons blancs, les mères des noires indigènes souvent très jeunes. Si certaines femmes étaient consentantes, beaucoup étaient violées.

Les enfants métis nés de ces relations sexuelles ont vécu des drames psychologiques incalculables. Ils étaient appelés “enfants de la honte » ou « enfants du péché ». Pour cette raison, il fallait les cacher. Selon plusieurs historiens, l’administration coloniale avait obligé d’arracher par force les enfants à leurs les mères pour les amener en Belgique, dans des orphelinats religieux.

Maman Nelly dont les traits physiques l’accusent d’être née avant l’indépendance et qui se définit elle-même être née de mère congolaise et de père belge peut probablement avoir partagé le sort de ces enfants deportés par force par l’état belge. D’où l’urgence de revisiter la crédibilité de ses affirmations lorsqu’elle dit avoir grandi à Bukavu. Et si dans ce contexte historique, rien ne rassure qu’elle a passé sa jeunesse à Bukavu, une zone d’ombre plane sur sa bonne connaissance de la famille Mukwege. Ce qui est de nature à voir se nouer un fil conducteur entre son ignorance avérée du nom de papa Mukwege et son véritable parcours biographique loin de là où elle prétend l’avoir vécu. Ceci expliquant cela, la fiabilité de ses propos s’en trouve très compromise, cela s’entend.

3. Le pasteur Mukwege Chuma Matayo ( géniteur du Dr Mukwege) : ce notable mushi très populaire à Bukavu.

Le pasteur Mukwege Chima Matayo, le père biologique du Prix Nobel congolais, était une personnalité très célèbre à Bukavu pour la simple raison qu’il fut le premier pasteur de l’église Pentecôtiste missionnaire implantée à Bukavu par les missionnaires norvégiens. Le pasteur Mukwege ( géniteur du Prix Nobel congolais) était un mushi très connu à Bukavu et personne ne peut lui contester à titre posthume sa nationalité congolaise.

Contrairement aux allégations mensongères de maman Nelly, beaucoup de témoins natifs de Bukavu lèvent la voix suite à son interview pour la contredire car ils ont vu de leurs yeux le jeune Dénis Mukwege grandir sous l’autorité directe de son père et de sa mère dans la maison familiale située au quartier Kadutu, non loin de la place communément appelée carrefour. Son père fut un Pasteur très populaire connu pour le fait qu’il était un prédicateur itinérant et, à sa mort, il fut enterré dans son village natal de KAZIBA dans le groupement de Namushanga.

C’est aussi à la suite du ministère de son père que le Dr Mukwege héritera ce ministère pastoral qu’il conjuguera avec son métier de médecin gynécologue. C’est donc en tant que pasteur qu’il construira la grande église de la 8 e Communauté membre de l’église du Christ au Congo ( CEPAC) dont il préside jusqu’à ce jour la chaire de la Parole divine.

4. Qui peut bien être l’instigateur des propos de maman Nelly?

Au fil de l’interview avec maman Nelly, le journaliste Pasteur Bobo a ouvert une piste intéressante lorsqu’il lui a lancé au visage : “Donc vous menez une campagne contre le docteur Mukwege?”. Au lieu de répondre à la question, maman Nelly lâche le micro du journaliste et lui tourne le dos, comme piquée au vif par l’abeille là où la vérité fait mal. C’est en cachant son visage qu’elle répond évasivement: “ Naza kuna te!”! Mais bon sang! Où es-tu alors madame? Pour qui roules-tu?

Logiquement les déclarations de cette dame ne peuvent guère sortir de nulle part! En croisant de nombreux recents épisodes notamment : l’interdiction à Mukwege d’animer une conférence à l’université de Kisangani; les incantations et la malédiction publique proférées par des parlementaires debout; les commentaires malveillants sur les réseaux sociaux des photos du Prix Nobel congolais avec les puissants de ce monde; la circulation du faux passeport attribuant une identité ougandaise à Dénis Mukwege et les fonctions d’un homme d’affaires ( businessman) et maintenant, cerise sur gâteau, cette interview en mode “service commandé” de maman Nelly sont autant de signaux d’une féroce campagne de dénigrement et de sape montée pour détruire l’aura de ce grand homme congolais qui fait la fierté de tout le pays. Et son combat contre l’impunité des criminels qui violent les femmes congolaises et massacrent le peuple congolais puis celui de l’instauration de la justice transitionnelle et d’un Tribunal Pénal International pour la RDC ne lui font pas que des amis autour de lui. Ce lynchage médiatique contre sa personne semble avoir plusieurs racines.

5. Que conclure?

De toute évidence la décision de venir prononcer des imputations dommageables au micro d’un journaliste écouté sur la toile par des millions de congolais s’inscrit dans une démarche de nuire à un tiers pour des fins inavouées.

D’où ces questions lancinantes : qui est donc derrière cette vieille dame? Quelles forces politiques veulent la manipuler pour leurs propres calculs politiciens?

Pour porter plus de l’eau dans le moulin, la même dame interviewée semble entretemps accuser de naître d’un de géniteurs étrangers, d’autres congolais notamment Vital Kamerhe ou Didier Mushobekwa Kalinda wa Katana, un autre notable mushi qui a servi longtemps l’Etat congolais comme diplomate et ministre des Affaires étrangères.

Curieusement, en citant les deux autres prévenus dont Kamerhe qui est le numéro deux du régime actuel, pourquoi et le journaliste et maman Nelly ne se sont-ils pas acharnés pas sur ce dernier mais uniquement sur le docteur Mukwege pressenti futur candidat ? Et pourquoi ces accusations arrivent seulement maintenant à l’approche de la présidentielle de 2023 et non pas avant?

Tout devient obvie : ce faisceau de questions nous ouvre les yeux sur le dessous des cartes. Cette interview de maman Nelly nous fait entrer de plein pied dans cette campagne très agressive d’intoxication de l’opinion publique congolaise pour éliminer coûte que coûte quiconque risque de faire barrage aux ambitions politiques de l’actuel locataire du Palais de la Nation. Ses thuriféraires sont prêts à tout, même aux méthodes de désinformation et de calomnie pour parvenir à leurs propres fins.

Personne ne leur réfute leur droit de se permettre tous les coups mais la décence intellectuelle exigerait qu’ils restent COHÉRENTS avec eux-mêmes. Le mois passé, le docteur était traité d’un maudit sujet OUGANDAIS. Il y a juste deux semaines, d’autres parlementaires debout assénaient qu’il était d’origine RWANDAISE . Aujourd’hui on utilise la pauvre maman (à l’âge respectable de nos géniteurs) pour lui faire dire des faussetés sur des prétendues origines BURUNDAISES juste pour détruire un potentiel adversaire politique. De là à nous demander comment un seul individu peut être accusé en l’espace d’un seul mois de porter quatre passeports et quatre nationalités différentes ?

Ces contradictions internes sont très révélatrices de quelque chose de sournois et de moralement très sale. Elles font tomber trop bas le débat démocratique qui doit tourner sur des questions essentielles. Il s’avère que l’argumentaire de conquête du pouvoir ou de sa conservation se rabaisse à un débat des caniveaux en lieu et place de le lever au niveau des causes profondes de la marche chaotique de l’Etat congolais et d’un nouveau projet de société pour redresser ce grand pays et son peuple.

Tout comme l’assemblée Nationale propose d’alourdir la peine contre quiconque porterait offense à la personne du chef de l’état, il est temps que la justice congolaise se penche sérieusement sur les auteurs intellectuels de cette campagne diffamatoire de bas étage orchestrée contre l’honneur et la réputation de Dénis Mukwege. Car n’en déplaise à Nicolas Machiavel, tous les moyens ne sont pas bons pour parvenir à ses fins.

Par Germain Nzinga

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